TOME XVI · CHAPITRE VI

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Summary

The English squadron sails for the Mediterranean — Byng towards Passaro; Stanhope's 'knavery to Monteléon'; the king of Spain's illness and recovery; Alberoni's 'boastings' and the 'secret of his expedition's design'; the king of Sicily's distrust 'of the very men he employs'; Spain's ministers declare the treaty refused; the 'detail of Spain's forces made in England with threats'; Alberoni declaims against George I and the Regent, praises Nancré, 'imposes silence on him about the treaty, paints abbé Dubois well', threatens, and flatters the Spaniards 'artfully'.

The entries

Entry summaries are given in French, the language of the source.

Départ de l’escadre anglaise pour la Méditerranée
« Enfin le moment du départ de l'escadre angloise destinée pour la Méditerranée arriva. »
Fourberie de Stanhope à Monteléon
La fourberie de Stanhope : il dit à Monteléon que l'amiral Bing « avoit ordre d'user d'une bonne correspondance avec l'Espagne » ; et à la question directe — si l'Angleterre s'opposerait aux desseins du roi d'Espagne — il répondit « en termes généraux, qu'il espéroit que cette occasion ne se présenteroit pas..., et que le temps et les effets dissiperoient les mauvaises impressions et l'opinion sinistre qu'on avoit à Madrid de leurs intentions ».
Propos d’Albéroni
Les propos d'Albéroni : « jamais ce prince ne subiroit la dure loi que ceux qui se disoient ses meilleurs amis vouloient lui imposer..., il adoroit les jugements impénétrables de Dieu » ; il prétendait que Nancré même « étoit honteux de sa commission..., se contentoit de lever les épaules et de dire qu'il étoit trop engagé pour reculer ».
Maladie et guérison du roi d’Espagne
« Cette cour, ou pour mieux dire la reine et le premier ministre, avoient eu de grands sujets d'alarme causés par une maladie opiniâtre du roi d'Espagne, dont les médecins auguroient mal et ne pouvoient le guérir. Sa santé se rétablit enfin d'elle-même sans remèdes, et la fièvre le quitta après beaucoup d'accès et différentes rechutes. »
Vanteries d’Albéroni
Ses vanteries : « il vouloit que le monde vît que l'Espagne n'étoit plus un cadavre, et que l'administration d'un ministre habile, pendant un an et demi, avoit mis ce royaume en état d'armer et habiller soixante-cinq mille hommes effectifs, de former une marine, de construire actuellement douze navires chacun de quatre-vingts pièces de canon, de fondre cent cinquante pièces d'artillerie, et de bâtir à Barcelone une des plus belles citadelles de l'Europe » — avec, pour y fournir, « le retour prochain de quatorze vaisseaux envoyés en Amérique ».
Secret du dessein de son expédition
Le secret du dessein : nul des ministres du roi de Sicile — quatre en comptant celui qu'on offrait d'envoyer — « n'avoit pu pénétrer quel étoit le véritable objet de l'armement d'Espagne ».
Défiance du roi de Sicile de ceux même qu’il emploie au dehors
La défiance du roi de Sicile envers ses propres agents : del Maro rappelé mais encore à Madrid, Lascaris « ministre de confiance, dont il n'avoit cependant que l'apparence », et Corderi, secrétaire « plus du goût du roi son maître..., d'ailleurs l'espion de Lascaris » — sans que nul eût son secret.
Leurs différents avis
Leurs avis différents : « del Maro, mécontent de cette cour, assuroit depuis longtemps que l'entreprise regardoit la Sicile ; Lascaris... assuroit son maître que c'étoit Naples » et insinuait de traiter avec l'Espagne ; « Corderi, souhaitant de prolonger son emploi, écrivoit douteusement... Moyennant les différentes affections de ces trois ministres, le roi de Sicile étoit très mal informé d'un projet dont la connoissance étoit si importante à ses intérêts. »
Ministres d’Espagne au dehors déclarent que le roi d’Espagne n’acceptera point le traité
Les déclarations de refus : Monteléon, « peut-être parce qu'il étoit plus suspect, reçut des ordres plus précis qu'aucun autre de déclarer que le roi son maître ne consentiroit jamais à l'indigne projet qu'on lui proposoit, son honneur exigeant qu'il pérît plutôt que de recevoir une loi dont sa dignité et l'intérêt de sa couronne souffriroient un égal préjudice ».
Détail des forces d’Espagne fait en Angleterre avec menaces
Le détail des forces avec menaces : « plus de trois cent soixante voiles, trente-trois mille hommes effectifs de débarquement, cent pièces de canon de vingt-quatre, trente de campagne, quarante mortiers, trente mille bombes..., vingt mille quintaux de poudre..., deux millions de pièces de huit embarquées..., outre quarante-deux mille hommes demeurant en Espagne » ; le roi d'Angleterre « se trompoit s'il croyoit traiter un roi d'Espagne à l'allemande » ; et si les forces, au lieu de l'Italie, étaient passées « en Écosse sous le commandement de ce galant homme pour lors relégué à Urbin..., peut-être que le roi Georges eût fait ses réflexions ».
Albéroni déclame contre le roi d’Angleterre et contre le régent
Contre les deux princes : « tous deux selon lui ne pensoient qu'à leurs intérêts particuliers... L'un sacrifioit à cet objet la nation angloise, et l'autre la françoise » — et il fit dire à Nancré, de la part du roi, « de cesser absolument de parler du projet à Sa Majesté Catholique, pour ne pas obliger sa patience royale à sortir des règles usitées à l'égard des ministres étrangers ».
Albéroni se loue de Nancré ; lui impose silence sur le traité ; peint bien l’abbé Dubois ; menace ; donne aux Espagnols des louanges artificieuses
Son double langage : il se louait de Nancré — « sa conduite ne pouvoit être plus sage ni plus mesurée, ayant une mauvaise cause à défendre » — et peignait Dubois en « artisan de chimères, agent des passions d'autrui (point du tout, mais des siennes), d'homme qui avoit mis tout son génie à vendre et à débiter ses artifices par cabale et par mille menteries (c'étoit bien là le vrai portrait de tous les deux) » ; il flattait les Espagnols : « le moindre d'entre eux se croyoit conquérant de nouveaux mondes..., l'Espagne enfin étoit en pleine mer, et il falloit ou périr ou parvenir au port. »
Il a un fort entretien avec le colonel Stanhope, qui avertit tous les consuls anglois de retirer les effets de leurs négociants
Le fort entretien avec le colonel Stanhope : au refus de la Sardaigne, Albéroni répondit qu'il rejetait « tout l'ouvrage » ; que si les événements lui étaient contraires, le roi « se retireroit auprès de sa cheminée..., n'étant pas assez don Quichotte pour attaquer tout le genre humain » ; il refusa à la compagnie du Sud son vaisseau annuel (en promettant deux l'année suivante), lâcha « que l'Espagne n'auroit plus d'égard aux traités faits avec l'Angleterre », et menaça que dès que l'escadre paraîtrait, « les Anglois devoient s'attendre à être maltraités dans toutes les circonstances imaginables » — si bien que Stanhope, au sortir de l'audience, « dépêcha sur-le-champ des courriers aux consuls anglois de tous les ports d'Espagne pour leur enjoindre de mettre sous leur garde tous les effets appartenant aux marchands de leur nation ».
Inquiétude des ministres de Sicile à Madrid
L'inquiétude des ministres de Sicile : quelques ordres différant le départ de la flotte firent craindre « une intelligence prochaine du roi d'Espagne avec l'empereur » ; et Lascaris observa d'un œil noir « qu'Albéroni ne donnoit que le titre de duc de Savoie au roi de Sicile » dans une lettre à Cellamare qu'il lui communiqua.
Fourberie insigne d’Albéroni
La fourberie insigne : il avait persuadé Aldovrandi « que c'étoit contre son avis et contre son sentiment que le roi d'Espagne s'engageoit dans la guerre..., toutes ses mesures ayant été rompues par l'opiniâtreté de la reine », au point d'une « contestation très vive entre le roi et elle » ; et pour flatter Rome, il laissa croire qu'il avait proposé de porter la flotte en Afrique — « faire la conquête d'Oran, délivrer Ceuta, et ruiner Alger par les bombes » — en demandant « un profond secret » d'un projet qu'il savait éventé d'avance.
Forte et menaçante déclaration de l’Espagne aux Hollandois
La déclaration menaçante aux Hollandais : Beretti dut dire aux États généraux « que jamais il ne se soumettroit à la loi dure et inique que la France et l'Angleterre prétendoient lui imposer », les avertir « comme puissance amie » du piège où on voulait les faire tomber, et ajouter « que le roi son maître seroit affligé, même offensé », s'ils s'engageaient — Sa Majesté Catholique se voyant alors « obligée de prendre les mesures et les résolutions qui lui conviendroient davantage ».
Avis contradictoire d’Aldovrandi au pape sur Albéroni
L'avis contradictoire d'Aldovrandi : « lorsque la flotte fut partie, Aldovrandi, désabusé trop tard, changea de sentiment à l'égard d'Albéroni » et avertit le pape « qu'il ne falloit compter ni sur la piété, ni sur les bonnes intentions du roi d'Espagne, parce que ce prince souvent malade étoit hors d'état de s'appliquer aux affaires, et qu'elles étoient souverainement gouvernées par un premier ministre plein de ressentiment ».
Plaintes du pape contre l’Espagne qui rompt avec lui, sur le refus des bulles de Séville pour Albéroni
La rupture avec Rome : Acquaviva, après avoir tout tenté, exécuta ses ordres et « fit dire à tous les Espagnols qui étoient à Rome d'en sortir incessamment. Ils obéirent tous, et leur soumission surprit la cour de Rome. Le pape parut embarrassé, et laissa voir qu'il n'auroit jamais cru que le roi d'Espagne prît une telle résolution. »
Conduite de Giudice à l’occasion de la rupture de l’Espagne, avec Rome
La conduite de Giudice : il « voulut tourner en ridicule et la résolution prise à Madrid, et l'effet qu'elle avoit eu à Rome », disant que les flatteurs prétendaient l'expédition « concertée avec le pape..., le véritable dessein étant de tromper les Allemands et de leur déguiser l'intelligence secrète ».
Il ôte enfin les armes d’Espagne de dessus sa porte ; craint les Impériaux et meurt d’envie de s’attacher à eux ; avertit et blâme la conduite de Cellamare à leur égard
Il ôta enfin les armes d'Espagne : ayant espéré en vain l'intercession du régent, « il fallut enfin se soumettre. Le pape même le pressa de prendre ce parti nécessaire, un particulier ne pouvant longtemps tenir tête à un grand roi. Giudice, en obéissant, protesta que jamais il n'arboreroit les armes d'une couronne qui rejetoit ses services » ; mais craignant les Impériaux ou mourant d'envie de s'y attacher, « il avertit souvent Cellamare, son neveu, de songer sérieusement aux mauvais offices qu'on lui avoit rendus à Vienne ».
Le pape menacé par l’ambassadeur de l’empereur
Le pape menacé : Vienne avait envoyé à Gallas des pièces « dont on disoit que les unes étoient originales et les autres légalisées, toutes servant à prouver une intelligence secrète entre le roi d'Espagne et le Grand Seigneur, liée et contractée par le moyen de Cellamare », dont « plusieurs lettres originales de lui et du prince Ragotzi » ; Gallas dit au pape « en forme de menace que l'empereur seroit attentif à la conduite de Sa Sainteté ».
Malice d’Acquaviva contre les Giudice
La malice d'Acquaviva : la lettre où Cellamare rejetait ces accusations en invectivant Vienne, Acquaviva « la communiqua au pape, en distribua différentes copies, et pour la rendre plus intelligible aux Romains, il la fit traduire en italien. Il dit même qu'il la feroit imprimer ; en sorte que, sous prétexte de relever le zèle de l'ambassadeur d'Espagne, il suscitoit en effet et faisoit retomber toute la vengeance de l'empereur sur la famille des Giudice. »
Dangereuses pratiques de Cellamare en France
Les dangereuses pratiques : Cellamare « étoit alors moins occupé de ses propres intérêts du côté de l'Italie qu'il ne l'étoit d'animer et de fortifier les intrigues et les cabales secrètes qu'il entretenoit depuis quelque temps à la cour de France..., se flattant que la récompense qu'il tireroit d'un pareil service le dédommageroit abondamment des pertes qu'il comptoit avoir déjà faites dans le royaume de Naples ».
Secret et précautions
Son secret et ses précautions : il communiquait « par les voyages que quelques officiers espagnols ou wallons avoient occasion de faire à Paris et à Madrid », se défiait des courriers, « n'expliquant jamais clairement ; mais, enveloppant ses relations de voiles, il disoit, par exemple, qu'il préparoit les matériaux nécessaires et qu'il s'en serviroit en cas de besoin, que les ouvriers contribuoient cordialement à les lui fournir ».
Ses espérances
Ses espérances : la division entre le régent et le parlement — « Cellamare traitoit de héros les officiers qui la composoient..., ceux qui souffroient quelque mortification s'en réjouissoient comme s'ils étoient couronnés par la gloire du martyre..., et cette union [des parlements] causeroit immanquablement des nouveautés imprévues » — et la division de la bulle Unigenitus, que Bentivoglio rallumait « dans le temps que son maître témoignoit avoir intention de l'apaiser », jusqu'à faire craindre « l'appel général de la nation ».
Embarras domestiques du régent, considérés différemment par les ministres étrangers à Paris
Les embarras du régent vus des ministres étrangers : l'affaire des monnaies passait pour « un abîme ouvert sous les pieds du régent » ; l'Espagnol s'en flattait comme d'un frein au traité, tandis que « les agents du roi d'Angleterre jugeoient, au contraire, que les embarras suscités au régent par le parlement le persuaderoient encore davantage du besoin qu'il avoit de se faire des amis ».
Koenigseck, ambassadeur de l’empereur à Paris, gémit de la cour de Vienne et de ses ministres
Koenigseck gémissant : « suivant le génie des ministres autrichiens, [il] vouloit, quoique d'ailleurs honnête homme, trouver à redire et donner un tour de mauvaise foi à toute la conduite du régent. Le style de la cour de Vienne, et le moyen de lui plaire, est depuis longtemps d'interpréter à mal toutes les démarches de la France, et la suprême habileté d'un ministre de l'empereur est de croire, d'écouter de fausses finesses et de secondes intentions dans les résolutions les plus simples. »
Garnisons
Les garnisons : le régent avait proposé des garnisons suisses pour Parme et la Toscane — « rien n'étoit moins du goût des ministres de l'empereur » ; Koenigseck, croyant qu'on proposerait ensuite des garnisons anglaises et hollandaises, « conseilla à l'empereur de l'accepter, persuadé que la France elle-même n'y consentiroit jamais » — voyant dans ces variations « le triomphe des anciens ministres toujours opposés à ce projet ».
Conduite insolente de Stairs
L'insolence de Stairs : le régent, après avoir eu égard à ses remarques sur un mémoire pour l'Angleterre, l'envoya corrigé « même avec quelques additions, sans le communiquer » ; Stairs s'en plaignit, et peu satisfait de la réponse — le régent avait « apostillé chaque article du mémoire de sa propre main » —, « fit partir sur-le-champ un courrier pour informer son maître..., et de plus, il obligea Schaub, l'homme de confiance de Stanhope, de passer lui-même en Angleterre pour instruire plus particulièrement les ministres de cette cour de la situation et du véritable état des affaires de France ».

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