TOME XII · CHAPITRE PREMIER

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Summary

The fall of the princesse des Ursins — expelled in a winter's night by the new queen she had made, cast onto the Castilian roads without a cloak: the Mémoires' most theatrical reversal, followed by reflections. The countess of Altamira camarera mayor, Cellamare the queen's master of horse; Giudice recalled, Macañas and Orry expelled; Pompadour thanked, Saint-Aignan ambassador; Toledo 'given to a simple curé'. Deaths of Aveiro, Mancera, the comtesse de Roye; the queen's success with the king and her 'preference for Italians'; the Poitiers, Ancezune and d'O marriages.

The entries

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Chute de la princesse des Ursins
La perte de Mme des Ursins « fut donc conclue entre le roi et Mme de Maintenon, mais d'une manière si secrète... que je n'ai connu personne qui ait pénétré de qui ils se servirent » : le roi ne pardonnait ni « l'audace de sa souveraineté », ni la frayeur du mariage, ni surtout le mariage de Parme « négocié et conclu sans lui en avoir donné la moindre participation » ; Mme de Maintenon, qui ne l'avait portée « que pour régner par elle en Espagne », la voyait affranchie de son joug. À Quadraqué, le 23 décembre au soir, la nouvelle reine reçut la camarera-mayor avec « froideur et sécheresse », lui chercha « une querelle d'Allemand » sur son habit, puis, « redoublant de furie et de menaces, se mit à crier qu'on fît sortir cette folle de sa présence et de son logis, et l'en fit mettre dehors par les épaules ». Arrêtée par Amenzaga, embarquée « en grand habit et parée », sans argent, sans linge ni nourriture, par « un froid terrible » tel « que le cocher en perdit une main », réduite aux œufs à la coque, elle roula jusqu'à Saint-Jean de Luz (14 janvier). « Elle fut fidèle à elle-même. Il ne lui échappa ni larmes, ni regrets, ni reproches, ni la plus légère faiblesse. » Le roi d'Espagne, « bien fâché », lui conserva ses pensions ; le mariage fut célébré à Guadalaxara « comme s'il ne se fût rien passé ».
Réflexions
« Rassemblons maintenant quelques traits qui aideront à percer ces ténèbres » : le mot échappé du roi à Torcy, rendu à Castries ; l'invraisemblance qu'« une fille de Parme, élevée dans un grenier par une mère impérieuse, eût osé prendre d'elle-même une hardiesse de cette nature » ; « l'ordre si fort inusité et si secret qu'Amenzaga avoit du roi d'Espagne d'obéir en tout à la reine sans réserve et sans réplique » ; la tranquillité des deux rois au premier avis ; le parallèle avec la première expulsion, où le roi voulut que Philippe V signât l'ordre loin de Madrid. Enfin le récit d'Albéroni au maréchal de Brancas : la reine, agitée, laissant échapper « Je la chasserai d'abord », puis : « Taisez-vous sur toutes choses... Ne me parlez point, je sais bien ce que je fais. » « Tout cela ensemble... fait bien voir le roi auteur, le roi d'Espagne consentant et contribuant..., et la reine actrice et chargée de l'exécution. »
Comtesse douairière d’Altamire camarera-mayor, et le prince de Cellamare grand écuyer de la reine
« La chute de la princesse des Ursins fit de grands changements en Espagne. La comtesse d'Altamire fut nommée en sa place camarera-mayor. C'étoit une des plus grandes dames d'Espagne. Elle étoit d'elle duchesse héritière de Cardone » ; son mari, mort quelques années auparavant, avait passé « par les plus grands emplois et par l'ambassade de Rome ». « Cellamare, neveu du cardinal del Giudice, fut nommé son grand écuyer. »
Cardinal del Giudice rappelé
« Le cardinal del Giudice ne tarda pas à retourner à Madrid, et en considération » : dès que la nomination de Tolède — qu'il avait tant convoitée — fut partie pour Rome, il « eut permission de revenir à la cour », son frère le duc de Giovenazzo, conseiller d'État, ayant mené les manèges de la famille.
Macañas et Orry chassés d’Espagne
« Par une suite naturelle, Macañas fut disgracié ; lui et Orry eurent ordre de sortir d'Espagne, ce dernier sans voir le roi, avec la malédiction publique. Il fut très mal reçu ici ; mais ses provisions étoient bien faites. Macañas emporta les regrets de tout le monde, ceux du roi même, qui lui continua ses pensions et sa confiance, et s'en servit au dehors en plusieurs choses et affaires secrètes. »
Pompadour remercié, et le duc de Saint-Aignan ambassadeur en Espagne
« Pompadour, qui n'avoit été nommé ambassadeur en Espagne que pour amuser Mme des Ursins, fut remercié ; et le duc de Saint-Aignan revêtu de ce caractère, comme il pensoit à s'en revenir après avoir conduit la reine à Madrid. »
Tolède donné à un simple curé
« Le roi d'Espagne fit en ce temps-ci une action qui fut extrêmement applaudie. » Un simple curé « s'étoit tellement accrédité par sa vie et sa conduite » qu'il avait rendu des services considérables dans les temps calamiteux — nourriture fournie aux troupes par le pays, dons en argent, soldats levés — « sans s'être jamais montré ni approché de la cour, ni avoir changé rien en la simplicité de sa vie ». Tolède, premier siège d'Espagne, vaquait depuis longtemps et faisait « l'objet des plus ardents désirs du cardinal del Giudice » : ce fut le curé qui fut choisi.
Mort de la duchesse d’Aveiro et du marquis de Mancera
« La duchesse d'Aveiro mourut en même temps à Madrid ; elle étoit mère du duc d'Arcos et du duc de Baños ; elle avoit figuré toute sa vie » ; « ainsi que le marquis de Mancera, qui, à cent sept ans, mourut aussi en même temps... On a si souvent parlé de cet illustre vieillard qu'on n'y ajoutera rien davantage. »
Succès de la reine près du roi d’Espagne
« Cette princesse n'oublia rien pour plaire au roi son mari, et y réussit au delà de ses espérances. » Dès Guadalaxara — où les époux « se mirent au lit, avant six heures du soir pour se lever pour la messe de minuit » — la nouvelle reine prit sur Philippe V l'ascendant que la suite du règne ne fera que confirmer.
Sa préférence pour les Italiens
« Elle aimoit fort les Italiens, et les avança toujours tant qu'elle put, quels qu'ils fussent, au préjudice de tous autres, dont les Espagnols et les Flamands furent fort jaloux. Ce crayon léger suffira pour le présent. »
Mort de la comtesse de Roye à Londres ; sa famille
« La comtesse de Roye mourut fort âgée en Angleterre », où elle avait perdu son mari. « Elle étoit sœur de MM. les maréchaux-ducs de Duras et de Lorges. » La révocation de l'édit de Nantes avait fait passer les Roye en Danemark, où ils eurent de grands établissements, qu'une « ridicule aventure » leur fit quitter pour l'Angleterre, « où ils n'en trouvèrent aucun ». « Elle étoit très opiniâtre huguenote, et avoit empêché la conversion de son mari. » Mme de Pontchartrain, le comte de Roucy-Blansac, le chevalier et le marquis de Roye, demeurés en France, étaient ses enfants.
Mariage du comte de Poitiers avec Mlle de Malause
Une sœur des maréchaux de Duras et de Lorges avait épousé M. de Malause, « des bâtards de Bourbon » : « le calvinisme et le peu de dot avoient fait ce mariage ». Sa petite-fille, élevée à Paris à la Ville-l'Évêque, fut mariée au comte de Poitiers, « de la branche de Saint-Vallier, de cette grande et illustre maison », dont il était « le seul mâle » : dix-huit ou dix-neuf ans, « de grandes terres en Franche-Comté », cherchant « une alliance, un appui, et les moyens d'avoir des emplois de guerre » ; et les Lauzun et Saint-Simon trouvaient en lui « un grand seigneur dont le nom étoit pour aller à tout... et le personnel à souhait. Il n'y eut donc pas grande difficulté en ce mariage, qui se fit à l'hôtel de Lauzun. »
Mariage d’Ancezune avec une fille de Torcy
« Torcy maria une de ses filles à d'Ancezune, fils de Caderousse et de Mlle d'Oraison. » Les Caderousse voulaient pousser ce fils « et se trouvoient sans crédit ; Torcy vouloit donner peu à sa fille, et le mariage se fit. Par l'événement, d'Ancezune se trouva aussi obscur et aussi paresseux que son père, impuissant de plus, et quitta bientôt le service... Il se jeta à Sceaux, où il fut un des inutiles tenants de Mme du Maine. » « Mme de Torcy ne voulut jamais faire casser le mariage pour impuissance, car cela lui fut proposé. Mme d'Ancezune, fort laide et avec beaucoup d'esprit, de grâces, d'intrigue, de manège, d'agaceries, eut un moment le don de plaire », passa par « la plus haute dévotion » dont « l'ennui l'en tira bientôt ».
Les Caderousse
Les Caderousse : « leur nom est Cadart, leur bien au comtat d'Avignon. Le vieux Caderousse s'étoit ruiné à ne rien faire, son fils et sa belle-fille avoient achevé à jouer. » Tous avaient « de l'esprit et fort orné, mais la paresse les écrasa ». Témoin le fils, une campagne aide de camp du maréchal de Boufflers : éveillé à cinq heures parce que le maréchal était déjà à cheval, « “Comment, dit-il, à cheval, et je n'y suis pas ! tire mon rideau, je ne suis pas digne de voir le jour” ; et se rendormit de plus belle ». Le père « étoit duc du pape, ce qui est moins que rien, nul rang ni distinction à Rome, ni nulle autre part qu'à Avignon ».
Mariage du fils d’O avec une fille de Lassai, et d’Arpajon avec la fille de Montargis
« Lassai avoit une fille de la bâtarde de M. le Prince qu'il avoit épousée, et dont la tête étoit fort égarée. Il la maria au fils d'O ; c'étoit la faim et la soif. Mme la Princesse fit leur noce chez elle. Le marquis d'Arpajon, lieutenant général et chevalier de la Toison d'or, épousa en même temps une fille de Montargis, garde du trésor royal, extrêmement riche, dont la mère étoit fille de Mansart. »
Statue avortée du maréchal de Montrevel
« Le maréchal de Montrevel, bas et misérable courtisan, avoit imaginé d'imiter le feu maréchal-duc de La Feuillade, et de donner à Bordeaux le vieux réchauffé de sa statue et de sa place des Victoires. Il vivoit d'industrie, toujours aux dépens d'autrui » : il voulut engager la ville de Bordeaux « à toute la dépense de la fonte de la statue, de son érection et de la place ». La ville « n'osa refuser tout à fait, mais s'y prêta mal volontiers » ; et Desmarets, « à qui les négociants et le commerce de Bordeaux furent plus chers que cette folie violente », fit avorter le projet. « Montrevel retourna à Bordeaux plein de dépit et chargé de confusion. »
Ambassadeur de Perse, plus que douteux, à Paris
« Un ambassadeur de Perse étoit arrivé à Charenton, défrayé depuis son débarquement : le roi s'en fit une grande fête, et Pontchartrain lui en fit fort sa cour. Il fut accusé d'avoir créé cette ambassade, en laquelle en effet il ne parut rien de réel » : « c'étoit une espèce d'intendant de province, que le gouverneur chargea de quelques affaires particulières de négoce, que Pontchartrain travestit en ambassadeur, et dont le roi presque seul demeura la dupe ». L'interprète Dippy étant mort, on fit venir un curé d'auprès d'Amboise qui avait vécu en Perse, « homme de bien, sage, sensé », qui « jugea toujours que l'ambassade étoit supposée, et l'ambassadeur un marchand de fort peu de chose, fort embarrassé à soutenir son personnage ».
Son entrée ; sa première audience ; sa conduite
« Il fit son entrée le jeudi 7 février à Paris, à cheval, entre le maréchal de Matignon et le baron de Breteuil », avec lequel il eut « des grossièretés de bas marchand ; et tant de folles disputes sur le cérémonial avec le maréchal de Matignon » que celui-ci le planta à l'hôtel des ambassadeurs « sans l'accompagner dans sa chambre » et alla s'en plaindre au roi, « qui l'approuva en tout, et trouva l'ambassadeur très malappris. Sa suite fut pitoyable. » À Torcy, venu le voir, « il s'excusa sur la lune d'alors, qu'il prétendoit lui être contraire, de toutes les impertinences qu'il avoit faites ; et obtint par la même raison de différer sa première audience ».
Magnificences étalées devant lui
Le roi « voulut que toute la cour fût de la dernière magnificence le jour de l'audience », le 19 février : trône « élevé de plusieurs marches » au bout de la galerie, gradins superbes, garnitures de pierreries prêtées aux bâtards, M. le duc d'Orléans en velours bleu « tout chamarré de perles et de diamants ». Le roi portait « les plus beaux diamants de la couronne, il y en avoit pour douze millions cinq cent mille livres ; il ployoit sous le poids, et parut fort cassé, maigri et très méchant visage ». La duchesse de Ventadour tenait « le roi d'aujourd'hui par la lisière » ; Coypel peignait le tableau. « La splendeur du spectacle acheva de déconcerter » l'ambassadeur, dont les présents se réduisirent à « cent-quatre perles fort médiocres, deux cents turquoises fort vilaines et deux boîtes d'or pleines d'un baume ». « Pontchartrain n'avoit rien oublié pour flatter le roi..., en un mot le jouer impudemment pour lui plaire. Personne déjà n'en étoit plus la dupe que ce monarque », qui fit garder la galerie parée pour l'audience de congé.
Citation à Malte sans effet comme sans cause effective
« Le grand maître de Malte, persuadé que les Turcs alloient attaquer son île, fit faire aux chevaliers les citations pour s'y rendre » et envoya des vaisseaux à Marseille chercher munitions de guerre et de bouche. Le roi destina quatre bataillons de terre et deux de marine, cent canonniers, des mineurs, « le tout payé par la Religion » ; l'électeur de Trèves arma deux bataillons. « Mais ces troupes eurent bientôt un contre-ordre » : « les chevaliers les plus pressés en furent pour leur voyage, les autres furent contremandés, les Turcs n'avoient aucun dessein sur Malte. »
Le grand prieur y va sans avoir pu voir le roi
« Le grand prieur, qui faisoit toujours son séjour à Lyon, fit demander au roi la permission de venir prendre congé de lui pour y aller. Il fut refusé de voir le roi et de s'approcher de Paris, et eut liberté de se rendre à Malte » — où il « fut salué, en arrivant, de vingt-trois coups de canon, et reçu par tous les grand-croix et les carrosses du grand maître, ce que le grand prieur fit publier ».
Cent mille livres à Bonrepos
« Le roi donna cent mille francs à Bonrepos, qu'il lui avoit promis il y avoit longtemps, en considération des dépenses qu'il avoit faites pendant ses ambassades en Danemark et en Hollande. »
La Chapelle, un des premiers commis de la marine, tout à Pontchartrain, et sa femme chassés par la jalousie et les artifices de Pontchartrain
« La Chapelle, un des premiers commis de la marine, fut subitement chassé, et sa femme » : deux personnes « que leurs qualités et leurs talents avoient fort distinguées de leur état », toujours dans la confiance du chancelier et des Pontchartrain — La Chapelle contrefaisait si bien la main de Pontchartrain qu'il « lui avoit donné ainsi la réputation de bien écrire ». « Pontchartrain, délivré de famille, entra en jalousie du mérite et des amis de La Chapelle et de sa femme. Il résolut de s'en défaire ; et, pour y parvenir à coup sûr, de s'en faire encore un mérite. Le jansénisme et le P. Tellier firent son affaire. » Mais tout ce qu'il y avait de considérable à Versailles « accourut chez ces exilés..., et personne ne se méprit à l'auteur, qui encourut de plus en plus la haine et la malédiction publique ».
Électeur de Bavière visite à Blois la reine de Pologne, sa belle-mère ; fait à Compiègne la noce de sa maîtresse avec le comte d’Albert ; prend congé du roi à Versailles en particulier, et s’en va dans ses États
« L'électeur de Bavière alla, de sa petite maison de Saint-Cloud, voir la reine de Pologne, sa belle-mère, qu'il n'avoit jamais vue », sans coucher à Blois. Il était pressé de retourner à Compiègne « faire le mariage du comte d'Albert avec Mme de Montigny, sa maîtresse publique depuis bien des années », des bâtards de Brabant. « Le comte d'Albert n'avoit rien, l'électeur le faisoit subsister. Il trouvoit de grands biens dans ce mariage, dont l'infamie avoit toujours été rejetée par le duc de Chevreuse avec toute l'indignation qu'elle méritoit. Sa mort leva le principal obstacle » ; l'électeur le fit de plus son grand écuyer. La noce faite « sans aucun parent du comte d'Albert », l'électeur vit le roi « dans son cabinet par les derrières » le 22 mars — « le roi l'embrassa à diverses reprises » — soupa et joua chez d'Antin, « et partit le lendemain matin pour retourner dans ses États ».

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