Le tableau
Huile sur toile, 100 × 134 cm, National Gallery de Londres ; signé et daté 1672. Énée, son père Anchise et son fils Ascagne se tiennent avec le roi Anius devant le temple d'Apollon à Délos — l'île sacrée où les Troyens errants, la fumée de Troie derrière eux, reçoivent l'oracle qui les enverra, par méprise puis correction, en Italie ; le roi-prêtre désigne le sanctuaire d'un geste ; le port attend en contrebas ; et sur toute la scène insulaire se tient la lumière du dernier Claude à son plus cristallin — pâle, immobile, fraîche comme le matin, l'air même de la prophétie. Le tableau ouvre la dernière série virgilienne : six sujets de l'Énéide peints au cours de la dernière décennie, dont ce Délos est le représentant à la National Gallery et, pour beaucoup, la toile parfaite de la série.
Virgile, enfin, tout entier
Claude peignait des moments virgiliens depuis des décennies ; dans les années 1670, il lut l'épopée d'un bout à l'autre en peinture — Délos, l'erreur de Crète corrigée, la Carthage de Didon, l'embouchure du Tibre, Pallantée, le cerf de Sylvia — et la série tardive est le testament de l'œuvre : le poète de l'exil en marche vers le destin enfin égalé, dans toute sa longueur, par le peintre des seuils. Délos est le matin de la séquence : le premier oracle, la première architecture de l'espérance — et Claude lui donne un rare esprit structurel, relevé depuis longtemps : le grand portique du temple cite les ports à tours rondes de ses propres ports de jeunesse, comme si c'était l'œuvre elle-même que l'on consultait ; tandis que les deux arbres que connaissaient les pèlerins d'Ovide (le palmier et l'olivier des couches de Latone, soigneusement inclus) enracinent la prophétie dans la plus ancienne histoire de l'île. Les figures — l'âge d'Anchise, l'attention de l'enfant, l'écoute d'Énée — appartiennent à la race allongée de la fin, et leur délicatesse convient à la scène : c'est l'histoire à son plus provisoire, une famille entre deux foyers, à qui l'on dit où espérer.
La défense de la dernière manière
Le tableau a servi à la critique de réfutation type de la tradition du « Claude sénile » (la vieille accusation selon laquelle la dernière décennie aurait décliné dans la pâleur et le maniérisme) : son dessin est ferme, son architecture la plus rigoureuse de l'œuvre, sa lumière non pas fanée mais raffinée — le système tonal accordé à des intervalles que l'œuvre antérieure n'avait jamais tentés — et sa poésie inséparable de ces qualités mêmes. Kitson et les catalogues de la Gallery ont bâti le consensus moderne sur des toiles comme celle-ci : le style tardif est un style, choisi, cohérent, et — dans son union d'un air vitreux, d'une architecture grave et d'une patience virgilienne — le sommet de ce que l'essai de ce catalogue appelle le long soir de l'œuvre. Délos, éclairé par le matin, est le paradoxe de ce soir en un seul cadre : la dernière manière peignant l'aube de l'épopée.
Ce qu'il faut regarder
Le portique — comptez ses dettes : les tours des ports de jeunesse, la masse du Panthéon, la prophétie logée dans l'architecture même de l'œuvre ; le palmier et l'olivier sacrés près du sanctuaire, la botanique comme Écriture ; Ascagne qui regarde (l'enfant qui achèvera la série, et l'œuvre, d'une flèche dix ans plus tard — Claude connaissait sûrement la symétrie) ; les pâles navires du port en contrebas, l'étape suivante du voyage déjà gréée ; et la température de la lumière — placez-la auprès de la Reine de Saba de 1648, dans le même bâtiment, et lisez quarante années dans deux ciels : l'or mûri en argent, la promesse de l'arrivée devenue patience de la prophétie, le même soleil, plus éloigné de midi, plus proche du sens.