Melmoth réconcilié
Melmoth réconcilié est un conte philosophique qui prolonge et détourne avec ironie le célèbre roman de Maturin, Melmoth l'homme errant. Melmoth, personnage maudit, a jadis vendu son âme au diable en échange de pouvoirs surhumains et d'une vie prolongée, mais il erre depuis lors, accablé par sa damnation, cherchant désespérément quelqu'un à qui céder son pacte pour s'en délivrer. Il croit trouver sa victime en la personne de Castanier, caissier d'une banque parisienne sur le point de commettre un détournement de fonds et de s'enfuir : homme aux abois, prêt à tout pour échapper à la ruine et au déshonneur. Melmoth lui transmet son terrible pouvoir et son pacte, accédant enfin lui-même, par cette transmission, à une mort apaisée et « réconciliée ». Mais le récit prend alors un tour satirique propre à Balzac : devenu détenteur de la puissance diabolique, Castanier découvre que cette toute-puissance ne le rend pas heureux et cherche à son tour à se débarrasser du pacte. Celui-ci se met alors à circuler, vendu et revendu de main en main à la Bourse de Paris, son prix diminuant à chaque transaction, comme une vulgaire valeur spéculative, jusqu'à se dissoudre dans le néant du marché. Balzac transforme ainsi le mythe romantique du pacte démoniaque en une féroce satire du matérialisme moderne, où même le pouvoir surnaturel devient une marchandise négociable, dévaluée par la cupidité et le scepticisme de l'époque. Le conte illustre l'idée que le monde moderne, dominé par l'argent et l'incrédulité, est incapable de prendre au sérieux le surnaturel et réduit tout, jusqu'au diable, à une affaire commerciale. Melmoth réconcilié est une œuvre originale et mordante, qui conjugue le fantastique et la critique sociale dans une réflexion sur la dévaluation des valeurs.