TOME XIV · CHAPITRE III
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Summary
Louville sent secretly to Spain — his 'most important and most secret' commission (to reknit with Philip V), sabotaged: Noailles's 'surprising incapacity', Huxelles's 'extreme jealousy', and at Madrid Alberoni's 'fears and games', packing him off unheard. The inquisition's insolence over the Macañas brothers; Acquaviva takes Spain's affairs at Rome; the mutual fear of Alberoni and Daubenton 'unites them'; Giudice removed from the prince of the Asturias — Popoli governor, figure and character; Spain-England discontent and Alberoni's 'knavery' to profit by it.
The entries
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- Louville envoyé secrètement en Espagne
- « La négociation entre la France et l'Angleterre prenoit quelquefois une face plus riante. Toutes deux désiroient y attirer l'Espagne par des vues différentes. Le régent en sut profiter pour ménager à l'Espagne la restitution actuelle de Gibraltar, qui étoit la chose du monde qui l'intéressoit davantage. » Louville, l'ancien confident de Philippe V, fut choisi — par Noailles seul — pour porter secrètement l'affaire à Madrid. Saint-Simon jugea le choix désastreux : « Plus il avoit été bien avec le roi d'Espagne et avant dans sa confiance, plus son arrivée feroit-elle peur à la reine et à Albéroni. » Louville en convint, mais partit, espérant au passage « rapporter ce qui lui étoit dû de ses pensions d'Espagne ».
- Sa commission, très importante et très secrète
- La commission : George Ier, à qui Gibraltar « ne laissoit pas d'être à charge » — inférieur en usage à Port-Mahon « à la dépense et à la consommation qu'il lui en coûtoit » —, consentait à le rendre « moyennant des riens qui ne valent pas s'en souvenir », mais sous un secret absolu : rien par Albéroni « ni par aucun ministre espagnol ni anglois », tout « directement du régent au roi d'Espagne » par un homme de confiance porteur d'une lettre de créance, du papier à signer, « et d'un ordre positif du roi d'Angleterre, écrit et signé de sa main, au gouverneur de Gibraltar de remettre cette place au roi d'Espagne à l'instant..., et de se retirer avec sa garnison... à Tanger ».
- Incapacité surprenante du duc de Noailles
- Scène d'anthologie chez Noailles préparant les expéditions : promenade dans sa bibliothèque, louanges quêtées, puis la plume — « Au bout de quelques mots, pauses longues et un peu de conversation, puis une ligne ou deux, et pause encore, puis ratures et renvois... Il la fondit et refondit si bien qu'elle demeura fondue, et qu'il n'en resta rien. » Louville écrivit lui-même lettre et instruction « tout de suite » ; Noailles « y mit des points et des virgules ». « Tout cela dura plus de quatre heures. C'en étoit trois plus qu'il ne falloit » — preuve nouvelle de « la parfaite incapacité du duc de Noailles d'écrire sur la moindre affaire, avec tout son esprit et son jargon, et les plumes d'autrui dont avec tant d'art il sait se faire honneur ».
- Jalousie extrême du maréchal d’Huxelles
- Le maréchal d'Huxelles, chef du conseil des affaires étrangères tenu à l'écart, « fut outré ». Louville, envoyé lui porter à signer une instruction « qui ne disoit pas un mot de l'affaire », « fut reçu comme un chien dans un jeu de quilles ; ce fut son expression » : « il n'avoit qu'à lui souhaiter bon voyage ; qu'il n'avoit rien à lui dire ; qu'il ne pouvoit parler de ce qu'il ne savoit point... Il fut enragé de se voir passer la plume par le bec, s'en prit à Louville qu'il crut avoir brassé toute cette intrigue, et ne le lui a jamais pardonné. »
- Craintes et manèges intérieurs d’Albéroni en Espagne
- À Madrid, Albéroni entre deux feux : le roi le soupçonnait, la reine le lassait. Il se plaignait « de sa mollesse, de sa complaisance pour le roi », la trouvait « indolente, haïssant la peine et les affaires », et l'avertissait « que, si elle cessoit d'avoir l'autorité dans les affaires, elle ne devoit plus compter sur aucun crédit ni considération ». Tableau du royaume : « Les désordres étoient au dernier point en Espagne, les peuples accablés d'impôts, les seigneurs dans la crainte et le mépris, la noblesse à la mendicité ; ni troupes, ni finances, ni marine, ni commerce..., et la maison d'Autriche attentive avoit encore force partisans. »
- Insolence de l’inquisition sur les deux frères Macañas
- Insolence de l'inquisition dans l'affaire Macañas : le frère du ministre, dominicain, « fut mis en prison par l'inquisition, qui refusa au roi d'Espagne de lui en remettre le procès ; et en même temps ce tribunal déclara par un décret Macañas hérétique, et le cita à comparaître dans quatre-vingt-dix jours » — alors que Macañas était notoirement « ministre du roi d'Espagne » à l'étranger. Le roi et la reine voulurent chasser Giudice comme grand inquisiteur responsable ; Albéroni « leur fit peur de la conjoncture, et de le faire passer pour un martyr » — craignant surtout pour son chapeau.
- Cardinal Acquaviva chargé, au lieu de Molinez, des affaires d’Espagne à Rome
- Autre dégoût infligé à Giudice : « Il fit décharger Molinez du soin des affaires d'Espagne à Rome, comme trop vieux et incapable de les conduire, et les fit donner au cardinal Acquaviva. Giudice haïssoit fort toute cette maison, et le cardinal Acquaviva en particulier qu'il regardoit comme l'ami d'Albéroni, et le promoteur de son chapeau. »
- La peur qu’Albéroni et Aubenton ont l’un de l’autre les unit
- Alliance des deux peurs : Aubenton, « quoique appuyé directement du pape..., se sentit trop foible contre Albéroni qui n'étoit qu'un avec la reine, laquelle n'aimoit point les jésuites » ; Albéroni « craignoit doublement Aubenton, qui avoit la confiance du roi d'Espagne..., et il ne le redoutoit pas moins pour son chapeau à Rome. Cette frayeur réciproque relia ensemble deux ambitieux qui ne connurent jamais que l'autorité et la fortune. Le cardinal del Giudice fut la victime de leur ralliement. »
- Giudice ôté d’auprès du prince des Asturies et du conseil
- La chute de Giudice, par billets de Grimaldo — « qui, sous le nom de secrétaire d'État, l'étoit moins que secrétaire d'Albéroni » : ordre « de se retirer d'auprès du prince des Asturies », auquel il répondit « avec soumission », demandant à se démettre aussi de l'inquisition ; puis, quelques jours après, ordre « de s'abstenir de se trouver au conseil » où il n'avait plus « que le vain nom de premier ministre ». Enfin l'ordre absolu de se retirer tout à fait d'auprès du prince — le soir même du jour où Bubb avait accusé le cardinal, au nom de l'Angleterre, « d'avoir favorisé les intérêts du Prétendant ».
- Popoli fait gouverneur du prince des Asturies ; sa figure et son caractère
- Popoli, gouverneur du prince des Asturies : seigneur napolitain, frère du cardinal Cantelmi, « il se déshonora partout sur le courage, sur l'avarice, sur l'honneur, sur tous chapitres », ce qui ne l'empêcha d'être grand d'Espagne, Toison, grand maître de l'artillerie, capitaine des gardes italiennes, « enfin gouverneur du prince, quoiqu'il eût empoisonné sa femme..., belle, aimable, jeune » — « Personne ne doutoit de ce crime, et lorsque j'ai été en Espagne, j'en ai ouï parler à la reine comme d'une chose certaine, dont elle avoit horreur. » Avec cela « grand air et grande mine..., beaucoup d'esprit, d'art, de manège ; suprêmement faux et dangereux », et « le langage, les grâces, les façons, les manières du maréchal de Villeroy, à un point qui surprenoit toujours ».
- Mécontentement réciproque entre l’Espagne et l’Angleterre
- « L'alliance défensive traitée entre l'Espagne et l'Angleterre s'étoit refroidie par la signature de celle de cette dernière couronne avec l'empereur. L'Espagne crioit contre la mauvaise foi des Anglois... Les Anglois se plaignoient avec hauteur des vexations que leurs marchands souffroient sans cesse de l'Espagne... Ces plaintes mutuelles retomboient sur Albéroni, depuis longtemps chargé seul de cette négociation. »
- Fourberie d’Albéroni pour en profiter
- La fourberie pour en profiter : Albéroni « prit un air de franchise et de disgrâce » avec Bubb, gémissant que « les mauvais serviteurs du roi d'Espagne l'avoient tellement décrié dans son esprit foible, défiant, incertain..., comme gagné par les Anglois, qu'il n'osoit plus ouvrir la bouche de rien qui les regardât ». Le but : « se rendre cher aux Anglois, en les persuadant qu'il s'exposoit pour eux... ; gagner du temps et attendre les événements ; observer la conduite de la Hollande... ; enfin traiter avec elle seule, ou avec l'Angleterre seule, ou avec toutes les deux, suivant qu'il trouveroit jour et convenance. Il fut une nuit trouver Riperda chez lui, par ordre de la reine, pour le presser d'entrer en traité » — et Riperda d'assurer ses maîtres qu'ils obtiendraient de quoi « chasser d'Espagne les François sans retour ».
- Les Anglois, en peine du chagrin du roi d’Espagne sur leur traité avec l’empereur, le lui communiquent, et en même temps les propositions que leur fait la France, et leur réponse
- Coup de maître anglais : Bubb reçut ordre « de rendre compte au roi d'Espagne, par Albéroni, de tous les points de ce traité [avec l'empereur], de lui en communiquer même la copie, et pour comble de bonne foi de leur part, de lui communiquer aussi les offres que la France leur faisoit pour un traité de ligue défensive..., même le projet de la France, et la réponse que le roi d'Angleterre y avoit faite » — la confiance affichée comme instrument de séduction.
- Malignité contre le régent pour le brouiller avec le roi d’Espagne
- La malignité contre le régent : Stanhope, dans sa lettre à Albéroni « pleine de toutes les expressions qui pouvoient le flatter davantage », « n'oublia pas que [la France] y sollicitoit avec empressement la confirmation du traité d'Utrecht, le seul qui pût faire peine personnellement au roi d'Espagne ; et relevoit l'attention obligeante du roi son maître à éluder la demande de M. le duc d'Orléans » — présenter la garantie des renonciations comme une offense espagnole, pour brouiller Madrid et Paris.
- Adresse de Stanhope pour se défaire de Monteléon en Angleterre, et gagner Albéroni, qui passe tout aux Anglois
- Double coup de Stanhope : « il attaqua sans ménagement » Monteléon dans la même lettre, « et y exagéra son étonnement de voir un ambassadeur d'Espagne solliciter, de concert avec la France, la confirmation du traité d'Utrecht » — l'homme trop clairvoyant discrédité auprès de sa propre cour. Albéroni, comblé, le fut plus encore de l'ordre donné à Bubb d'accuser Giudice et de « demander formellement au roi d'Espagne d'éloigner ce cardinal et ses adhérents » ; après quoi il « joua la comédie », contrefaisant « l'homme éreinté sur les Anglois par ses ennemis », avant de promettre « de se hasarder encore une fois là-dessus auprès de son maître ».
- Albéroni, gagné par la souplesse de Stanhope, donne carte blanche aux Anglois pour signer avec eux une alliance défensive
- La carte blanche : ayant fait mine d'objecter à la garantie des acquisitions futures du traité anglo-impérial, Albéroni demanda seulement si ce traité « portoit exclusion de toute autre alliance », puis « avertit Bubb que le roi d'Espagne étoit disposé à signer une alliance défensive avec le roi de la Grande-Bretagne » — et sur la question de la nature du traité : « telle alliance défensive qu'il plaira au roi d'Angleterre ». Il promit que « eux deux seuls en Espagne auroient la connoissance de cette négociation, et que Monteléon n'en seroit point instruit », laissant au roi d'Angleterre le choix de ses confidents.
- Embarras et craintes diverses de Bubb, secrétaire et seul ministre d’Angleterre à Madrid
- Les embarras de Bubb : sans instruction ni pouvoir, « il se défioit des Espagnols et des François, beaucoup plus encore des Hollandois » — qui se faisaient un mérite de leur refus du traité anglo-impérial ; il sentait « tout le poids de l'affaire du commerce », fatigué « des plaintes continuelles des marchands anglois et de la lenteur et de l'indécision de la cour de Madrid », et craignait la compagnie de la mer du Sud « et qu'elle n'eût le crédit de lui attirer des ordres qui troublassent sa négociation ».
- Prétention des Anglois insupportable pour le commerce, qu’Albéroni ne leur conteste seulement pas
- La prétention insupportable : la compagnie de la mer du Sud « prétendoit que la mesure d'Angleterre, qui lui étoit plus avantageuse que celle d'Espagne, servît de règle à la cargaison de leurs vaisseaux, et l'ordre commun entre toutes les nations est que la mesure de la charge d'un vaisseau soit toujours celle du lieu où il aborde. Cette prétention étoit insupportable ; Bubb la jugeoit telle, et l'artifice en sautoit aux yeux » — mais « Albéroni ne fit pas la plus légère attention à cette clause », et fit signer tous les points de l'asiento restés en dispute.
- Bassesses et empressement pour les Anglois
- Bassesses consommées : Albéroni écrivit à Stanhope « dans les termes les plus forts » la reconnaissance du roi d'Espagne et sa « tendre amitié » pour George ; « il blâma Monteléon, condamna l'alliance qu'il avoit proposée..., à qui il laissa la décision de tout. Le fourbe se vantoit à ses amis qu'il ne vouloit qu'amuser les Anglois », spéculant sur le mécontentement hollandais et sur un parlement anglais qui ferait « quelque jour un crime au roi Georges d'y avoir préféré ses intérêts personnels d'usurpation sur la Suède aux intérêts de la nation anglaise ».
- Crainte d’Albéroni des Parmesans, qu’il empêche de venir en Espagne
- Toujours la crainte des Parmesans : « Il craignoit tout des Parmesans, pour qui la reine avoit de l'affection, et que quelqu'un d'eux n'enlevât sa faveur auprès d'une princesse légère et facile à se laisser conduire. Il empêcha, par le duc de Parme, qu'elle fît venir en Espagne le mari de sa nourrice et leur fils capucin, et s'assura par ce souverain qu'il n'en viendroit aucun autre qui pût lui faire ombrage auprès d'elle. » Les vapeurs du roi inquiétant les médecins, « la reine régnoit en plein et en assurance, et Albéroni se sentoit plus puissant que jamais ».
- Louville à Madrid ; en est renvoyé sans pouvoir être admis
- Louville à Madrid : descendu chez Saint-Aignan stupéfait, il reçut « un quart d'heure après qu'il eut mis pied à terre... un billet de Grimaldo, portant un ordre du roi d'Espagne de partir à l'heure même ». Il opposa ses lettres de créance et sa commission ; Albéroni, dans une « frayeur » sans mesure, vint lui-même le voir jusque « dans son bain » — « Rien de plus civil que les paroles, ni de plus sec, de plus négatif, de plus absolu que leur sens. » Louville tenta même de se faire voir du roi au passage dans une rue : « Albéroni avoit prévu à tout... il lui fut impossible de faire que le roi l'aperçût. » Après sept ou huit jours et des menaces de violence, il repartit « comme il étoit allé ».
- Il en coûte Gibraltar à l’Espagne
- Le prix de ce triomphe de vanité ministérielle : « Il en coûta Gibraltar à l'Espagne, qu'elle n'a pu recouvrer depuis. Telle est l'utilité des premiers ministres. » Louville revenu, « il fallut renvoyer au roi d'Angleterre tout ce que Louville avoit porté en Espagne pour Gibraltar ; et cette affaire demeura comme non avenue. »
- Impostures d’Albéroni sur Louville
- Les impostures répandues par Albéroni : que le roi d'Espagne avait « une aversion mortelle contre Louville, depuis qu'il l'avoit chassé d'Espagne pour ses insolences » ; qu'il n'avait « ni commission ni proposition à faire » ; qu'il n'était venu « que pour essayer à tirer quelque chose de ce qui lui étoit dû de ses pensions ». Réfutation aisée : chacun savait que c'était Mme des Ursins qui avait arraché Louville à un roi « affligé au dernier point », lequel lui avait « doublé et assigné ses pensions... et donné de plus une somme d'argent et le gouvernement de Courtray ». « Mais la toute-puissance dit et fait impunément tout ce qu'il lui plaît. »
- Le régent et Albéroni demeurent toujours piqués l’un contre l’autre du voyage de Louville
- Bilan des rancunes : l'affaire « piqua fort Albéroni contre le régent d'avoir voulu faire passer une commission secrète au roi d'Espagne à son insu, et par un homme capable de le supplanter, et le régent contre Albéroni qui avoit fait avorter le projet avec tant d'éclat..., qui tous deux ne l'oublièrent jamais, mais le régent par la nécessité des affaires, et sans altération de sa débonnaireté. » Albéroni, ancien « petit domestique du duc de Vendôme », prit contre Noailles « une dose de haine de plus » en apprenant que l'envoi avait été concerté entre le régent et lui seuls — « et reçut comme une nouvelle injure une lettre d'amitié que le duc de Noailles lui avoit envoyée par Louville ».
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