TOME XIX · CHAPITRE XII

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Summary

Leave and return: the farewell audience, the 'unique singularity' of the princess of the Asturias's; Maulevrier receives the Fleece at last 'but with signal disgust'. The road: Alcalá, Guadalajara, Agreda, Pamplona, Roncevaux, Bayonne; Dubois's and Belle-Isle's 'curious answer', three couriers dispatched; the detour by Marmande where Berwick waits; Bordeaux, Blaye, Loches, Chastres — where Belle-Isle comes to propose, 'on cardinal Dubois's behalf, the stripping of the duc de Noailles': the final snare laid on the homeward road.

The entries

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Mon audience de congé
Le 21 mars, audience de congé en cérémonie, du roi et de la reine séparément : « je fus de nouveau surpris de la dignité, de la justesse et du ménagement des expressions du roi, comme je l'avois été en ma première audience ». Beaucoup de « marques de bonté personnelles et de regrets de mon départ de Sa Majesté Catholique, et surtout de la reine ; beaucoup aussi du prince des Asturies ».
Singularité unique de celle de la princesse des Asturies
Chez la princesse des Asturies, « quelque chose d'aussi surprenant » que les cardinaux-chanoines de Tolède, « quelque ridicule que cela soit » : après les trois révérences et le compliment, elle ne répondit « pas un seul mot » ; comme il lui demandait ses ordres pour le roi et l'infante, « elle me regarda et me lâcha un rot à faire retentir la chambre. Ma surprise fut telle que je demeurai confondu. Un second partit aussi bruyant que le premier. » Puis « un troisième, plus fort encore que les deux premiers, mit tous les assistants en désarroi et moi en fuite » — « toute la gravité espagnole fut déconcertée… chacun pâmant de rire se sauva comme il put, sans que la princesse en perdît son sérieux ». Le roi et la reine, informés, « en rirent les premiers pour en laisser la liberté aux autres ».
Maulevrier reçoit enfin le collier de l’ordre de la Toison d’or, mais avec un dégoût insigne
Retardant son départ pour la réception de Maulevrier à la Toison d'or, Saint-Simon « fut témoin de l'insigne dégoût qu'il y essuya » : le prince des Asturies « ne branla pas de sa place » quand il fallut attacher le collier — Grimaldo dut le fixer sur l'épaule gauche — et aux révérences, « au lieu de se découvrir, se lever et l'embrasser, demeura assis… et dans cette posture lui présenta sa main à baiser comme avoit fait le roi » : procédé « extrêmement senti, qui ne pouvoit être que de concert avec le roi ». Santa-Cruz, son parrain, « fit sa fonction avec un air de dédain qui n'échappa à personne » ; les chevaliers scandalisés se concertèrent pour faire leurs représentations au roi.
Je pars de Madrid
Départ de Madrid le 24 mars, par Pampelune, après une dernière après-dînée au Mail où Leurs Majestés « me comblèrent de bontés ». « Je ne pus quitter l'Espagne sans avoir le cœur serré » — estime « jusqu'au respect » pour la nation, commerce de lettres conservé avec Grimaldo « tant qu'il a vécu, et après sa disgrâce et sa chute… avec plus de soin et d'attention qu'auparavant » ; et au renvoi de l'infante, Saint-Simon écrivit « pour répandre mon extrême douleur à leurs pieds », après avoir consulté l'évêque de Fréjus, « déjà plus maître que M. le Duc » — « résolu, s'il m'eût refusé », de le faire savoir quand même à Leurs Majestés Catholiques.
Alcala de Henarez
Dînée à Alcala, « petite ville fort bien bâtie, dont douze ou quinze collèges font tout l'honneur », fondés « splendidement » par le cardinal Ximénès, « qui n'est connu en Espagne que sous le nom du cardinal Gisneros, et respecté presque autant que l'a mérité ce grand homme ». Son beau tombeau de marbre « étoit assez gâté faute de soin et de réparation, ce qui excita tellement mon indignation que je n'épargnai pas les principaux de ce collège en reproches de leur négligence et de leur ingratitude ».
Guadalajara
Une nuit à Guadalajara, « où arriva la catastrophe de la princesse des Ursins, et où je vis le panthéon du duc del Infantado, dont j'ai parlé ailleurs ».
Agreda
Dînée à Agreda, « assez gros bourg où est un monastère de filles, où la fameuse Marie d'Agreda a vécu et est morte, que la gent quiétiste a fait enfin canoniser depuis, à toute peine, à l'appui de la constitution Unigenitus ». Les religieuses le firent entrer : la porte « se trouva bordée de religieuses, touchant le seuil, mais en dedans » ; compliment de la supérieure « en assez bon françois », fauteuil, chaises de paille, et « il ne fut plus mention que de leur sainte » — petit Jésus de cire, livres, chapelets. « J'admirai tout ce qu'elles me voulurent conter, mais j'abrégeai poliment la conversation… et je m'en allai trouver mon dîner, peu satisfait de ma curiosité. »
Pampelune
À Pampelune, le gouverneur voulut absolument donner à souper : « la chère ne se fit point attendre, fut grande, à l'espagnole, mauvaise ; des manières nobles, polies, aisées. Il nous fit fête d'un plat merveilleux. C'étoit un grand bassin plein de tripes de morue fricassées à l'huile. Cela ne valoit rien, et l'huile méchante. J'en mangeai, par civilité, tant que je pus. » Le lendemain, visite de la citadelle « où on ne laisse entrer aucun étranger » : « fort belle, bien entretenue, ainsi que la garnison, qui me reçut sous les armes, au bruit du canon ».
Roncevaux
Passage des Pyrénées à mules, par un chemin devenu « fort mauvais » : les Espagnols, qui l'avaient aplani pour l'artillerie « depuis qu'ils avoient un roi françois, en avoient soigneusement rompu tous les chemins lors de la guerre que l'abbé Dubois leur fit faire… pour complaire aux Anglois et pour son chapeau ». Coucher à Roncevaux, « lieu affreux, tout délabré, le plus solitaire et le plus triste de ce passage » ; l'abbé vint « vêtu de long, avec un grand manteau vert », et « on nous montra l'épée de Roland et force pareilles reliques romanesques ».
Bayonne
Arrivée le jeudi saint à Bayonne chez d'Adoncourt, « par une pluie effroyable et continuelle qui ne nous avoit point quittés depuis la sortie des montagnes. Il sembloit qu'elle n'osoit les passer » — en Espagne « le ciel y est sans cesse d'une sérénité admirable ». Offices des jours saints à la cathédrale avec le traitement du gouverneur de la province ; dîner de Pâques chez la reine douairière d'Espagne — « comme on savoit que j'étois affamé de poisson, on y en servit en quantité et d'admirables » — qui « me fit présent elle-même d'une fort belle épée d'or sans diamants, avec beaucoup d'excuses de me donner si peu de chose ».
Réponse curieuse du cardinal Dubois et de Belle-Ile
À Bayonne, la réponse de Dubois : « je n'y trouvai plus mention de rester encore en Espagne, ni de Chavigny, ni d'aucun autre prétexte » — que des louanges de la promptitude du voyage de Balsaïm, « des impatiences nonpareilles d'amitié », et « une prière, qui alloit à la défense, de m'arrêter nulle part, même de faire le très petit détour de passer à Blaye ». Belle-Ile en faisait le commentaire, assurant « qu'il ne me seroit rien proposé… rien surtout qui pût en aucune sorte intéresser ma dignité de duc et pair ». « Un si grand changement de style et tant de merveilles… me parut fort suspect d'une part si peu sûre » — le cardinal avait « pour ainsi dire dicté, au moins vu et corrigé, la lettre de Belle-Ile : on verra bientôt que je ne me trompois pas. »
Trois courriers me sont dépêchés
Trois courriers avaient été dépêchés « qui, pour ne me pas manquer, avoient pris, l'un par Vittoria, l'autre par Pampelune. Tous trois apparemment portoient des duplicata » — à moins que les deux premiers ne portassent « des ordres si positifs qu'ils m'eussent embarrassé, qu'il n'étoit plus temps de me donner en deçà des Pyrénées » : « ces sortes de ruses étoient tout à fait dans le caractère du cardinal Dubois ».
Je me détourne pour passer à Marmande, où le duc de Berwick étoit venu m’attendre de Montauban, où il commandoit en Guyenne
Malgré la défense de s'arrêter, Saint-Simon passa « un jour franc avec le maréchal de Berwick à Marmande, et avec le duc de Duras », venu exprès de Montauban : « l'amitié qui étoit entre nous, et toutes celles que j'avois reçues du duc de Liria, ne me permettoit pas un refus » — le maréchal voulait s'entretenir « sur la situation de son fils en Espagne » et sur ses propres dispositions auprès de Leurs Majestés Catholiques. Duras n'était qu'à quatre lieues, mais ils refusèrent la course : « ils savoient, comme tout le pays, les courriers qui m'avoient été dépêchés ».
Bordeaux
Embarqué de bon matin sur la Garonne, arrivée à Bordeaux chez Boucher, intendant. Les jurats firent demander l'heure de venir saluer : « je les priai à souper, et dis à Ségur que les compliments se feroient mieux le verre à la main. Ils vinrent donc souper, et me parurent fort contents de cette honnêteté. »
Blaye
« Le lendemain la marée me porta de fort bonne heure à Blaye par le plus beau temps du monde. Je n'y couchai qu'une nuit et ne passai point à Ruffec pour abréger. »
Loches
Coucher à Loches le 13 avril : « j'y voulus écrire un volume de détails à la duchesse de Beauvilliers, qui étoit à six lieues de là, dans une de ses terres, que je lui envoyai par un exprès ; et je pus de la sorte lui écrire à découvert sans rien craindre de l'ouverture des lettres ».
Chastres
Le 15 avril à dix heures, Chastres, où Mme de Saint-Simon vint dîner et coucher au-devant de lui, avec le duc d'Humières et Louville, « pour jouir du plaisir de nous recevoir, de nous retrouver ensemble, de nous mettre réciproquement au fait de tout, en solitude et en liberté » — dans le petit château prêté par le marquis d'Arpajon, « où la journée nous parut bien courte ».
Belle-Ile vient à Chastres me proposer, de la part du cardinal Dubois, le dépouillement du duc de Noailles, et me presse d’y entrer, auquel je m’oppose
Le 16 au matin, Belle-Ile survint, chargé par Dubois de proposer le dépouillement du duc de Noailles : « il falloit chasser le duc de Noailles et lui ôter sa charge de premier capitaine des gardes du corps ». Saint-Simon, tout en avouant « ma soif ardente de vengeance », refusa : « l'intérêt et la passion étoient des conseillers dont un homme d'honneur et de bien se devoit garder » ; sans crime prouvé « avec tant de solidité… que cela fermât la bouche au monde », le dépouiller « seroit et paroîtroit une violence », et chaque possesseur de charge se dirait : « Aujourd'hui le duc de Noailles, et demain moi, si la fantaisie en prend ; et qui me garantira d'une fantaisie ? » — « la semence la plus fertile et la plus dangereuse des associations, des complots ». À l'approche de la majorité, autant d'ennemis irréconciliables autour d'un roi « en proie aux flatteries, aux calomnies ». « Belle-Ile ne sut que répondre de précis à des objections si fortes et si évidentes », battit la campagne plus d'une heure, et emporta les réflexions au cardinal.
Je vais au Palais-Royal
Arrivé à Paris le même jour, Saint-Simon « ne fit que changer de voiture au logis » et alla droit au Palais-Royal : Dubois « accourut au-devant de moi. Ce fut des merveilles » ; et le régent le reçut dans son petit cabinet, « dont la réception fut aussi bonne et plus sincère ».
Long entretien entre le régent, le cardinal Dubois et moi
L'entretien à trois dura près de deux heures : compte rendu d'Espagne, récit de l'audience de la princesse des Asturies « dont il rit beaucoup » ; puis le régent parla de la sortie du conseil « glissant avec des patins sur la préséance », et le cardinal « se mit sur la cabale, sans toutefois enfoncer matière ». Saint-Simon déclara « que je trouvois tout cela bien fâcheux », et, puisque le chancelier n'était à Fresnes « que pour la même chose que j'aurois faite si j'avois été ici », qu'il espérait la permission de l'aller voir incessamment : « cette parole fit comme deux termes du régent, qui baissa les yeux, et du cardinal, qui égara les siens, rougissant de colère ». « Je me repus avec complaisance de l'état où je les vis, et du silence qui dura plusieurs moments. »
Friponnerie sur la restitution aux jésuites du confessionnal du roi
La friponnerie du confessionnal : Dubois prétendit avoir « fait ce que le roi d'Espagne avoit désiré » en donnant au roi le jésuite P. Linières. Démenti net : « jamais le roi d'Espagne ne m'en a dit un seul mot pour le roi » — le P. Daubenton seul l'avait tenté, et Saint-Simon avait refusé la commission. Le régent se mit à rire : « tout ce que nous vous demandons, c'est que vous ne nous démentiez pas ; car nous avons dit à tout le monde que c'étoit aux pressantes instances du roi d'Espagne ». Réponse : « faire le plat important, et payer de silence pour ne les point démentir et pour ne point mentir ». « C'étoit la condition remplie par Dubois à l'égard des jésuites du concours qu'il en avoit obtenu pour son chapeau. » Confidences sous le secret au cardinal de Noailles, à l'évêque de Fréjus et au maréchal de Villeroy, « qui s'étoient opposés de toutes leurs forces à un confesseur jésuite ».
Je me démets de ma pairie à mon fils aîné, et lui fais présent des pierreries du portrait du roi d’Espagne
L'entretien finit par la permission de se démettre de sa pairie à son fils aîné, qui prit le nom de duc de Ruffec : « je ne trouvois pas convenable que, destiné par son aînesse à être duc et pair, il n'en eût pas le rang, tandis que je l'avois acquis à son cadet par la grandesse ». Il lui fit présent des pierreries du portrait du roi d'Espagne, apporté par Grimaldo, « estimées quatre-vingt mille livres par les premiers joailliers de Paris. C'étoit le plus riche présent qui en eût été fait en Espagne à aucun ambassadeur. Je me plus à en faire faire une magnifique Toison à mon fils. »
Je visite pendant la tenue du premier conseil de régence tous ceux qui en étoient sortis, et vais à Fresnes voir le chancelier exilé
« Je pris le premier jour du conseil de régence et le temps de sa tenue pour visiter tous ceux qui en étoient sortis. Cette affectation fut fort remarquée, comme c'étoit bien aussi mon dessein. » Villeroy, qui avait envoyé vérifier si son carrosse était aux Tuileries, « ne put s'empêcher de me témoigner sa joie de ce que je n'étois pas rentré au conseil. Je lui répondis froidement qu'il ne me connoissoit guère s'il m'en avoit pu soupçonner. » Six jours après l'arrivée, trois jours à Fresnes chez le chancelier exilé : « cette visite fit grand bruit, et fit au chancelier un plaisir sensible. Tant qu'il y fut je l'y allai voir au moins deux fois l'année. »

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