La Femme abandonnée
La Femme abandonnée reprend le destin de la vicomtesse de Beauséant, déjà rencontrée dans Le Père Goriot, après que celle-ci, abandonnée par son amant, s'est retirée du monde parisien. Elle vit désormais recluse dans un château de Normandie, à l'écart de la société, gardant la dignité blessée d'une grande dame trahie. Un jeune homme, Gaston de Nueil, séjournant dans la région, entend parler d'elle et, intrigué par sa légende d'amante délaissée, parvient à s'introduire auprès d'elle. Malgré la différence d'âge et les réticences de Mme de Beauséant, échaudée par l'expérience, une passion partagée naît entre eux. Pendant plusieurs années, ils connaissent un bonheur intense, vécu dans la retraite et le secret. Mais la pression sociale et familiale finit par peser sur Gaston : on lui propose un mariage avantageux, conforme à son rang et à son avenir. Cédant à la raison du monde, il quitte Mme de Beauséant pour épouser une jeune fille. Ainsi la femme déjà abandonnée une première fois l'est une seconde, et de manière plus cruelle encore, par celui qui lui avait rendu l'espérance. Le dénouement est tragique : Gaston, mesurant trop tard la profondeur de ce qu'il a sacrifié et l'impossibilité d'être heureux dans son nouveau mariage, est conduit au désespoir. Balzac y développe le thème de la femme supérieure, vouée par sa grandeur même à la solitude et à la trahison, et celui du jeune homme incapable de tenir tête aux convenances. Le récit, lié au Père Goriot par le personnage de Mme de Beauséant, prolonge la méditation balzacienne sur les amours condamnées par la société et sur la lâcheté ordinaire des hommes face à la pression du monde. C'est l'une des grandes figures féminines tragiques du cycle.