TOME II · CHAPITRE III
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Summary
Post-war court: M. d'Orléans a cardinal; deaths of the poet Santeuil, Beauvois, La Chaise, the duchesse de La Feuillade, the duc de Duras; the new usage of duke-marshals bearing the marshal's name. Pelletier's voluntary retirement, his fortune and family; the posts to Pomponne; the king's two maxims — never a prime minister, never a churchman in council. Foreign employments (Bonrepos, Des Alleurs, Du Héron); Hesse-Darmstadt a grandee of Spain. The singular retreat of Aubigné, Mme de Maintenon's brother; the young duchess's private life and the friction with the duchesse du Lude; preparations for Bourgogne's marriage and the king's taste for magnificence.
The entries
Entry summaries are given in French, the language of the source.
- M. d’Orléans, cardinal
- La promotion des couronnes arrive à Marly le 31 juillet : le roi présente lui-même la calotte à l'évêque d'Orléans « qui la reçut baissé fort bas, de ses mains sur sa tête, avec beaucoup d'amitié » ; le cardinal de Janson apporte ensuite la barrette. Au lever, le roi lui demande si on le verra « avec des habits d'invention » : « Moi, sire, dit le nouveau cardinal, je me souviendrai toujours que je suis prêtre avant que d'être cardinal. » Il tint parole — jamais de soie, rien de rouge « que sa calotte et le ruban de son chapeau » — « ce qui le mit de plus en plus en vénération ».
- Mort du célèbre Santeuil, du baron de Beauvois, de La Chaise, de la duchesse de La Feuillade, du duc de Duras
- La mort de Santeuil, chanoine de Saint-Victor, « le plus grand poète latin qui ait paru depuis plusieurs siècles », le favori de toute la maison de Condé : aux états de Bourgogne, M. le Duc, « de gaieté en gaieté, trouva plaisant de verser sa tabatière pleine de tabac d'Espagne dans un grand verre de vin et de le faire boire à Santeuil pour voir ce qui en arriveroit. Il ne fut pas longtemps à en être éclairci : les vomissements et la fièvre le prirent, et en deux fois vingt-quatre heures, le malheureux mourut dans des douleurs de damné » — mais dans une grande pénitence. Suivent le baron de Beauvois, La Chaise le capitaine de la porte (« un grand échalas, prodigieux en hauteur »), la jeune duchesse de La Feuillade — « il n'y eut que son mari qui ne s'en soucia guère » — et le duc de Duras, de la petite vérole en Flandre, « un homme bien fait et d'une beauté singulière » que sa mère « aimoit uniquement ».
- Époque des ducs-maréchaux de France de porter le nom de maréchal
- À propos de Duras, l'époque d'un usage : son père, en lui cédant sa dignité, « prit le nom de maréchal de Duras… et c'est le premier duc-maréchal de France qui, par le défaut de terres à porter divers noms, et pour la distinction de l'un et de l'autre, se soit fait appeler maréchal. Jamais on n'a dit que le duc de Navailles, le duc de Vivonne, etc. »
- Retraite volontaire de Pelletier, ministre d’État
- La retraite volontaire de Pelletier, ministre d'État, le 18 septembre : « sans en avoir parlé à qui que ce fût qu'au roi », il monte en carrosse au sortir du conseil et se retire à Villeneuve-le-Roi. Craignant d'être fait chancelier — « il comprit qu'un chancelier ne pouvoit plus se retirer » —, il arrache son congé après deux mois de débat, refuse l'essentiel de ses pensions (n'en gardant que vingt mille livres), et soutient sa retraite « avec une grande sagesse et une grande piété ». Saint-Simon admire « moins la sérénité tranquille et douce que je remarquai en lui, que son attention à rompre tous discours sur sa retraite et qui sentît l'encens ».
- Sa fortune et sa famille
- Sa fortune et sa famille : prévôt des marchands (le quai Pelletier), créature des Le Tellier, contrôleur général à la mort de Colbert — place « qu'il craignit plus qu'il n'en eut de joie » —, arbitre secret des débats entre Louvois père et fils. « Fort sage et fort modéré… d'ailleurs fort pédant et fort court de génie » — d'où le mot du maréchal de Villeroy l'attendant en vain à une petite direction : « nous avons vu M. Colbert qui n'en couroit pas tant et qui en prenoit davantage. » En quittant le contrôle général en 1689, il refusa d'y faire passer son propre frère « aux tentations d'une place qu'il ne tient qu'à celui qui la remplit de rendre aussi lucrative qu'il veut ». Parmi ses fils, le supérieur de Saint-Sulpice, « un cafard qui en bannit la science » : « savez-vous que je suis fils d'un ministre d'État, et contrôleur général, et frère d'un évêque et d'un président à mortier ? »
- Les postes à M. de Pomponne
- Le roi ne remplit point la place de ministre « et donna le soin des postes à M. de Pomponne ».
- Maximes du roi contre un premier ministre et de ne mettre jamais aucun ecclésiastique dans le conseil
- Les maximes du roi, tenues de Torcy même : louant le cardinal de Janson au conseil, il regrette de ne pouvoir le faire ministre — « lorsqu'à la mort du cardinal Mazarin il avoit pris le timon de ses affaires, il avoit en grande connoissance de cause bien résolu de n'admettre jamais aucun ecclésiastique dans son conseil, et moins encore les cardinaux que les autres ; qu'il s'en étoit bien trouvé, et qu'il ne changeroit pas » — même pour un homme sans les inconvénients des autres : « ce seroit un exemple. »
- Emplois au dehors
- Les emplois au dehors après la paix : Portland ambassadeur en France, Tallard en Angleterre, Bonrepos en Hollande, Chamilly en Danemark, Villars envoyé à Vienne, Phélypeaux à Cologne, des Alleurs à Berlin, du Héron à Wolfenbüttel, d'Iberville à Mayence, Puysieux en Suisse, Harcourt en Espagne.
- Bonrepos et sa fortune
- Bonrepos : « se prétendoit gentilhomme du pays de Foix », toute sa vie dans les bureaux de la marine, décrassé par un traité de commerce réussi en Angleterre. « Très-petit homme, gros, d'une figure assez ridicule, avec un accent désagréable, mais qui parloit bien, et avec qui il y avoit à apprendre, et même à s'amuser » — riche, entendu, « fort honorable et toutefois ménageoit très-bien son fait ».
- Des Alleurs
- Des Alleurs : « un Normand de fort peu de chose, fait à peindre », excellent major général de l'armée du Rhin, « un matois doux, respectueux, affable » qui épousa à Strasbourg Mlle de Lutzbourg, belle et sans rien, « laquelle avoit eu plus d'un amant, et qui voulut faire une fin comme les cochers, et fit si bien qu'elle l'épousa ».
- Du Héron
- Du Héron : Normand aussi, colonel de dragons, « un des plus excellents sujets qu'on pût choisir à tous égards pour les négociations, et avec cela doux, modeste, appliqué et fort honnête homme ».
- Prince de Hesse-Darmstadt fait grand d’Espagne, et pourquoi
- L'anecdote étrangère du prince de Hesse-Darmstadt fait grand d'Espagne : « on prétendit » — Saint-Simon multiplie les précautions — que le conseil de Vienne, qui avait fait empoisonner la première reine d'Espagne par la comtesse de Soissons « parce qu'elle n'avoit point d'enfants, et parce qu'elle avoit trop d'ascendant sur le cœur et sur l'esprit du roi son mari », ne fut pas plus scrupuleux sur un autre point : ne pouvant plus se dissimuler que le roi ne pouvait avoir d'enfants, il engagea Darmstadt — qui « n'avoit pas déplu » à la seconde reine — à s'attacher à l'Espagne « pour venir à bout du dessein de faire un enfant à la reine ». D'où la grandesse à vie de première classe, seul moyen en Espagne, où les princes étrangers n'ont aucun rang, de le fixer à la cour. « Sans aucun fruit qui pût mettre la succession de la monarchie en sûreté. »
- Singulière retraite d’Aubigné, frère de Mme de Maintenon
- La singulière retraite d'Aubigné, frère de Mme de Maintenon : le comte qui disait « qu'il avoit pris son bâton en argent », courait « les petites filles aux Tuileries et partout », et appelait le roi « le beau-frère » d'un ton goguenard « dans la galerie de Versailles » — régalant les tables des aventures et galanteries de sa sœur, « en faire le parallèle avec sa dévotion et sa situation présente, et s'émerveiller d'une si prodigieuse fortune ». « J'ai entendu tout cela plusieurs fois, surtout chez mon père… je riois souvent sous cape de l'embarras extrême de mon père et de ma mère. » Excédée, elle le fait entrer par Saint-Sulpice dans la communauté de M. Doyen — il « ne laissa ignorer à personne que sa sœur se moquoit de lui de lui faire accroire qu'il étoit dévot… et qu'on le feroit mourir chez ce M. Doyen » ; rattrapé après ses fugues, on lui donne pour ombre le plat prêtre Madot. La belle-sœur, fille d'un petit médecin, « sotte à merveille, de mine tout à fait basse », est reléguée pareillement en communauté, disant tout bas à ses commères « que cela étoit bien dur, et qu'elle s'en seroit fort bien passée ».
- Cour et vie particulière de la princesse
- La cour particulière de la princesse : la cour ne la voit « que deux fois la semaine à sa toilette » ; le roi lui adjoint un cercle trié — duègnes (Chevreuse, Beauvilliers, Roquelaure, la princesse d'Harcourt, Mme de Soubise, plus Montchevreuil et Heudicourt en liberté), dames d'entre deux âges, jeunes femmes des secrétaires d'État et trois filles dont Mlle d'Aubigné — « le dessein étoit de la former par la conversation et les manières des vieilles, et de la divertir par la compagnie des jeunes ». Plusieurs refusées, dont la duchesse de Villeroy et les filles de M. le Grand.
- Tracasserie avec la duchesse du Lude
- La tracasserie : la figure et la modestie de Mme de Saint-Simon avaient plu au roi à Fontainebleau. La duchesse du Lude, croyant à une brigue de la maréchale de Lorges, vient l'en désabuser — au moment même où la comtesse de Mailly, de son propre chef, en avait parlé à Mme de Maintenon, qui avait répondu « que cela devroit déjà être fait ; que c'étoient des personnes comme Mme de Saint-Simon qu'il falloit approcher de la princesse ». La duchesse du Lude, croisant Mme de Mailly dans l'escalier, resta « fort étonnée de la chose… et voilà comme les choses très-apparentes se trouvent pourtant très-fausses ». Dès le lendemain, Mme de Saint-Simon fut mandée, « et presque tous les jours le reste du voyage de Fontainebleau, et depuis très-souvent, avec une jalousie de toutes les autres et de leurs familles qu'il fallut laisser tomber ».
- Préparatifs du mariage de Mgr le duc de Bourgogne
- Les préparatifs du mariage, fixé au samedi 7 décembre — le roi « ne voulut pas perdre un jour au delà des douze ans » : il s'explique qu'il sera « bien aise que la cour y fût magnifique » et veut lui-même des habits « des plus superbes ». « Ce fut à qui se surpasseroit en richesse et en invention. L'or et l'argent suffirent à peine… en un mot, le luxe le plus effréné domina la cour et la ville. » Le roi feint de s'en repentir — « il ne comprenoit pas comment il y avoit des maris assez fous pour se laisser ruiner par les habits de leurs femmes » — « il pouvoit ajouter, et par les leurs ». « Il fallut plusieurs habits ; entre Mme de Saint-Simon et moi, il nous en coûta vingt mille livres. »
- Goût du roi pour la magnificence de sa cour
- Le goût du roi pour la magnificence, à découvert : « on vit aisément combien cette profusion de matières et ces recherches d'industrie lui plaisoient… et qui s'y seroit tenu à ce qu'il avoit dit lui eût très-mal fait sa cour. Il n'y avoit donc pas moyen d'être sage parmi tant de folies. »
- Ses égards
- Ses égards : Mme la Duchesse ayant fait enlever par des hoquetons les ouvriers du duc de Rohan, le roi « le trouva très-mauvais, et fit sur-le-champ renvoyer ces ouvriers à l'hôtel de Rohan » — alors que Rohan était « un des hommes de France que le roi aimoit le moins » ; et ayant choisi lui-même un dessin de broderie pour la princesse, il défendit au brodeur de quitter ses ouvrages en cours : « il ajouta que s'il n'étoit pas fait à temps, la princesse s'en passeroit. » Suivent les règlements du mariage : ni fiançailles au cabinet ni queue portée en cérémonie, le poêle tenu par l'évêque nommé de Metz et l'abbé Morel, « passé M. le Prince, aucun prince ne signeroit sur le livre du curé » — décision jugée favorable aux bâtards, qui étaient du festin royal sans être princes du sang.
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