Le tableau
Huile sur toile, 90,5 × 73 cm — musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg. La comtesse Anna Sergueïevna Stroganova, née Troubetskaïa (1765–1824), assise en robe blanche avec un châle rouge, son petit garçon Sergueï en robe blanche sur les genoux, sur un fond sombre : l'une des premières commandes russes, peinte à Pétersbourg en 1795, et celle par laquelle la famille Stroganov introduisit l'artiste auprès de la cour de Russie.
Les Stroganov
Les Stroganov — le comte Alexandre, président de l'Académie des beaux-arts et le plus riche collectionneur de Russie, son fils Pavel (que l'artiste avait peint enfant à Paris en 1790 — le petit portrait de l'Ermitage figure dans ce catalogue) et le cousin de Pavel, Grigori, le baron — furent les premiers protecteurs pétersbourgeois de l'artiste, et les Souvenirs décrivent le palais du comte Alexandre sur la perspective Nevski, sa galerie et sa bonté. Anna Stroganova était l'épouse de Grigori ; le fils assis sur ses genoux, Sergueï, devint général et fondateur de l'école de dessin Stroganov à Moscou.
Le tableau
La composition est celle de la Madame Rousseau — la mère assise, l'enfant sur les genoux — dans la toilette plus riche de la manière russe : le châle rouge, le blanc, le fond sombre ; le visage de l'enfant est la tendresse de l'artiste, celui de la mère l'adresse directe de la manière. Ce qui caractérise les portraits russes, c'est leur échelle et leur couleur — les châles sont plus amples, les rouges plus profonds — et celui-ci, précoce, se tient à la transition.
Historique
La famille Stroganov ; nationalisé en 1917, du palais Stroganov à l'Ermitage ; l'un des huit du musée.
Le voir
La salle Vigée Le Brun de l'Ermitage — le plus important ensemble de ses portraits russes — place la Stroganova à côté du Kourakine et du Tchernychev, et le visiteur qui a vu les tableaux parisiens du Louvre y retrouve la manière transposée : la même étreinte, la même tête tournée, dans une lumière plus froide et sous un châle plus chaud.
Ce qu'il faut regarder
La main de l'enfant ; le châle rouge ; les yeux de la mère ; la robe blanche. Puis le petit Pavel Stroganov de 1790, pour le garçon de la famille à Paris.
Le patronage des Stroganov
Le rôle du comte Alexandre Stroganov pendant les années pétersbourgeoises de l'artiste fut celui qu'avait tenu Vaudreuil à Paris : l'introduction, les premières commandes, le palais où elle était reçue. Les Souvenirs décrivent sa galerie — « la plus belle collection de tableaux de Pétersbourg » — et ses dîners, et les portraits Stroganov (Pavel en 1790, Anna et son fils en 1795, le baron Grigori en 1793, Sophie en 1795) sont la chronique familiale de cette amitié ; l'Ermitage en détient la plupart par nationalisation, et la salle où ils sont accrochés est, en somme, le cabinet de tableaux du palais Stroganov déplacé. Les prix de l'artiste à Pétersbourg — 3 000 roubles pour un portrait en pied, dit-elle, et en proportion pour une demi-figure de ce genre — furent fixés lors des négociations avec les Stroganov, et les Stroganov payèrent les premiers.
Le voir
La toile de l'Ermitage est parmi les mieux conservées de ses Vigée Le Brun ; la robe blanche de l'enfant et le châle rouge de la mère gardent leur couleur, et le fond sombre, qui s'est embu dans certains tableaux russes, reste ici transparent.