L'Illustre Gaudissart
L'Illustre Gaudissart est une nouvelle comique qui érige le commis voyageur en type littéraire. Gaudissart, voyageur de commerce truculent, beau parleur intarissable et plein de superbe, incarne le génie de la réclame et du boniment, capable de vendre n'importe quoi à force d'éloquence et d'aplomb. Fier de ses succès parisiens, il entreprend une tournée en Touraine pour placer des abonnements à des journaux et des contrats d'assurance, persuadé de berner sans peine les provinciaux qu'il méprise un peu. Mais il rencontre à son tour plus malin que lui. Un habitant rusé du pays, que l'on présente comme à demi fou — Margaritis —, se prête au jeu et, par une conversation savamment absurde, retourne contre le bavard toutes ses propres armes : Gaudissart, croyant conclure une affaire mirobolante, est mystifié et tourné en ridicule. L'affaire se termine par une querelle et un duel grotesque, où le bonimenteur parisien, humilié, doit reconnaître que la finesse provinciale a eu raison de son assurance. Balzac y livre une satire enjouée du commerce moderne, de la publicité naissante et de l'esprit mercantile, dont Gaudissart est l'emblème exubérant. Le récit oppose plaisamment la verve calculée du Parisien à la malice tranquille de la province, renversant les rôles attendus. Plus léger que la plupart des Scènes de la vie de province, ce texte appartient au sous-cycle des Parisiens en province, qui étudie le choc entre la capitale et le pays. Par son personnage haut en couleur, devenu proverbial, et par son humour, L'Illustre Gaudissart témoigne du talent comique de Balzac et de son intérêt pour les figures nouvelles que faisait surgir l'essor du commerce et de la presse sous la monarchie de Juillet.