TOME V · CHAPITRE V

Read the full text of the chapter (in French) →

Summary

A personal chapter: the Brissac case — the two grave difficulties of succession, Cossé received duke and peer, the state and resumption of Saint-Simon's own suit, the Rouen journey, the king's 'singular attention', the friendship with Humières broken forever, Brissac's ingratitude, the dash to Marly, La Vrillière's service — and the suit won. M. and Mme d'Hocqueville; the 'fortunes born of this case'; and an anecdote on the abbé, later cardinal, de Polignac.

The entries

Entry summaries are given in French, the language of the source.

Mon procès de Brissac
Chapitre personnel : le procès de Brissac, que Saint-Simon ne raconte que pour « les semences qui s'y jetèrent… à des affaires plus importantes ». Contre un beau-frère « qui avoit été le fléau de ma sœur », il plaide depuis sa mort pour cinq cent mille livres — restes de la dot. Trait de générosité : Cossé, qui ne pouvait être duc qu'en payant tous les créanciers, lui offrit de s'engager en son nom propre pour cette somme ; Saint-Simon refusa, « j'aimai donc mieux hasarder cinq cent mille livres au jugement », pour ne pas ruiner Cossé ni donner l'éveil aux autres créanciers. « Cossé se trouva comblé d'une générosité si peu attendue » ; Saint-Simon devint « le chef de son conseil pour toutes ses démarches ».
Deux fortes difficultés à succéder à la dignité de Brissac
Deux difficultés capitales barraient la succession à la dignité : la maréchale de Villeroy, héritière naturelle, avait renoncé en faveur de Cossé — mais on pouvait objecter qu'il ne recevait que ce qu'une femelle aurait recueilli, « en qui la dignité se seroit éteinte » ; et l'enregistrement de la pairie de Brissac « en exceptoit formellement les collatéraux », or Cossé, cadet, était collatéral. « Harlay, partie adresse, partie autorité, glissa sur l'une et sur l'autre » — le premier président, « esclave de la faveur », gagné par le maréchal de Villeroy « gouvernant comme il faisoit le parlement à baguette ».
Cossé reçu duc et pair de Brissac
Tout ajusté avec les créanciers, Cossé est reçu au parlement « comme duc et pair de Brissac, qui y prêta serment et prit séance sans aucune difficulté alors, 6 mai 1700. Ce ne fut pas sans de nouveaux remerciements de sa part et de toute sa famille, pleins de protestations publiques qu'il me devoit entièrement, et plus d'une fois, la dignité dont il venoit d'entrer en possession. »
État et reprise de mon procès de Brissac
Le procès repris, gagné deux fois au parlement de Rouen, est relancé par la duchesse d'Aumont, créancière nouvelle, qui veut le ramener à Paris : au règlement de juges, elle récuse « vingt-deux rapporteurs l'un après l'autre » ; le vingt-troisième, Méliant, prévenu contre Saint-Simon, « souhaitoit de plus que j'eusse tort » — mais « le travail qu'il fit le désabusa, et l'équité l'emporta sur la volonté ». Découverte stupéfiante : le nouveau duc de Brissac s'était secrètement obligé à la dette de Mme d'Aumont — « ce procès étoit moins le sien que celui de M. de Brissac ». Au conseil, Mme de Saint-Simon lui lance : « c'en étoit une bien plus grande d'être M. de Cossé, ou de vous trouver duc de Brissac. Il fit la pirouette et disparut. » Lui et Mme d'Aumont « perdirent leur procès avec ignominie… et l'affaire renvoyée à Rouen ».
Voyage à Rouen
Pour le jugement au fond, voyage à Rouen : logés « dans la belle maison d'Hocqueville, premier président de la cour des aides », les Saint-Simon sont fêtés par toute la ville — « ce fut, dans toute la ville, à qui nous festineroit le plus… C'étoient des fêtes plutôt que des soupers. » MM. de Brissac et d'Humières, « venus en poste et sans équipage », se sont mis dans une hôtellerie « et furent peu accueillis ».
Singulière attention du roi
Attention singulière du roi : au bout de huit ou dix jours, une lettre de Pontchartrain apprend à Saint-Simon « que le roi avoit appris avec surprise que j'étois à Rouen, et l'avoit chargé de me demander de sa part pourquoi et pour combien j'y étois, tant il étoit attentif à ce que devenoient les gens marqués et qu'il avoit accoutumé de voir autour de lui, quoique sans aucune privance ».
Intimité de tout temps à jamais interrompue entre le duc d’Humières et moi
Le duc d'Humières, ami d'enfance et partie adverse : « ce procès ne fit pas la plus légère altération dans notre amitié et dans notre conduite. Nous nous cherchâmes dès que je fus à Rouen. Il venoit dîner chez moi », et on le priait à souper avec eux. « Ce contraste de lui et de M. d'Humières avec moi étoit un spectacle pour la ville. »
Ingratitude de Brissac
Pour Brissac, au contraire, « j'affichai son ingratitude, et je déclarai que je ne voulois ni le voir ni le rencontrer. Il en fut si accablé de honte et d'embarras, qu'il nous évita si bien qu'en effet nous ne le vîmes nulle part. » Chez Livry, sommé de dire si Saint-Simon ne l'avait pas fait duc et pair, « la force de la vérité le lui fit avouer formellement. Là-dessus chacun lui tomba sur le corps… On veut bien être ingrat, mais on ne veut pas en être soupçonné. »
Course à Marly
Coup de théâtre : des lettres d'État — celles du beau-fils de Mme d'Aumont, escamotées « d'autorité » — vont être signifiées, alors que le parlement de Rouen finit le samedi et que tout serait à recommencer devant des juges nouveaux. Sur le conseil d'Hocqueville et de Mme de Saint-Simon, Saint-Simon court à Marly, en secret, où il arrive « à huit heures du matin le mardi 8 août. Le chancelier et Chamillart me plaignirent, mais jugèrent le remède impossible. »
Service de La Vrillière
La Vrillière, « qui avoit Boulogne dans son département…, s'offrit à tout, au hasard d'être mal reçu du roi » : il dresse lui-même la requête, la rapporte à l'entrée du conseil d'État — « les lettres d'État avoient été cassées de toutes les voix ». Il dresse l'arrêt, le signe ; le chancelier le scelle sur-le-champ. Ce service « couronna les autres, et lui valut la figure, unique dans le naufrage des secrétaires d'État, que celui-ci fit dans la régence ».
Je gagne mon procès
Retour à Rouen « le jeudi à deux heures du matin » — Brissac reparti en « faisant confidence de sa joie de m'avoir remis à longs jours à tous les maîtres de poste de la route ». Le samedi 11 août, dernier jour du parlement, dès quatre heures la maison est pleine d'accompagnateurs : « nous la gagnâmes tout d'une voix avec amende et dépens, et une acclamation qui fit retentir le palais et qui nous suivit par les rues ». Le feu prend à la cuisine au milieu de la foule, « éteint sans dommage » ; Mme d'Aumont « ne pouvoit comprendre le succès de son affaire, dont elle devint furieuse » ; Mme de Brissac apprend l'issue en voyant le feu de joie des domestiques, « son mari eut une telle honte, qu'il fut longtemps à m'éviter partout ».
M. et Mme d’Hocqueville
Après la victoire, Dieppe puis Cani, « belle maison et belle terre de notre hôte » Hocqueville : « c'étoit de ces magistrats simples, droits, modestes, des anciens temps, généreux, capables d'amitié et de services, mais justes avant tout ». Sa femme, autrefois « extrêmement du monde », vivait « dans la plus haute dévotion et la vie la plus austère…, mais tout cela n'étoit que pour elle, on ne s'en apercevoit pas. Tous deux donnoient beaucoup aux pauvres… Ils étoient l'admiration de leur pays. »
Fortunes nées de ce procès
« Cette affaire fit des fortunes que je dus à l'amitié de Chamillart » : Méliant, intendant à Pau puis à l'armée d'Espagne, plus tard conseiller d'État ; Guerchois, intendant d'Alençon puis de Franche-Comté, conseiller d'État sous la régence ; et son frère, capitaine aux gardes, pour qui Chamillart, deux fois repoussé par le roi, « hasarda une troisième tentative, et emporta le régiment de la vieille marine ». Le Guerchois y « fit merveilles » : c'est à lui que fut dû « le gain de la bataille de Parme, par la justesse de son coup d'œil » — il y reçut une blessure dont il mourut, « avec les regrets de toutes les troupes… et avec les miens très sensibles ».
Anecdote sur l’abbé depuis cardinal de Polignac
Grande anecdote sur l'abbé de Polignac, revenu sur l'eau après la Pologne : homme superbe, « tout couloit de source, tout persuadoit », mais « tout occupé de son ambition, sans amitié, sans reconnoissance, sans aucun sentiment que pour soi ; faux, dissipateur…, le jugement étoit nul ». Le mot resté fameux : sous la pluie de Marly, « ce n'est rien, sire : la pluie de Marly ne mouille point ». Envieux du « bonheur » de Nangis et de Maulevrier auprès de la duchesse de Bourgogne, « il affronta le danger des Suisses, les belles nuits, dans les jardins de Marly ». Visant le cabinet du duc de Bourgogne, il séduit Chevreuse par les sciences, puis Beauvilliers. Saint-Simon avertit ce dernier : « il le charmera comme une sirène enchanteresse… il vous expulsera de l'un et de l'autre, et s'y établira sur vos ruines. » Beauvilliers, fâché, le prie de n'en plus parler : « vous serez obéi, mais vous éprouverez la vérité de ma prophétie. »

◀ Previous chapter · ← Back to the chapter table · Next chapter ▶

© 2025-2026 - Jonathan Teyssandier - All rights reserved