TOME VIII · CHAPITRE XVII

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Summary

Cardinal de Bouillon at the end: his situation, his family's state 'and the ideas built upon it'; furious at losing a suit, he passes to Montrouge and Ormesson — then the flight: the prince d'Auvergne conducts him to the enemy army, where he receives 'honours of every kind'. The cardinal's 'mad letter' to the king — the subject's insolence, claiming foreign princehood and returning his order — analysed line by line by the memoirist.

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Situation du cardinal de Bouillon
Le cardinal de Bouillon « languissoit d'ennui et de rage dans son exil dont il ne voyoit point la fin » et passait ce loisir forcé « dans une guerre monastique » : abbé de Cluni, il voulait soutenir et étendre sa juridiction sur les moines réformés, qui profitaient de sa disgrâce pour secouer le joug — « une hydre de procès » où l'abbé était toujours compromis « et presque toujours partie ». Après son éclat contre Vertamont, il prétendit que le grand conseil « tiroit pension de l'ordre de Saint-Benoît » ; le chancelier fit renvoyer l'affaire à la grand'chambre. Sa famille sollicita tant qu'elle put — Saint-Simon même l'accompagna chez les juges — mais l'affaire fut perdue : « la dernière goutte d'eau qui fait répandre l'eau d'un verre trop plein ».
État de la famille du cardinal de Bouillon, et ses idées bâties dessus
Pour entendre ses chimères, il faut voir ses alliances : sa grand-mère était fille « du fameux fondateur de la république des Provinces-Unies », sa mère une Berghes des Pays-Bas ; le prince Eugène, fils d'une sœur de sa belle-sœur ; son neveu le prince d'Auvergne, déserteur marié à la sœur du duc d'Aremberg. De là l'espérance d'assez de crédit à La Haye, à Bruxelles et à Vienne pour porter ce neveu — « à qui dans cette chimère il persuada sa désertion » — jusqu'au stathoudérat, « comme sorti du fameux prince d'Orange ». Il fit tester sa riche sœur de Bavière en faveur du prince d'Auvergne, épargnait « avec un soin qui pouvoit passer pour avarice », fit passer beaucoup d'argent à l'étranger « et ne garda que le nécessaire, le portatif et des pierreries ».
Cardinal de Bouillon, furieux de la perte d’un procès, passe à Montrouge [et] à Ormesson
Profitant de l'adoucissement de son exil, il obtint de s'arrêter quelques jours aux environs de Paris sans entrer dans la ville, et s'établit à Montrouge — où il apprit qu'il avait « entièrement perdu son procès, et sans retour toute juridiction sur les moines réformés ». « À cette nouvelle la rage où il entra ne se peut exprimer. Les fureurs, les injures, les transports, les cris épouvantèrent » ; vingt-quatre heures n'apaisèrent rien. Le lendemain il passa la Seine au bac des Invalides et gagna Ormesson chez Coulanges, où il ne vit que ses neveux, ses gens d'affaires et quelques gros bonnets jésuites, et demeura une quinzaine, arrangeant sans doute « toutes les mesures de sa fuite, sans sortir presque de sa chambre ».
Évasion du cardinal de Bouillon, que le prince d’Auvergne conduit à l’armée des ennemis, où il reçoit toutes sortes d’honneurs
Changeant son voyage de Normandie en celui de Picardie, il gagna Arras et son abbaye de Saint-Waast ; puis, feignant d'aller voir Vigogne, « il partit dans son carrosse, monta à cheval en chemin, et piqua au rendez-vous », qu'il manqua de quelques heures — un détachement lancé d'Arras faillit le prendre — avant de tomber sur un gros de cavalerie ennemie où son neveu le cherchait. « Là, il vomit ce qu'il retenoit sur son cœur depuis tant d'années. » À l'armée ennemie, le prince Eugène et Marlborough « lui rendirent et lui firent rendre les plus grands honneurs » ; et lui les paya de discours « sur la misère de la France…, l'épuisement extrême et le désespoir des peuples » — perfidie où « un si prodigieux amas de bienfaits est tourné en poison », dans « le même esprit de félonie qui anima ses pères ».
Lettre folle du cardinal de Bouillon au roi
Le roi apprit l'évasion par un paquet laissé à Arras : une lettre au roi sous adresse à Torcy, « si monstrueuse production d'insolence, de folie, de félonie, que sa rareté mérite d'être insérée ». Le cardinal y envoie « la démission volontaire, qui ne peut être regardée par personne comme l'aveu d'un crime que je n'ai pas commis », de sa charge de grand aumônier et de l'ordre du Saint-Esprit — joignant le cordon et la croix « que par respect et soumission… j'ai toujours porté sous mes habits » depuis l'arrêt de 1701 ; il y « reprend la liberté que ma naissance de prince étranger, fils de souverain, ne dépendant que de Dieu », lui donne, se pose « dans la première place après la suprême », et signe « le cardinal de Bouillon, doyen du sacré Collège ».
Analyse de cette lettre
L'analyse de Saint-Simon pulvérise la lettre, qui « contient autant de sottises, d'impudence et de folie que de mots » : reprocher au roi des souffrances « les plus injustes » c'est « lui dire, parlant à lui, qu'il est un tyran » ; la démission après dix ans de désobéissance n'est qu'« une dérision », aggravée par l'envoi d'« un vieux cordon bleu, sale et gras » ; le grand aumônier n'est qu'un officier de l'ordre (précédents d'Amyot, dépouillé par Henri IV, et de Châteauneuf) ; et le prétendu prince étranger « demeure gentilhomme françois de la province d'Auvergne, du nom de La Tour…, et il ment à son roi avec la dernière impudence ». Suivent l'anecdote des paysans de la Ferté à qui il faisait admirer « la première place après la suprême », le rappel de ses fourberies (Liège, le chapeau du neveu, Strasbourg, M. de Cambrai), et la conclusion : « un chef-d'œuvre d'ingratitude, d'audace et de folie » — le mot « indigne » étant « la seule vérité qui lui soit échappée ».

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