Gaudissart II
Gaudissart II est une très brève esquisse, presque une physiologie, consacrée à l'art de la vente dans le commerce de luxe parisien. Le titre fait écho à L'Illustre Gaudissart, mais il ne s'agit plus du voyageur de commerce sillonnant la province : « Gaudissart II » désigne ici le type du commis habile officiant dans une boutique élégante de la capitale, virtuose du boniment et de la psychologie du client. La saynète met en scène la vente d'un châle coûteux à une cliente — une Anglaise — par un vendeur passé maître dans l'art de manœuvrer l'acheteur. Tout le sel du texte tient dans la description minutieuse de cette stratégie commerciale : comment le marchand devine les hésitations, flatte la vanité, crée le désir, exploite l'amour-propre et l'esprit de rivalité pour amener la cliente à conclure un achat dispendieux qu'elle n'avait pas prémédité. Balzac y observe, avec une ironie souriante, la naissance des techniques modernes de séduction commerciale et la mise en scène du désir dans le négoce de luxe. La boutique parisienne devient le théâtre d'une comédie où le vendeur joue un rôle et où le client est insensiblement conduit là où on veut le mener. Très court, ce texte relève du croquis de mœurs et de la satire du commerce, prolongeant la réflexion balzacienne sur la réclame, la vente et l'esprit mercantile inaugurée avec le premier Gaudissart. Il témoigne de l'attention de l'auteur aux transformations du commerce et de la consommation dans le Paris de son temps, et de son goût pour la typologie des métiers. Gaudissart II est une miniature spirituelle sur l'art de vendre, où le marchand apparaît comme un comédien et un psychologue.