TOME XVIII · CHAPITRE X

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Summary

The death of cardinal de Mailly — character and conduct, the mantle-train borne by his nephew, the Rome journey stopped by death. Reims 'perseveringly offered to Fréjus, obstinately refused': the motives on both sides, Fleury's conduct 'towards the king, the Regent, marshal de Villeroy, the world', the author's particular reason for wishing acceptance — and the 'most singular sagacity of a chambermaid' who sees clear first; Fréjus accepts Saint-Étienne de Caen 'with great difficulty' — 'not greedy of goods', perfectly dis…

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Mort, caractère, conduite du cardinal de Mailly
« Le cardinal de Mailly étoit mort quatre jours avant Mme la grande-duchesse dans l'abbaye de Saint-Thierry, à soixante-trois ans. » Saint-Simon rappelle « le peu de vocation à son état, son ambition et sa passion démesurée pour le cardinalat », « sa haine jusqu'à la fureur pour le cardinal de Noailles » — jusqu'à lui avoir dit « que, si le cardinal de Noailles avoit été pour la constitution, lui Mailly auroit été contre avec la même rage ». Depuis son chapeau, « il vivoit dans le plus exact régime, tant il désiroit jouir longtemps de sa fortune ».
Il obtient que son neveu de Nesle porte la queue du grand manteau de l’ordre du roi à Reims
En prenant congé pour Rome, il représenta au régent que le sacre était proche, qu'il le ferait et conférerait l'ordre du Saint-Esprit au roi, « et là-dessus demanda et obtint que son neveu le marquis de Nesle fût choisi » pour porter la queue du grand manteau — droit à la promotion suivante. « La promesse fut si publique que, quoique le cardinal de Mailly fût mort lorsque le roi fut sacré, la parole fut tenue, et le marquis de Nesle fut chevalier de l'ordre de la promotion de 1724. »
Il ne va point à Rome, arrêté par une opération instante au moment de son départ
« Je passai avec le cardinal de Mailly toute la soirée de la veille qu'il devoit partir pour Rome ; je ne vis jamais un homme si content. » Le lendemain, la fistule déclarée et opérée sur-le-champ l'arrêta. Guéri en apparence, il se retira cinq mois après à Saint-Thierry, « ne respirant que feu et sang contre les opposants à la constitution », « lorsque tout à coup cet écoulement s'arrêta, et fit une révolution à la tête, où il sentit des douleurs à crier les hauts cris » ; « il perdit la connoissance et la parole, et mourut dix ou douze heures après, sans avoir eu un moment à penser à sa conscience ».
Réflexions
« Quelle fin de vie dans un prêtre et dans un évêque, toute d'ambition et persécuteur effréné par ambition et par haine ! Ce que les honneurs avoient pour lui de plus flatteur lui fut montré et porté, pour ainsi dire, jusqu'au bord de ses lèvres. La coupe lui en fut subitement retirée sans qu'il y pût toucher au moment d'y mettre la bouche et d'en boire à longs traits. Paroître devant Dieu tout vivant de la vie du monde, sans avoir eu un moment à penser qu'il l'alloit quitter : voilà le monde, son tourbillon, ses faveurs, sa tromperie et sa fin ! »
Reims persévéramment offert à Fréjus, obstinément refusé
Sur le conseil de Saint-Simon, le régent fit offrir Reims à Fréjus par le roi lui-même : Fréjus « témoigna sa gratitude », allégua « l'incompatibilité des fonctions épiscopales avec les siennes auprès du roi », son âge, « et refusa avec fermeté ». « Le roi parut mortifié. » On lui proposa grands vicaires et évêque in partibus ; il répondit « qu'il ne se tiendroit point en sûreté de conscience d'accepter un évêché dans l'intention de le laisser gouverner par d'autres » — « le bon prélat n'avoit pas pensé, et n'en avoit pas usé ainsi pour Fréjus, où il ne résida comme point ». « Ce combat dura plus de quinze jours et fit l'entretien de tout le monde. »
Motifs de l’un et de l’autre
Les motifs : Fréjus, « tout appliqué au futur, mais au futur de ce monde, ne songeoit qu'à s'attacher le roi » ; il refusait Reims « pour éviter tout prétexte de quitter le roi de vue et un moyen si facile et si naturel de l'en séparer, le temps de l'éducation fini ». « L'hypocrite me paya de cette monnaie » — conscience et canonicité — mais au fond « il vouloit demeurer libre à l'égard de M. le duc d'Orléans », et « à l'égard de la préséance il méprisoit Reims, parce qu'à la manière dont il avoit vu les ducs se conduire, il les regardoit comme nuls ».
Sa conduite à l’égard du roi, du régent, du maréchal de Villeroy, du monde
Sa conduite était un chef-d'œuvre d'équilibre : « quoique au fond très contraire au régent, il se conduisoit à son égard avec une grande circonspection ; et en cultivant le parti opposé, il le faisoit avec une grande mesure ». Il ne voulait pas la grandeur du maréchal de Villeroy, « qu'il regardoit comme ruineuse à ses projets de s'emparer du roi avec une autorité sans partage », et « travailloit de loin à se rendre le maître ». « Ses progrès auprès du roi étoient si visibles qu'ils commençoient à faire de lui un personnage que chacun vouloit ménager de loin. »
Raison à moi particulière de désirer que Fréjus acceptât Reims
Raison particulière de Saint-Simon : Fréjus visait « le chapeau et une place dans le conseil à la majorité ». Cardinal, « la calotte rouge, en arrivant à ce dernier, s'amalgamoit à celle de Dubois » et rendait l'exclusion du conseil impossible ; « mais il tomboit entièrement s'il étoit archevêque de Reims, et je pouvois dignement, moi et tout autre duc, me trouver avec lui au conseil et partout, parce que je cédois non au cardinal mais à la dignité de son siège qui nous précède tous sans difficulté ». « J'avois déjà gagné que Dubois depuis sa promotion n'entroit plus au conseil de régence ; je comptois bien en faire une planche pour le conseil à la majorité. »
Sagacité très singulière d’une femme de chambre
Un matin que Saint-Simon en parlait avec regret à Mme de Saint-Simon « comme elle se coiffoit », sa femme de chambre Beaulieu, « qui avoit de l'esprit et du sens, prit tout d'un coup la parole : « Je ne m'en étonne pas, dit-elle, il ne veut point de Reims, il ne veut qu'être roi de France, et il le sera. » Quoique j'en pensasse bien quelque chose, le propos de cette fille nous surprit et s'est enfin trouvé une prophétie. »
Fréjus accepte à grand’peine l’abbaye de Saint-Étienne de Caen
Comprenant « que Fréjus ne vouloit rien de la main de M. le duc d'Orléans », Saint-Simon fit offrir « la riche abbaye de Saint-Étienne de Caen », vacante par la mort de Mailly, sans « gouvernement d'âmes » ni résidence. « Ce n'étoit pas le compte de Fréjus, il voulut l'honneur du refus » et « se fit battre plusieurs jours » ; « enfin, après avoir bien fait le béat et le réservé sur les biens d'Église, il eut la complaisance de se laisser forcer et même de laisser employer le nom du roi à Rome pour le gratis entier qu'il obtint aussitôt ».
Fréjus point avide de biens
« Il faut pourtant avouer qu'il ne fut jamais intéressé. Depuis il a été longtemps à même de toutes choses, il n'a jamais pris aucun bénéfice. Aussi dans le plus haut point de la toute-puissance, avec le cardinalat, son domestique, son équipage, sa table, ses meubles furent toujours au-dessous même de ceux d'un prélat médiocre. »
Fréjus, parfaitement ingrat, empêche que Reims soit donné à Castries, archevêque d’Albi
Pour Reims, Saint-Simon poussait Castries, archevêque d'Albi, frère du chevalier d'honneur de la duchesse d'Orléans — deux frères « toujours infiniment unis ». Or Fréjus « devoit tout au cardinal Bonzi », oncle des Castries, chez qui il avait « passé sa vie, souvent logé et défrayé » : « ils furent surpris de trouver en cette occasion leur ami un ministre prématuré qui se montra fort peu porté à les servir ». Saint-Simon vainquit la répugnance du régent, « mais mon départ s'approchoit, et les Castries me dirent que sans mon départ ils tiendroient la chose faite, mais que ce départ la feroit manquer. Il fallut partir et laisser le champ libre à Fréjus, parfaitement ingrat, qui dans sa rage de constitution écartoit Albi, ami du cardinal de Noailles. »
Abbé de Guéméné archevêque de Reims
Fréjus voulait « s'attacher le cardinal de Rohan, pour le chapeau, auquel il pensoit déjà beaucoup », et Dubois, « pour entretenir les Rohan dans l'erreur de faire premier ministre le cardinal de Rohan à son retour de Rome, vouloit, de concert avec Fréjus, mettre l'abbé de Guéméné à Reims, comme ils firent bientôt après que je fus parti ».
Retraite et caractère du duc de Brancas
Le duc de Brancas, familier des soupers du régent, « homme d'une imagination vive, singulière, plaisante, plein de traits auxquels on ne pouvoit s'attendre », qui « avoit sacrifié sa fortune à ses plaisirs », fut touché de Dieu : dirigé en secret par le P. de La Tour, il soupa la veille encore « avec M. le duc d'Orléans et ses roués, avec sa gaieté ordinaire », puis « disparut tout d'un coup » — retiré à l'abbaye du Bec. Le régent « espéra en sa légèreté, et lui écrivit une lettre tendre et pressante pour le faire revenir. Le duc de Brancas lui fit une réponse d'abord plaisante, puis sérieuse, sage et ferme, édifiante et belle, qui ôta toute espérance de retour. Il y passa fort saintement plusieurs années ; plût à Dieu qu'il eût persévéré jusqu'à la fin ! »
Mort, fortune et caractère de l’abbé de Camps
L'abbé de Camps, mort à quatre-vingt-deux ans, « fit une fortune singulière » : fils « d'un quincaillier et cabaretier » d'Amiens, enfant servant les messes aux jacobins, remarqué par le P. Serroni qui en fit son secrétaire puis le fit nommer à l'évêché de Pamiers — mais ayant écrit pour la régale, « Rome ne put jamais se résoudre à lui donner les bulles », et le roi le dédommagea par l'abbaye de Signi. « Il s'acquit une grande connoissance des médailles et de l'histoire » ; contre le P. Daniel, « l'auteur mercenaire et menteur fut battu par l'abbé qui aimoit la vérité ». Il passa sa vie « dans sa belle bibliothèque, à travailler et à étudier », « estimé et considéré, bien reçu partout ».
Mort de l’évêque-duc de Laon, Clermont-Chattes
« L'évêque-duc de Laon mourut dans son diocèse : il étoit Clermont-Chattes, fort du monde, et toutefois bon évêque. » « Il s'étoit dignement et sagement signalé au commencement de l'affaire de la constitution ; mais le pauvre homme n'eut pas le courage d'essuyer la pauvreté dont il fut menacé » — chute dont « lui-même fut si honteux qu'il ne reparut presque plus depuis ».
Ses deux premiers successeurs
Ses successeurs : d'abord un bâtard du régent « qu'il avoit eu de la comédienne Florence, et qu'il n'a jamais reconnu », élevé par les jésuites « qui n'en firent pourtant qu'un parfait ignorant » ; voulant se faire recevoir au parlement, « il fut arrêté tout court sur ce qu'il n'avoit point de nom, et ne pouvoit montrer ni père ni mère », et passa à Cambrai à la mort de Dubois. Puis « l'opprobre non seulement de l'épiscopat, mais de la nature humaine, et pleinement connu pour tel quand il fut nommé » : « je n'en dirai pas davantage sur un si infâme sujet ».
Mort et caractère de l’archevêque de Rouen, Besons
« Trois jours après mourut à Gaillon l'archevêque de Rouen, frère du maréchal de Besons, adoré dans tous ses diocèses. C'étoit l'homme du clergé qui en savoit mieux les affaires. Sous une écorce rustre il n'en avoit rien ; il étoit doux, poli, respectueux, point enflé de sa fortune », « bon évêque, et entendant mieux qu'aucun le gouvernement d'un diocèse. Son défaut étoit un peu de patelinage et grand'peur de se mettre mal avec les gens en place et de crédit. »
Son successeur
« Tressan, évêque de Nantes, qui avoit sacré Dubois, fut son successeur. »
Mort du duc de Fitz-James ; de Mlle de La Rochefoucauld ; de Mme de Polignac, mère du cardinal ; de Prior, à Londres
Autres morts : le duc de Fitz-James, fils du maréchal de Berwick, « à dix-neuf ans » ; Mlle de La Rochefoucauld, à quatre-vingt-quatre ans, « toujours très vertueuse et très peu de bien » ; la vicomtesse de Polignac, mère du cardinal, « beaucoup d'esprit, encore plus d'intrigue, fort mêlée avec la comtesse de Soissons et Mme de Bouillon dans l'affaire de la Voysin », exilée au Puy d'où elle ne revint qu'après la mort du roi ; et Prior, à Londres, « en disgrâce et en obscurité », lui « si connu pour avoir apporté à Paris les préliminaires de la paix d'Utrecht », qui, « arrêté et menacé des supplices, trahit complètement pour se sauver » les ministres de la reine Anne : « il ne mena depuis qu'une vie misérable, obscure, méprisée de tous les partis. C'étoit un homme extrêmement capable, savant d'ailleurs, d'infiniment d'esprit, de bonne chère et de fort bonne compagnie. »

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