TOME IX · CHAPITRE II
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Summary
Abbé de Vaubrun recalled after ten years' exile, family and character; the bull condemning the Jesuits over the Chinese rites; five men added per company; the usurers' tax; the recoinage and its profit; the Moulins bridge fallen and the Loire's ravages; the grand prior kidnapped by an imperial partisan. The Berry household and apanage — with a 'rare blunder'; Benoist, controller of the mouth, 'a dangerous man'; the king's scruple over the venality of his almoners' charges; Mme de La Rochepot 'most strangely admitted' at Marly.
The entries
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- Abbé de Vaubrun rappelé après dix ans d’exil
- L'abbé de Vaubrun, « depuis dix années en exil, et les dernières avec permission d'être à Paris, sans approcher plus près de la cour, eut enfin permission de venir saluer le roi, le jour du retour à Versailles du dernier voyage de Marly de cette année » — fin de disgrâce obtenue par ses intrigues avec les jésuites, comme ses intrigues avec le cardinal de Bouillon avaient causé sa chute.
- Sa famille, son caractère
- Son nom était Bautru, « de la plus petite et nouvelle bourgeoisie de Tours » ; son père Vaubrun fut tué lieutenant général à Altenheim, « à cette belle et fameuse retraite que mon beau-père fit à la mort de M. de Turenne ». Le fils, « absolument nain, extrêmement boiteux », se fit d'Église : « avec ses jambes torses et une tête à faire peur, il ne laissoit pas d'être fort audacieux avec les femmes, pour lesquelles il se croyoit de grands talents ». Du savoir, beaucoup d'esprit, « peu ou point de jugement » ; il acheta une charge de lecteur pour s'introduire à la cour. « L'intrigue étoit son élément, mais dangereux, imprudent, peu sûr…, craint, évité, méprisé » ; il finit « âme damnée de M. et de Mme du Maine », avec, toute sa vie, « la rage d'être évêque ».
- Bulle qui condamne les jésuites sur les usages chinois
- Parut une bulle du pape qui trancha « toutes les disputes des missionnaires et des jésuites de la Chine sur les cérémonies chinoises de Confucius, des ancêtres et autres, qui les déclara idolâtriques, les proscrivit, condamna les jésuites dans leur tolérance et leur pratique là-dessus », loua fort « les souffrances, la constance et la mort » du cardinal de Tournon et tança la désobéissance des jésuites. « Cette bulle les mortifia moins qu'elle ne les mit en furie ; ils l'éludèrent, puis à découvert la sautèrent à joints pieds. » Saint-Simon la signale « comme la source de tout le fracas qui arriva bientôt après, et dont la persécution dure encore ».
- Cinq hommes d’augmentation par compagnie d’infanterie
- Le dixième établi « donna lieu à augmenter toute l'infanterie de cinq hommes par compagnie » : l'impôt nouveau finançait directement le grossissement des troupes pour la campagne à venir, seule justification avouée de cette exaction sans précédent.
- Taxe d’usuriers
- On fit aussi une taxe sur les usuriers « qui avoient gagné gros à trafiquer les papiers du roi » : ces agioteurs donnaient « trois ou quatre cents livres, et souvent encore la plupart en denrées, pour un billet de mille francs », manège appelé agio. « On prétendit tirer une trentaine de millions de cette taxe. Bien des gens y gagnèrent gros, je ne sais si le roi y fut le mieux traité. »
- Refonte et profit de la monnaie
- Bientôt après on refondit la monnaie, « ce qui fit un grand profit au roi et un extrême tort aux particuliers et au commerce. On a dans tous les temps regardé comme un très-grand malheur, et comme quelque chose de plus, de toucher aux blés et aux monnaies. Desmarets a accoutumé au manége de la monnaie ; M. le Duc et le cardinal Fleury, à celui des blés et de la famine factice. »
- Pont de Moulins tombé
- Le pont que Mansart avait bâti à Moulins sur l'Allier, emporté sitôt achevé, avait été rebâti — et l'architecte « avoit assuré devoir durer jusqu'à la postérité la plus reculée. Il avoit coûté plus de huit cent mille livres. Il fut emporté aux premiers commencements de cet hiver » par l'inondation.
- Ravages de la Loire
- Les ravages de la Loire « coûtèrent plus de dix millions au royaume, qui, comme il a été expliqué ailleurs, en fut redevable au crédit du duc de La Feuillade » — allusion aux turcies et levées négligées sous son gouvernement, vieille rancune du mémorialiste contre le gendre de Chamillart.
- Grand prieur enlevé par une espèce de partisan impérial
- Le grand prieur, établi à Venise à force d'errer, « alla promener ses inquiétudes » vers Lausanne : « une manière de bandit nommé Massenar, ayant pourtant une commission de l'empereur », et dont le fils était enfermé à Pierre-Encise, « attrapa le grand prieur dans son chemin, lui fit passer diligemment le Rhin, l'enferma dans un château de l'empereur, et lui déclara qu'il le traiteroit tout pareillement que son fils seroit traité ». Il put faire avertir le comte du Luc, ambassadeur en Suisse ; mais « il ne parut pas que le roi fût fort ému de cette nouvelle, ni que personne y prît grande part ».
- Apanage et maison de M. [le duc] et de Mme la duchesse de Berry
- L'emprunt perpétuel d'officiers et de tables lassant tout le monde, le roi donna un apanage à M. le duc de Berry — mais chichement : « le revenu ne suffit pas à la dépense du pied de la maison…, on ne donna pas le moindre meuble, ni aucune maison de ville ni de campagne ». On vendit ensuite les charges : Beauvilliers fit deux charges de la sienne de premier gentilhomme, en donna une à son frère Saint-Aignan et vendit l'autre au marquis de Béthune ; Rasilly, qui n'avait pas quitté Berry d'un pas, eut en présent celle de premier écuyer — toute la cour applaudit, mais Mme la duchesse de Berry, « qui y vouloit de plus grands noms, en pleura amèrement » ; elle fit pourtant donner pour rien à La Haye la charge de premier veneur, puis acheter celle de premier chambellan. Saint-Simon procura à son ami Coëtenfao la charge de chevalier d'honneur, « la plus belle sans comparaison ».
- Rare méprise
- Rare méprise : les députés d'Abbeville demandant que leur ville fût réservée à la couronne, le roi fut d'une surprise extrême « d'apprendre qu'Abbeville fût de l'apanage », et dit « qu'il ne savoit pas que le Ponthieu fût là, ni qu'Abbeville en fût la capitale. Il ajouta que ce pays sentoit trop la poudre à canon pour être donné en apanage, et le fit retirer. » On y substitua le comté de Gisors ; et comme les noms d'Angoulême et d'Alençon « avoient été profanés par la bâtardise de Charles IX », le roi fit expédier des lettres patentes à son petit-fils « pour porter le nom de duc de Berry, qui lui avoit été imposé en naissant, quoiqu'il n'y eût aucune propriété ».
- Benoist, contrôleur de la bouche, homme dangereux
- Le fils de Beauvois avait perdu la capitainerie de Grenelle « par une noire malice de Benoist, contrôleur de la bouche. C'étoit un gros brutal…, fils d'un cuisinier de Louis XIII », devenu si familier du roi « par son assiduité et son attention à ses mets, qu'il s'étoit fait craindre à toute la cour…, et ménager jusque par M. le Prince et M. le Duc ». Brouillé avec Beauvois sur du gibier, il « fit languir le gibier…, l'accusa de le vendre, et fit si bien qu'il mit le roi en colère, et qu'il le perdit ». « En soi c'est la dernière des bagatelles pour être rapportée ; mais elle caractérise et dépeint. »
- Scrupule du roi sur la vénalité des charges de ses aumôniers
- L'abbé Turgot, sacré évêque de Séez, cherchait à vendre sa charge d'aumônier du roi. « Il n'y avoit plus que lui et l'abbé Morel qui les eussent achetées ; le roi les avoit toutes retirées peu à peu par scrupule de simonie » : il croyait avec raison « que ces charges s'achetoient pour se frayer et s'abréger le chemin aux abbayes et à l'épiscopat, et que c'étoit indirectement les acheter ». Cette considération fit l'évêque de Séez premier aumônier de M. le duc de Berry « pour la plupart du prix de sa charge, dont le roi lui paya le surplus. C'étoit un très-bon et honnête homme. »
- Mme de La Rochepot fort étrangement admise, comme femme du chancelier de M. le duc de Berry, à Marly, à [la] table et dans les carrosses de Mme la duchesse de Bourgogne
- Voysin, « profitant de sa faveur, et ne sachant que faire de sa fille aînée qu'il aimoit fort, et qui étoit exclue de tout pour avoir épousé un homme de robe », La Rochepot, fils de La Berchère, lui fit acheter la charge de chancelier de M. le duc de Berry, « et fit accroire au roi qu'avec cela il pouvoit lui faire la grâce de l'admettre dans les carrosses et à la table de Mme la duchesse de Bourgogne, et par là la mener à Marly, ce qui fut très-extraordinaire » — passe-droit sans exemple pour une femme de robe.
- Mme la duchesse de Bourgogne seule maîtresse indépendante de sa maison
- En même temps, le roi fit pour Mme la duchesse de Bourgogne « ce qu'il n'avoit accordé ni à la reine ni à Mme la Dauphine. Il lui laissa l'entier gouvernement des affaires de sa maison, et la disposition de toutes les charges et places, même sans lui rendre compte de rien : en un mot maîtresse absolue », disant tout haut « qu'il se fioit assez en elle pour cela, et qu'elle seroit capable de choses plus difficiles et plus importantes ». Cette faveur signalée « vint de lui-même » — elle se serait perdue à jamais en la sollicitant — et la princesse sut la ménager, ne faisant rien d'important sans le roi, « mais sûre alors de son approbation et du gré de cette déférence ».
- Retour des généraux
- Retour des généraux : Berwick le premier, chassé par les neiges, après avoir détaché une partie de ses troupes pour le Roussillon ; puis Harcourt, puis Besons et tous les officiers de leurs armées ; Villars enfin, des eaux de Bourbonne. Goesbriant, le défenseur d'Aire, « fut reçu en gendre de ministre, et eut avec l'ordre une pension de vingt mille livres, en attendant le premier gouvernement ».
- Fervaques quitte le service
- Fervaques, colonel du régiment de Piémont « et brigadier d'infanterie avec réputation, quitta le service » : sa mère, « femme fort impérieuse », le fit quitter, « piquée qu'il ne fût pas maréchal de camp au sortir de Douai, quoique brigadier seulement de l'hiver. Le roi en fut fort blessé » et « le punit par la bourse » : Piémont lui avait coûté cent mille livres, on le lui fixa à soixante-quinze mille. Ironie de l'avenir : ce même Fervaques fut fait officier général « comme s'il n'eût point quitté, et chevalier de l'ordre en 1724 », au scandale de toute la France.
- Mort du lord Greffin
- Le lord Greffin, pris en mer avec le marquis de Lévi lors de la tentative d'Écosse, « mourut à Londres, dans un grand âge, de sa mort naturelle, ayant eu des répits de sa condamnation de temps en temps, et sûreté qu'il en auroit toujours » — fin paisible d'un condamné à mort perpétuellement sursis, que Saint-Simon avait honorablement mentionné en son temps.
- Mort de Spanheim
- Spanheim, « si connu dans la république des lettres, et qui ne l'a pas moins été par ses négociations et ses emplois, mourut en ce même temps à Londres, à quatre-vingt-quatre ans, avec une aussi bonne tête que jamais, et une santé parfaite jusqu'à la fin. Il avoit été longtemps à Paris envoyé de l'électeur de Brandebourg, et il passa en la même qualité à Londres lorsque les affaires se brouillèrent sur la succession d'Espagne. »
- Mort et deuil de la duchesse de Mantoue
- La duchesse de Mantoue mourut à Paris le 16 décembre, « à la fleur de son âge, et d'une beauté qui promettoit une grande santé. Sa maladie fut longue, dont elle sut heureusement profiter. Depuis son bizarre mariage sa vie avoit été fort triste ; aucun des beaux projets de la duchesse d'Elbœuf ni de ses grandes prétentions pour elle n'avoit pu réussir. » Sans enfants, elle n'eut rien de son mari, qui « avoit l'honneur d'appartenir au roi » : deuil en noir de cinq ou six jours.
- Prétendu faiseur d’or
- Parut un de ces « aventuriers escrocs, qui prétendoit avoir le grand secret de faire de l'or. Boudin, premier médecin de Monseigneur, le fit travailler chez lui, sous ses yeux et sous clef » — et le faiseur d'or « l'amusa et le trompa enfin comme les autres, et lui coûta bien de l'argent qu'il regretta fort », car Boudin ne négligeait aucun moyen d'en amasser que sa faveur lui pouvait fournir.
- Boudin ; son état et son caractère
- Portrait de Boudin : « boudin de figure comme de nom, fils d'un apothicaire du roi », savant, « si naïvement plaisant que personne n'étoit plus continuellement divertissant, sans jamais vouloir l'être ». Il subjugua Fagon, « le tyran de la médecine », au point de lui dédier une thèse contre le tabac — que Fagon haïssait comme un poison — « et la soutint toute en sa présence, se crevant de tabac…, sa tabatière à la main, et le visage barbouillé ». Des soupers de M. le Duc et du prince de Conti, « libertin et débauché à l'excès », il insolenta le maréchal de Villeroy devant Monseigneur qui se mit à rire. Rouillé dans son métier, « il souffla » : persuadé que la pierre philosophale n'était pas impossible, « avec toute sa science et son esprit il y fut cent fois dupé ». « Seigneurs et ministres le comptoient et le ménageoient comme un homme fort dangereux » ; il tenait fort à la cabale de Meudon.
- Bals, fêtes et plaisirs à la cour tout l’hiver
- Dès le début de décembre, le roi déclara qu'il voulait à Versailles « des comédies et des appartements, même lorsque Monseigneur seroit à Meudon, contre l'ordinaire. Il crut apparemment devoir tenir sa cour en divertissements pour cacher mieux au dehors, et au dedans s'il l'eût pu, le désordre et l'extrémité des affaires. » On ouvrit de bonne heure le carnaval, avec « tout l'hiver force bals à la cour de toutes les sortes, où les femmes des ministres en donnèrent de fort magnifiques…, mais Paris n'en demeura pas moins triste, ni les provinces moins désolées. »
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