Raphaël
Raffaello Sanzio (Urbino, 1483 – Rome, 1520) meurt à trente-sept ans, le jour du Vendredi saint, comblé d'honneurs, pleuré par la cour pontificale entière. En une carrière de vingt ans à peine, il a défini pour trois siècles l'idée même de la perfection en peinture : la grâce — cette aisance suprême qui cache l'effort — au service d'une synthèse de tout ce que la Renaissance italienne avait conquis avant lui.
Repères
- Naissance
- 1483 à Urbino, fils du peintre Giovanni Santi
- Mort
- 6 avril 1520 à Rome, à 37 ans ; inhumé au Panthéon
- Formation
- Atelier de son père, puis auprès du Pérugin ; Florence vers 1504–1508
- Rome
- Appelé par Jules II en 1508 ; Chambres du Vatican, 1508–1520
- Charges
- Architecte de Saint-Pierre (1514) ; préfet des antiquités de Rome (1515)
- Œuvres phares
- L'École d'Athènes, La Madone Sixtine, Portrait de Baldassare Castiglione, La Transfiguration



D'Urbino à Florence
Fils du peintre et poète de cour Giovanni Santi, Raphaël grandit à Urbino, l'une des cours les plus raffinées d'Italie — celle-là même où se situera le Livre du Courtisan de son ami Castiglione. Orphelin à onze ans, formé dans l'orbite du Pérugin dont il assimile la douceur et les compositions claires, il est déjà qualifié de magister à dix-sept ans. Les retables ombriens de ses débuts (Le Mariage de la Vierge, 1504, dépasse ouvertement son modèle péruginesque) précèdent le séjour décisif : à Florence, de 1504 à 1508, il étudie Léonard — le sfumato, la pyramide des compositions, la Joconde dont son portrait de Maddalena Doni se souvient — et Michel-Ange. De ces années datent les grandes séries de Madones (du Grand-Duc, du Chardonneret, la Belle Jardinière), variations inépuisables sur le triangle mère-enfant où la géométrie se fait tendresse.
Rome : les Chambres et la gloire
Fin 1508, Jules II l'appelle à Rome pour décorer ses appartements privés. Dans la Chambre de la Signature (1508–1511), Raphaël peint le manifeste visuel de la Renaissance : La Dispute du Saint-Sacrement face à L'École d'Athènes — la théologie et la philosophie, Platon et Aristote au centre d'une architecture idéale, entourés de tous les savoirs, avec Héraclite pensif sous les traits de Michel-Ange, alors au plafond de la Sixtine voisine. Suivent la Chambre d'Héliodore (1511–1514), au drame et aux lumières nocturnes plus audacieux (La Délivrance de saint Pierre), puis la Chambre de l'Incendie, largement exécutée par l'atelier.
Car Raphaël devient à Rome un chef d'entreprise artistique sans précédent : cartons pour les tapisseries de la Sixtine, décor des Loges vaticanes, fresques de la villa Farnésine (Le Triomphe de Galatée), chantier de Saint-Pierre dont Léon X le nomme architecte en 1514, relevé des antiquités romaines dont il est fait préfet — le tout mené par une équipe brillante (Jules Romain, Penni, Giovanni da Udine) qu'il dirige avec une autorité affable. Ses portraits de ces années — Jules II, Baldassare Castiglione, si sobre et si présent, La Fornarina, Léon X entre deux cardinaux — comptent parmi les plus pénétrants du siècle. Il meurt le 6 avril 1520, laissant inachevée La Transfiguration, placée au-dessus de son lit funèbre.
Œuvres majeures
| Œuvre | Date | Lieu |
|---|---|---|
| Le Mariage de la Vierge | 1504 | Pinacothèque de Brera, Milan |
| La Madone du Grand-Duc | c. 1505 | Palais Pitti, Florence |
| La Madone du Chardonneret | c. 1506 | Offices, Florence |
| La Belle Jardinière | 1507–1508 | Louvre, Paris |
| La Dispute du Saint-Sacrement | 1509–1510 | Chambre de la Signature, Vatican |
| L'École d'Athènes | 1509–1511 | Chambre de la Signature, Vatican |
| Le Triomphe de Galatée | c. 1512 | Villa Farnésine, Rome |
| Portrait de Jules II | 1511–1512 | National Gallery, Londres |
| La Madone Sixtine | c. 1513–1514 | Gemäldegalerie Alte Meister, Dresde |
| La Madone de la chaise | c. 1513–1514 | Palais Pitti, Florence |
| Portrait de Baldassare Castiglione | c. 1514–1515 | Louvre, Paris |
| La Délivrance de saint Pierre | 1514 | Chambre d'Héliodore, Vatican |
| Cartons des Actes des Apôtres | 1515–1516 | Victoria & Albert Museum, Londres |
| La Fornarina | c. 1518–1519 | Palais Barberini, Rome |
| Léon X entre deux cardinaux | 1518–1519 | Offices, Florence |
| La Transfiguration | 1518–1520 | Pinacothèque vaticane, Rome |
La postérité de la grâce
Aucun peintre n'a exercé si longtemps une autorité si peu contestée. Pour les académies, de Bologne à Paris, Raphaël est le canon : Poussin le médite, Ingres en fait un culte — la Madone de la chaise apparaît en fétiche dans plusieurs de ses toiles. Il faut attendre les préraphaélites anglais, qui choisissent leur nom contre lui, pour que l'étoile pâlisse au profit de ses devanciers « primitifs ». Le XXe siècle, plus sensible au tourment qu'à l'harmonie, lui a longtemps préféré Michel-Ange ou Léonard ; les expositions du cinquième centenaire (Rome, 2020) ont rappelé l'évidence : une intelligence picturale totale — composition, couleur, portrait, architecture, archéologie — servie par la plus déliée des mains.
En perspective
La colonne 1510 dit tout : la décennie romaine concentre l'essentiel des chefs-d'œuvre — en dix ans, Raphaël produit plus d'icônes durables que la plupart des écoles entières. La courbe s'interrompt net en 1520 : c'est le seul peintre dont la « période tardive » soit un contrefactuel.
Bibliographie
- Giorgio Vasari, « Vie de Raphaël d'Urbino », dans Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes (1550/1568), trad. fr. sous la dir. d'André Chastel, Berger-Levrault, 1981–1989.
- Pierluigi De Vecchi, Raphaël, trad. fr., Paris, Citadelles & Mazenod, 2002.
- Raphaël, les dernières années, catalogue d'exposition (Louvre, 2012 ; Prado, 2012–2013), Paris, Hazan / Louvre éditions, 2012.