Pierre Grassou
Pierre Grassou est une satire acérée du goût bourgeois et du triomphe de la médiocrité dans le monde de l'art. Pierre Grassou, dit Fougères, est un peintre laborieux, consciencieux et parfaitement dépourvu de génie : incapable d'inventer, il excelle à copier et à imiter les maîtres, produisant des tableaux corrects et sans âme. Cette absence même de talent original fait paradoxalement sa fortune : Grassou devient le peintre favori de la bourgeoisie, qui se reconnaît dans son art propre, soigné et conventionnel. La famille Vervelle, riches bourgeois enrichis, le prend en affection, lui achète ses œuvres et lui ouvre les portes d'un mariage avantageux avec leur fille, assurant sa prospérité. Comble de l'ironie, les Vervelle possèdent une collection de prétendus chefs-d'œuvre de grands maîtres qui ne sont en réalité que des copies — peut-être de la main même de Grassou —, et ils admirent comme des originaux ce qui n'est qu'imitation, sans rien y voir. Balzac oppose la réussite confortable de ce médiocre habile à la pauvreté et à l'incompréhension dont souffrent les artistes véritables, tels Joseph Bridau ou Schinner, qui apparaissent en contrepoint. La nouvelle raille la cécité esthétique des nouveaux riches, incapables de distinguer le vrai du faux, le génie du métier, et qui consacrent par leur argent une médiocrité rassurante. À travers ce portrait du peintre bourgeois par excellence, Balzac dénonce un système où le talent honnête mais sans flamme est récompensé tandis que le génie est ignoré. Pierre Grassou est une réflexion ironique sur l'art, le marché et le public, et sur la manière dont la bourgeoisie impose ses valeurs au champ artistique. C'est aussi un autoportrait en creux des angoisses de l'artiste véritable.