TOME VI · CHAPITRE II
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Summary
Mme de Lussan's suit publicly embroils the author with M. le Duc and Mme la Duchesse. The fortune, merit and death of marshal d'Estrées; Louvois's 'terrible designs' recalled; the marquise de La Vallière dies. Then the great farewell: the death of Mme de Montespan — her retreat, her penance, her character, the 'Noailles policy', and the interested parties' varied feelings, from the dry king to the silent bastards. Facing her, d'Antin, her legitimate son: the perfect courtier, avaricious — to the point of suppressing his mother's will.
The entries
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- Procès de Mme de Lussan, qui me brouille publiquement avec M. le Duc et Mme la Duchesse
- Le procès de Mme de Lussan, « affaire qui fit un grand éclat » : héritier privilégié de la succession de Mlle de Portes, Saint-Simon voit son droit détruit par une déclaration qu'Harlay fit passer avec « une clause particulière, faite pour moi tout seul » ; puis Mme de Lussan — « une grande créature de peu de chose, souple, fine, hardie, audacieuse…, d'une intrigue de toutes les façons » — se porte héritière en s'inventant une parenté Budos qui « emportoit nécessairement celle de M. le Prince, et qu'elle savoit bien n'exister point ». Disimieu, le vrai parent, la confond ; elle s'inscrit en faux, échoue « avec infamie », et répand que Saint-Simon lui suscite « le fils d'un moine et d'une servante ». Il publie un mémoire vengeur, après en avoir demandé la permission à M. le Prince — qui la donna avec force honnêtetés et défendit à Lussan de répondre. Au conseil, « tous les juges n'y opinèrent que par des huées et des cris d'indignation », dépens et amende. Mais M. le Duc et Mme la Duchesse, qui avaient sollicité pour elle, éclatèrent en propos : « nous cessâmes de les voir l'un et l'autre » — brouille publique dont on verra les suites.
- Fortune, mérite, mort du maréchal d’Estrées
- Mort à quatre-vingt-trois ans du maréchal d'Estrées, « doyen des maréchaux de France, comme son père et son fils, singularité sans exemple, et de trois générations de suite maréchaux de France, et toutes trois doyens, et toutes trois chevaliers de l'ordre ». Lieutenant général à quarante-trois ans par mérite, dégoûté de l'armée par Louvois, il passa à la marine que Colbert créait : campagne réparatrice aux îles d'Amérique, vice-amiral, corsaires d'Alger, de Tunis et de Salé forcés « à demander la paix en 1670 ». Louvois « eut le crédit de l'empêcher de passer » à la promotion de 1675 ; il ne fut maréchal, seul, qu'en mars 1681. Il « naquit, vécut et mourut pauvre ; fort honnête homme, et fort considéré ».
- Vues terribles de Louvois
- À ce propos, les « vues terribles de Louvois » : « méditant le projet de se rendre le maître de la conduite de la guerre et des fortunes…, il songeoit aussi à se défaire des gens qui pointoient, et dont le mérite l'eût embarrassé. Il gémissoit sous le poids de M. le Prince, de M. de Turenne et de leurs élèves ; il ne vouloit plus qu'il s'en pût faire de nouveaux ; il en vouloit tarir la source, pour que tout, jusqu'au mérite, vînt de sa main, et que l'ignorance, parvenue de sa grâce, ne pût se maintenir que par elle. »
- Mort de la marquise de La Vallière
- Mort de la marquise de La Vallière, belle-sœur de la maîtresse du roi, « une femme de beaucoup d'esprit, gaie, extrêmement aimable, qui avoit de l'intrigue et beaucoup d'amis », et qui sut « se soutenir à la cour et dans le monde avec beaucoup de considération après la retraite de sa belle-sœur ». « Le roi, qui s'étoit fort amusé de sa gaieté…, conserva toujours de l'amitié pour elle. »
- Mort de Mme de Montespan
- Mort de Mme de Montespan, « arrivée fort brusquement aux eaux de Bourbon, à soixante-six ans, le vendredi 27 mai ». Anecdote peu connue : « ce fut la faute de son mari plus que la sienne » — elle l'avait supplié « de l'emmener dans ses terres de Guyenne » dès les premiers soupçons ; Montespan refusa « et, pour son tourment, vécut toute sa vie et mourut amoureux d'elle ». Fin admirable : se sentant suffoquer, « elle fit entrer tous ses domestiques jusqu'aux plus bas, fit une confession publique de ses péchés publics » ; « les frayeurs de la mort qui, toute sa vie, l'avoient si continuellement troublée, se dissipèrent subitement ». Elle remercia Dieu « de ce qu'il permettoit qu'elle mourût dans un lieu où elle étoit éloignée des enfants de son péché ». Obsèques indignes : le corps « demeura longtemps sur la porte de la maison », disputes de préséance des chanoines, dépôt « comme y eût pu être celui de la moindre bourgeoise du lieu ».
- Sa retraite et sa conduite depuis
- Sa retraite : à Saint-Joseph, sous la direction du P. de La Tour, « sa conversion ne se démentit point, et sa pénitence augmenta toujours ». Acte héroïque : « demander pardon à son mari et de se remettre entre ses mains » — il fit répondre « qu'il ne vouloit ni la recevoir, ni lui prescrire rien, ni ouïr parler d'elle de sa vie ». Chemises « de toile jaune la plus dure », bracelets et ceinture « à pointes de fer », aumônes immenses, travail manuel pour les pauvres ; et cette terreur de la mort qui lui faisait payer des veilleuses « qu'à toutes les fois qu'elle se réveilloit elle vouloit trouver causant, jouant ou mangeant ». Elle nourrissait pourtant la chimère de succéder un jour à Mme de Maintenon, « que la peur du diable seule avoit forcé le roi à la quitter ».
- Son caractère
- Son caractère dans la retraite : « elle ne put jamais se défaire de l'extérieur de reine qu'elle avoit usurpé dans sa faveur » — un seul fauteuil, le sien, « non pas même pour ses enfants naturels » ; jamais de visites, pas même à Monsieur ; « toute la France y alloit ». « Il n'étoit pas possible d'avoir plus d'esprit, de fine politesse, des expressions singulières…, une justesse naturelle qui lui formoit comme un langage particulier, mais qui étoit délicieux » — le langage des Mortemart. « Sa dévotion ou peut-être sa fantaisie étoit de marier les gens… et comme elle avoit peu à donner après toutes ses aumônes, c'étoit souvent la faim et la soif qu'elle marioit. » À son dernier Bourbon, elle paya « deux ans d'avance toutes les pensions charitables », disant qu'elle ne reviendrait pas.
- Politique des Noailles
- Politique des Noailles : accrochés à Mlle Choin, à Mme la Duchesse, à la princesse de Conti par La Vallière, liés à Mme de Maintenon par le mariage de leur fils — ils marièrent encore leur fille au fils de d'Antin, bravant « la jalousie et la haine extrême » de Mme de Maintenon pour Mme de Montespan, tant la chimère de sa restauration paraissait peu impossible « à la cour intérieure ». Ils donnèrent leur fille à mener à Bourbon par la maréchale de Cœuvres, qui rendit à Mme de Montespan « beaucoup plus de respects qu'à Mme la duchesse de Bourgogne, ni à Mme de Maintenon » — l'ancienne reine « la traitoit en reine, s'en amusoit comme d'une poupée…, et lui parloit extrêmement françois ».
- Sentiments sur la mort de Mme de Montespan des personnes intéressées
- Sentiments à sa mort : douleur « étonnante » de Mme la Duchesse « qui s'étoit piquée toute sa vie de n'aimer rien », et de M. le Duc lui-même ; le comte de Toulouse alla cacher la sienne à Rambouillet ; « M. du Maine eut peine à contenir sa joie ». Mme de Maintenon, « délivrée d'une ancienne maîtresse dont elle avoit pris la place », fut accablée de remords : « les larmes la gagnèrent, que faute de meilleur asile, elle fut cacher à sa chaise percée ». Et le roi, d'une « parfaite insensibilité », répondit tranquillement à la duchesse de Bourgogne « que, depuis qu'il l'avoit congédiée, il avoit compté ne la revoir jamais, qu'ainsi elle étoit dès lors morte pour lui ». Les enfants « n'osèrent porter aucun deuil d'une mère non reconnue » — pendant que la princesse de Conti portait celui de sa tante La Vallière.
- Caractère et conduite de d’Antin
- Grand portrait de d'Antin, seul fils légitime : « beau comme le jour étant jeune », l'esprit et « ce langage charmant de sa mère », « le plus habile et le plus raffiné courtisan de son temps, comme le plus incompréhensiblement assidu » — « bassesses infinies, rien ne lui coûta, rien ne le rebuta vingt ans durant ». Un défaut infamant : la poltronnerie. M. le Duc, « méchant jusqu'à la barbarie », lui monta une fausse alerte à la tranchée de Bruxelles : « Remettons-nous à table, la sortie n'étoit que pour toi » ; le prince de Conti lui cria : « Comment, d'Antin, te voilà ici, et tu n'es pas encore mort ? » ; La Feuillade l'insulta devant Monseigneur. Tout fut avalé. « C'étoit grand dommage » : il avait « les vues vastes, justes, exactes, de grandes parties de général », tout du meilleur intendant d'armée — « un homme certainement très rare », qui « va devenir un personnage pour le reste de sa vie ».
- Avarice de d’Antin
- L'avarice après la mort : d'Antin, arrivé aux dernières heures — elle lui dit seulement « qu'il la voyoit dans un état bien différent de celui où il l'avoit vue à Bellegarde » —, repartit dès qu'elle eut expiré, laissant les obsèques « à la discrétion des moindres valets ». « L'indécence des obsèques, et le peu qui fut distribué à ce nombreux domestique qui perdoit tout, fit beaucoup crier contre lui. Il crut l'apaiser par quelques largesses de gascon » — jusqu'à porter à M. du Maine un diamant de grand prix, que celui-ci prit « mais vingt-quatre heures après le lui renvoya par un ordre supérieur ». Le monde ne lui pardonna pas non plus « de s'être remis sitôt au jeu ».
- Il supprime le testament de Mme de Montespan
- L'affaire du testament : « on savoit que Mme de Montespan en avoit fait un…, elle le dit même en mourant » ; « cependant le testament ne se trouva point », et le P. de La Tour déclara ne pas l'avoir « mais sans ajouter qu'il n'en avoit point de connoissance. Cela acheva de persuader qu'il y en avoit un, et qu'il étoit enlevé et supprimé pour toujours. Le vacarme fut épouvantable » — domestiques et subalternes y perdaient tout, les enfants « s'en expliquèrent durement à d'Antin lui-même. Il ne fit que glisser et secouer les oreilles… ; il avoit été au solide. » « À la fin tout sécha, passa et disparut. Ainsi va le cours du monde. »
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