Sir Joshua Reynolds

Fils de maître d'école du Devon devenu le peintre le plus honoré de son temps, Joshua Reynolds (Plympton, 1723 – Londres, 1792) a donné à l'Angleterre ce qui lui manquait : une école de peinture, une académie pour l'incarner, et une doctrine — le « grand style » — pour hausser le portrait, seul genre que voulait bien lui payer sa clientèle, à la dignité de la peinture d'histoire.

Repères

Naissance
16 juillet 1723 à Plympton (Devon)
Mort
23 février 1792 à Londres ; inhumé à la cathédrale Saint-Paul
Formation
Apprenti du portraitiste Thomas Hudson ; Italie 1749–1752, Rome surtout
Royal Academy
Fondateur et premier président, 1768 ; anobli en 1769
Doctrine
Quinze Discourses on Art prononcés à l'Academy, 1769–1790
Production
Environ 2 000 portraits ; peintre principal du roi en 1784
Cercle
Fondateur du Literary Club avec Samuel Johnson (1764) ; ami de Burke, Garrick, Goldsmith
Autoportrait — le président-fondateur de la Royal Academy — Wikimedia Commons.
Autoportrait — le président-fondateur de la Royal Academy — Wikimedia Commons.
Portrait d'Omai (c. 1776) : le « grand style » appliqué à un voyageur des mers du Sud — Wikimedia Commons.
Portrait d'Omai (c. 1776) : le « grand style » appliqué à un voyageur des mers du Sud — Wikimedia Commons.
À lire aussi : la monographie illustrée — un essai d'environ 9 800 mots et le catalogue complet des 790 œuvres selon Wikidata, chacune commentée.

De Plympton à Leicester Fields

Formé chez le portraitiste à la mode Thomas Hudson, Reynolds fait le voyage décisif : trois ans en Italie (1749–1752), passés moins à copier qu'à comprendre — Michel-Ange qu'il vénérera jusqu'à son dernier Discourse, Raphaël, les Vénitiens dont il scrute les ombres. (C'est au Vatican, dit-on, qu'il contracte la surdité qui lui vaudra son cornet acoustique, accessoire fameux de ses autoportraits.) Installé à Londres, il impose vite un portrait d'un genre nouveau : le Commodore Keppel (1752–1753), marchant sur le rivage dans la pose de l'Apollon du Belvédère, fait sensation — le modèle contemporain haussé par la citation antique. Bientôt à la tête du plus grand atelier de Londres — jusqu'à cent cinquante modèles par an, des aides pour les draperies —, il tient table ouverte, fonde avec Samuel Johnson le Literary Club (1764), et devient le centre mondain et intellectuel de la peinture anglaise.

La Royal Academy et les Discourses

Quand George III fonde la Royal Academy en 1768, Reynolds en est le président inévitable ; il est fait chevalier l'année suivante. Pendant plus de vingt ans, il prononce à la remise des prix ses quinze Discourses on Art — le monument de la théorie artistique anglaise. Doctrine classique en apparence : imiter les maîtres, viser la « beauté générale » plutôt que l'accident particulier, hiérarchie des genres. Mais doctrine souple, nourrie de Locke et de l'empirisme : le goût s'éduque par l'expérience, le génie est un travail, et le dernier Discourse (1790) s'achève sur le nom de Michel-Ange, l'exception sublime qui excède les règles. En pratique, Reynolds lui-même n'a cessé de négocier entre le « grand style » et le marché : ses portraits « historiés » — Mrs Siddons en Muse de la tragédie, les Trois dames ornant un terme de l'Hymen — sont précisément ce compromis génial, où duchesses et actrices deviennent allégories sans cesser d'être ressemblantes. Son rival Gainsborough, plus doué peut-être, plus naturel sûrement, n'eut ni sa doctrine ni son empire.

Œuvres majeures

Sélection d'œuvres, avec lieux de conservation actuels
ŒuvreDateLieu
Le Commodore Augustus Keppel1752–1753National Maritime Museum, Greenwich
Nelly O'Brienc. 1762–1764Wallace Collection, Londres
Trois dames ornant un terme de l'Hymen (les sœurs Montgomery)1773Tate Britain, Londres
Lady Cockburn et ses trois fils aînés1773National Gallery, Londres
Omaic. 1776Acquis conjointement par la National Portrait Gallery et le Getty, 2023
Georgiana, duchesse de Devonshire, et sa fille1784Chatsworth House
Mrs Siddons en Muse de la tragédie1784Huntington Library, San Marino
Le Colonel Tarleton1782National Gallery, Londres
Master Hare1788–1789Louvre, Paris
L'Âge de l'innocencec. 1788Tate Britain, Londres
Autoportrait en docteur d'Oxfordc. 1780Royal Academy, Londres

Postérité

Mort couvert d'honneurs — Burke rédigea son éloge, trois ducs portèrent son cercueil à Saint-Paul —, Reynolds resta un siècle durant le fondateur révéré contre lequel il fallut se rebeller : Blake couvrit ses Discourses d'annotations furieuses (« This Man was Hired to Depress Art »), Ruskin et les préraphaélites lui préférèrent la sincérité gothique. Mais l'école anglaise du portrait — Lawrence, puis tout le portrait mondain jusqu'à Sargent — descend de lui, et les Discourses, admirés de Constable comme de Delacroix, demeurent le plus lisible des traités classiques : l'œuvre d'un peintre qui pensait, et d'un penseur qui savait ce que peindre veut dire.

En perspective

En perspective

Le plateau des années 1770–1780 correspond aux années Royal Academy : c'est en légiférant sur la peinture que Reynolds a le plus peint. La base illustre l'ambivalence du personnage — le théoricien du « grand style » est aussi l'industriel du portrait, à cent cinquante modèles par an.

Bibliographie

  • Joshua Reynolds, Discourses on Art (1769–1790) ; trad. fr. Discours sur la peinture, Paris, ENSBA, coll. « Beaux-arts histoire », 1991.
  • David Mannings, Sir Joshua Reynolds: A Complete Catalogue of his Paintings, 2 vol., New Haven, Yale University Press, 2000.
  • Sir Joshua Reynolds, catalogue d'exposition (Grand Palais, 1985), Paris, RMN, 1985.
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