Pinacoteca Vaticana · peinture, polyptyque · transposé sur toile, panneau, huile · 272 × 165 cm
L'œuvre la plus vaste et la plus ambitieuse des années ombriennes, peinte pour la chapelle de la famille Oddi dans l'église franciscaine de San Francesco al Prato à Pérouse, sur l'ordre de Maddalena degli Oddi (ou, selon une autre lecture des documents, de Leandra Baglioni, entrée dans la famille par mariage et dont le fils Simone était le patron de la chapelle) ; on la date habituellement vers 1502–1504, et elle demeura sur l'autel Oddi jusqu'en 1797, lorsqu'elle fut réquisitionnée pour Paris en vertu du traité de Tolentino. Au Louvre, elle fut transposée du panneau sur toile, non sans dommage ; elle fut restituée en 1815 et se trouve depuis à la Pinacothèque vaticane, avec ses trois panneaux de prédelle (Annonciation, Adoration des mages, Présentation au Temple), qui furent eux aussi envoyés à Paris et eux aussi restitués. Le panneau principal mesure 272 sur 165 cm.
Le sujet
Le sujet est composite : l'Assomption de la Vierge, vue depuis la terre, et son Couronnement au ciel. En bas, les douze apôtres, debout ou agenouillés, entourent un sarcophage de marbre ouvert d'où la Vierge s'est élevée et qui est maintenant rempli, au lieu d'un corps, de roses et de lys — l'iconographie courante de l'Assomption dans la peinture ombrienne, tirée de la Légende dorée, où les apôtres, arrivés trop tard, trouvent le tombeau vide et fleuri. Thomas, au centre, s'agenouille en tenant la ceinture qu'elle laissa tomber vers lui comme preuve de son assomption corporelle — la relique vénérée à Prato, et une spécialité toscano-ombrienne du sujet. Les autres lèvent les yeux, désignent, joignent les mains, se tournent les uns vers les autres. En haut, sur un banc de nuées qui coupe le panneau en deux zones, le Christ pose une couronne sur la tête de la Vierge, assise à ses côtés les yeux baissés et les mains croisées ; quatre anges musiciens — deux avec tambourin et viole, deux avec luth et vièle — les encadrent, et des têtes de chérubins remplissent le ciel. Un paysage de collines et une petite ville ferment le lointain entre les deux zones.
Le modèle et l'écart
Le tableau est bâti sur le Pérugin, et en particulier sur la grande Assomption du Pérugin pour Vallombrosa (1500, aujourd'hui à l'Accademia de Florence) et sur son Assomption de la Sixtine, peinte pour Sixte IV sur le mur de l'autel de la chapelle et détruite lorsque Michel-Ange peignit le Jugement dernier : la même ordonnance à deux étages de témoins terrestres et d'événement céleste, la même symétrie, les mêmes anges dansants aux rubans, le même paysage. Les franciscains de Pérouse, qui avaient commandé au Pérugin certaines de ses plus belles œuvres, devaient attendre exactement cela, et Raphaël le leur donna. Ce qui est neuf, c'est la moitié inférieure. Les apôtres du Pérugin se tiennent en rang et lèvent les yeux ; ceux de Raphaël sont une foule d'individus, chacun avec sa propre réaction, disposés autour du tombeau en un ovale lâche qui donne au groupe profondeur et mouvement. Celui qui, au bord gauche, se penche en avant les mains jointes, celui qui, à droite, lève le bras et se détourne, Thomas agenouillé vu de dos avec la ceinture, la figure à barbe grise au fond qui regarde non pas vers le haut mais de côté, vers son voisin — ce sont des études d'après nature, posées dans l'atelier, et les dessins en subsistent.
Les dessins
Le retable Oddi est la première œuvre de Raphaël pour laquelle subsiste un ensemble substantiel de dessins préparatoires, et ils en sont la clef. Il existe à Oxford, à Lille, à Londres et à Stockholm des études à la pointe de métal et à la plume pour des apôtres isolés et pour des groupes, dont des feuilles où le même garzone — le garçon d'atelier qui servait de modèle — est dessiné d'abord nu puis drapé, de manière à comprendre la chute de l'étoffe sur le corps qu'elle recouvre ; il existe des études pour les anges, pour la Vierge, pour des mains ; il existe une feuille à Lille avec toute la composition à la plume. Ensemble, ils montrent une méthode qui est déjà la méthode de la maturité : la composition d'abord, puis les figures d'après le modèle, puis le carton. Ils montrent aussi un jeune peintre qui dessinait bien plus que le tableau ne l'exigeait, qui essayait des poses et les rejetait, et qui conservait les feuilles. C'est la méthode que Raphaël emploierait tout le reste de sa vie, et le retable Oddi est la première œuvre où ses résultats sont visibles à grande échelle. (Les études à la pointe de métal, en argent sur un papier préparé rosé, comptent parmi les plus beaux dessins des années ombriennes ; elles montrent une main qui était, à vingt ans, déjà aussi sûre que celle du Pérugin et bien plus curieuse.)
La zone supérieure
La zone supérieure est plus conventionnelle et, à sa manière, plus belle. La Vierge et le Christ sont du type du Pérugin — les paupières baissées et légèrement gonflées de la Vierge et sa petite bouche, la barbe douce du Christ et le lent geste cérémoniel du couronnement ; les anges comptent parmi les plus gracieux qu'il ait jamais peints — celle au tambourin en particulier, la tête tournée et la draperie flottante, est une danseuse ombrienne faite céleste —, et la musique qu'ils font est exactement observée : la viole est jouée à l'archet comme il faut, le luth correctement doigté, le tambourin frappé. Les têtes de chérubins, flottant dans le bleu, sont un premier essai du motif qui deviendrait la nuée de visages derrière la Madone Sixtine. Et la jonction entre les deux zones — la bande de nuées sur laquelle sont assises les figures célestes, éclairée par en dessous — est traitée avec une douceur atmosphérique qui n'est pas celle du Pérugin.
Technique et état
La couleur est ombrienne et la lumière douce ; la facture est l'huile fine, mince et émaillée de la première période, quelque peu aplatie par la transposition sur toile, qui a donné à l'ensemble une surface légèrement sèche et rendu visibles en lumière rasante les joints du panneau d'origine. La transposition, exécutée à Paris par le restaurateur Hacquin vers 1800 — les Français étaient fiers de cette technique, qui consistait à coller la couche picturale sur une toile et à raboter le bois au revers —, sauva le tableau des vers et du gauchissement qui le menaçaient, mais lui coûta une partie de sa surface ; le ciel a été retouché, et les chérubins ont perdu leur netteté. Les draperies sont pour l'essentiel intactes. Le dessin des figures est bien plus net que tout ce que produisait l'atelier du Pérugin, et les visages des apôtres, quoique encore idéalisés, commencent à être des visages.
Sa place
Deux choses rendent le Couronnement Oddi décisif. La première est qu'il montre Raphaël affrontant pour la première fois le problème du grand retable narratif — comment faire agir une foule de concert — et le résolvant, à vingt ans, par la méthode qu'il affinerait à Rome : des individus étudiés séparément, puis composés. La seconde est que c'est la première œuvre où les deux moitiés de son art, la dévotionnelle et la dramatique, sont présentes ensemble et pas encore réconciliées : le ciel hiératique en haut, la terre humaine en bas, reliés par les fleurs du tombeau. La Dispute du Saint-Sacrement, six ans plus tard, ferait de cette même division la structure d'un chef-d'œuvre ; le retable Oddi est l'endroit où il apprit que la division pouvait être amenée à signifier quelque chose.
Les panneaux de prédelle — qui racontent, en trois petites scènes oblongues, l'Annonciation, l'Adoration des mages et la Présentation — font l'objet de notices distinctes dans ce catalogue (Q116286717, Q140247103) ; chacun est une miniature d'une délicatesse extraordinaire, l'Adoration en particulier une petite anthologie de types de figures, avec une paire de chevaux et un groupe de serviteurs qui annoncent le Mariage de la Vierge. Le retable et sa prédelle sont présentés ensemble à la Pinacothèque vaticane, dans la salle qui abrite aussi la Madone de Foligno et la Transfiguration — le début, le milieu et la fin de la carrière sur trois murs.
La famille Oddi, pour laquelle il fut peint, appartenait à la noblesse pérugine, en guerre perpétuelle avec les Baglioni ; sa chapelle de San Francesco al Prato se trouvait à quelques mètres de la chapelle Baglioni pour laquelle, en 1507, Raphaël peindrait la Déposition aujourd'hui à la Galerie Borghèse. Que le même peintre ait servi les deux familles, en moins de cinq ans, avec les deux retables les plus importants de sa période ombro-florentine, est un petit fait lourd de sens : la réputation de Raphaël fut, dès le départ, au-dessus des factions.
Vasari et l'histoire ultérieure
Vasari, qui vit le retable à San Francesco al Prato, le décrivit avec une précision inhabituelle : la Vierge couronnée par le Christ « au milieu d'un chœur d'anges », les apôtres en bas « contemplant la gloire céleste » avec « des expressions d'émerveillement », et la prédelle avec ses trois petites histoires « exécutées avec une diligence infinie ». Il nota aussi que l'œuvre était faite « à la manière de Pietro » — le Pérugin — et qu'elle montrait « combien Raphaël avait profité » de son maître, jugement que le tableau confirme encore. Les franciscains de Pérouse la chérissaient ; elle fut l'une des premières œuvres saisies par les commissaires français en vertu du traité de Tolentino en 1797, et elle partit pour Paris avec les retables du Pérugin de la même ville. Là, au Musée Napoléon, elle fut transposée sur toile et exposée dans la Grande Galerie ; après Waterloo, elle fut au nombre des œuvres récupérées par Canova pour les États pontificaux, et elle fut placée non pas à Pérouse mais dans la nouvelle Pinacothèque vaticane que Pie VII créa pour abriter les tableaux restitués — un transfert que les Pérugins n'ont jamais tout à fait pardonné.
Ce qu'il faut regarder
Vu au Vatican aujourd'hui, le Couronnement Oddi est souvent dépassé par les visiteurs qui se hâtent vers la Transfiguration au fond de la salle. Il récompense une halte. Que l'on regarde d'abord l'apôtre à l'extrême gauche, qui se penche sur le tombeau les mains jointes : il est la première des figures de Raphaël à être vue dans un véritable mouvement de rotation, le corps et la tête tournés l'un contre l'autre, et le dessin d'Oxford qui le prépare montre avec quel soin la pose fut construite. Que l'on regarde ensuite Thomas, vu presque de dos, élevant la ceinture — une étude de draperie sur un corps accroupi que la Déposition Baglioni développerait. Que l'on regarde les fleurs du tombeau, chaque lys et chaque rose peints comme pour un botaniste. Et que l'on regarde enfin les quatre anges musiciens, qui sont le Pérugin le plus pur du tableau et aussi ce qu'il a de plus enchanteur : la joueuse de tambourin à gauche, avec sa tête tournée et son voile flottant, est l'image sur laquelle reposa en grande partie l'amour du XIXe siècle pour le Raphaël « des débuts », et elle est l'ancêtre de tous les anges dansants du répertoire nazaréen.
Le contexte franciscain
San Francesco al Prato, la grande église franciscaine de Pérouse, était le panthéon de la ville : ses chapelles appartenaient aux premières familles — les Oddi, les Baglioni, les Ranieri — et ses autels portaient les tableaux les plus importants de la cité, parmi lesquels la Déposition et la Résurrection du Pérugin et, à partir de 1507, la Déposition Baglioni de Raphaël. Les franciscains avaient une dévotion particulière pour l'Assomption et le Couronnement de la Vierge, et l'iconographie du retable Oddi, avec la ceinture donnée à Thomas, appartient à une tradition que l'ordre cultivait depuis Giotto. L'église elle-même, bâtie sur un sol instable, subit des effondrements répétés ; elle fut sécularisée au XIXe siècle et est aujourd'hui, après une longue restauration, une salle de concert et le Museo dell'Accademia, ses chapelles vidées des retables qui firent sa renommée. La chapelle Oddi, à gauche de la nef, peut encore être identifiée ; le tableau qui s'y trouvait est au Vatican, sa prédelle à ses côtés, et le visiteur de Pérouse doit imaginer l'ensemble. La Galleria Nazionale dell'Umbria, de l'autre côté de la place, conserve les retables du Pérugin qui furent rendus à la ville et qui fournissent le contexte immédiat de celui de Raphaël ; vus après eux, les photographies du retable Oddi et l'original du Vatican rendent également manifestes la dette du jeune peintre et sa différence. C'est, en fin de compte, le tableau par lequel Raphaël annonça à Pérouse — la ville même du Pérugin — qu'il y avait un nouveau peintre en Ombrie, et la ville semble avoir compris : en moins de deux ans il obtenait les commandes Ansidei et Colonna et, en 1507, le retable Baglioni pour la chapelle voisine.