TOME XI · CHAPITRE XX

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Summary

The bonnet affair engages: du Maine, now prince of the blood, drops the author 'a word of the bonnet, which I let fall'; then 'beyond all expectation' offers himself in the affair — 'by dint of art and advances' throwing the dukes into the danger of refusal or acceptance, 'answering for the king, the first president and the parlement', then 'for the princes of the blood and Mme la Princesse'. Accepted 'against the grain, and why'; the first president's 'marvels' to Noailles and Aumont; the king speaks first to d'Antin; the 'prepared loophole'; the 'short memorandum' exacted for the king; extreme precautions.

The entries

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M. du Maine, devenu prince du sang, me dit un mot du bonnet, que je laisse tomber
Depuis nombre d'années, « MM. du parlement jouissoient paisiblement de leurs usurpations et de leurs entreprises sur les pairs, dont la faiblesse et l'incurie les laissoit en pleine tranquillité ». Lorsque Saint-Simon fit son compliment à M. du Maine sur « son nouvel être de prince du sang », celui-ci « me dit un mot du bonnet dans les protestations qu'il me fit sur les ducs ». Le mémorialiste prit cela « pour un enthousiasme d'un homme comblé au delà de toutes mesures » cherchant « à ramener à lui par des offres vagues et fausses » : « je glissai donc fort légèrement, et j'étouffai une réponse vague dans l'entassement des compliments », favorisé par l'heure du souper du roi. Il avertit que cette affaire, commencée en novembre, « ne rompit qu'en mars de la suivante », et rappelle « le caractère du premier président de Mesmes, et son abandon de tout temps à M. du Maine ».
M. du Maine, sans qu’on pût s’y attendre, s’offre sur l’affaire du bonnet, dont il n’étoit pas question, et, à force d’art et d’avances, jette les ducs dans le danger du refus ou de l’acceptation
Un matin, dans le cabinet du roi à l'issue du lever, « M. du Maine s'approcha de d'Antin, et sans préliminaire lui parla de l'indécence du bonnet », puis en dit autant aux ducs d'Aumont et d'Harcourt : « chacun d'eux répondit vaguement et froidement ». Voyant son peu de succès, il prit à part les ducs de Noailles et d'Antin : il se disait « ami de quelques ducs, serviteur en général de tous », honorant « leur dignité, la première du royaume », et les pria « de se voir quelques-uns ensemble... et de lui dire après ce qu'ils désireroient de lui ». Assemblés chez le duc d'Harcourt, les ducs virent le piège : « tous jugèrent que M. du Maine vouloit engager cette affaire pour commettre les ducs avec le parlement, se garantir, à la mort du roi qu'on voyoit diminuer, d'une union qui pouvoit lui être funeste, et abaisser les ducs de plus en plus par le mauvais succès de leur entreprise ». Dès lors, « nous vîmes deux précipices ouverts ».
Il répond du roi, du premier président et du parlement
Pour vaincre la froideur, du Maine assura « que son désir étoit si sincère qu'il avoit déjà pressenti le roi ; que ses dispositions étoient favorables ; qu'il avoit aussi parlé au premier président, qui, dit-il, gouvernoit le parlement ; qu'il se faisoit fort du premier président, et du parlement par lui ; et qu'il leur pouvoit répondre que le roi ne feroit aucune difficulté, dès que le parlement consentiroit ». Garanties totales, données avec « les compliments les plus flatteurs et les protestations les plus fortes » — et dont la suite montrera qu'elles n'étaient que l'amorce d'une « noirceur profonde », le premier président de Mesmes devant sa place à du Maine et lui étant tout acquis.
On accepte, et pourquoi, mais malgré soi, les offres du duc du Maine
Au conseil tenu chez Harcourt entre les ducs de La Rochefoucauld, Villeroy, Noailles, Aumont, Charost, Harcourt et Saint-Simon, « personne ne prit à l'hameçon, excepté Noailles et Aumont, et fort légèrement encore » ; tous connaissaient « la duplicité de celui qui le jetoit, ennemi des rangs de l'État..., dont l'intérêt étoit de maintenir toute confusion ». Mais refuser, « c'étoit lui déclarer tacitement, mais clairement, qu'on pénétroit son dessein », dangereux « dans le degré d'empire où M. du Maine, un avec Mme de Maintenon, étoit parvenu sur l'esprit du roi ». Il parut donc « que le péril de donner lieu à M. du Maine de faire passer les ducs pour ses ennemis auprès du roi étoit encore plus grand que l'autre, qu'accepter ses offres n'étoit point un parti de choix mais de nécessité » : la réponse fut faite le lendemain, et du Maine « parut ravi et pressé de se mettre en besogne ».
M. du Maine répond des princes du sang et de Mme la Princesse
Le duc du Maine « répondit des princes du sang, dont l'âge et la situation, dit-il, ne leur permettroient pas de balancer la volonté du roi ». Sur Mme la Princesse, « il se mit à rire, à hausser les épaules ; et, après quelques courts brocards sur son imbécillité et le peu de crédit qu'elle avoit dans sa famille, il en répondit, et assura qu'elle ne traverseroit pas une affaire qui devenoit à lui la sienne ». Sur Mme la Duchesse, il ne croyait pas « qu'elle se souciât du bonnet, moins encore qu'elle osât rien tenter contre le goût et le vouloir du roi » ; c'était aux ducs de lui parler, ainsi qu'à M. le duc d'Orléans, « duquel il n'osoit se charger ». Quant au comte de Toulouse, « il n'avoit pas approuvé l'élévation que son frère leur avoit procurée, et... n'étoit pas homme à vouloir s'opposer au bonnet ».
Merveilles du premier président aux ducs de Noailles et d’Aumont
Du Maine assura qu'il verrait incessamment le premier président : « ce magistrat répondit des merveilles au duc du Maine, sur la parole duquel les ducs d'Aumont et d'Antin le virent, et qui le trouvèrent tout sucre et tout miel ». Le chef du parlement, créature de du Maine qui l'avait fait premier président « à la pointe de son crédit », jouait ainsi la première scène de la comédie concertée : douceur parfaite chez lui, promesses de concours, avant les revirements calculés qui suivront à Marly et durant sa longue prétendue maladie.
Le roi parle le premier à d’Antin du bonnet
« D'Antin n'eut pas la peine d'en parler au roi, le roi lui parla le premier. Il lui dit que M. du Maine lui avoit parlé de l'affaire du bonnet ; que, pourvu que la chose se passât de concert, il ne demandoit pas mieux que d'ôter ce scandale qu'il trouvoit insoutenable (ce fut son expression), et qu'il seroit fort aise de faire ce plaisir aux ducs. » Faveur apparente insigne : le roi lui-même qualifiait d'insoutenable le scandale du bonnet et se déclarait prêt à y mettre fin — mais à une condition dont tout dépendait.
Échappatoire préparée
« Là étoit la pierre d'achoppement, et dès lors j'eus de plus en plus mauvaise opinion du succès. Je ne fus pas seul de mon avis. M. d'Harcourt craignit, comme moi, l'échappatoire préparée dans ce mot “de concert”. » Exiger le concert du parlement, c'était remettre la décision à ceux-là mêmes qui avaient tout intérêt au refus : le roi se donnait le beau rôle en se réservant de ne rien exiger. « D'Antin lui-même ne savoit trop qu'en penser. MM. de Noailles et d'Aumont étoient, ou vouloient paroître convaincus de la droiture et des bonnes intentions de M. du Maine et du premier président. Mais l'embarquement n'avoit pu s'éviter : il étoit fait ; il ne s'agissoit plus que de voguer avec toute la prudence qui s'y pouvoit mettre. »
M. du Maine exige un court mémoire au roi
« M. du Maine, conducteur de la barque, voulut que les ducs présentassent un court mémoire au roi, pour servir, disoit-il, de base au jugement. Le premier président le désira aussi. Il fallut donc en passer par là. J'en craignis le piège, Harcourt le sentit aussi ; nous en raisonnâmes sans trouver moyen de le parer. » Ce mémoire, « exigé sans la moindre nécessité », sera en effet l'instrument du sabotage : la pièce écrite dont on pourra dénaturer les termes pour ameuter le parlement contre les ducs.
Précautions extrêmes sur ce mémoire
« Tout ce qu'il se put de précaution y fut employé. D'Antin en fut chargé. Il le fit d'une page de papier à lettre, sage, honnête, mesuré en choses et en termes pour le parlement et le premier président. Il le montra à M. du Maine, qui le loua et l'approuva. Il le lut au roi, qui l'assura qu'il le trouvoit très bien. » Il l'envoya ensuite au premier président avec un billet le priant « de le corriger, s'il y trouvoit, contre son intention, quelque chose qui lui parût le mériter ». Deux jours après, « le premier président le renvoya à d'Antin, mais sans lettre », sans note ni correction — silence dont « on verra bientôt la raison ».
M. le duc d’Orléans me donne sa parole positive, et Mme la Duchesse aux ducs de La Rochefoucauld, Villeroy et d’Antin, d’être en tout favorables aux ducs sur le bonnet, et la tiennent exactement et parfaitement
« Cependant je m'étois chargé de parler à M. le duc d'Orléans sur le bonnet, et les ducs de La Rochefoucauld et de Villeroy à Mme la Duchesse, pour y fortifier d'Antin. Ni eux ni moi ne trouvâmes aucune répugnance ni difficulté à vaincre. Nous eûmes leur parole de consentir purement et simplement au bonnet, et l'un et l'autre convinrent parfaitement que l'indécence en étoit insoutenable. Tous deux aussi tinrent parole exactement et entièrement. » Fait remarquable dans une affaire où toutes les autres paroles furent trahies : le futur régent et Mme la Duchesse furent les seuls, avec le roi peut-être, à tenir exactement la leur.
Précédentes avances sur le bonnet à moi et à d’autres ducs froidement reçues, et de plus en plus redoublées par le duc du Maine jusqu’à l’engagement forcé de l’affaire
Saint-Simon remonte aux avances antérieures : le soir même de son élévation, du Maine lui avait témoigné vouloir finir l'affaire du bonnet « à son installation de prince du sang au parlement... Ce leurre ne m'éblouit point, et me parut au contraire un verbiage très conforme au naturel de celui qui me le tenoit. » À Fontainebleau, il conta aux ducs de Noailles et d'Antin le prétendu déplaisir du premier président de ce qu'ils avaient rompu leurs conversations sur le bonnet ; ceux-ci répondirent « que la résolution étoit prise depuis longtemps de demeurer en profond silence..., dans l'impuissance où on se sentoit d'obtenir la moindre justice ». Au retour, il pressa le duc de La Force à Sceaux d'en parler « au plus grand nombre de ducs qu'il pourroit » ; « ainsi tout se fit à la fois », jusqu'à l'engagement forcé de l'affaire.
Premier président à Marly, tout changé, y reçoit la recommandation de M. le duc d’Orléans et le mémoire du roi, qui lui parle favorablement
Le premier président vint enfin à Marly : chez d'Antin, malade d'un rhume, les ducs de La Rochefoucauld, Noailles et Aumont le trouvèrent « tout différent de ce qu'ils l'avoient vu chez lui ; il étoit froncé, et avoit l'air embarrassé » ; il lui échappa « que l'usage présent sur le bonnet étoit une chose ancienne dont le parlement seroit difficile à se départir ». Dans le salon, M. le duc d'Orléans alla à lui et lui dit que l'affaire lui semblait « juste et raisonnable, et qu'il lui feroit plaisir d'y apporter toute facilité » ; le magistrat le « paya de respects généraux ». Sorti « fort allumé » du cabinet, il dit sèchement aux ducs que le roi lui avait remis le mémoire, permis de consulter le parlement, « et eu la bonté de l'assurer qu'il n'entendoit pas rien exiger d'eux ». Le roi conta pourtant à d'Antin que le premier président « n'avoit pas fait la moindre difficulté, avouant même que les ducs n'avoient pas tort de se plaindre ».
État du premier président sur le mémoire, contre parole et vérité, de propos délibéré. –Il fait longtemps le malade
Quatre jours après, le secret « éclata par les plaintes que les magistrats faisoient à Paris » : le premier président avait assemblé chez lui les présidents Novion, Maisons, Aligre, Lamoignon et Portail, le doyen Le Nain et des conseillers, qui « voulurent trouver dans les premières lignes du mémoire un souvenir malin des troubles de la minorité du roi ». « Ce fut lui qui s'éleva le premier sur le mémoire, qui excita les autres, et qui tâcha de rendre le mécontentement contagieux » — contre parole et vérité, puisqu'il avait eu le mémoire à corriger et l'avait renvoyé sans remarque, ce que d'Antin lui rappela par une lettre « très mesurée » et sans réplique : il ne s'agissait que du duc de Guise acceptant, pendant la Ligue, la qualité de conseiller dans son serment. « Cependant la pierre étoit jetée, elle fit tout son effet. Presque en même temps, le premier président tomba malade ou le fit... et fit durer tout cela deux mois » — le temps « d'attiser le feu, et bien prendre toutes ses mesures ».
Premier président visité des ducs de Noailles et d’Antin, leur propose, en équivalent du bonnet, de suivre les présidents entrant et sortant de séance
Soupçonneux de cette maladie, les ducs de Noailles et d'Antin lui rendirent visite « pour savoir des nouvelles de sa santé ; mais lui leur en voulut parler ». Après avoir effleuré, fort embarrassé, le bruit du mémoire, il leur fit « une proposition qui les surprit extrêmement » : n'étant « ni le seul président, quoique le premier, ni le maître de sa compagnie, quoiqu'il en fût le chef », il demandait que « les ducs voulussent se relâcher de quelque chose en faveur des prétentions des magistrats ». Ses deux propositions : que les pairs cessent de demeurer en séance quand la cour lève celle des bas sièges ; et surtout « de suivre les présidents tant en entrant qu'en sortant de séance » — « le grand point d'ambition des présidents, pour en tirer après toutes les suites et les conséquences que leur orgueil et leur art leur auroit suggérées ».
Divers points singulièrement discutés, sans que les deux ducs eussent compté de parler de quoi que ce fût au premier président, lesquels rejettent cette suite et tout équivalent du bonnet
La réponse des deux ducs fut « que ce qu'on demandoit étoit juste, ou ne l'étoit pas ; qu'il s'agissoit de supprimer une incivilité très indécente, et une nouveauté sans fondement aucun... ; que ni l'un ni l'autre par sa nature ne demandoit de compensation ; que, de plus, il ne restoit rien aux pairs dont ils se pussent dépouiller, après l'avoir été en tant de manières ». Au premier point, ils avaient une réponse péremptoire — la petite porte du barreau fermée exprès — qu'ils n'alléguèrent pas. Sur la suite des présidents, le magistrat invoqua l'exemple du grand Condé ; ils répliquèrent que, « inséparables des princes du sang, ils les suivroient en quelque rang qu'ils voulussent bien s'abaisser » ; il cita alors MM. Le Tellier de Reims et de Gordes de Langres — les ducs lui rappelèrent « cette bévue de ces deux prélats » et déclarèrent « que jamais les pairs ne renouvelleroient un abus, unique en ces prélats, si court encore et fini sans plaintes ». La visite finit dans les civilités.
Inquiétude des présidents. –Personnage de Maisons ; son extraction
« Les présidents étoient cependant fort en peine, parce qu'ils n'étoient pas dans la confidence du duc du Maine, ni dans celle du premier président. » Saint-Simon peint alors Maisons : « ces Longueil sortoient récemment d'un huissier fieffé du village de Longueil, en Normandie, où tout est plein de titres qui en font foi ». Le surintendant son grand-père « s'enta, par l'autorité de sa place, sur la maison des anciens seigneurs de Longueil », éteinte et très ancienne : « la faveur et la place du surintendant avoit établi cette fausseté, et le parlement s'applaudissoit d'avoir, de père en fils, un président de l'ancienne chevalerie ». Gagnant la cour et la ville tout en ménageant sa compagnie, Maisons « effaçoit tous les autres présidents, et le premier président même..., qui se trouva trop heureux de faire sa cour à Maisons, qui passoit même pour le gouverner ».
Ruse de Novion qui dévoue Maisons aux présidents
« Novion craignit tout de lui » : n'espérant rien de Maisons sur le bonnet « qu'autant qu'il l'intéresseroit puissamment », il eut « assez d'esprit pour le faire d'un seul coup, par les deux passions qui ont le plus de pouvoir sur la plupart des hommes ». Il alla chez lui « implorer sa protection pour le parlement ». « Maisons trembla de perdre en un moment tout ce qu'il avoit pris tant de soin de s'acquérir dans sa compagnie. Il vouloit en être le dictateur, et considéroit cette situation comme la base de toute la fortune à laquelle il tendoit. » Comptant « sur la facilité de la réconciliation après l'affaire finie » avec ses amis de cour, il choisit le parlement : « ce fut l'époque du changement de Maisons », qui jusque-là « s'étoit contenté d'ambiguïtés », pressant même les ducs de ne pas empêcher les princes du sang de suivre les présidents.
Dîner engagé chez d’Antin, à Paris, avec le premier président ; convives
Pour serrer la mesure, « on engagea un dîner à Paris, chez d'Antin, sous prétexte d'exposer sa belle maison et ses magnifiques meubles à la censure et au bon goût en ce genre du premier président, mais en effet pour avancer l'affaire ». Le premier président promit de s'y rendre avec le président de Maisons et les duchesses d'Elbœuf et de Lesdiguières, « sœurs de beaucoup d'esprit, ses amies intimes », petites-nièces du célèbre ambassadeur d'Avaux et cousines germaines de d'Antin. « Il fut convenu que les ducs de La Rochefoucauld, La Force, Guiche, Villeroy, Noailles et Aumont en seroient » — convives « tous en liaison particulière avec le premier président, qui avoit toute sa vie fait son capital d'être du plus grand et du meilleur monde ».
Le roi y envoie les seigneurs de son service ; s’en passe pour la première fois de sa vie ; est servi par Souvré, maître de la garde-robe, et cela se répète trois fois ; les deux dernières sans repas, simples conférences
Le duc d'Aumont était en année de premier gentilhomme de la chambre, et « par un hasard presque unique », ni le grand chambellan ni aucun autre premier gentilhomme n'était à portée de servir. « Malgré ce grand attachement du roi à la dignité de son service, il ordonna au duc d'Aumont et au duc de La Rochefoucauld d'aller dîner à Paris chez d'Antin, quoi qu'ils pussent lui représenter l'un et l'autre, et dit qu'il le vouloit ainsi, et que Souvré, maître de la garde-robe en année, le serviroit. » Le roi, « infiniment attaché à tout l'extérieur possible », n'avait jamais vu ses fonctions de grands officiers « tomber à de moindres qu'eux » ; cela devint « l'étonnement de toute la cour » et se répéta trois fois « en huit ou dix jours », les deux dernières pour de simples conférences. « J'écris les faits avec exactitude, je supprime les réflexions. »
Tout sans succès. Premier président manque malhonnêtement au dîner
Les conviés « attendirent assez longtemps ; enfin, Maisons vint, chargé des excuses du premier président, qui s'étoit, dit-il, trouvé un peu incommodé, et qui ne laissa pas le jour même de souper chez la marquise de Créqui avec Mme de Vassé ». « Ce procédé préparoit mal la matière ; on y entra pourtant avant et après dîner. Tout roula sur l'origine ancienne ou nouvelle du bonnet, sur sa plus qu'indécence, sur l'équivalent de la suite des présidents. » Rien n'avança : ni au dîner, ni aux deux conférences suivantes — « tout sans succès », et le manquement malhonnête du premier président acheva de découvrir son jeu.
Maisons s’y trouve, sa conduite ; se relie plus que jamais au duc et à la duchesse du Maine, dont il étoit mécontent
« Maisons, avec tout son esprit, son monde, ses adresses, fut souvent réduit à l'embarras, même au silence ; mais l'opiniâtreté ne se démentit point. » Ayant honte de cette séance infructueuse, il pria d'Antin de passer chez lui le soir, tête à tête : « rien n'avança entre eux deux plus qu'avec toute la compagnie. Maisons de ce moment prit ouvertement couleur. » Il n'avait pu digérer que du Maine, à qui il avait fait « toute sa vie une cour plus secrète que publique », eût fait Mesmes premier président et Voysin chancelier, « gens d'âge et de santé à le laisser pourrir sur le grand banc ». Mais « tout à coup il retourna à Sceaux, où le duc du Maine alloit de deux jours l'un » ; il y redoubla ses visites, « souvent seul avec Mme du Maine » : « toute rancune fut déposée..., et il ne feignit plus de se montrer absolument contraire avec les paroles les plus douces et les plus dorées ».

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