TOME X · CHAPITRE XIX
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Summary
The double Condé-Conti marriage: the proposal steered by Mlle de Conti between an Orléans daughter and the prince de Conti; Mlle de Conti, accused of wrecking it 'for her own interest', irreconcilably embroiled with the duchesse de Berry; Mme la Princesse has the king order the double marriage — M. le Duc to Mlle de Conti, Conti to Mlle de Bourbon; the king's customary present to marrying princes; betrothals, weddings, feast, 'shirts' and visits; the Monacos' bad ménage; 'most unusual graces'.
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- Proposition de mariage conduite par Mlle de Conti entre une fille de M. le duc d’Orléans et M. le prince de Conti
- Mlle de Conti, amie de jeunesse de Mme la duchesse de Berry, menait « une vie fort contrainte » à l'hôtel de Conti. Ces liaisons firent naître à Mme la duchesse d'Orléans la pensée « de faire sonder Mlle de Conti, par Mme la duchesse de Berry, sur le mariage d'une de Mlles ses sœurs avec M. le prince de Conti son frère » — Mlle de Chartres, quinze ans, « belle et bien faite…, mais extrêmement bègue », ou Mlle de Valois, treize ans, « parfaitement belle ». Saint-Simon trouva le dessein « hasardeux », le roi étant « jaloux au point où il l'étoit de disposer seul de tout dans sa famille » ; on passa outre. Mlle de Conti « parut ravie de la proposition », et sa mère « goûta fort la chose ».
- Mlle de Conti, accusée de faire manquer le mariage pour son intérêt, en est irréconciliablement brouillée avec Mme la duchesse de Berry
- Mais Mlle de Conti, « qui avoit promis un secret sans réserve, en fit confidence à Mme la Princesse » sa grand-mère — elle avait vingt-cinq ans, « se lassoit cruellement d'être tenue comme une petite fille dans l'ennui et les humeurs de l'hôtel de Conti », et n'avait d'autre débouché que d'épouser M. le Duc. Quand la démarche de Mme la Princesse éclata, Mme la duchesse de Berry se persuada que Mlle de Conti « ne s'étoit servie de la confiance qu'elle avoit eue en elle que pour en profiter pour elle-même » : « elle la traita avec toute l'indignité et toute la hauteur qu'elle crut qu'elle méritoit. Les larmes de colère et de dépit allongèrent la visite plus que les discours. Jamais Mme la duchesse de Berry ne lui a pardonné, et s'est piquée jusqu'à la mort de lui faire sentir en toute occasion publique…, tout le poids de sa haine, de son mépris et de son rang. »
- Mme la Princesse fait ordonner par le roi le double mariage de M. le Duc avec Mlle de Conti, et de M. le prince de Conti avec Mlle de Bourbon
- Mme la Princesse — que « M. le Prince avoit matée jusqu'à l'avoir abrutie », comptée pour rien dans sa famille malgré ses millions — courut à Versailles demander une audience : « le roi s'étoit fort offensé d'avoir appris un mariage arrêté dans sa famille, sans qu'aucune des parties lui en eût dit un mot…, et sur-le-champ le double mariage fut décidé » — M. le Duc avec Mlle de Conti, M. le prince de Conti avec Mlle de Bourbon. Le soir même « il lava la tête rudement » aux Orléans et à Mme la duchesse de Berry ; il parla à Mme la Duchesse « en père, mais en maître qui veut être obéi sans réplique » ; et devant « la plus ferme résistance » de Mme la princesse de Conti, « il parla en roi et en maître, et déclara qu'il vouloit le double mariage…, et qu'il les feroit tous deux malgré elle ». « Elle sortit en furie du cabinet » ; Pontchartrain « employa à la fin les menaces ». Le roi prévoyait sagement que dans les procès de la succession de M. le Prince, « M. du Maine y seroit toujours la partie foible ».
- Présent ordinaire du roi aux princes et princesses du sang qui se marient
- « Il en coûta cinq cent mille livres au roi, qui donne toujours cent cinquante mille livres à chaque prince du sang qui se marie, et à chaque princesse du sang qui se marie cent mille livres. »
- Fiançailles, mariage, festin, chemises et visites du double mariage de M. le Duc et de M. le prince de Conti
- « Les deux fiançailles se firent le samedi 8 juillet, sur le soir, dans le cabinet du roi, par le cardinal de Rohan, revenu exprès de Strasbourg. » Le dimanche 9, il « dit la messe à midi dans la chapelle…, et il y maria les deux princes et les deux princesses, qui furent mis tous quatre sous le même poêle ». Le soir, toute la maison royale soupa avec le roi ; les deux noces couchèrent dans l'appartement double de feu M. le Prince : « le roi donna la chemise aux deux mariés, et Mme la duchesse de Berry aux deux mariées. Ce ne fut pas sans prodiguer à l'une des deux ses plus perçants dédains. » Dès le lendemain soir, M. le prince de Conti entra au cabinet du roi après le souper, « comme mari de sa petite-fille, privilége attaché uniquement à cette qualité ». Mme la princesse de Conti demeura « indignée contre sa fille, outrée contre Mme la Princesse, plus aigrie que jamais contre Mme la Duchesse…, et en amitié liée et publique » avec les Orléans.
- Mauvois ménage du prince et de la princesse de Monaco
- Le mauvais ménage de Monaco : marié jadis à une fille de M. le Grand « pour obtenir le rang de prince étranger », le prince de Monaco avait ramené sa femme dans son rocher et l'y tenait depuis des années : « la vie de Monaco, avec un mari qu'on n'aima jamais, étoit bien différente de la vivacité de la vie et des plaisirs de la cour, et de la maison ouverte et magnifique de M. le Grand. »
- Grâces très-insolites accordées à M. de Monaco pour la transmission de son duché-pairie
- N'ayant que des filles, son frère unique prêtre, sa branche et le duché-pairie de Valentinois s'éteignant, M. de Monaco obtint du roi des grâces « très-insolites » : une érection nouvelle avec « le rang d'ancienneté de cette nouvelle date » pour le futur gendre, la démission dès le mariage ; et par surcroît une clause portant que, s'il se remariait et avait un fils, « ce fils lui succéderoit en la dignité et en l'ancienneté de son duché-pairie de Valentinois…, auquel cas son gendre demeureroit sa vie durant duc et pair, mais que sa dignité demeureroit éteinte en sa personne ».
- Mariage du fils du comte de Roucy proposé avec Mlle de Monaco, que Mme de Monaco rompt avec éclat ; [elle] vient à Paris et à la cour, où elle trouve peu d’agréments
- « Le monde en fut bientôt informé, et ce fut à qui pourroit se faire duc et pair par ce mariage. » Le comte de Roucy l'emporta pour son fils, servi par le chancelier et les La Rochefoucauld. Mais il fallut le consentement de Mme de Monaco, « enragée comme elle étoit contre » son mari : l'examen des papiers montra chez les Roucy « de grandes terres, de grandes dettes, nul ordre…, des gens qui avoient toujours vécu d'industrie », et chez Monaco dettes et quatre filles à pourvoir ; elle déclara « que jamais elle ne consentiroit à un mariage qui…, se trouvoit impossible sans folie ». M. le Grand s'emporta, Monaco mit sa fille au couvent à Aix, et Mme de Monaco vint à Paris chez son père — pour y trouver Mlle d'Armagnac maîtresse de la maison et un père qui lui interdit visites, jeu et parures : « onze ans de séjour de suite à Monaco l'avoient changée à n'être pas connoissable… Elle fit rompre le mariage avec éclat, mais d'ailleurs elle ne fit que changer d'ennuis et de peines. Nous verrons bientôt que Matignon en profita. »
- Mariage du duc d’Olonne avec Mlle de Barbezieux
- « Le duc de Châtillon, plus qu'estropié d'une blessure au pied qui peu à peu…, l'avoit rendu comme paralytique, se démit de son duché à son fils unique, qu'il fit appeler duc d'Olonne, et le maria à la fille unique et fort riche que Barbezieux avoit laissée de son premier mariage avec la sœur du duc d'Uzès, dont Mme de Louvois fit magnifiquement la noce. »
- Mariage de Pontchartrain avec Mlle de Verderonne, où le chancelier me force d’assister
- Pontchartrain, veuf depuis cinq ans « d'une femme de tous points adorable », voulut absolument se remarier : « sa figure, hideuse et dégoûtante à l'excès, mais agréable, et même charmante en comparaison de tout le reste, n'empêcha pas la séduction de l'éblouissement de sa place », et Mlle de Verderonne « en voulut bien ». Le chancelier exigea que Saint-Simon assistât à la noce ; il capitula sans rien céder : « je ne changerois pour son fils ni de disposition, ni de volonté, ni de projet… Je fus donc à la noce comme on va à la potence. » À Pontchartrain, devant très peu de monde, « le chancelier et la chancelière ne cessèrent d'y pleurer leur première belle-fille ; ils ne s'en cachèrent pas même… Tout le domestique ne discontinua d'être en larmes… Jamais je ne trouvai deux jours si longs en ma vie. » Mme de Saint-Simon, dispensée, ne put jamais voir la nouvelle femme « à la place » de sa chère cousine.
- Mort de la comtesse de Prado
- « De si tristes noces font souvenir de la mort » : on apprit celle d'une fille du maréchal de Villeroy, « mariée à Lisbonne au comte de Prado en 1688 », mère de ce jeune Prado que le maréchal avait si longtemps logé et entretenu « très-noblement » à Paris.
- Extraction et fortune des Prado
- Sur ces Prado : le comte, J. de Souza, marquis Das Minas, avait été exilé de Portugal et réduit à s'enfuir « pour n'avoir pas voulu arrêter son carrosse devant celui du patriarche dans les rues de Lisbonne » — fruit de « l'entêtement du roi de Portugal pour la grandeur de la dignité de patriarche ». Rentré en grâce, « il fut assassiné sortant d'une église…, par don Juan de La Cueva et Mendoza ». Son père, le vieux marquis Das Minas, « est celui qui a toujours commandé l'armée portugaise contre Philippe V…, entra même dans Madrid, qu'il ne put conserver », et commandait une aile de l'armée de l'archiduc à Almanza ; la maison descendait en sixième génération d'un bâtard issu d'Alphonse III, roi de Portugal.
- Mort de la duchesse d’Angoulême, veuve du bâtard de Charles IX
- « Ce fut une chose très-rare de voir encore une belle-fille de Charles IX bâtarde vivre jusqu'en cette année, dans laquelle elle mourut…, de vieillesse et de misère. » Françoise de Nargonne avait épousé en 1644 le vieux duc d'Angoulême, bâtard de Charles IX, qui la laissa veuve « sans enfants et fort mal pourvue » dès 1650. « Elle représentoit la dignité et la vertu, qui fut chez elle sans tache et sans ride en tout genre toute sa vie » ; elle vivait d'une pension de vingt mille livres dans un couvent. Les malheurs de la guerre suspendirent les pensions : « le roi ne fut point touché de la laisser mourir de faim, dont elle seroit très-certainement morte sans une vieille demoiselle qui lui étoit attachée », qui l'emmena vivre à ses dépens dans son petit bien — « et y est morte sans que le roi, ni ses bâtards, ni les riches héritiers des deux ducs d'Angoulême, aient pu l'ignorer, et sans qu'ils en aient eu la moindre honte ».
- Mort de l’évêque de Rosalie ; sa famille ; sa vie
- Mourut aussi, au séminaire des Missions-Étrangères, l'évêque de Rosalie, troisième fils « du célèbre Lyonne, ministre et secrétaire d'État » : la dévotion et le désastre de sa famille lui firent prendre « le parti des missions d'Orient » ; il y travailla plus de vingt ans, « acquit une grande connoissance des lettres et des sciences chinoises », revint avec les ambassadeurs de Siam en 1686, « se brouilla fort avec les jésuites sur les cérémonies chinoises », alla soutenir la cause contre eux à Rome en 1703, et mourut « dans une vie fort retirée et fort appliquée, sans avoir quitté le dessein de retourner aux missions, qui lui avoit toujours fait conserver sa grande barbe ».
- Mort de l’abbé Régnier
- « L'abbé Régnier, secrétaire perpétuel de l'Académie française, mourut aussi à plus de quatre-vingts ans. Il avoit un talent particulier pour les langues et la poésie, et il avoit fait quantité de vers françois, latins, espagnols et italiens. Il avoit passé presque toute sa vie dans l'hôtel de Créqui, et il étoit fort répandu et bien reçu dans les meilleures compagnies. »
- Changement de charges chez Madame
- Souliers, chevalier d'honneur de Madame, mourut : « un Janson, fort bon homme, et que Mme de Maintenon envoyoit quelquefois chercher les après-dînées à Marly, pour venir jouer au trictrac avec elle… Il étoit l'unique qui eût cette privance, mais il n'en tira aucun parti. » Son frère eut d'abord la charge ; puis Mortagne, premier écuyer, y passa, vendant sa charge de premier écuyer « à un arrière-Simiane ».
- Beauvau archevêque de Toulouse
- « Le roi fut si content de la conduite de Beauvau, évêque de Tournai, pendant et après le siége de cette place, surtout de ce qu'il n'avoit pas voulu en demeurer évêque depuis la prise, qu'il lui donna l'archevêché de Toulouse… Il passa depuis à Narbonne, et fut avec le marquis de Beauvau, son frère, de la promotion de l'ordre de 1724. »
- Amusements du roi chez Mme de Maintenon
- « Les amusements étoient de plus en plus fréquents les soirs chez Mme de Maintenon, où rien ne pouvoit remplir le vide de la pauvre Dauphine. Le duc de Noailles qui…, y étoit devenu fort étranger, chercha à s'y raccrocher par une idylle dont il fit faire les paroles par Longepierre, sur la paix, et la musique par La Lande, maître de la musique de la chapelle. Le roi la fit chanter plusieurs fois. »
- Audience de congé du duc et de la duchesse de Shrewsbury, à Marly, tout à fait inusitée
- Le duc de Shrewsbury, pressé de repartir, « obtint ce qui ne s'étoit point fait encore pour aucun autre ambassadeur…, et il le regarda comme une grâce. Il vint seul sans cortége et sans introducteur des ambassadeurs à Marly, comme un courtisan, dîner chez Torcy, qui lui donna de la part du roi son portrait enrichi de soixante mille livres de diamants. Il vit le roi le matin en arrivant, et, seul avec lui dans son cabinet, prit congé. » Sa femme dîna le même jour chez Mme la princesse de Conti et prit congé de même ; « tous deux s'en retournèrent le soir à Paris, d'où ils partirent, sans avoir pris d'autres congés. »
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