TOME XVI · CHAPITRE IX

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Summary

Alberoni confides to Cellamare 'the king of Sicily's mad propositions'; that king's duplicity; Rákóczi 'little regarded in Turkey'; Alberoni's chimeras — he 'disowns Cammock' and gives Stanhope the lie over Sardinia. The Rome-Madrid rupture: contradictory reasons, the 'vigour of the council of Spain', Aldovrandi's wisdom and representations, 'cardinal Albani's sordid interest', the pope's 'natural timidity' — and 'the lion's skin shared before he is killed'; the expedition's secret kept 'until the taking of Palermo'; a threatening declaration.

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Albéroni confie à Cellamare les folles propositions du roi de Sicile au roi d’Espagne, qui n’en veut plus ouïr parler
Les folles propositions du roi de Sicile, confiées par Albéroni à Cellamare : l'Espagne attaquerait Naples et passerait dix mille hommes en Lombardie sous les ordres du roi de Sicile, puis vingt mille après la conquête, payés par elle ; les garnisons des places prises seraient mi-parties « sous le commandement d'un officier savoyard » ; il exigeait « un million d'avance pour faire marcher son armée, et par mois soixante mille écus de subsides tant que la guerre dureroit », le commandement absolu de toutes les troupes et la moitié des contributions. « Des conditions si dures, dictées en maître, irritèrent le roi d'Espagne et son premier ministre » — qui n'en voulut « plus entendre parler ».
Duplicité du roi de Sicile
La duplicité du roi de Sicile : « pendant que le roi de Sicile les faisoit à Madrid, il travailloit à Vienne, et pressoit vivement la conclusion d'une ligue avec l'empereur. Les Anglois même en avertirent Albéroni », le ministre de Sicile se défendant en assurant que la négociation « ne rouloit que sur les propositions de mariage d'une archiduchesse ».
Ragotzi peu considéré en Turquie
Ragotzi peu considéré en Turquie : « au lieu de la considération que Ragotzi s'étoit vanté qu'il trouveroit auprès des Turcs, il avoit été obligé de dire, pour se relever..., que le roi d'Espagne lui proposoit de quitter la Turquie, et de venir prendre le commandement des troupes espagnoles » ; il profita de l'impatience de l'officier Montgaillard de fuir Constantinople pour simuler des courriers vers Madrid — l'officier partant « bien résolu de ne rentrer jamais dans un tel labyrinthe ».
Chimère d’Albéroni
La chimère d'Albéroni : « le roi d'Espagne, dénué d'alliés, persista cependant dans la résolution qu'il avoit fortement prise d'essayer une campagne » ; le cardinal, désabusé du czar et du roi de Suède comme de Ragotzi, se persuadait encore que les ordres de Bing se bornaient « à traverser le passage et le débarquement..., [et que] l'Angleterre croiroit, en envoyant sa flotte, avoir satisfait aux engagements qu'elle avoit pris avec l'empereur sans être obligée... de faire de gaieté de cœur la guerre à l'Espagne ».
Il renie Cammock au colonel Stanhope
Il renia Camock : aux plaintes de Stanhope sur le projet de corrompre « environ quarante officiers de la flotte angloise », il « traita Camock de visionnaire, dit que son projet étoit celui d'un fou et d'un enragé..., assura que jamais il n'avoit eu de correspondance avec ce Camock ; qu'il ne le connoissoit pas, quoique véritablement il eût reçu de Paris plusieurs lettres en sa faveur, et que Cellamare le lui eût recommandé particulièrement ».
Albéroni dément le colonel Stanhope sur la Sardaigne
Il démentit le colonel Stanhope sur la Sardaigne : le colonel, qui avait écrit « que le roi d'Espagne accepteroit le traité si la Sardaigne lui étoit laissée », eut « besoin de tout le crédit du comte de Stanhope son cousin pour se justifier auprès du roi d'Angleterre » ; il citait Nancré pour témoin, et Nancré confirmait — « mais Albéroni nia le fait absolument. C'étoit pour le cardinal un sujet de triomphe, non seulement de cacher ses desseins, mais de tromper par de fausses avances ceux même qu'il désiroit le plus de ménager. »
Éclat entre Rome et Madrid
L'éclat entre Rome et Madrid : le 15 juin, Aldovrandi « fit fermer le tribunal de la nonciature » et avertit les évêques par monitoires « que le pape suspendoit toutes les grâces qu'il avoit accordées au roi d'Espagne » — pour avoir employé contre l'Italie l'escadre promise « pour la joindre à la flotte vénitienne, et faire ensemble la guerre contre les Turcs ».
Raisons contradictoires
Les raisons contradictoires : Albéroni protestait que les reproches étaient injustes, « puisque Sa Majesté Catholique soutient actuellement contre les Maures d'Afrique les sièges de Ceuta et de Melilla..., et que de plus une de ses escadres est en course contre les corsaires d'Alger ».
Vigueur du conseil d’Espagne
La vigueur du conseil de Castille : il « décida que le nonce, en fermant la nonciature en conséquence des ordres du pape, s'étoit dépouillé lui-même de son caractère ; qu'après cette abdication, il ne devoit plus être souffert en Espagne » ; les monitoires furent retirés des mains de ceux qui les avaient reçus, la suspension déclarée « insuffisante », et l'on forma une junte de conseillers et de canonistes « chargés d'examiner l'origine de plusieurs introductions et pratiques prétendues abusives et aussi avantageuses à la cour de Rome que contraires au bien du royaume d'Espagne ».
Sagesse et précautions d’Aldovrandi
La sagesse d'Aldovrandi : « deux grands princes se réconcilient, mais le ministre de la rupture demeure souvent sacrifié » ; obéissant, il ferma la nonciature et expédia les monitoires en employant « différentes mains pour écrire les inscriptions de ces lettres, persuadé que toutes... étoient ouvertes à Madrid », faisant porter à Cadix par un homme sûr celles des évêques des Indes ; puis il différa son départ le plus possible, un délai lui paraissant « moins dangereux... qu'un départ trop précipité, capable de fermer la porte à tout accommodement ».
Ses représentations au pape
Ses représentations au pape : la vengeance, visant le roi et son ministre, « tomboit uniquement sur les Espagnols » — les fermiers de la Crusade attendaient tranquillement, mais « un grand nombre de particuliers avoient payé pour jouir des grâces du saint-siège..., l'argent étoit donné, les dispenses et autres grâces étoient révoquées ».
Sordide intérêt du cardinal Albane
Le sordide intérêt d'Albane : ses menaces furent « plus foudroyantes que celles du ministre allemand » ; « l'amitié ni la haine ne le conduisoient pas ; l'intérêt présent le déterminoit..., ses espérances pour sa famille l'attachoient à l'empereur », et les biens de Naples « l'assuroient de sa fidélité » — « un tel solliciteur servoit mieux l'empereur que ses ministres. »
Timidité naturelle du pape
La timidité du pape : Albane réussissait « moins par la confiance que le pape avoit en lui, que parce que le caractère d'esprit de Sa Sainteté étoit timide, et qu'il étoit facile de l'obliger par la crainte à faire les choses même qui paroissoient le plus opposées à sa manière de penser » ; forcé de rompre, il écrivit pourtant au roi catholique une lettre « où, mêlant les plaintes aux menaces, laissant entrevoir des sujets d'espérance, évitant de s'engager, il paroissoit qu'il craignoit les suites de la démarche qu'on lui faisoit faire ».
Partage de la peau du lion, avant qu’il soit tué
Le partage de la peau du lion : les partisans de l'Espagne conseillaient déjà de délivrer le pape de Comachio usurpé, de « ranger à son devoir un petit prince tel que le duc de Modène » — forcé de rendre la Mirandole et des usurpations sur le Parmesan —, de faire rendre Mantoue au duc de Guastalla « comme le patrimoine de la maison Gonzague » : « les restitutions ne coûtoient rien à ceux qui les conseilloient » ; il suffirait de croiser quelques vaisseaux devant Naples pour que la ville, « bientôt affamée, fût obligée de se rendre à son souverain légitime sans être attaquée ».
Le secret de l’entreprise demeuré secret jusqu’à la prise de Palerme
Le secret gardé jusqu'au bout : un ministre de Savoie assura son maître, le 11 juillet, que le débarquement se ferait « à Saint-Pierre-d'Arena et à Final » — Albéroni lui ayant confié qu'il « avoit écrit et chiffré de sa main tout ce qui concernoit les négociations et les affaires secrètes. Le cardinal ne fut pas trahi » : « le 16 du même mois on sut à Turin par un courrier dépêché de Rome que les Espagnols descendus en Sicile avoient pris la ville de Palerme. »
Déclaration menaçante de l’amiral Bing à Cadix, sur laquelle Monteléon a ordre de déclarer l’artificieuse rupture en Angleterre et la révocation des grâces du commerce
La déclaration de Bing à Cadix : suspension d'armes demandée ; offre, si le débarquement était fait, « du secours de la flotte qu'il commandoit pour les retirer en toute sûreté » ; et menace, en cas d'attaque des États impériaux, « d'employer pour la défense de ces mêmes États... les forces qu'il avoit sous son commandement ». L'Espagne y répondit « que Bing pouvoit exécuter les ordres dont il étoit chargé », la regarda comme rupture, et Monteléon eut ordre de déclarer « que Sa Majesté Catholique cessoit d'accorder aux négociants anglois les avantages qu'elle avoit prodigués » — y compris le vaisseau annuel, différé sous couleur de la contrebande avec promesse d'en permettre deux, faveur retirée à l'arrivée de la flotte ; il devait « chercher dans leurs maisons » les négociants de la mer du Sud pour les en instruire, Albéroni s'en promettant « quelque mouvement, si ce n'étoit un soulèvement général ».
Sentiments d’Albéroni à l’égard de Monteléon et de Beretti
Ses sentiments sur ses deux ambassadeurs : les exhortations de Monteléon à la paix « étoient mal interprétées..., comme des preuves ou d'infidélité, ou tout au moins d'une fidélité très équivoque » ; Beretti, « sans être estimé du cardinal, étoit bien plus de son goût. Il louoit le zèle extrême de cet ambassadeur..., et lui accordoit de montrer au moins un bon cœur » — tout en attribuant la résistance hollandaise non à ses négociations mais « à la sagesse de la république ».
Albéroni, dégoûté des espérances du nord, s’applique de plus en plus à troubler l’intérieur de la France ; ne peut se tenir de montrer sa passion d’y faire régner le roi d’Espagne, le cas arrivant
Le retour aux troubles de France : « désabusé de ces projets [du Nord], il avouoit qu'il n'entendoit plus parler de ces princes qu'avec dégoût. Il se flattoit de réussir plus heureusement en attaquant la France par elle-même ; il entretenoit dans le royaume des intelligences secrètes qu'il croyoit capables d'allumer le flambeau de la guerre civile », comptant sur le mécontentement du parlement — « les corps dont le crédit [étoit] établi par une longue suite de temps étoient, suivant l'opinion d'Albéroni, un puissant correctif au gouvernement despotique » ; et il « ne put s'empêcher de dire un jour à un des ministres du roi de Sicile que, si le cas arrivoit, le parti du roi d'Espagne en France seroit plus fort que celui du régent ».
Aventuriers étrangers dont il se défie
Les aventuriers suspects : « un aventurier qui se faisoit nommer le comte Marini » vint proposer, de la part du « comte Schleiber, trop connu pour son honneur sous le règne du feu roi », une ligue entre l'Espagne et la Prusse ; « Albéroni, en garde contre l'industrie de ces sortes de gens, avertit Cellamare que Marini partoit pour Paris » — « il est naturel à celui qui fait un grand usage d'espions de croire qu'on lui rend la pareille. »
Rupture éclatante entre le pape et le roi d’Espagne
La rupture éclatante : « le nonce reçut de la part du roi d'Espagne, au commencement de juillet, [l'ordre] de sortir des États de Sa Majesté Catholique ; et comme le motif de cet ordre étoit principalement le refus des bulles de l'archevêché de Séville pour le cardinal Albéroni, cette cause parut si légère que bien des gens crurent la chose concertée entre les deux cours uniquement pour cacher à l'empereur leur intelligence secrète. »
Raisonnements
« Mais ces politiques, comme il arrive souvent, se trompoient dans leurs raisonnements, et la rupture étoit sérieuse ; le sort du pape étoit de passer le cours de son pontificat brouillé avec les premières puissances catholiques, la France, etc. »

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