Gustav Klimt
Décorateur officiel promis aux plafonds des musées, Gustav Klimt (Baumgarten, près de Vienne, 1862 – Vienne, 1918) fit sécession — au sens propre : fondateur et premier président de la Sécession viennoise en 1897, il devint le peintre de la Vienne de Freud, Mahler et Schnitzler, scandaleux et adulé, dont les icônes dorées — Le Baiser, Adele Bloch-Bauer — comptent aujourd'hui parmi les images les plus reconnaissables de l'art moderne.
Repères
- Naissance
- 14 juillet 1862 à Baumgarten, près de Vienne, fils d'un orfèvre-graveur
- Mort
- 6 février 1918 à Vienne, à 55 ans
- Débuts
- Künstler-Compagnie avec son frère Ernst et Franz Matsch : décors du Burgtheater et de l'escalier du Kunsthistorisches Museum
- Sécession
- Fondateur et premier président, 1897 ; revue Ver Sacrum
- Scandale
- Tableaux des Facultés pour l'Université (1900–1907), retirés ; brûlés en 1945
- Période dorée
- c. 1901–1909 : Judith, Adele Bloch-Bauer I, Le Baiser
- Plus grande collection
- Österreichische Galerie Belvedere, Vienne



Du décorateur au sécessionniste
Fils d'un orfèvre, formé à l'École des arts appliqués, Klimt commence en parfait héritier de l'historicisme de la Ringstrasse : avec la Künstler-Compagnie, il peint les décors du Burgtheater et de l'escalier du Kunsthistorisches Museum — virtuosité académique récompensée par l'empereur. La rupture vient à la fin des années 1890. En 1897, il fonde avec Otto Wagner, Hoffmann, Olbrich et Moser la Sécession viennoise (« À chaque époque son art, à l'art sa liberté ») et en préside les débuts. En 1900–1907, les trois tableaux des Facultés commandés pour le plafond de l'Université — la Philosophie, la Médecine, la Jurisprudence — déchaînent le plus grand scandale artistique de l'histoire autrichienne : au lieu du triomphe de la Raison, des flux de corps flottants, la vie comme torrent aveugle. Klimt rembourse l'État, reprend ses toiles (elles périront dans l'incendie du château d'Immendorf en 1945, avec d'autres chefs-d'œuvre) et ne travaillera plus que pour des commanditaires privés.
L'or et après
La période dorée — le fond d'or appris dans l'atelier paternel et devant les mosaïques de Ravenne, visitées en 1903 — donne ses icônes : Judith I (1901), la Frise Beethoven (1902), peinte pour l'exposition de la Sécession autour de la statue de Klinger, le portrait d'Adele Bloch-Bauer (1907), et Le Baiser (1907–1908), acquis par l'État autrichien dès son exposition. L'ornement n'y décore pas : il signifie — rectangles virils et cercles féminins du Baiser, yeux d'Horus et spirales mycéniennes d'Adele. Après 1909, Klimt abandonne l'or pour une couleur libérée, nourrie de Matisse et des Fauves : portraits tardifs (Elisabeth Bachofen-Echt, Mäda Primavesi), allégories (La Vierge, La Mariée inachevée) et, chaque été sur l'Attersee, ces paysages carrés — un quart de l'œuvre — où le motif se résout en mosaïque vibrante. Il meurt en février 1918, quelques mois avant Schiele, Wagner et Moser : la Vienne 1900 s'éteint la même année que l'Empire.
Œuvres majeures
| Œuvre | Date | Lieu |
|---|---|---|
| Pallas Athéna | 1898 | Wien Museum, Vienne |
| Judith I | 1901 | Belvedere, Vienne |
| Frise Beethoven | 1902 | Palais de la Sécession, Vienne |
| Portrait d'Emilie Flöge | 1902 | Wien Museum, Vienne |
| Les Trois Âges de la femme | 1905 | Galleria Nazionale d'Arte Moderna, Rome |
| Frise Stoclet (cartons) | 1905–1911 | MAK, Vienne ; frise en place au palais Stoclet, Bruxelles |
| Adele Bloch-Bauer I | 1907 | Neue Galerie, New York (restituée aux héritiers en 2006) |
| Le Baiser | 1907–1908 | Belvedere, Vienne |
| Danaé | 1907–1908 | Collection particulière, Vienne |
| L'Espoir II | 1907–1908 | Museum of Modern Art, New York |
| Église à Cassone | 1913 | Collection particulière |
| La Vierge | 1913 | Národní galerie, Prague |
| Mäda Primavesi | 1912–1913 | Metropolitan Museum of Art, New York |
| La Mariée (inachevée) | 1917–1918 | Belvedere, Vienne |
Le peintre des femmes — et l'affaire Bloch-Bauer
Klimt, qui ne s'est jamais marié (Emilie Flöge, la styliste au manteau bleu, fut la compagne d'une vie), a peint presque exclusivement des femmes — les grandes bourgeoises, souvent juives, de la Vienne libérale : les Bloch-Bauer, les Lederer, les Primavesi. Ce mécénat scella le destin posthume de l'œuvre : spoliées par les nazis en 1938, nombre de ces toiles échurent aux musées autrichiens. En 2006, au terme d'une procédure fameuse, l'Autriche restitue cinq Klimt aux héritiers d'Adele Bloch-Bauer, dont le portrait doré, acquis par Ronald Lauder pour la Neue Galerie de New York — alors le tableau le plus cher jamais vendu, et le sujet du film La Femme au tableau (2015).
En perspective
La bosse de 1905–1910 est la période dorée : un lustre à peine, d'où sortent le Baiser, Adele et la frise Stoclet. Avant, le décorateur ; après, le coloriste des Attersee — la base montre un peintre qui a changé de peau tous les dix ans.
Bibliographie
- Gottfried Fliedl, Gustav Klimt, 1862–1918. Le monde à l'apparence féminine, Cologne, Taschen, éd. française, 2006.
- Alfred Weidinger (dir.), Klimt, catalogue raisonné des peintures, Munich, Prestel, 2007.
- Tobias G. Natter (dir.), Gustav Klimt. The Complete Paintings, Cologne, Taschen, 2012.