TOME VI · CHAPITRE PREMIER
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Summary
A word 'strangely marked' escaping M. le Grand at play opens the gallery: M. and Mme du Maine, character and conduct — the timid bastard and his tiny, boiling wife — then Toulouse, the honest man among the legitimised. The female succession to Lorraine and Bar. The great portrait of Vaudémont: estate, family, figure, health, fortune, character, pretensions and artifices of Lorraine's bastard; Colmenero's treason; the couple's 280,000 livres of French and Spanish pensions on arrival; the duchess of Mantua pensioned by the emperor, withdrawn to Pont-à-Mousson; the state of Commercy; Vaudémont 'obstinately refused' the order.
The entries
Entry summaries are given in French, the language of the source.
- Mot étrangement marqué échappé à M. le Grand, dans la colère, au jeu
- Mot « étrangement marqué » échappé à M. le Grand au lansquenet de Marly : coupé en coupe-gorge par la grande-duchesse de Toscane, il donne « un coup de poing sur la table » et s'écrie tout haut : « La maudite maison, nous sera-t-elle toujours funeste ? » — devant Monseigneur et toute la table. « La grande-duchesse rougit, sourit et se tut… Personne ne dit mot, mais à l'oreille après on ne s'en contraignit pas. » Saint-Simon le cite parce que la brutalité « montre le fond de l'âme » : « le sang de Lorraine, si ce n'est par force, ne fut jamais pour aimer, encore moins pour s'attacher au sang de Bourbon ».
- M. et Mme du Maine ; leur caractère et leur conduite
- Portraits de M. et Mme du Maine : lui, « de l'esprit, je ne dirai pas comme un ange, mais comme un démon auquel il ressembloit si fort en malignité, en noirceur, en perversité d'âme…, un poltron accompli de cœur et d'esprit, et à force de l'être, le poltron le plus dangereux » ; « suprêmement hypocrite », vivant en faux solitaire, « le cœur, l'âme, l'oracle de Mme de Maintenon ». Elle, l'esprit « gâté et corrompu par la lecture des romans et des pièces de théâtre », courageuse « à l'excès, entreprenante, audacieuse, furieuse », reprochant à son mari « l'honneur qu'elle lui avoit fait de l'épouser », le traitant « comme un nègre » et le ruinant « sans qu'il osât proférer une parole » : « c'étoit à coups de bâton qu'elle le poussoit en avant ».
- Comte de Toulouse ; son caractère
- Contraste du comte de Toulouse : « un homme fort court, mais l'honneur, la vertu, la droiture, la vérité, l'équité même, avec un accueil aussi gracieux qu'un froid naturel, mais glacial, le pouvoit permettre » ; appliqué « à savoir sa marine de guerre et de commerce et l'entendant très bien ». M. du Maine « le voyoit aimé et estimé parce qu'il méritoit de l'être, il lui en portoit envie » ; la duchesse du Maine ne pouvait le souffrir — « elle éloignoit encore les deux frères l'un de l'autre ».
- Succession femelle aux duchés de Lorraine et de Bar
- Généalogie nécessaire : les duchés de Lorraine et de Bar, « très constamment féminins », passèrent par l'héritière Nicole, mariée à son cousin Charles IV — « si connu par ses perfidies, dont toute sa vie n'a été qu'un tissu » — puis par sa sœur Claude-Françoise, mère du fameux Charles, général de l'empereur, dont le petit-fils, rétabli à Ryswick, régnait alors : la succession féminine jamais contestée, clef des chimères de Vaudemont.
- État, famille, figure, santé, fortune et caractère de Vaudémont ; ses prétentions et ses artifices
- Origine de Vaudemont : Charles IV, amoureux de Béatrix de Cusance, « se fit annoncer la mort de la duchesse Nicole, sa femme, en arbora le plus grand deuil…, et un valet déguisé en prêtre le maria dans sa chambre » à Besançon en 1637 — « la fourbe fut en peu de jours découverte, la duchesse Nicole n'avoit pas seulement été malade ». De ce faux mariage : Mme de Lislebonne (1639) et, dix ans après, Vaudemont — né « plus de dix-sept ans » avant la mort de la vraie duchesse. Carrière du bâtard : service des ennemis de la France, confident du prince d'Orange, grandesse à vie et Toison, prince de l'empire, gouverneur du Milanais. La goutte lui avait rongé « les os des doigts de ses pieds et de ses mains, qui n'étoient plus qu'une chair informe » — impotence dont « il sut tirer parti ».
- Trahison de Colmenero
- Trahison de Colmenero, l'officier général « le plus intimement dans la confidence de M. de Vaudemont », soupçonné depuis sa reddition d'Alexandrie mais soutenu hautement par Vaudemont et Vendôme : en même temps que Vaudemont arrivait en France, « le prince Eugène, par ordre de l'archiduc, avoit donné le gouvernement du château de Milan à Colmenero, qui en même temps passa vers lui ». « Vaudemont s'en étonna fort, M. de Vendôme aussi…, mais ce fut tout. »
- Deux cent quatre-vingt mille livres de pension de France et d’Espagne à M. et à Mme de Vaudémont en arrivant
- Le pécuniaire d'abord : « tout en arrivant, le roi donna quatre-vingt-dix mille livres de pension à M. de Vaudemont » ; et Mme des Ursins, « nonobstant l'état fâcheux des finances d'Espagne, voulut montrer à Mme de Maintenon ce qu'elle pouvoit sur elle, et fit donner, tant à M. qu'à Mme de Vaudemont, cent quatre-vingt-dix mille livres de pension » — deux cent quatre-vingt mille livres de rente en cinq semaines, pour un homme qui cachait « des sommes immenses » acquises à Milan.
- Soixante mille livres de pension de l’empereur à la duchesse de Mantoue, qui se retire en Suisse, puis dans un couvent à Pont-à-Mousson
- Pour la duchesse de Mantoue, dépouillée avec son mari, Vaudemont obtint du prince Eugène une pension de vingt mille écus de l'empereur ; elle partit attendre à Soleure « la permission d'aller en Lorraine se mettre aux Filles de Sainte-Marie de Pont-à-Mousson » — Mme de Vaudemont l'accompagnant « sous prétexte d'amitié et de bienséance, mais en effet pour négocier de plus près auprès de M. de Lorraine ».
- État de la seigneurie de Commercy
- État de Commercy : seigneurie donnée à Vaudemont par Charles IV, acquise du cardinal de Retz — « qui s'y étoit retiré pour payer ses dettes et y faire pénitence » —, revendue au duc Léopold qui lui en laissait le revenu. Elle « relevoit constamment de l'évêché de Metz », donnée en fief à des seigneurs dits « damoiseaux » ; malgré ses « grands jours » jugés en dernier ressort, la chambre royale de Metz avait reconnu en 1680 que « le droit féodal et direct sur Commercy en entier appartenoit à l'évêque de Metz ».
- Vaudémont obstinément refusé de l’ordre du Saint-Esprit
- Vaudemont, obstinément refusé de l'ordre du Saint-Esprit : il l'avait fait insinuer, puis « formellement demandé » ; il employa Louville, Tessé, Villeroy, Vendôme. « Tout fut inutile ; il n'y eut point de crédit ni de considération qui pût obtenir du roi d'assimiler un bâtard de Lorraine aux siens en quoi que ce pût être. »
- Cause de ce refus
- Cause du refus : « un statut de l'ordre du Saint-Esprit qui en exclut tous les bâtards, sans aucune autre exception que ceux des rois ». Le refus montrait à Vaudemont « que le roi ne le prendroit jamais que pour ce qu'il étoit, c'est-à-dire que pour un bâtard de Lorraine » — d'où l'idée de la souveraineté de Commercy « pour couvrir sa bâtardise ».
- Mme de Vaudémont à Marly, et comment
- Mme de Vaudemont à Marly, et comment : elle voulait éviter Versailles ; on négocia. Mme de Maintenon fit agréer au roi qu'allant à Saint-Cyr, Mme de Vaudemont l'y viendrait voir de Paris et que « ce seroit elle qui lui proposeroit de l'y mener ». Le roi consentit, « puis se ravisa, enfin il l'accorda » : il la trouva le soir chez Mme de Maintenon — « l'accueil fut gracieux, mais court ».
- Ses prétentions ; son embarras ; son mécontentement ; son caractère
- Son personnage : « tout occupée de sa grandeur, de ses chimères, de sa chute du gouvernement du Milanois…, tout empesée, toute composée, tout embarrassée, un esprit peu naturel, une dévotion affichée…, en deux mots, rien d'aimable, rien de sociable, rien de naturel ; grande, droite, un air qui vouloit imposer, et néanmoins être doux, mais austère et tirant fort sur l'aigre-doux. »
- Sa prompte éclipse
- Sa prompte éclipse : « personne ne s'en accommoda, elle ne s'accommoda de rien ni de personne ; elle fut ravie d'abréger et de s'en aller, et personne n'eut envie de la retenir » — trois jours à Marly, un second court séjour, puis Commercy, « peu contente de n'y avoir pu rien usurper en rang et en préférences ».
- Artifices et adroites entreprises de Vaudémont déconcertées ; sa conduite ; ses ressources
- Les artifices du « cher oncle » : porté en chaise jusqu'à la porte du grand salon, il accoutuma Monseigneur puis la duchesse de Bourgogne « à ne se point lever pour lui » ; il s'appropria une des chaises à dos du salon, « fit rehausser les pieds de sa chaise, en apparence pour être plus à son aise…, en effet pour se l'approprier » ; il obtint même de la faible duchesse du Lude un tabouret chez la duchesse de Bourgogne. Mgr le duc de Bourgogne consentit « pour cette fois, mais il voulut être présent, et ne point s'asseoir lui-même » — Vaudemont « réduit au rang de cul-de-jatte » — puis conta tout au roi : colère, tête lavée à la duchesse du Lude, Bloin grondé, et avertissement « de ne prétendre rien au delà » du rang de grand d'Espagne. Au voyage suivant, on le vit « sur un tabouret dont les pieds étoient rehaussés », se levant désormais au passage des princes.
- Raison de s’être entendu sur ces tentatives
- Pourquoi tant de détails : « je me suis étendu sur les manèges et les entreprises adroites du prince de Vaudemont…, beaucoup plus encore pour rappeler, par ce que chacun y a vu, la manière dont les rangs de princes étrangers se sont établis en France, sans autre titre que de savoir tirer sur le temps, et tourner en droit ce qu'ils ont d'abord introduit peu à peu dans les ténèbres avec adresse, et de monter ainsi par échelons. »
- Souplesse de Vaudémont
- Souplesse consommée : ses mécomptes avalés « sans faire semblant de rien », il fit l'impotent plus que jamais pour éviter les lieux de respect, multiplia les voyages à Commercy — couverture de ses menées à Lunéville —, « et avoir là-dessus de quoi entretenir le roi et fournir à la conversation ».
- Commercy en souveraineté et Vic au prince de Vaudémont, réversible au duc de Lorraine
- Coup de théâtre de janvier 1708 : à Lunéville, Vaudemont « fut déclaré souverain de Commercy par le duc de Lorraine, du consentement du roi, et de toutes les dépendances de cette seigneurie, sans que l'évêque de Metz, qui en avoit la directe et la suzeraineté, y fût appelé et y entrât pour rien, réversible, après la mort de M. de Vaudemont et de sa femme, au duc de Lorraine ».
- M. de Lorraine donne au prince de Vaudémont la préséance, après ses enfants, au-dessus de toute la maison de Lorraine
- Dans la foulée, le duc de Lorraine — « je ne sais, non pas sur quel fondement, mais sur quelle apparence » — le déclara « l'aîné, après ses enfants et leur postérité, de la maison de Lorraine, lui donna le rang immédiatement après ses enfants et les leurs, et au-dessus du duc d'Elbœuf et de tous les princes de la maison de Lorraine », contre l'abandon de ses vieilles chimères sur la souveraineté de Lorraine même.
- L’un et l’autre demeure inutile en France à Vaudémont
- L'un et l'autre demeurèrent inutiles en France : M. le Grand « en furie, et accoutumé à tout emporter du roi d'assaut », cria que M. de Lorraine ne pouvait « leur plonger à tous le poignard dans le sein » et « tira parole du roi que ni la souveraineté nouvelle, ni le rang nouveau ne changeroient rien ici ». Le roi répondit au duc de Lorraine « qu'il étoit le maître de régler chez lui tout ce qui lui plaisoit » — et fit entendre à Vaudemont qu'à sa cour il n'aurait jamais que le rang de grand d'Espagne.
- Vaudémont abandonne enfin ses chimères, qui demeure brouillé sans retour avec la maison de Lorraine
- « On peut juger de la rage, du dépit, de la honte » de l'oncle et des nièces ; « mais l'art surpassa la nature. Ils en avalèrent le calice tout d'un trait. » Vaudemont « s'ôta enfin tout à coup toutes chimères de la tête ; ses jambes en même temps s'affermirent…, et le monde fut étonné de voir presque tout à coup un cul-de-jatte ingambe. Je vis cela avec plaisir, et ne me contraignis pas d'en rire. » Mais les Lorrains « rompirent ouvertement avec lui…, et ne l'ont jamais revu depuis ».
- Prince Camille mal à son aise en Lorraine
- Victime collatérale : le prince Camille, fils de M. le Grand, établi en Lorraine avec quarante mille livres de pension du duc. Son père, outré de la préséance de Vaudemont, voulait le rappeler ; Mme d'Armagnac, « bien moins indifférente que lui à se soulager du prince Camille aux dépens d'autrui », le fit rester — « avec le dégoût d'en disparoître toutes les fois que Vaudemont y venoit ». « Camille, qui n'étoit ni aimable ni aimé en Lorraine, y fut sur le pied gauche plus que jamais le reste de sa vie. »
- Scandale de la brillante figure de Vaudémont en France
- Scandale de cette brillante figure : « les Espagnols surtout, et ce qui avoit servi dans leurs troupes en Italie, en étoient indignés. Le duc d'Albe, moins que personne, ne pouvoit comprendre comment ce citoyen de l'univers, affranchi des Hollandois, confident du roi Guillaume, créature de la maison d'Autriche, serviteur si attaché de tous les ennemis personnels du roi et de la France…, comment ce Protée pouvoit avoir enchanté si complètement le roi. »
- Trahisons continuées de Vaudémont et de ses nièces
- Trahisons continuées : « logé dans Paris au temple de la haine contre les Bourbons » — l'hôtel de Mayenne — « avec des Lorraines si dignes des Guise…, ils y passoient leur vie en trahisons » : tout ce qu'ils découvraient de secret passait par Barrois, l'envoyé de Lorraine, à Lunéville, « et de Lunéville, les courriers portoient cet avis à Vienne ». Saint-Simon le sut « par un ecclésiastique de l'église d'Osnabrück » qui se confia à Louville.
- Mesures secrètes de M. de Lorraine
- Mesures secrètes de M. de Lorraine : il « faisoit sous main des amas de blé et de toutes choses ; entretenoit, sans qu'il y parût, un grand nombre d'officiers dans son petit État, pour être tout prêt à lever, au premier ordre, des troupes qui se trouveroient en un instant sur pied, sitôt que les conjonctures le pourroient permettre ».
- Courte réflexion
- Courte réflexion finale : « telle est la reconnoissance de la maison de Lorraine, si grandement et depuis si longtemps établie en France, vivant à ses dépens ; tels sont ces louveteaux que le cardinal d'Ossat a dépeints si au naturel » — et la prophétie de François Ier mourant à Henri II : « s'il n'abaissoit la maison de Guise, qu'il avoit trop élevée, elle le mettroit en pourpoint et ses enfants en chemise… N'est-ce point là être frappé du plus prodigieux aveuglement ? »
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