TOME II · CHAPITRE XVIII

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Summary

After the condemnation: the designs of Cambrai's friends; Beauvilliers takes the absent chancellor's place at the grande direction. The author's second son is born. The 'most singular journey' of a farrier of Salon in Provence, come to court with a ghost's message for the king — an enigma told with relish. The king partial to Bouillon against Albret. Deaths of Saint-Vallier, Montbazon, Mirepoix, the duchess Mazarin — the cardinal's fugitive niece —, Mme de Nevet, the queen of Portugal. Du Maine's distinguished session at the comptes; the dowager Conti's maids eat with the duchess; the place Vendôme statue dedicated; Zinzendorf's audience delayed; 'Serenity' against 'Majesty' with Denmark.

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Pensées et desseins des amis de M. de Cambrai
Les amis de M. de Cambrai, déçus du chapeau qu'ils avaient espéré en récompense de la soumission, ne désarment pas : le duc de Béthune lâche chez Saint-Simon « qu'il avoit toujours cru le pape infaillible… mais qu'il avouoit qu'il ne le croyoit plus depuis la condamnation de M. de Cambrai », espérant que ce jugement de cabale « seroit rétracté ». « Nous nous mîmes à rire, et à lui dire que c'étoit toujours beaucoup que ce jugement l'eût fait revenir de l'erreur de l'infaillibilité des papes. »
Duc de Beauvilliers prend à la grande direction la place du chancelier absent
Un point de préséance réparé : à Fontainebleau, le chancelier malade, le duc de Beauvilliers présida la grande direction en laissant sa place vide — « le roi le sut, et dit qu'étant duc et pair et président à la grande direction par l'absence du chancelier, il devoit prendre sa place et ne la plus laisser vide ».
Naissance de mon second fils
Le 12 août, « Mme de Saint-Simon accoucha fort heureusement, et Dieu nous fit la grâce de nous donner un second fils, qui porta le nom de marquis de Ruffec, belle terre en Angoumois que ma mère avoit achetée de la sienne ».
Voyage très-singulier d’un maréchal de Salon en Provence, à la cour
Le voyage très singulier du maréchal de Salon : un maréchal-ferrant de Provence, par trois fois visité près d'un arbre par une apparition « vêtue de blanc, belle, blonde et fort éclatante » se disant la feue reine, avec ordre d'aller parler au roi sous peine de mort. Il refuse Barbezieux — « qui n'étoit point ministre » —, entretient trois fois Pomponne, puis le roi lui-même, deux fois près d'une heure seul. Au maréchal de Duras ricanant que « cet homme-là étoit un fou ou que le roi n'étoit pas noble », le roi répond en s'arrêtant : « Si cela est, je ne suis pas noble, car je l'ai entretenu longtemps ; il m'a parlé de fort bon sens, et je vous assure qu'il est fort loin d'être fou. » Le roi convint qu'il lui avait dit une chose « qui lui étoit arrivée il y avoit plus de vingt ans, et que lui seul savoit » — un fantôme vu dans la forêt de Saint-Germain. Aucun ministre n'en parla jamais ; l'homme, « nulle vanterie », s'en retourna à son métier ; et Saint-Simon rapporte, sans l'assurer, le soupçon d'un tour de passe-passe de la Mme Arnoul de Marseille, ancienne amie de la Scarron, pour faire déclarer Mme de Maintenon reine.
Le roi partial pour M. de Bouillon contre M. d’Albret
Le roi partial pour M. de Bouillon : il fait presser le rapport de l'affaire au conseil des parties et dit lui-même au duc d'Albret « qu'il vouloit couper court aux procédures et protéger son père, qui étoit un de ses plus anciens domestiques » — « on peut imaginer si après ces déclarations M. de Bouillon fut lui-même bien servi par ses juges », et le fils « n'osa presque se montrer de fort longtemps ».
Mort de Saint-Vallier, du duc de Montbazon, de Mirepoix, de la duchesse Mazarin, de Mme de Nevet, de la reine de Portugal
Chapelet de morts : le gros Saint-Vallier à Grenoble ; le duc de Montbazon, fou enfermé près de Liège — son fils Guéméné « fut le premier qui, devenant duc, n'en prit pas le nom et conserva le sien. Ce fut un raffinement de princerie. On en rit et on le laissa faire » ; Mirepoix des mousquetaires noirs ; la duchesse Mazarin en Angleterre, dont le mari « fit rapporter son corps, et le promena près d'un an avec lui de terre en terre » — déposé un temps à Notre-Dame de Liesse « où les bonnes gens la prioient comme une sainte » ; Mme de Nevet, sœur des Matignon ; et la reine de Portugal, sœur de l'impératrice, dont le mari don Pedro avait détrôné le frère « comme fou et imbécile ».
Séance distinguée de M. du Maine en la chambre des comptes
Nouvelle distinction des bâtards : M. du Maine, à recevoir à la chambre des comptes comme grand maître de l'artillerie, devait siéger au-dessus du doyen — « le roi voulut qu'il prît sa place entre le premier et le second président, et cela fut exécuté ainsi ».
Filles d’honneur de la princesse de Conti douairière mangent avec Mme la duchesse de Bourgogne
Et les filles d'honneur de la princesse de Conti douairière obtiennent de manger avec la duchesse de Bourgogne — distinction accordée aux dames des bâtardes « et refusée toujours à celles des autres princesses du sang ».
Dédicace de la statue du roi à la place de Vendôme
La dédicace de la statue du roi place Vendôme, le 13 août : le duc de Gesvres à cheval à la tête du corps de ville, « les tours, les révérences, et les autres cérémonies tirées et imitées de la consécration de celle des empereurs romains. Il n'y eut à la vérité ni encens ni victimes ; il fallut bien donner quelque chose au titre de roi très-chrétien. »
Cause du retardement de l’audience de Zinzendorf
L'audience de Zinzendorf, envoyé de l'empereur, retardée : il prétendait ne point prendre d'audience des fils de France puînés « à cause que les envoyés du roi à Vienne ne voient pas l'archiduc » — difficulté tombée d'elle-même après la satisfaction faite à Villars.
Le roi ne traite le roi de Danemark que de Sérénité , et en reçoit la Majesté
Le nouveau roi de Danemark refuse la réponse du roi sans le traitement de Majesté « que jamais ceux de Danemark n'ont eu des nôtres » : bras de fer de quelques mois — « à la fin, le roi de Danemark céda », et le roi prit le deuil « comme s'il n'eût pas été passé depuis longtemps ».
Mort de la duchesse douairière de Modène
Mort de la vieille duchesse douairière de Modène, de la maison Barberini, belle-mère de la reine d'Angleterre de Saint-Germain.
Fortune et mort du chancelier Boucherat
Mort du chancelier Boucherat, le 2 septembre, à quatre-vingt-quatre ans : petit-fils d'auditeurs des comptes, créature de Turenne qui « prit confiance en lui et le chargea de ses affaires », chancelier en 1685 — « qui eût voulu faire exprès un chancelier de cire l'eût pris sur M. Boucherat. Jamais figure n'a été si faite exprès ; la vérité est qu'il n'y falloit pas trop chercher autre chose. » Infirme depuis longtemps, gouverné par les Harlay ses gendres et par son premier secrétaire Boucher « qui ne s'y est pas oublié ».
Candidats pour les sceaux : Harlay, premier président ; Courtin, doyen du conseil ; d’Aguesseau, Pomereu, La Reynie, Caumartin, Voysin, Pelletier-Sousy
La revue des candidats aux sceaux : Harlay, deux fois promis, coulé par la haine des ducs — La Rochefoucauld « lui donna tant de coups d'estramaçon qu'il vint à bout de ce qu'il désiroit » ; le premier président s'écriait « qu'on le laisseroit mourir dans la poussière du palais », et sa tête finit par l'obliger à quitter sa place « d'où il tomba dans le mépris après avoir aiguisé force haines ». Courtin trop vieux et presque aveugle ; d'Aguesseau, portrait admirable — « tant de vertus et de talents lui avoient acquis l'amour et la vénération publique » — mais soupçonné de jansénisme : « avec cette tare c'étoit merveille comme ses vertus l'avoient porté où il étoit arrivé, mais c'eût été un vrai miracle si elles l'eussent conduit plus loin » ; Pomereu l'aigle fantasque, La Reynie usé, Caumartin sous un nuage, Voysin « pas encore mûr », Pelletier de Sousy bien établi.
Fortune de Pontchartrain fait chancelier
La fortune de Pontchartrain fait chancelier : longue histoire de la famille — le père juge inflexible de Fouquet, « perdu sans ressource » par cette grande action, le fils dix-huit ans conseiller aux requêtes rêvant d'une place de conseiller d'honneur « et d'une maison dans le cloître Notre-Dame » ; débourbé par Hotman qui le proposa à Colbert, son ennemi, pour Rennes ; intendant puis contrôleur général des finances par Pelletier, secrétaire d'État à la mort de Seignelay. Double portrait du couple : lui, « très-petit homme, maigre, avec une physionomie d'où sortoient sans cesse les étincelles de feu et d'esprit », qui eut « horreur de deux impôts que leur facilité à imposer rendroit continuels » ; elle, « qui n'eut rien de bourgeois que sa figure », la mère des pauvres « toujours en quête de pauvres honteux… et tout cela dans le dernier secret ». Le mot du roi au sortir du conseil — « Seriez-vous bien aise d'être chancelier de France ? » — et le samedi suivant à Fontainebleau, « il y fut d'abord, et il en sortit chancelier de France », plus joyeux « d'être délivré du fardeau des finances que d'être chancelier ». « Toute l'attention se tourna à qui seroit contrôleur général ; on n'attendit pas longtemps. »

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