Raphaël

Raffaello Sanzio (Urbino, 1483 – Rome, 1520) meurt à trente-sept ans, le jour du Vendredi saint, comblé d'honneurs, pleuré par la cour pontificale entière. En une carrière de vingt ans à peine, il a défini pour trois siècles l'idée même de la perfection en peinture : la grâce — cette aisance suprême qui cache l'effort — au service d'une synthèse de tout ce que la Renaissance italienne avait conquis avant lui.

Repères

Naissance
1483 à Urbino, fils du peintre Giovanni Santi
Mort
6 avril 1520 à Rome, à 37 ans ; inhumé au Panthéon
Formation
Atelier de son père, puis auprès du Pérugin ; Florence vers 1504–1508
Rome
Appelé par Jules II en 1508 ; Chambres du Vatican, 1508–1520
Charges
Architecte de Saint-Pierre (1514) ; préfet des antiquités de Rome (1515)
Œuvres phares
L'École d'Athènes, La Madone Sixtine, Portrait de Baldassare Castiglione, La Transfiguration
L'École d'Athènes (1509–1511), chambre de la Signature, Vatican — Wikimedia Commons.
L'École d'Athènes (1509–1511), chambre de la Signature, Vatican — Wikimedia Commons.
La Madone Sixtine (c. 1513–1514), Dresde — et ses deux angelots devenus icônes de carte postale — Wikimedia Commons.
La Madone Sixtine (c. 1513–1514), Dresde — et ses deux angelots devenus icônes de carte postale — Wikimedia Commons.
Portrait de Baldassare Castiglione (c. 1514–1515), Louvre — Wikimedia Commons.
Portrait de Baldassare Castiglione (c. 1514–1515), Louvre — Wikimedia Commons.
À lire aussi : la monographie illustrée — un essai d'environ 11 700 mots et le catalogue complet des 324 œuvres selon Wikidata, chacune commentée.

D'Urbino à Florence

Fils du peintre et poète de cour Giovanni Santi, Raphaël grandit à Urbino, l'une des cours les plus raffinées d'Italie — celle-là même où se situera le Livre du Courtisan de son ami Castiglione. Orphelin à onze ans, formé dans l'orbite du Pérugin dont il assimile la douceur et les compositions claires, il est déjà qualifié de magister à dix-sept ans. Les retables ombriens de ses débuts (Le Mariage de la Vierge, 1504, dépasse ouvertement son modèle péruginesque) précèdent le séjour décisif : à Florence, de 1504 à 1508, il étudie Léonard — le sfumato, la pyramide des compositions, la Joconde dont son portrait de Maddalena Doni se souvient — et Michel-Ange. De ces années datent les grandes séries de Madones (du Grand-Duc, du Chardonneret, la Belle Jardinière), variations inépuisables sur le triangle mère-enfant où la géométrie se fait tendresse.

Rome : les Chambres et la gloire

Fin 1508, Jules II l'appelle à Rome pour décorer ses appartements privés. Dans la Chambre de la Signature (1508–1511), Raphaël peint le manifeste visuel de la Renaissance : La Dispute du Saint-Sacrement face à L'École d'Athènes — la théologie et la philosophie, Platon et Aristote au centre d'une architecture idéale, entourés de tous les savoirs, avec Héraclite pensif sous les traits de Michel-Ange, alors au plafond de la Sixtine voisine. Suivent la Chambre d'Héliodore (1511–1514), au drame et aux lumières nocturnes plus audacieux (La Délivrance de saint Pierre), puis la Chambre de l'Incendie, largement exécutée par l'atelier.

Car Raphaël devient à Rome un chef d'entreprise artistique sans précédent : cartons pour les tapisseries de la Sixtine, décor des Loges vaticanes, fresques de la villa Farnésine (Le Triomphe de Galatée), chantier de Saint-Pierre dont Léon X le nomme architecte en 1514, relevé des antiquités romaines dont il est fait préfet — le tout mené par une équipe brillante (Jules Romain, Penni, Giovanni da Udine) qu'il dirige avec une autorité affable. Ses portraits de ces années — Jules II, Baldassare Castiglione, si sobre et si présent, La Fornarina, Léon X entre deux cardinaux — comptent parmi les plus pénétrants du siècle. Il meurt le 6 avril 1520, laissant inachevée La Transfiguration, placée au-dessus de son lit funèbre.

Œuvres majeures

Sélection d'œuvres, avec lieux de conservation actuels
ŒuvreDateLieu
Le Mariage de la Vierge1504Pinacothèque de Brera, Milan
La Madone du Grand-Ducc. 1505Palais Pitti, Florence
La Madone du Chardonneretc. 1506Offices, Florence
La Belle Jardinière1507–1508Louvre, Paris
La Dispute du Saint-Sacrement1509–1510Chambre de la Signature, Vatican
L'École d'Athènes1509–1511Chambre de la Signature, Vatican
Le Triomphe de Galatéec. 1512Villa Farnésine, Rome
Portrait de Jules II1511–1512National Gallery, Londres
La Madone Sixtinec. 1513–1514Gemäldegalerie Alte Meister, Dresde
La Madone de la chaisec. 1513–1514Palais Pitti, Florence
Portrait de Baldassare Castiglionec. 1514–1515Louvre, Paris
La Délivrance de saint Pierre1514Chambre d'Héliodore, Vatican
Cartons des Actes des Apôtres1515–1516Victoria & Albert Museum, Londres
La Fornarinac. 1518–1519Palais Barberini, Rome
Léon X entre deux cardinaux1518–1519Offices, Florence
La Transfiguration1518–1520Pinacothèque vaticane, Rome

La postérité de la grâce

Aucun peintre n'a exercé si longtemps une autorité si peu contestée. Pour les académies, de Bologne à Paris, Raphaël est le canon : Poussin le médite, Ingres en fait un culte — la Madone de la chaise apparaît en fétiche dans plusieurs de ses toiles. Il faut attendre les préraphaélites anglais, qui choisissent leur nom contre lui, pour que l'étoile pâlisse au profit de ses devanciers « primitifs ». Le XXe siècle, plus sensible au tourment qu'à l'harmonie, lui a longtemps préféré Michel-Ange ou Léonard ; les expositions du cinquième centenaire (Rome, 2020) ont rappelé l'évidence : une intelligence picturale totale — composition, couleur, portrait, architecture, archéologie — servie par la plus déliée des mains.

En perspective

En perspective

La colonne 1510 dit tout : la décennie romaine concentre l'essentiel des chefs-d'œuvre — en dix ans, Raphaël produit plus d'icônes durables que la plupart des écoles entières. La courbe s'interrompt net en 1520 : c'est le seul peintre dont la « période tardive » soit un contrefactuel.

Bibliographie

  • Giorgio Vasari, « Vie de Raphaël d'Urbino », dans Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes (1550/1568), trad. fr. sous la dir. d'André Chastel, Berger-Levrault, 1981–1989.
  • Pierluigi De Vecchi, Raphaël, trad. fr., Paris, Citadelles & Mazenod, 2002.
  • Raphaël, les dernières années, catalogue d'exposition (Louvre, 2012 ; Prado, 2012–2013), Paris, Hazan / Louvre éditions, 2012.
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