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Pierrette

Anglais Pierrette Section Scènes de la vie de province Publié 1840 Pages 143

Pierrette, premier volet des Célibataires, est le martyre d'une enfant livrée à la cruauté de parents bourgeois. À Provins, la jeune Pierrette Lorrain, orpheline bretonne pauvre mais aimante, est recueillie par ses cousins, le frère et la sœur Rogron — Sylvie et Jérôme —, anciens merciers retirés des affaires, êtres mesquins, vaniteux et secs, dépourvus de cœur. Sous prétexte de charité, ils exploitent la fillette, l'accablent de travail domestique, la privent d'affection et la maltraitent avec une dureté croissante, d'autant plus odieuse qu'elle se pare des dehors de la respectabilité. La maison Rogron est aussi le théâtre des intrigues politiques de la petite ville, où libéraux et royalistes s'affrontent et se servent des naïfs propriétaires pour leurs manœuvres. Pierrette est aimée d'un jeune Breton fidèle, Jacques Brigaut, ouvrier courageux venu la retrouver et qui voudrait l'arracher à ses bourreaux. Mais la santé de l'enfant, ruinée par les mauvais traitements, les privations et l'incurie, décline rapidement ; une intervention médicale tardive et maladroite achève de la perdre. Pierrette meurt, victime innocente de la méchanceté de ses parents et de l'égoïsme provincial, sans que justice véritable soit rendue à sa mémoire. Balzac y dresse un réquisitoire contre la cruauté froide des célibataires aigris et des bourgeois sans descendance, dont l'avarice de cœur se déchaîne sur un être faible. Le roman dénonce aussi l'hypocrisie d'une société qui couvre ces persécutions domestiques du voile de la respectabilité. Par son pathétique et sa charge sociale, Pierrette compte parmi les œuvres les plus sombres du cycle, et son héroïne incarne l'innocence broyée par l'égoïsme. C'est une étude impitoyable de la province et de la perversité ordinaire que peuvent nourrir l'ennui et la stérilité affective.

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