1790 La Comtesse Ekaterina Skavronskaïa
Œuvre documentée · 5 éditions linguistiques Q41433015 Wikipédia
Le tableau
Huile sur toile, 135 × 95 cm, signée et datée 1790 — musée Jacquemart-André, Paris. Catherine Engelhardt, comtesse Skavronskaïa (1761-1829), nièce de Potemkine et épouse de l'ambassadeur de Russie à Naples, étendue contre un coussin dans une robe blanche avec un châle turc rayé, une main à la joue, l'autre tenant une miniature de son mari, les yeux mi-clos : le portrait napolitain que beaucoup tiennent pour le plus beau tableau de la peintre.
Le modèle
Les Souvenirs lui consacrent un portrait aussi vivant que la peinture : « douce et jolie comme un ange », et « aussi paresseuse » : elle « passait ses journées étendue sur un canapé, enveloppée d'une grande pelisse noire, et sans corset », avec une esclave à ses pieds pour lui conter des histoires, et « toute son occupation était de se regarder dans un miroir ». Elle était la nièce de Potemkine et, disait la rumeur, sa maîtresse ; son mari, Pavel Skavronski, l'ambassadeur, était un excentrique qui ne s'exprimait qu'en récitatif ; elle était couverte des diamants de Potemkine et ne les portait pas. La peintre la peignit deux fois — ici, à Naples, et en 1796 à Pétersbourg (Louvre, dans ce catalogue) —, et les Souvenirs disent qu'elle « ne se lassait pas de la regarder ».
Le tableau
La pose est la langueur décrite : le corps étendu, la tête appuyée sur la main, les yeux mi-clos, le châle tombant librement — l'intimité de la manière poussée jusqu'à la somnolence. La robe blanche et le châle rayé sont le morceau d'étoffe le plus aisé de la peintre, le rouge du coussin l'unique couleur forte, le visage une étude de la beauté douce et ensommeillée qu'admirait la peintre ; la miniature du mari dans la main est le seul signe conventionnel du portrait. Le tableau est l'opposé du portrait costumé : ni allégorie, ni antique, une femme telle qu'elle était sur son sofa.
Historique
La famille Skavronski ; le marché russe ; Nélie Jacquemart, la portraitiste et collectionneuse qui, avec son mari Édouard André, bâtit la maison du boulevard Haussmann et sa collection, l'acheta dans les années 1890 ; au Jacquemart-André depuis 1913, où il est accroché dans le boudoir avec le XVIIIe siècle français du musée, dont c'est le tableau le plus reproduit.
Le voir
Les petites salles du Jacquemart-André sont à la bonne échelle : on voit le tableau de près, et de près les rayures du châle et les plis de la robe montrent la peintre dans sa plus grande liberté. La version de 1796 du Louvre, à quelques kilomètres de là, montre la même femme six ans plus tard et moins heureuse, et il faut voir les deux dans la même journée.
Ce qu'il faut regarder
Les yeux mi-clos ; la main à la joue ; le châle ; le coussin ; la miniature. Puis la page des Souvenirs, qui est le tableau en mots. La liste de la peintre enregistre le portrait de Naples comme « la comtesse Skavronska, couchée », et le catalogue de Baillio l'accepte comme entièrement autographe ; la signature et la date sont en bas à gauche. Nélie Jacquemart, qui avait elle-même été portraitiste avant son mariage, l'acheta comme l'hommage d'une professionnelle, et il est accroché dans ce qui fut son propre boudoir. Le tableau fut prêté à la rétrospective de 2015, où il était le centre de la salle de Naples, et au Met, où ce fut l'objet le plus photographié de l'exposition.





































