Le tableau
Huile sur toile, 73 × 59,5 cm — musée des Beaux-Arts, Troyes. La comtesse de Baussancourt, une jeune femme de la dernière année de la Restauration, à mi-corps, en robe sombre à col blanc et bonnet de dentelle, sur un fond uni : l'un des tout derniers portraits de l'artiste, exécuté à soixante-quinze ans, et le témoin que conserve le musée de Troyes de sa manière tardive.
Les derniers portraits
La liste de l'artiste s'achève en 1835 sur Madame Baudin (Munich, dans ce catalogue) ; les portraits des années 1820 et 1830 sont peu nombreux — la duchesse de Berry, les enfants Gramont, le comte Sapey, Madame de Rivière, celui-ci —, et ils sont l'œuvre d'une femme qui ne peignait plus, selon ses propres termes, « que pour des amis et pour son plaisir ». La Baussancourt appartient au cercle des relations champenoises de l'artiste (les Baussancourt étaient une famille troyenne), et sa présence à Troyes laisse supposer un don de la famille.
Le tableau
La manière est intacte à soixante-quinze ans : la tête tournée, le regard, les lèvres entrouvertes, la chair légère, le fond uni ; ce qui a changé, c'est la robe — la soie sombre et le col blanc des années 1830 — et le traitement, plus sec, la main moins sûre dans la dentelle. Le visage est celui d'une jeune femme, peint avec la tendresse d'autrefois. Le tableau est un document de longévité : la main qui peignit la Reine en 1778 peignit celui-ci en 1830.
Historique
La famille de Baussancourt ; le musée de Troyes, par don ou legs, au XIXe siècle ; depuis lors, les salles françaises des XVIIIe et XIXe siècles du musée.
Le voir
Le musée de Troyes est petit et le tableau s'y trouve aisément ; parmi les portraits de la Restauration du musée, c'est le seul dû à un peintre qui avait connu Marie-Antoinette, et la comparaison avec la manière plus dure des jeunes peintres est la leçon du tableau.
Ce qu'il faut regarder
Le col ; la dentelle du bonnet ; le visage ; les mains. Puis la date, et l'âge de l'artiste.
La manière tardive
La poignée de portraits postérieurs à 1820 partage un traitement sec et soigneux, une palette restreinte (robes sombres, cols blancs, fonds unis) et des visages peints avec la tendresse d'autrefois et une lenteur nouvelle ; la Baussancourt en est typique, et sa valeur est celle d'un témoignage de ce que devint la manière lorsque l'artiste n'en eut plus besoin pour vendre. Le catalogue du musée de Troyes donne la date d'après la liste de l'artiste ; le tableau n'est pas signé, et son attribution repose sur la provenance et sur la manière.
Le voir en contexte
La collection de Troyes comprend les portraitistes provinciaux de la Restauration, et la Baussancourt est accrochée parmi eux comme l'œuvre d'un autre siècle : la tête tournée, le regard, les lèvres sont ceux des années 1780, et la jeune femme au col de 1830 est saluée par un peintre qui avait appris de Greuze, soixante ans plus tôt, la manière de s'adresser à elle. Le tableau a été nettoyé pour la réouverture du musée, et ses chairs, qui avaient jauni, ont retrouvé le rose de l'artiste.
Le modèle
De la comtesse elle-même, on ne sait guère que le domaine champenois de la famille et le mariage ; les Baussancourt étaient une famille noble de l'Aube, et l'entrée du portrait au musée de Troyes par les descendants de la famille en est la seule documentation. Elle est, dans la suite du catalogue, la dernière des jeunes femmes de l'artiste — la fin d'une lignée qui commença avec les filles du comte de Brionne en 1771.