Le tableau
Un panneau, 155,5 × 119,5 cm, aux Offices, à Florence : le pape Léon X, assis à une table couverte d'un tapis rouge, coiffé d'un camauro et vêtu d'une mozette de velours rouge sur un rochet de damas blanc, vu aux trois quarts de sa hauteur et légèrement tourné vers la gauche, tient une loupe de la main gauche au-dessus d'un manuscrit enluminé ouvert sur la table et appuie la droite sur le bord de celle-ci ; à côté de lui, sur la table, une clochette d'argent ciselé ; derrière lui, debout, deux cardinaux en rouge — à gauche Giulio de' Medici, son cousin, le futur Clément VII, qui regarde le pape ; à droite Luigi de' Rossi, un autre cousin, qui serre le dossier du fauteuil pontifical et regarde le spectateur ; derrière eux, un mur sombre avec un pilastre et, en haut à gauche, une fenêtre qui se reflète dans la pomme de laiton du fauteuil. Le visage du pape est lourd, charnu, pâle, glabre, avec de petits yeux myopes et une bouche serrée ; la lumière tombe de la gauche, et les rouges — trois nuances de rouge, le velours, le damas, la soie des cardinaux — emplissent le tableau.
La commande
Le portrait fut peint en 1518, à Rome, et envoyé à Florence pour les noces du neveu du pape, Laurent de Médicis, duc d'Urbin, avec Madeleine de La Tour d'Auvergne en septembre de cette année ; le pape, qui ne pouvait y assister, envoya son effigie présider le festin au palais Médicis. Il demeura à Florence chez les Médicis, passa aux Offices, fut emporté à Paris en 1799 et restitué en 1815, et se trouve aux Offices depuis lors ; une copie d'Andrea del Sarto, si bonne qu'elle fut envoyée à Mantoue comme l'original et trompa Giulio Romano, est à Naples (le récit que fait Vasari de la supercherie compte parmi ses meilleurs). Le manuscrit placé sous la loupe du pape est la Bible Hamilton, un codex napolitain du XIVe siècle aujourd'hui à Berlin, ouvert au début de l'Évangile de Jean ; la clochette est une pièce d'argenterie romaine du genre que Léon collectionnait.
Le portrait
Le Léon X est le second des grands portraits pontificaux de Raphaël, et le plus mondain : là où le Jules II montre un guerrier pensif, le Léon montre un connaisseur à sa table — le livre enluminé, la loupe (le pape était myope), la clochette d'argent, le velours et le damas —, un prince de l'Église dans son cabinet, entouré de ses parents et de ses objets. La composition est un triangle de trois têtes sur une base de rouge, avec le pape au sommet ; les deux cardinaux, l'un le regardant et l'autre nous regardant, l'encadrent et étendent le champ d'adresse du tableau — le regard de Giulio vers le pape, celui de Rossi vers le spectateur, celui du pape lui-même vers le lointain. La tension entre les trois — le pape absorbé, les cousins aux aguets — confère au groupe une charge politique que les contemporains lurent comme l'affirmation de la mainmise de la famille Médicis sur la papauté, et que les spectateurs ultérieurs ont lue comme un présage : Giulio serait pape cinq ans plus tard, et affronterait le Sac.
Les matières
L'éloge que Vasari fit du tableau portait sur le rendu des matières — « le velours a son poil, le damas brille et bruisse, la fourrure est douce, l'or et la soie semblent vrais » —, et c'est le tableau où la peinture des étoffes atteignit chez Raphaël son apogée : le velours rouge du camauro et de la mozette, avec son poil ; le damas blanc du rochet, dont le motif est relevé d'un blanc plus clair ; la soie des cardinaux ; le tapis rouge de la table ; le vélin du livre, avec sa miniature et son initiale enluminée ; la pomme de laiton du fauteuil, où se reflète une fenêtre ; la clochette d'argent, dont la lumière accroche la ciselure. L'ensemble est une démonstration de textures en trois rouges et un blanc, et c'est le modèle du Paul III de Titien et de tous les portraits pontificaux qui suivirent : le prince parmi ses possessions, en rouge.
Le visage
Le visage du pape est la vérité du tableau. Léon était gros, pâle, myope et sans beauté, et Raphaël le peignit ainsi — les bajoues lourdes, les petits yeux, la bouche pincée — avec une franchise qui n'est pas malveillante mais ne flatte pas ; c'est le visage d'un homme intelligent, sensuel, calculateur, absorbé par un livre et conscient d'être observé. C'est le même visage que dans l'Attila de la Chambre d'Héliodore et dans les papes de la Chambre de l'Incendie, mûri ; et c'est, avec le Jules II, la raison pour laquelle les papes Médicis et della Rovere sont les deux pontifes de la Renaissance que chacun peut se représenter.
Technique et état de conservation
Le panneau est en peuplier ; la préparation blanche ; le dessin sous-jacent (visible à l'infrarouge) libre, avec des ajustements dans la position des cardinaux et dans les mains du pape ; la peinture est l'huile pleine des dernières années romaines, les rouges en vermillon et en laque sur des sous-couches chaudes, le damas en blanc de plomb sur un gris, les carnations en gradations douces et chaudes ; le reflet dans la pomme du fauteuil et la ciselure de la clochette sont peints d'une touche de miniaturiste. Le tableau a été restauré en 2017–2020 à l'Opificio delle Pietre Dure, où les vieux vernis et les repeints furent retirés et où les trois rouges recouvrèrent leur distinction ; la surface est en excellent état, et la restauration a montré que l'ensemble est d'une seule main — la thèse de l'atelier, qui donnait les cardinaux à Giulio, n'est plus soutenue.
Réception
Le Léon X fut célèbre dès le jour de son arrivée à Florence — la description de Vasari, la copie de Sarto, les gravures —, et il a été, pendant quatre siècles, l'image du pape Médicis et de la papauté de la Renaissance dans ce qu'elle eut de plus splendide et de plus mondain ; Titien l'étudia, et son Paul III et ses petits-fils (Naples) en est la réponse directe ; l'Innocent X de Vélasquez descend de l'un et de l'autre ; les papes de Bacon descendent de Vélasquez. Il fut emporté à Paris comme l'un des plus grands trésors des Offices et restitué avec les honneurs ; il fut accroché dans la Tribune ; il fut prêté à Rome en 2020, après la restauration, et fut le tableau le plus commenté de l'exposition. Pour les spécialistes, il a été la pièce à conviction de la dernière manière de Raphaël portraitiste — l'huile pleine, chaude, riche en textures — et de la question de l'atelier, désormais tranchée en faveur du maître.
Ce qu'il faut regarder
Les trois rouges ; le damas ; la loupe au-dessus du livre, et la page en dessous ; la clochette ; le reflet dans la pomme du fauteuil ; la main de Rossi sur le fauteuil et ses yeux posés sur vous ; les yeux de Giulio posés sur le pape ; et les yeux du pape posés sur rien — le regard myope, intérieur, d'un homme qui vient de cesser de lire.
Les noces et la copie
La première apparition publique du tableau eut lieu au festin de noces de 1518 à Florence, où il se dressait au haut bout de la table du palais Médicis à la place du pape ; les Florentins, dit Vasari, s'en émerveillèrent, et il resta au palais comme l'image que la famille gardait de son pape. La copie de Sarto a sa propre histoire : dans les années 1520, Frédéric Gonzague, marquis de Mantoue, demanda le portrait à Clément VII ; l'agent du pape, Ottaviano de' Medici, peu disposé à s'en séparer, le fit copier par Andrea del Sarto avec une telle exactitude que la copie fut envoyée à Mantoue comme l'original et y resta accrochée pendant des années, et Giulio Romano — qui avait, croyait-il, travaillé à l'original — fut trompé jusqu'à ce que Vasari lui montrât la marque de Sarto au revers. La copie est à Capodimonte, à Naples ; la comparaison des deux œuvres, que l'exposition de 2020 permit, est une leçon sur ce qu'un grand copiste peut et ne peut pas faire.
Les trois rouges, et la restauration
La restauration de l'Opificio en 2017–2020 compte parmi les plus approfondies des campagnes récentes consacrées à Raphaël, et ses conclusions ont changé la littérature sur le tableau. Le panneau, fait de cinq planches de peuplier, fut stabilisé ; le vernis et les repeints du XIXe siècle furent retirés ; et les trois rouges — le velours du camauro et de la mozette (vermillon glacé de laque, le poil suggéré par un rehaut sec traîné), la soie des cardinaux (un rouge plus lisse) et le tapis de la table (un cramoisi plus profond) — recouvrèrent la distinction que le vieux vernis avait écrasée en un seul ton ; le motif du damas reparut dans le rochet ; le reflet dans la pomme du fauteuil se révéla montrer une fenêtre avec une figure ; et toute la surface, examinée à l'infrarouge et aux rayons X, se révéla d'une seule main, les ajustements du dessin sous-jacent se poursuivant d'une figure à l'autre. L'attribution des cardinaux à Giulio Romano, admise depuis le XIXe siècle, fut abandonnée ; le tableau est de Raphaël d'un bout à l'autre, et sa dernière manière — large, chaude, riche en textures — est la sienne propre, non celle de l'atelier.
Léon et le peintre
Léon X fut le protecteur des sept dernières années de Raphaël — le pape qui fit de lui l'architecte de Saint-Pierre, le commissaire aux antiquités, le concepteur des tapisseries et de la Loggia, et l'artiste le plus puissant de Rome —, et le portrait est le témoignage de cette relation : le pape parmi ses livres et son argenterie, peint par l'homme qu'il avait fait. Ce n'est pas un tableau flatteur, et il n'était pas destiné à l'être ; Léon, qui tirait vanité de son goût et non de son visage, voulait qu'on montrât le connaisseur, et Raphaël le montra. La charge politique des trois figures — les cousins Médicis derrière le pape Médicis — fut aussitôt lue comme une déclaration dynastique, et la présence du tableau à des noces Médicis le confirme. Ce que la restauration a rendu évident, c'est que cette déclaration fut faite avec toutes les ressources d'un peintre : le tableau est le portrait d'un pouvoir, d'une famille, d'un goût et de trois sortes de rouge, et il est tout d'une pièce.
La Bible Hamilton et le connaisseur
Le livre placé sous la loupe du pape a été identifié — une Bible napolitaine du XIVe siècle, enluminée dans l'atelier de Cristoforo Orimina, aujourd'hui conservée au Kupferstichkabinett de Berlin sous le nom de Bible Hamilton —, et sa page, ouverte à l'Évangile de Jean avec une miniature de l'évangéliste, est peinte avec une telle précision que l'identification a pu être faite d'après le tableau. La loupe est une lentille du genre de celles dont Léon se servait pour sa myopie ; la clochette est une clochette romaine en argent à décor ciselé, d'un type dont des exemplaires subsistent ; la pomme du fauteuil reflète la fenêtre de la pièce où siège le pape. Ces objets sont le second sujet du portrait : Léon collectionneur et lecteur, le pape de l'agrandissement de la Bibliothèque vaticane et des manuscrits des Médicis, le protecteur de Bembo et de Sadolet — un homme dont le pouvoir s'exerçait, pour une part, par le goût. Raphaël, lui-même commissaire aux antiquités et auteur de la lettre sur les ruines de Rome, comprenait ce goût et le peignit avec respect ; le portrait est le seul des siens où les objets du modèle reçoivent le même poids que son visage, et ces objets sont choisis pour dire ce que le visage ne dit pas.
Ce qu'il faut regarder, encore
C'est avec le Jules II qu'il faut faire la comparaison. Jules est assis seul, courbé, serrant un mouchoir ; Léon est assis parmi ses cousins, droit, tenant une lentille au-dessus d'un livre. Le tableau de Jules parle d'un homme ; celui de Léon, d'une dynastie et d'une culture. Tous deux sont en rouge ; tous deux sont de la même main, à sept ans d'intervalle ; et la distance qui les sépare est celle qui sépare la papauté guerrière de la papauté Médicis — autrement dit, la Rome où Raphaël arriva de la Rome où il mourut. Les deux papes, il se trouve, lui confièrent ses plus grandes commandes ; tous deux posèrent immobiles pour lui ; et tous deux, dans ses tableaux, sont plus vivants que dans aucune chronique. Les Offices accrochent le Léon dans la salle des portraits Doni et de l'Autoportrait ; le Jules est à Londres ; le visiteur qui veut voir l'un et l'autre doit voyager, et devrait le faire. Nulle paire de portraits du pouvoir, peints par un même homme, n'en dit davantage sur la différence entre deux de ses formes. Raphaël les peignit tous deux, sans commentaire ; le commentaire est dans les mains — l'une qui serre, l'autre qui tient une lentille. C'est là tout le portrait politique de Raphaël, et cela suffit.