Le tableau
Huile sur toile, 273 × 193,5 cm — Kunsthistorisches Museum, Vienne. Le premier portrait de la reine par Vigée Le Brun, en pied, en grand habit de cour — robe de satin blanc à paniers brodée d'or, une rose à la main, la couronne sur un coussin posé sur une table, une colonne et une draperie —, peint en 1778 pour la mère de la reine, l'impératrice Marie-Thérèse, et envoyé à Vienne. La peintre avait vingt-trois ans ; la reine, vingt-deux.
La commande
Marie-Thérèse se plaignait depuis des années, dans ses lettres à sa fille, des portraits qu'elle recevait — « ils ne vous ressemblent pas » —, et le choix que fit la reine de la jeune Vigée Le Brun, recommandée par les connaisseurs de la cour et par le comte de Vaudreuil, visait à la satisfaire. La peintre rapporte que l'impératrice fut contente ; la reine, qui aimait la peintre, en commanda d'autres. La commande fit la carrière : à partir de 1778, la peintre appartint à la reine, et l'image de la reine fut pendant onze ans sa production principale.
Le portrait d'apparat
Le tableau est le plus solennel que Vigée Le Brun ait jamais peint et le moins caractéristique : la formule du portrait d'apparat de Rigaud, de Van Loo et de Nattier — la figure en pied, la colonne, la couronne, la draperie, le brocart raide — exécutée par une peintre dont le don allait en sens contraire. Le visage est bien d'elle : la lèvre des Habsbourg, le front haut, le teint qu'elle louait plus que tout autre qu'elle eût vu (« si transparente qu'elle ne prenait point d'ombre »), dotés de la douceur et du léger sourire que l'appareil officiel ne parvient pas tout à fait à étouffer. La robe est une démonstration de ce dont la peintre était capable avec la soie — le satin des paniers, les broderies, les dentelles —, qu'elle abandonnerait, dans les années 1780, pour la mousseline.
Versions
La composition fut répétée : une version à Versailles (la Marie-Antoinette en grand habit de cour de 1783 dans ce catalogue), une autre envoyée à Naples, et des copies d'atelier. La toile de Vienne est la version originale, et c'est le tableau que Marie-Thérèse accrocha.
Historique
Envoyé à Vienne en 1778 ; collection des Habsbourg ; au Kunsthistorisches Museum depuis sa fondation. Prêté à Paris pour la rétrospective de 2015, où il ouvrait la salle de la reine.
Ce qu'il faut regarder
Le visage face à l'appareil ; le satin ; la rose ; la couronne sur son coussin ; les dentelles des manches. Puis comparer la Reine en gaulle de 1783, qui défit tout cela.
La reine à vingt-deux ans
Le visage mérite un paragraphe, car la description qu'en donne la peintre est la meilleure qui nous soit parvenue de l'apparence de Marie-Antoinette : « Marie-Antoinette était grande, admirablement bien faite, assez grasse sans l'être trop. Ses bras étaient superbes, ses mains petites, parfaites de forme, et ses pieds charmants. Elle était la femme de France qui marchait le mieux… Ses traits n'étaient point réguliers ; elle tenait de sa famille cet ovale long et étroit particulier à la nation autrichienne. Elle n'avait point de grands yeux ; leur couleur était presque bleue ; son regard était spirituel et doux, son nez fin et joli, et sa bouche pas trop grande, quoique les lèvres fussent un peu fortes. Mais ce qu'il y avait de plus remarquable dans son visage, c'était l'éclat de son teint. » Le portrait de Vienne rend l'ovale, les yeux, la lèvre inférieure charnue et le teint, contre la robe ; c'est la première tentative de la peintre devant ce visage qu'elle peindrait trente fois, et sa légère raideur est celle de l'occasion, non de la ressemblance.