La Bourse
La Bourse est une nouvelle brève et attendrissante qui contraste avec les drames noirs du cycle. Le jeune peintre Hippolyte Schinner, talentueux et pauvre, fait une chute dans son atelier ; secouru, il découvre ses voisines : une jeune fille modeste et charmante, Adélaïde Leseigneur, et sa mère, la baronne de Rouville, vivant dans une gêne digne et discrète. Hippolyte tombe amoureux d'Adélaïde et fréquente ce petit ménage où l'on reçoit quelques vieux militaires pour des parties de cartes. Un soir, après une visite, le peintre constate la disparition de sa bourse ; le soupçon l'effleure, et avec lui le doute affreux que ces femmes nécessiteuses aient pu le voler. Ce soupçon empoisonne brièvement son amour. Mais l'explication renverse la honte : les deux femmes, ayant remarqué que la bourse était usée et presque vide, l'avaient discrètement remplacée par une bourse neuve qu'Adélaïde avait brodée elle-même, geste de délicatesse et d'amour qu'Hippolyte avait failli prendre pour un larcin. La méprise dissipée, l'amour triomphe, et le récit s'achève sur la promesse du bonheur. Balzac y peint, avec une rare douceur, la pauvreté noble qui conserve sa dignité, et la facilité avec laquelle le préjugé social fait soupçonner le pire chez les déshérités. La nouvelle vaut par sa tendresse, par la finesse de l'observation des intérieurs modestes et par la leçon morale qui s'en dégage : la générosité des humbles confond la défiance des mieux nantis. Plus claire et plus optimiste que la plupart des Scènes de la vie privée, La Bourse rappelle que la sensibilité de Balzac savait aussi se faire idyllique, et que le sentiment, chez lui, n'est pas toujours condamné à la catastrophe.