TOME XIX · CHAPITRE VI

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Summary

Back to graces: the author's conduct in France 'on the graces received in Spain'; his two sons' godfathers; the princess of the Asturias 'much indisposed' — the king and queen command him to see her daily 'against all usage', confiding 'the secret causes of their alarms'; his second son's covering — two grandezas in the family; the blue ribbon to Ossone; the demonstration to the Regent that he could himself knight Ossone, and the proposal of 'seven or eight collars for Spain, one of them for Grimaldo'.

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Ma conduite en France sur les grâces reçues en Espagne
Restait à mander en France qu'on s'était passé des lettres : « j'étois peu en peine de M. le duc d'Orléans dont la légèreté et l'incurie sur les petites choses, et trop souvent sur les grandes, me rassuroit ». Pour Dubois, Saint-Simon écrivit « un verbiage où je me répandis avec profusion en reconnoissance, et où je lui fis accroire que ce n'étoit qu'à ces deux lettres non présentées, mais toutefois lues par Grimaldo à Leurs Majestés Catholiques, que je devois les grâces. L'affaire étoit faite ; comme que ce fût, je lui en donnois l'honneur. Faute de pouvoir pis, il prit le tout en bonne part » — et envoya des lettres de remerciements « dont le style animé étoit bien différent de la langueur » des premières.
Parrains de mes deux fils
Les parrains : le duc del Arco pour la couverture du second fils, le duc de Liria pour la Toison de l'aîné — Liria « se réputoit François, étoit fils aîné du duc de Berwick, ami particulier de Grimaldo ; il n'y avoit sortes d'avances, de prévenances, d'amitiés, de services que je n'en eusse reçus ». « Ces deux parrains furent fort approuvés en Espagne et pareillement de M. le duc d'Orléans et du cardinal Dubois. »
Princesse des Asturies fort incommodée
« La princesse des Asturies se trouva incommodée sur la fin du voyage. Il lui parut des rougeurs sur le visage qui se tournèrent en érésipèle, et il s'y joignit un peu de fièvre. » « Les fêtes préparées furent suspendues, et le grand bal déjà tout rangé dans le salon des grands demeura longtemps en cet état. »
Inquiétude du roi et de la reine, qui me commandent de la voir tous les jours, contre tout usage en Espagne
Leurs Majestés, alarmées, ordonnèrent à l'ambassadeur de voir la princesse : « rien n'est plus opposé aux usages d'Espagne, où un homme, même très proche parent, ne voit jamais une femme au lit ». Il s'excusa trois jours durant — « enfin le troisième jour ils se fâchèrent tout de bon, me dirent que j'étois bien opiniâtre, qu'en un mot, ils vouloient être obéis, et qu'ils m'ordonnoient expressément de la voir tous les jours ». La reine « ne dédaignoit pas de lui présenter elle-même ses bouillons ».
Ils me confient les causes secrètes de leurs alarmes, sur lesquelles je les rassure
Alors la confidence : « Vous ne savez pas tout, me dit le roi. Il y a deux glandes fort gonflées à la gorge, et voilà ce qui nous inquiète tant, car nous ne savons qu'en penser. » Saint-Simon comprit à l'instant : il attesta que la vie du régent, quoique « licencieuse », « avoit toujours été sans mauvaises suites », que la duchesse d'Orléans et tous leurs enfants avaient la santé la plus parfaite. « Je remarquai dans le roi et la reine une attention extraordinaire à me regarder, à m'écouter, à me pénétrer, et sur la fin un air de contentement fort marqué. » Restait la crainte des écrouelles de la feue reine : il rappela que celles-ci venaient d'« un goitre qu'elle avoit apporté de son pays », sans rien de pareil chez la princesse. Ils firent consulter Chirac par Hyghens, et prièrent de rendre compte au régent « sans toutefois lui laisser rien sentir des ouvertures que leur confiance en moi les avoit engagés à me faire ».
Couverture de mon second fils
« La couverture de mon second fils se fit le 1er février, jour pour jour, précisément quatre-vingt-sept ans depuis la réception de mon père au parlement, comme duc et pair de France. » Le duc del Arco « eut la politesse de venir prendre le marquis de Ruffec et moi dans son propre carrosse » ; il y eut au retour « quarante-cinq à table, ou grands, ou de ce qu'il y avoit d'ailleurs de plus distingué ». « Après la cérémonie il y eut chapelle, où j'eus le plaisir de voir mon second fils sur le banc des grands, de celui des ambassadeurs où j'étois : comme la grandesse étoit la même et commune entre mon second fils et moi, je crus devoir me contenter de sa couverture, et ne point faire la mienne. » Maulevrier, prié au festin, « s'en excusa fort grossièrement » puis « s'y résolut enfin, et y fit d'autant plus triste et méchante figure que tout ce qui s'y trouva voulut me témoigner prendre part à ma satisfaction ».
Le cordon bleu donné au duc d’Ossone
Par lettre du 27 janvier, Saint-Simon apprit « le cordon bleu donné au duc d'Ossone » — porté dès lors « en attendant que le roi fût en état de l'en faire chevalier ». Leurs Majestés « me parurent extrêmement sensibles à cette marque de considération qu'elles recevoient en la personne de leur ambassadeur ».
Je prouve à M. le duc d’Orléans qu’il pouvoit et qu’il devoit faire lui-même le duc d’Ossone chevalier de l’ordre, et lui propose sept ou huit colliers pour l’Espagne, lors de la grande promotion, dont un pour Grimaldo
Mais on s'était « franchement moqué de M. le duc d'Orléans et de son cardinal ministre » : la vieille cour leur avait persuadé qu'un roi non chevalier ne pouvait en faire. Réponse sans réplique : Henri IV, « huguenot encore », fit donner l'ordre par commission au maréchal de Biron au siège de Rouen ; et Louis XIII, « ni grand maître de l'ordre ni majeur, fit le prince de Condé chevalier de l'ordre le lendemain de son sacre » sous la régence de sa mère. « Le cardinal, quoique trivial et moderne, n'en savoit pas tant, et le régent ne prenoit pas la peine d'y penser un moment. » Saint-Simon proposa de réserver « sept ou huit colliers » pour l'Espagne à la grande promotion, « dont un pour Grimaldo, dont les services et le constant attachement à l'union des deux couronnes méritoit la distinction d'être nommé par le roi uniquement » — « cette épargne de colliers à l'Espagne pour les prostituer ici n'est pas une des moindres fautes ».
L’ordre offert au cardinal Albane et refusé par lui
Dubois, « qui ne doutoit de rien », envoya l'ordre au cardinal Albane sans le pressentir : « le refus tout plat fut public et l'ordre renvoyé » — même mésaventure que le feu roi avec le cardinal Ottobon, qui avait jugé le cordon bleu incompatible « avec sa charge de vice-chancelier de l'Église ».
Office au cardinal Gualterio, à qui le feu roi l’avoit promis
Saint-Simon fit reproche au régent du dégoût infligé au cardinal Gualterio, à qui le feu roi avait promis « publiquement et réitérément la première place de cardinal qui vaqueroit dans l'ordre », et qui méritait tout « et non pas le dégoût nouveau de se voir oublié et envoyer l'ordre à un autre cardinal si inférieur à lui en mérites à l'égard de la France. Mais Dubois gouvernoit seul et en plein, et M. le duc d'Orléans tranquillement le laissoit faire. »
Chavigny en Espagne, mal reçu ; son caractère
Dubois annonça l'envoi de Chavigny, « si fort au fait des affaires d'Italie ». C'était « le même Chavignard, fils d'un procureur de Beaune », qui s'était fait passer pour un Chauvigny-le-Roy et que le feu roi avait chassé du royaume. Portrait : « beaucoup d'esprit, d'art, de ruse, de manège », « une douceur, une flatterie fine, mais basse, un entregent merveilleux », « toujours examinant son homme jusqu'au fond de l'âme, tandis qu'il tenoit la sienne sous les enveloppes les plus épaisses, toutefois puant le faux de fort loin » — « ces talents rassemblés, qui font une espèce de scélérat très méprisable, mais fort dangereux ». Grimaldo, au premier mot, « fit un cri qui m'étonna » : « Que veut dire votre cardinal Dubois par un tel négociateur ? N'est-ce pas afficher qu'il veut nous tromper ? Nous leur renverrons leur fripon tout comme il sera venu ! » Il fallut deux conversations pour obtenir qu'il le vît et que la présentation au roi fût tentée.
Chavigny à Madrid
« Le 16 février Chavigny arriva et me vint voir le lendemain matin », déployant « toute sa souplesse, ses respects et son bien-dire ».
Sa mission, et de qui
Sa mission avouée : une lettre de créance du duc de Parme — avec un plein pouvoir « si étendu qu'il lui soumettoit son ministre à Madrid » — mais, aveu surprenant, « point de lettres de créance du cardinal Dubois ».
Vision du duc de Parme la plus inepte sur Castro et Ronciglione
La vision du duc de Parme sur Castro et Ronciglione : ne pouvant les retirer des mains du pape, « il se restreignoit à demander au pape un indult sur le clergé des Indes, dont le duc de Parme toucheroit l'argent à la décharge du saint-siège, jusqu'à parfait dédommagement » — payer ses créances sur le fonds d'autrui.
Fausseté puante de Chavigny sur le duc de Parme
Fausseté puante : interrogé « en bon ignorant » sur le rôle du duc de Parme dans le double mariage, « Chavigny me répondit sans hésiter que tout avoit passé par lui, qu'il y avoit fait merveilles ». Or le régent avait confié à Saint-Simon « que tout se faisoit à l'insu du duc de Parme », promoteur des mariages autrichiens, et que les mariages « étoient tombés sur la tête du duc de Parme comme une bombe ; qu'il en étoit au désespoir » — « il ne se doutoit pas que j'en savois là-dessus autant ou plus que lui ».
Chavigny chargé par le duc de Parme de proposer le passage actuel de l’infant don Carlos à Parme avec six mille hommes, dont le duc de Parme auroit le commandement, les subsides, et l’administration du jeune prince
La vraie mission, révélée à Pecquet le soir même : « faire passer don Carlos actuellement en Italie, le confier au duc de Parme, l'accompagner de six mille hommes dont M. de Parme auroit le commandement, ainsi que l'administration du jeune prince » — et les subsides.
Chavigny sans ordre ni aucune réponse du cardinal Dubois sur le passage de don Carlos en Italie ; sans lettre de créance ni instruction du cardinal Dubois pour la cour d’Espagne
Chavigny avoua que « il y avoit dix mois que cette affaire de don Carlos se traitoit ; qu'il en avoit souvent écrit au cardinal Dubois, sans en avoir jamais reçu là-dessus aucune réponse », et qu'il n'avait « pas seulement d'instruction ni de lettres de créance du cardinal Dubois pour la cour d'Espagne » — ajoutant « que cette façon étoit aussi plus simple entre deux cours aussi étroitement unies. Il falloit que Chavigny me crût bien neuf pour tâter de cette sottise. »
Ordre de lui seulement d’y servir le duc de Parme, mais sans y entrer en trop de détails sur Castro et Ronciglione
Son seul ordre de Dubois : « se rendre à Madrid pour y donner un compte général des affaires d'Italie, sans entrer même en beaucoup de détails là-dessus avec la cour d'Espagne, et agir pour M. de Parme suivant qu'il lui ordonneroit touchant Castro et Ronciglione ».
Tableau de la cour intérieure d’Espagne
Tableau de la cour intérieure : le P. Daubenton, jadis seul confident d'Albéroni sur la Sicile, « jamais ne put pardonner à Grimaldo le mal qu'il lui avoit fait » ; Castellar, désespéré de voir les troupes impayées et « les officiers réduits à se faire nourrir par charité dans les monastères », rompit brusquement sa réconciliation avec Grimaldo et « étoit souvent enfermé avec le P. Daubenton, entroit chez lui par une porte de derrière » ; le confesseur, uni à Miraval, faisait tout renvoyer aux consultes dont « la vraie décision demeuroit au jésuite tout seul » ; et Popoli, « de tous les Italiens le plus dangereux par son esprit et par sa haine pour la France, étoit l'âme de la cabale italienne » — dont le but dernier était « de perdre radicalement Grimaldo », seul ministre « entièrement dévoué à l'union ».
Chavigny se montre à Pecquet vouloir un établissement actuel à don Carlos en Italie
Le grand mot lâché à Pecquet : celui-ci observant « que c'étoit l'envoyer bien matin pour une succession si éloignée, Chavigny répondit avec sa tranquille et balbutiante douceur : « Il faudroit quelque chose de présent, quelque chose de présent. » Or ce quelque chose de présent ne pouvoit s'arracher que par la force. »
Multiplicité à la fois des ministres de France à Madrid publiquement odieuse et suspecte à la cour d’Espagne
« Le roi et la reine d'Espagne, leurs deux confesseurs, les deux secrétaires d'État principaux ne se cachoient point du dégoût et des soupçons qu'ils concevoient du nombre de ministres dont la France se servoit en leur cour, disoient hautement qu'ils ne savoient en qui se fier ; que quand on vouloit agir de bonne foi, il ne falloit qu'un canal. »
Dangers et absurdité du passage actuel de don Carlos en Italie, sans aucun fruit à en pouvoir espérer
Les dangers du passage : « un enfant dépaysé dont la présence ne pouvoit hâter la succession », des Parmesans jaloux, des embarras de cérémonial sans fin, et surtout la guerre : l'empereur, prétendant protéger « ses feudataires », occuperait les places ; l'Angleterre, jalouse « de se conserver Port-Mahon et Gibraltar », embrasserait sa cause ; la guerre deviendrait « aisément une guerre de l'Empire », or l'empereur « n'est jamais si puissant ni si riche que lorsqu'il a une guerre de l'Empire ». Conclusion : « si j'étois du conseil de l'empereur, je ne désirerois rien davantage qu'une telle folle équipée » — quand la vraie politique était d'« entretenir une longue et profonde paix », « réparer les finances, faire respirer les peuples », « réparer et augmenter doucement notre marine, ou, pour mieux dire, la créer peu à peu de nouveau », pour faire un jour de don Carlos « un grand prince en Italie, capable d'y tenir de court la puissance de la maison d'Autriche ».
Chimère ridicule de l’indult
Quant à l'indult, le P. Daubenton lui-même, rencontré au palais, « se prenant à rire me répondit qu'il étoit assez plaisant de payer et de retirer ses dettes sur le fonds d'autrui, et riant encore plus fort, ajouta qu'il ne savoit pas si cette voie accommoderoit fort le roi et ses sujets ».
Mon embarras du silence opiniâtre du cardinal Dubois sur le projet du passage de don Carlos en Italie
L'embarras du silence de Dubois : « je ne pouvois allier ces deux choses si opposées » — un confident intime sans lettres de créance, une affaire capitale traitée sans un mot de réponse depuis dix mois, par un homme « si fort au fait de l'incomparable jalousie d'autorité du cardinal Dubois ». « Je soupçonnai donc là-dessus un jeu joué entre le maître et le valet. Je n'osai donc hasarder de lui écrire de cette affaire. »
Mesures que je prends en France et en Espagne pour faire échouer la proposition du passage de don Carlos en Italie, qui réussissent
Les mesures : par le fils aîné qui rentrait à Paris, « une ample dépêche » à Belle-Ile, à communiquer à Le Blanc, « pour empêcher l'exécution d'un projet dont l'absurdité étoit la moins mauvaise partie » ; et Grimaldo, vu chez lui malade — « c'est la seule fois que je l'aie vu dans sa maison à Madrid » —, informé de tout, y compris du mot de Chavigny à Pecquet : « il me remercia de cette visite comme d'un service essentiel ». Grimaldo « avoit heureusement prévenu le roi et la reine » et espérait « tout à fait les maintenir dans la négative » ; il rassura aussi sur l'armement de Barcelone, « fait pour l'Amérique ».
Je mène Chavigny au marquis de Grimaldo, et le présente au roi et à la reine d’Espagne, desquels il est extrêmement mal reçu
« Le lendemain, je menai Chavigny au marquis de Grimaldo qui le reçut fort civilement, mais fort froidement ; et le soir, je le présentai à Leurs Majestés à la porte de leur appartement intérieur. Le roi passa sans s'arrêter et sans tourner la tête vers lui, et sans dire un seul mot. La reine me dit quelque chose, pour me parler seulement et sans aucun rapport à Chavigny qu'elle ne regarda pas non plus. Quoique j'eusse lieu de m'attendre à une assez mauvaise réception, celle-ci la fut tellement et si marquée que j'en demeurai confondu. » Grimaldo n'avait obtenu qu'à toutes peines que la présentation fût même permise.
Il échoue sur les deux affaires qu’il me dit l’avoir amené à Madrid
« Chavigny échoua donc sur l'affaire de l'indult et sur celle du passage de don Carlos en Italie. Il demeura néanmoins deux mois après moi à Madrid, soit que la cabale italienne l'y retînt dans l'espérance de faire enfin goûter ce projet à la reine, ou que le cardinal Dubois l'eût chargé de choses qui passoient Maulevrier, mais dont il n'a résulté aucun effet qui ait été aperçu. » Présenté malgré tout par égard pour Dubois, il « marcha par lui-même et je ne m'en mêlai plus. Il mangeoit très souvent chez moi ; j'en fus quitte pour des civilités, sans m'entremettre de la moindre chose. »

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