TOME III · CHAPITRE XIV

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Summary

The ceremonial of the covering before the king of Spain, with its differences for the three classes — plan drawn — then the same ceremony before the queen; the old gallantry pretext for covering abolished. Distinctions of teams and harness; the wives and eldest daughters-in-law of grandees alone and diversely seated; seating at play and ball; grandees, wives, eldest sons and daughters-in-law expressly and alone invited to every fête, pleasure and ceremony — ambassadors to a few.

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Cérémonie de la couverture et ses différences pour les trois différentes classes chez le roi d’Espagne, et son plan
« La clef du rang et des honneurs dont les grands d'Espagne jouissent est la cérémonie de leur couverture » : Saint-Simon décrit celle de son propre fils. Le nouveau grand visite d'abord tous les grands, puis choisit un parrain — ce fut le duc del Arco, grand écuyer et favori du roi —, qui prend l'ordre du roi pour le jour et en avertit le majordome-major. Le cortège fut fastueux : « six de mes carrosses, entourés de ma livrée à pied [...] : tout Madrid étoit aux fenêtres ou dans les rues », gardes espagnoles et wallonnes en bataille, la « famille du roi » au degré, hallebardiers en haie — « tous ces honneurs ne sont que pour la première classe ». Le roi debout sous un dais, les grands couverts aux murailles : le récipiendaire fait trois profondes révérences ; pour la première classe, le roi prononce cobrios quand il se relève de la troisième, et il se couvre avant de parler ; la seconde parle découverte d'abord ; la troisième ne se couvre qu'après la réponse du roi. Suivent le remerciement « de demi-quart d'heure », le baiser de la main dégantée du roi, un genou en terre, et le placement, « pour cette unique fois », au-dessus de tous les grands. Le père note avec fierté que son fils « fit tout de fort bonne grâce et à propos », le roi lui faisant même signe deux fois de se couvrir à temps.
La même cérémonie chez la reine d’Espagne, et son plan
Chez la reine, la cérémonie se répète dans la singulière salle d'audience du palais de Madrid, longue et étroite, doublée d'une galerie par de grandes arcades, avec des barrières couvertes de tapis. La reine est assise « dans un fauteuil plus haut que les fauteuils ordinaires », un gros carreau de velours sous les pieds ; à sa gauche la haie des grands couverts, à sa droite la camarera-mayor et les dames — femmes et belles-filles aînées des grands ayant seules des carreaux. À la première révérence, « la reine se lève en pied et se rassoit incontinent » ; le nouveau grand salue ensuite les dames « par une seule révérence » allongée sur toute leur ligne, puis les grands ; il se couvre « au temps que la classe dont il est le demande, sans que la reine le lui dise, parce qu'elle ne fait pas les grands », et lui baise la main. Au départ de la reine, il court complimenter chaque dame ayant l'excellence d'un mot unique — « A los piés de Vuestra Excelencia » — « en glissant de l'une à l'autre ». Saint-Simon osa arrêter la reine pour son remerciement, « cela ne lui déplut pas ». Puis visite sans cérémonie au prince des Asturies, reconduite par le duc de Popoli, et retour : plus de cinquante à table chez l'ambassadeur, un repas de trois heures où « on y mangea, on y but, on y parla, on y fit du bruit, comme on auroit pu faire en France ».
Tout ancien prétexte de galanterie pour se couvrir aboli
« Il ne reste plus à la cour d'Espagne trace aucune de cette tolérance de la vanité prétextée de la galanterie espagnole de l'ancien temps, de personne qui s'y couvre sans autre droit que celui de son entretien avec la dame qu'il sert, dont l'amour le transporte au point de ne savoir ce qu'il fait, si le roi ou la reine sont présents, et s'il est couvert ou non. » Cette fiction galante — l'amant si transporté qu'il en oublie de se découvrir devant le roi — était abolie longtemps avant l'avènement de Philippe V : « il n'en reste pas même d'idée. Il n'y a occasion ni prétexte qui laisse couvrir personne que les grands, les cardinaux et les ambassadeurs. » La couverture, désormais strictement réservée, garde ainsi toute sa valeur de marque de dignité.
Distinction de traits et d’attelages
À Madrid, personne hors le roi, la reine, les infants et le grand écuyer dans les équipages du roi « ne peut aller à plus de quatre mules dans la ville » ; le commun ne va qu'à deux, l'étage au-dessus à quatre sans postillon, les titulados et certains emplois avec postillon. De là une distinction plus curieuse encore : les traits des attelages, « de corde très vilains pour toutes conditions », sont « courts pour les moindres [...] ; longs pour l'étage supérieur, et très longs pour les grands, les cardinaux et les ambassadeurs » — conseillers d'État et chefs des conseils en ont de longs, mais moins que les grands. « C'est uniquement à la qualité de l'attelage qu'on reconnoît la qualité des personnes que l'on rencontre dans les rues » ; et Saint-Simon d'admirer l'adresse des cochers « à tourner court et dans les lieux les plus étroits, sans jamais empêtrer ni embarrasser leurs traits les plus longs ». Les cochers des femmes de grands mènent tête nue, comme le porteur de devant de leurs chaises.
Femmes et belles-filles aînées de grands seules et diversement assises
Chez la reine, « les femmes des grands ont un carreau de velours, et leurs belles-filles aînées un de damas ou de satin [...]. Elles s'asseyent dessus. Toutes les autres, de quelque distinction qu'elles soient, sont debout ou s'assoient nûment par terre. » Mais s'asseoir par terre en Espagne n'est pas ce qu'on croirait : « on ne voit jamais de plancher nulle part ; tous sont couverts de belles nattes de jonc [...], souvent ouvragées de paysages en noir et en jaune », les pièces intérieures ayant en tout temps des tapis par-dessus, ceux du palais « de la plus grande beauté ». Et Saint-Simon de s'émerveiller : les dames sans carreau « s'assoient et s'en relèvent avec une souplesse, une grâce et une promptitude, jusque dans les plus vieilles et sans aucun appui, qui me surprenoit toujours ». La coutume commençait pourtant « à céder à l'usage de nos sièges du temps de mon ambassade ».
Séance à la comédie et au bal
À la comédie, le roi, la reine et les infants siègent en fauteuils sur une ligne face au théâtre, le majordome-major du roi sur un ployant, la camarera-mayor sur un carreau, quatre grands officiers sur des tabourets derrière — « pas un autre siège, et tous les hommes debout, grands et autres, quoique les comédies soient fort longues ». Les dames à carreaux sont assises dessus, les autres par terre sur le tapis. À la droite du roi, « une niche dans la muraille, fermée de jalousies », où seuls s'assoient les ambassadeurs et le nonce du pape « en rochet et camail, à côté duquel j'ai assisté plus d'une fois ». Au bal, mêmes fauteuils et tabourets ; femmes et belles-filles aînées de grands assises sur des tabourets en ligne, toutes les autres dames « assises par terre, le dos appuyé contre les tabourets vides derrière elles » ; aucun homme assis, pas même les danseurs. « La reine ne danse qu'avec le roi et les infants », comme la princesse des Asturies ; de bal masqué, Saint-Simon n'en vit aucun.
Grands, leurs femmes, fils aînés et belles-filles aînées expressément et seuls invités à toute fête, plaisir et cérémonie, et à quelques-unes les ambassadeurs
Point de bal public chez le roi, point de comédies ordinaires au palais, point de fêtes publiques ni de cérémonie quelconque « que les grands, leurs fils aînés, et leurs femmes n'y soient à chacune expressément conviés » — nul n'est omis, même malade. Les billets d'avertissement, « datés sans les signer », sans compliment ni cachet, sont portés par les hallebardiers de la garde, répartis par quartiers. Saint-Simon en tire la conclusion qui justifie toute la digression : « les grands sont l'accompagnement du roi partout, et son plus naturel comme son plus illustre cortège. Personne autre n'est jamais invité, si ce n'est les ambassadeurs en beaucoup d'occasions, comme les fêtes et les chapelles. » Suit le plan détaillé de la chapelle royale d'Espagne : sanctuaire, fauteuil et prie-Dieu du roi sous le grand dais, ployant du majordome-major, banc des grands avec son tapis, banc des ambassadeurs, tribune de la reine — topographie minutieuse où chaque siège, chaque carreau, chaque tapis dit un degré de dignité.

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