TOME XII · CHAPITRE XVI
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Summary
The great 'character of Louis XIV' begins: Mme de La Vallière and her character; the king 'hates his subjects, is small, a dupe, governed while priding himself on the contrary' — the famous thesis. Then the reign reviewed: Spain yielding precedence, the Corsican affair, the Dutch war, Aix-la-Chapelle, the 'flourishing age', the conquests, the 'shame of Heurtebise', Cambrai, Cassel — Monsieur victorious 'never commanded an army since' —, Ghent, the sea expeditions, Nijmegen, Luxembourg, Genoa bombarded and its doge in Paris; 'the end of the reign's first age'; the war of 1688 'and its rare origin'.
The entries
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- Caractère de Louis XIV
- Le grand portrait s'ouvre : « Roi presque en naissant, étouffé par la politique d'une mère qui vouloit gouverner, plus encore par le vif intérêt d'un pernicieux ministre..., c'est autant de retranché sur le règne de ce monarque. » De la délivrance de Mazarin il tira deux maximes : « abhorrer tout premier ministre, et non moins tout ecclésiastique dans son conseil » ; et « gouverner par lui-même, qui fut la chose dont il se piqua le plus, dont on le loua et le flatta davantage, et qu'il exécuta le moins ». « Né avec un esprit au-dessous du médiocre, mais un esprit capable de se former, de se limer, de se raffiner, d'emprunter d'autrui », il profita du brillant tourbillon de la comtesse de Soissons, où il prit « cet air de politesse et de galanterie... qu'il a si bien su allier avec la décence et la majesté » : « sa taille, son port, les grâces..., le faisoient distinguer jusqu'à sa mort comme le roi des abeilles. »
- Mme de La Vallière ; son caractère
- « Heureux s'il n'eût eu que des maîtresses semblables à Mme de La Vallière, arrachée à elle-même par ses propres yeux, honteuse de l'être, encore plus des fruits de son amour reconnus et élevés malgré elle, modeste, désintéressée, douce, bonne au dernier point, combattant sans cesse contre elle-même, victorieuse enfin de son désordre par les plus cruels effets de l'amour et de la jalousie..., pour s'arracher enfin, et se consacrer à la plus dure et la plus sainte pénitence ! »
- Le roi hait les sujets, est petit, dupe, gouverné en se piquant de tout le contraire
- Les intrigues du tourbillon Soissons « lui firent des impressions qui devinrent funestes » : « l'esprit, la noblesse de sentiments, se sentir, se respecter, avoir le cœur haut, être instruit, tout cela lui devint suspect et bientôt haïssable. » « Il régna en effet dans le petit ; dans le grand il ne put y atteindre ; et jusque dans le petit il fut souvent gouverné. » Son premier acte fut « marqué au coin d'une extrême dureté, et d'une extrême duperie » : Fouquet pour l'une, Colbert pour l'autre, « lui faisant accroire » que toute l'autorité des finances passait entre les mains royales « par les signatures dont il l'accabla ».
- L’Espagne cède la préséance
- « La préséance solennellement cédée par l'Espagne, et la satisfaction entière qu'elle fit de l'insulte faite... par le baron de Vatteville au comte depuis maréchal d'Estrades, ambassadeur des deux couronnes à Londres..., furent les prémices de ce règne par soi-même. »
- Satisfaction de l’affaire des Corses
- S'y joignit « l'éclatante raison tirée de l'insulte faite au duc de Créqui, ambassadeur de France, par le gouvernement de Rome, par les parents du pape et par les Corses de sa garde ».
- Guerre de Hollande
- À la mort du roi d'Espagne, « ce jeune prince avide de gloire » saisit « une occasion de guerre, dont les renonciations si récentes... ne purent le détourner » ; puis Le Tellier et Louvois, frémissant « des succès et du crédit de Colbert », lui mirent en tête la guerre de Hollande, « dont les succès causèrent une telle frayeur à l'Europe que la France ne s'en a pu remettre » ; et « tout conquis, tout pris, et Amsterdam prête à lui envoyer ses clefs, le roi cède à son impatience, quitte l'armée, vole à Versailles, et détruit en un instant tout le succès de ses armes » — l'amour de Mme de Montespan rendant cette guerre « si funeste à son État et à sa gloire ».
- Paix d’Aix-la-Chapelle
- La première guerre de Flandre finit à la paix d'Aix-la-Chapelle, la Franche-Comté conquise « en plein hiver » servant « à conserver des conquêtes de Flandre, en rendant la Franche-Comté ».
- Siècle florissant
- « Tout étoit florissant dans l'État, tout y étoit riche. Colbert avoit mis les finances, la marine, le commerce, les manufactures, les lettres même, au plus haut point ; et ce siècle, semblable à celui d'Auguste, produisoit à l'envi des hommes illustres en tout genre, jusqu'à ceux même qui ne sont bons que pour les plaisirs. »
- Conquêtes en Hollande et de la Franche-Comté
- Aux conquêtes de Hollande succéda la seconde conquête de la Franche-Comté « en personne, qui pour cette fois est demeurée à la France ».
- Honte d’Heurtebise
- La honte d'Heurtebise (1676) : les deux armées en présence, la supériorité française, toute l'armée criant au combat — et Louvois cabale pour dissuader la bataille ; seul le maréchal de Lorges, « inflexible pour la vérité..., opina de toutes ses forces pour la bataille » avec des raisons sans réplique. Le roi « prit encore les avis, ou plutôt simplement les voix..., puis tourna bride ». Le prince d'Orange dit ensuite au trompette français « qu'il étoit battu sans ressource et sans le pouvoir éviter s'il avoit été attaqué. Cette faute... excita de cruelles railleries parmi le monde et dans les cours étrangères. Il s'en revint trouver sa maîtresse. »
- Le roi prend Cambrai
- « L'année suivante il retourna en Flandre, il prit Cambrai. »
- Monsieur bat le prince d’Orange à Cassel, prend Saint-Omer, et n’a pas depuis commandé d’armée
- « Monsieur fit cependant le siège de Saint-Omer. Il fut au-devant du prince d'Orange..., lui donna bataille près de Cassel et remporta une victoire complète, prit tout de suite Saint-Omer... Ce contraste fut si sensible au monarque que jamais depuis il ne donna d'armée à commander à Monsieur. Tout l'extérieur fut parfaitement gardé, mais dès ce moment la résolution fut prise, et toujours depuis bien tenue. »
- Siège de Gand
- « L'année d'après le roi fit en personne le siège de Gand, dont le projet et l'exécution fut le chef-d'œuvre de Louvois. »
- Expéditions maritimes
- « L'Amérique, l'Afrique, l'Archipel, la Sicile ressentirent vivement la puissance de la France. »
- Paix de Nimègue
- « La paix de Nimègue mit fin cette année à la guerre avec la Hollande, l'Espagne, etc. ; et au commencement de l'année suivante, avec l'empereur et l'empire. »
- Luxembourg pris
- « En 1684 Luxembourg fut le prix des retardements des Espagnols à satisfaire à toutes les conditions de la paix. »
- Gênes bombardée ; son doge à Paris
- « Gênes bombardée se vit forcée à venir demander la paix par son doge en personne accompagné de quatre sénateurs. »
- Fin du premier âge de ce règne
- « Depuis, jusqu'en 1688, le temps se passa dans le cabinet moins en fêtes qu'en dévotion et en contrainte. Ici finit l'apogée de ce règne, et ce comble de gloire et de prospérité. Les grands capitaines, les grands ministres au dedans et au dehors n'étoient plus, mais il en restoit les élèves. »
- Guerre de 1688 et sa rare origine
- « La guerre de 1688 eut une étrange origine » : la fenêtre de Trianon. Le roi remarqua un défaut à une croisée ; Louvois « disputa fort et ferme » ; Le Nôtre, forcé de mesurer, « avoua que le roi avoit raison ». Louvois, tancé devant courtisans, ouvriers et valets, rentra furieux chez lui : « C'en est fait, je suis perdu avec le roi, à la façon dont il vient de me traiter pour une fenêtre. Je n'ai de ressource qu'une guerre qui le détourne de ses bâtiments et qui me rende nécessaire, et par... il l'aura. En effet, peu de mois après il tint parole, et malgré le roi et les autres puissances il la rendit générale. Elle ruina la France au dedans, ne l'étendit point au dehors. »
- Honte de la dernière campagne du roi
- La honte de la dernière campagne (1693) : le prince d'Orange enfermé à l'abbaye de Parc, se mandant perdu à Vaudemont « par quatre ou cinq fois » — et le roi se retire, détache ses armées, malgré M. de Luxembourg qui « se jeta à genoux, et tint les siens longtemps embrassés pour l'en détourner ». « Ce fut une consternation dans les deux armées qui ne se peut représenter. On a vu que j'y étois. » Le prince d'Orange écrivit qu'il devait « à son esprit de vertige et d'aveuglement... une si inespérée délivrance » — et Vaudemont l'a conté « jusque dans le salon de Marly ». « Le roi partit le lendemain pour aller rejoindre Mme de Maintenon et les dames..., pour ne plus revoir la frontière ni d'armées que pour le plaisir en temps de paix. »
- Paix de Turin, puis de Ryswick
- « La paix qui suivit cette guerre... fut honteuse. Il fallut en passer par où M. de Savoie voulut..., et reconnoître enfin le prince d'Orange pour roi d'Angleterre..., et recevoir encore Portland, son ambassadeur, comme une espèce de divinité. Notre précipitation nous coûta Luxembourg... Telle fut la paix de Ryswick, conclue en septembre 1697. »
- Fin du second âge de ce règne
- « Ici se termine le second âge de ce règne. Le troisième s'ouvrit par un comble de gloire et de prospérité inouïe » — l'Espagne entière sans coup férir — « le temps en fut momentané. Il enivra et prépara d'étranges malheurs, dont l'issue a été une espèce de miracle. »
- Vertus de Louis XIV
- Les vertus : « il aima la gloire, il voulut l'ordre et la règle ; il étoit né sage, modéré, secret, maître de ses mouvements et de sa langue ; le croira-t-on, il étoit né bon et juste, et Dieu lui en avoit donné assez pour être un bon roi, et peut-être même un assez grand roi. Tout le mal lui vint d'ailleurs. »
- Sa misérable éducation ; sa profonde ignorance
- « Sa première éducation fut tellement abandonnée, que personne n'osoit approcher de son appartement » — on le trouva un soir « tombé dans le bassin du jardin du Palais-Royal ». « À peine lui apprit-on à lire et à écrire, et il demeura tellement ignorant, que les choses les plus connues d'histoire, d'événements, de fortunes, de conduites, de naissance, de lois, il n'en sut jamais un mot. Il tomba, par ce défaut, et quelquefois en public, dans les absurdités les plus grossières » — croyant Resnel, Cheverny, Saint-Herem des hommes de rien, eux de si grandes maisons.
- Il hait la naissance et les dignités, séduit par ses ministres
- « L'éloignement qu'il avoit pris de celle des sentiments, et sa faiblesse pour ses ministres, qui haïssoient et abaissoient, pour s'élever, tout ce qu'ils n'étoient pas..., lui avoit donné le même éloignement pour la naissance distinguée. Il la craignoit autant que l'esprit ; et si ces deux qualités se trouvoient unies dans un même sujet, et qu'elles lui fussent connues, c'en étoit fait. » Et la flatterie : « les plus grossières étoient bien reçues, les plus basses encore mieux savourées... Lui-même, sans avoir ni voix ni musique, chantoit dans ses particuliers les endroits les plus à sa louange des prologues des opéras. »
- Superbe du roi, qui forme le colosse de ses ministres sur la ruine de la noblesse
- « La vanité et l'orgueil, qui vont toujours croissant..., devinrent la base de l'exaltation de ses ministres par-dessus toute autre grandeur. Il se persuadoit par leur adresse que la leur n'étoit que la sienne » : d'où les secrétaires d'État quittant successivement « le manteau, puis le rabat, après l'habit noir..., enfin à s'habiller comme les gens de qualité », leurs femmes admises à manger et aux carrosses ; et Louvois ôtant le « monseigneur » et les honneurs aux plus grands pour les usurper lui-même — Saint-Simon garde trois lettres de Colbert traitant son père de monseigneur. Plusieurs gens du premier mérite « aimèrent mieux renoncer à tout et perdre leur fortune » que de ployer ; « peu à peu personne ne fit plus aucune difficulté là-dessus ».
- Goût de Louis XIV pour les détails
- « Son esprit, naturellement porté au petit, se plut en toutes sortes de détails » : troupes, « habillements, armements, évolutions, exercices..., toutes sortes de bas détails » ; bâtiments, maison civile, extraordinaires de bouche — « il croyoit toujours apprendre quelque chose à ceux qui en ces genres-là en savoient le plus ». D'où « le roi des revues », et le goût des sièges « pour y montrer sa bravoure à bon marché ».
- Avantages de ses ministres, qui abattent tout sous eux, et lui persuadant que leur puissance et leur grandeur n’est que la sienne, se font plus que seigneurs et tout-puissants
- « Ces pertes de temps, qui paroissoient au roi avec tout le mérite d'une application continuelle, étoient le triomphe de ses ministres, qui... faisoient venir comme de lui ce qu'ils vouloient eux-mêmes et qui conduisoient le grand selon leurs vues, et trop souvent selon leur intérêt, tandis qu'ils s'applaudissoient de le voir se noyer dans ces détails. » Leur splendeur usurpée « dura autant que dura le règne de Louis XIV. Il en tiroit vanité..., il ne vouloit de grandeur que par émanation de la sienne. »
- Raison secrète de la préférence des gens de rien pour le ministère
- La raison secrète de la préférence des gens de rien : « il sentoit bien qu'il pouvoit accabler un seigneur sous le poids de sa disgrâce, mais non pas l'anéantir..., au lieu qu'en précipitant un secrétaire d'État de sa place..., il le replongeoit lui et tous les siens dans la profondeur du néant d'où cette place l'avoit tiré. » C'est ce qui éloigna toujours du ministère « tout homme qui pouvoit y ajouter du sien » — le duc de Beauvilliers demeurant « le seul homme noble qui ait été admis dans son conseil... pendant cinquante-quatre ans ».
- Nul vrai accès à Louis XIV enfermé par ses ministres
- « Ainsi le grand seigneur, comme le plus subalterne de tous états, parloit librement au roi en allant ou revenant de la messe..., mais sans oser le suivre [dans son cabinet]. C'est à quoi se bornoit la facilité de son accès... La réponse sûre étoit un je verrai..., moyennant quoi tout passoit nécessairement par les ministres..., ce qui les rendoit les maîtres de tout, et le roi le vouloit bien, ou ne s'en apercevoit pas. » Jamais d'audience aux revenants d'ambassade ni aux officiers généraux, jamais de lettres directes — sauf Turenne à la fin, par le cardinal de Bouillon.
- Rareté et utilité d’obtenir audience du roi
- « La vérité est pourtant que... il y avoit à gagner dans ses audiences, quand on pouvoit tant faire que de les obtenir » — Saint-Simon en parle « par expérience » : « il écoutoit avec patience, avec bonté, avec envie de s'éclaircir et de s'instruire... Là, tout se pouvoit dire, pourvu... que ce fût avec cet air de respect..., avec lequel aussi, en disant vrai, on interrompoit le roi à son tour, on lui nioit crûment des faits qu'il rapportoit..., et tout cela non seulement sans qu'il le trouvât mauvais, mais se louant après de l'audience. »
- Importance des grandes entrées
- « C'est ce qui rendoit les charges qui approchoient de la personne du roi si considérables..., par la facilité qu'ils avoient tous les jours de parler au roi, seuls, sans l'effaroucher. Surtout les grandes entrées par cette même raison étoient le comble des grâces, encore plus que de la distinction » — témoin les récompenses des maréchaux de Boufflers et de Villars, mises « de niveau à la pairie ».
- Ministres
- Aussi « les ministres avoient-ils grand soin d'inspirer au roi l'éloignement d'en donner [des audiences], à quoi ils réussirent comme dans tout le reste » : leur jalousie précautionnée acheva d'enfermer le roi, et leurs richesses immenses et leurs alliances « à leur choix » couronnèrent une puissance dont « l'intérêt commun les rallioit chaudement », quelque ennemis qu'ils fussent entre eux.
- Causes de la superbe du roi
- « C'est donc avec grande raison qu'on doit déplorer avec larmes l'horreur d'une éducation uniquement dressée pour étouffer l'esprit et le cœur de ce prince, le poison abominable de la flatterie la plus insigne qui le déifia dans le sein même du christianisme, et la cruelle politique de ses ministres qui l'enferma... De ces sources étrangères et pestilentielles lui vint cet orgueil tel que ce n'est point trop de dire que, sans la crainte du diable que Dieu lui laissa jusque dans ses plus grands désordres, il se seroit fait adorer et auroit trouvé des adorateurs ; témoin entre autres... sa statue de la place des Victoires, et sa païenne dédicace où j'étois, où il prit un plaisir si exquis. »
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