TOME I · CHAPITRE XI

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Summary

Rupture with Harlay: the duc de Chaulnes negotiates the assembly of all chambers, receives the first president's word — which is broken; the opponents recuse him. The chapter widens into chronicle: the last Longueville dies; the Turenne couple; the Rohan, Montfort, Villeroy and La Châtre marriages; Mme Cornuel's wit; the armies of 1694; Beuvron and Matignon refusing, by the king's order, the 'monseigneur' to marshal de Choiseul; the king moves Saint-Simon from Flanders to Germany; Créqui driven from the realm, Mme du Roure exiled; Monseigneur prefers Flanders, with La Feuillée as mentor.

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Situation des opposants avec le premier président Harlay
Renvoyés au parlement, les opposants ne songent plus qu'à obtenir l'assemblée de toutes les chambres, « selon la forme de pairie, l'usage et le droit ». Mais avec le premier président, plus de mesures : « fort peu de nous le saluaient, pas un n'allait chez lui », et l'on publiait ses iniquités — ce qui le perçait au vif, lui « l'homme du monde le plus glorieux, le plus craint, le plus ménagé », qui « se piquait de la plus austère vertu, dont nous faisions tomber le masque ».
Duc de Chaulnes
Le portrait du négociateur : le duc de Chaulnes — « sous la corpulence, l'épaisseur, la pesanteur, la physionomie d'un bœuf, l'esprit le plus délié, le plus délicat, le plus souple », grande capacité, expérience continuelle, « réputation de la plus exacte probité », magnificence « également splendide, placée et bien entendue ». Le seul à oser se charger d'une négociation avec Harlay que personne ne voulait tenter.
Il négocie l’assemblée de toutes les chambres avec le premier président Harlay, qui lui en donne sa parole et qui lui en manque
La négociation : Chaulnes obtient son heure, ouvre par les plaintes, fait sentir « que seize pairs de France… n'étaient pas toujours impuissants à beaucoup nuire », et que le seul moyen d'effacer sa partialité était l'assemblée des chambres, promise « en parole positive ». Harlay, « étourdi », se retranche sur la difficulté, diminue son autorité ; Chaulnes le serre — « on savait bien qu'il était tellement le maître de ses délibérations » — et lui arrache enfin la parole formelle d'assembler toutes les chambres. « Succès inespéré » rapporté à l'assemblée, publié partout pour mieux l'engager… et bientôt confondu : Harlay avoue tout à Luxembourg « et ne put résister à s'engager à lui de ne pas la tenir » — le nombre des juges des chambres assemblées étant « difficile à corrompre ».
Rupture entière des opposants avec le premier président Harlay
La rupture : Chaulnes, alerté par la joie mal dissimulée de Luxembourg, retourne chez Harlay qui, « avec ce masque de sévérité qu'il ne quittait jamais », avoue sa parole donnée — « forcé par son éloquence » — et se déclare « dans l'impossibilité de l'effectuer », reconduisant le duc à force de compliments. Chaulnes le quitte en protestant « qu'il pouvait en manquer, et à lui et avec lui, à tout ce qu'il y avait de plus distingué dans le royaume ». L'assemblée extraordinaire résout la guerre ouverte : récuser Harlay par tous moyens, obtenir l'assemblée par la procédure, « et surtout tirer le procès en longueur ».
Harlay, premier président, récusé par les opposants
La récusation, offerte par le dépit de l'ennemi lui-même : excédé d'être méprisé et de n'entendre plus parler des ducs que par les intendants Magneux et Aubry, Harlay leur lâche un jour « que la chose n'était pourtant pas difficile, puisque nous n'avions qu'à mettre le duc de Gesvres en cause, duquel il avait l'honneur d'être parent ». « Il fut servi avec promptitude » : assignation à Gesvres le surlendemain — « je ne comprends pas comment aucun de nous ni de notre conseil ne trouva pas ce moyen » ; Harlay « ne tarda pas à se repentir de nous en avoir avisés, mais il demeura récusé ». Auparavant, l'épisode Rohan avait échoué piteusement : prié de faire un procès quelconque à l'avocat général, fils unique d'Harlay, le duc de Rohan avait promis — puis, travaillé par les soumissions inouïes du premier président, déserta sous prétexte d'« aller faire pêcher un grand étang » à Moret ; aux courriers de nuit portant les lettres suppliantes de dix ou douze ducs, il « fit tirer son rideau et se tourna de l'autre côté ».
Mort du dernier des Longueville
L'hiver éteint « la fameuse maison de Longueville, si connue par sa fortune inouïe » : l'abbé de Longueville, le fils « d'esprit faible » que les jésuites avaient empaumé et que le pape avait fait prêtre, enfermé à Saint-Georges près de Rouen, meurt début février. Son testament de jeunesse donne tout, à défaut de son frère tué au passage du Rhin, aux princes de Conti l'un après l'autre : le jeune Conti devient seul appelé « à ce grand héritage » — que Mme de Nemours, la demi-sœur, « résolut bien de lui contester » : le grand procès est semé.
Prince et princesse de Turenne
Le remariage de l'héritière de Ventadour, veuve du prince de Turenne — le survivancier de Bouillon tué à Steinkerque, « mort le lendemain de ses blessures, écrivant à sa maîtresse ». La jeune veuve, d'une galanterie si publique « qu'aucune femme ne la voyait », voulait le chevalier de Bouillon ; les deux familles s'y opposèrent, et le roi fut supplié « d'envoyer le chevalier refroidir ses amours à Turenne » ; elle tint bon contre le duc d'Albret qu'on lui destinait.
Mariage du prince de Rohan
C'est M. de Soubise qui rafla « ce grand mariage » pour son fils aîné, « la plus solide base de sa branche » : « la beauté de sa femme l'avait fait prince et gouverneur de province ; la richesse d'une belle-fille, de quelque réputation qu'elle fût, lui parut mériter le mépris du qu'en-dira-t-on ».
Mme Cornuel
Le mot de la fin appartient à Mme Cornuel, la vieille bourgeoise du Marais « chez qui son esprit et la mode avaient toujours attiré la meilleure compagnie » : à M. de Soubise venu tout engoué lui apprendre le mariage, la mourante répondit — deux jours avant sa fin : « Ho ! monsieur, que voilà un grand et bon mariage pour dans soixante ou quatre-vingts ans d'ici ! »
Mariage du duc de Montfort, du duc de Villeroy, de La Châtre
Trois autres mariages d'hiver : Montfort, fils aîné de Chevreuse, épouse la fille unique de Dangeau — « très riche, mais aussi pour ne pas retenir ses vents, dont on fit force plaisanteries » ; le duc de Villeroy épouse la seconde fille de Louvois — et l'archevêque de Reims, « aussi humble sur sa naissance que les Colbert sont extravagants sur la leur », d'avertir sa nièce : « votre mari ne serait pas bon pour être page de votre beau-frère » — franchise « qui ne fut pas tue » ; enfin La Châtre épouse la fille de Lavardin. La saison s'achève en bals au Palais-Royal — le jeune duc menant le branle avec la princesse de Conti douairière — et en mascarade du mardi gras devant le couple d'Angleterre.
Distribution des armées
La distribution de 1694 : la grande armée de Flandre à Luxembourg (Villeroy doublant sous lui), une moindre à Boufflers, le camp volant à Harcourt ; l'Allemagne à Lorges avec Joyeuse en second ; le Piémont à Catinat, Noailles chez lui en Roussillon ; Choiseul en Normandie « avec un commandement fort étendu » ; Tourville à la mer, maître de la jonction sur le comte d'Estrées. Monseigneur déclaré ensuite pour la Flandre « et tous les princes avec lui ».
Beuvron et Matignon refusent le monseigneur au maréchal de Choiseul, et le lui écrivent par ordre du roi
L'affaire du « monseigneur » : Beuvron et Matignon, chevaliers de l'ordre et lieutenants généraux de Normandie, « firent difficulté » d'écrire monseigneur au maréchal de Choiseul commandant dans leur province ; « ils reçurent ordre du roi de le faire, et il fallut obéir » — deux lignes qui pèsent tout le poids du cérémonial militaire.
Le roi me charge de Flandre en Allemagne
La grâce du changement : ne voulant pas servir en Flandre sous Luxembourg « après tout ce qui s'était passé », le jeune duc, conseillé par Beauvilliers, remet au roi une lettre « fort abrégée » de ses raisons, au départ pour Chantilly. Le roi met le pied dans la portière, le retire, se tourne : « Monsieur, j'ai lu votre lettre, je m'en souviendrai. » Peu après, son régiment est échangé avec celui du chevalier de Sully : lui en Allemagne, l'autre en Flandre — « et je sus que M. de Luxembourg en eut un dépit véritable ».
M. de Créqui chassé hors du royaume, et pourquoi
Le marquis de Créqui chassé hors du royaume — vieille histoire ravivée : chargé jadis par Monseigneur de continuer secrètement son intrigue avec Mme du Roure — l'ancienne fille d'honneur de la Dauphine dont on l'avait éloignée par mariage —, Créqui « se trouva au gré » de la dame ; Monseigneur le sut : brouille éclatante, « les présents rendus de part et d'autre, chose rare pour un dauphin », et l'entremetteur infidèle banni quelque temps.
Mme du Roure exilée en Normandie
Cet hiver, « le feu mal éteint se ralluma » : Mme du Roure revit Monseigneur à Versailles si peu secrètement que le roi en fut averti — sans succès : le prince « ne fit point ses pâques ». Le roi, fort fâché, chassa la dame en Normandie « dans les terres de son père jusqu'à nouvel ordre » ; Monseigneur « n'y sut faire autre chose que lui envoyer mille louis par Joyeu, son premier valet de chambre, et faire après ses dévotions ».
Monseigneur préfère la Flandre au Rhin
Le roi voulait Monseigneur en Allemagne ; il « préféra la Flandre par une intrigue qui se développa pendant la campagne, et le roi y consentit » — l'intrigue dont on comprendra plus tard qu'elle tenait à Mlle Choin et au cercle de Luxembourg.
La Feuillée lui est donné pour son mentor
Le mentor : le « bonhomme La Feuillée », lieutenant général très distingué « de près de quatre-vingts ans », donné à Monseigneur pour « être son conseil à l'armée, et ne rien faire sans son avis » — le roi se souvenant peut-être d'Heilbronn et des « conseillers pacifiques » de l'an passé. Distinctions calibrées : point de jour à prendre, logé chez Monseigneur ou au plus près, « défense expresse du roi de faire les marches autrement qu'en carrosse, et de ne monter à cheval qu'auprès de Monseigneur devant les ennemis ».
Je vais à l’armée d’Allemagne
Le voyage vers l'armée d'Allemagne : la revue de Soissons — le roi ayant « recommandé la sévérité », il y en eut « plus que je n'aurais fait sans cela » ; Strasbourg et la surprise de ses fortifications, les retrouvailles avec le P. Wolf — l'ami jésuite de sa jeunesse allemande, car « dès ma jeunesse je savais et parlais parfaitement l'allemand » ; la descente du Rhin en « redelins » jumelés jusqu'au fort Louis et Philippsbourg ; le camp d'Obersheim « qui ressemblait par sa tranquillité à un camp de paix » — et au passage, la désolation de Spire, « une des plus belles villes de l'empire… tout renversé par le feu que M. de Louvois y avait fait mettre », les habitants terrés dans les caves.
Belle marche du maréchal de Lorges devant le prince Louis de Bade
La « belle marche » : après l'échauffourée de Weisloch — le comte d'Averne tué au pont, du Châtelet nettoyant les hauteurs —, Lorges, magasins épuisés, ramène l'armée au Rhin : décampement « à grand bruit de guerre » sur neuf colonnes faisant la caracole devant l'ennemi, le bois passé « avec tant de justesse » que chaque brigade se retrouve en bataille à sa place dans la plaine de Schwetzingen, le défilé du pont et du gué achevé en deux heures, Joyeuse au pont, Lorges à l'arrière-garde. Et l'hommage de l'ennemi : le prince Louis de Bade « dit tout haut aux siens que cette marche était trop bien ordonnée pour qu'il la pût attaquer avec succès ».

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