TOME IV · CHAPITRE XV
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Summary
Toulouse and Cœuvres embark at Brest; Mantua incognito in Paris sees the king; pensions and brevets — 30,000 livres to Ottobon, a 500,000 brevet to Beauvilliers, 400,000 to La Vrillière. La Queue and his meagre fortune; deaths of the preacher Boileau, Mélac, Rivaroles, the duchesse de Verneuil, Grancey. Troisvilles elected to the Academy and refused by the king — his life and character. Villars receives Cavalier, the Camisard chief, and what became of that adventurer; Barbezières restored at Casale; manoeuvres around the succession.
The entries
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- Comte de Toulouse et maréchal de Cœuvres s’embarquent à Brest
- « Le comte de Toulouse partit dans ces temps-là, précédé de quelques jours par le maréchal de Cœuvres, pour Brest, et ils montèrent enfin tous deux sur le même vaisseau » — l'amiral de France prenait la mer pour la campagne qui allait le mener à Malaga.
- Duc de Mantoue incognito à Paris ; voit le roi à Versailles
- M. de Mantoue, « mal à son aise dans son État devenu le théâtre de la guerre, qui l'avoit livré au roi de bonne grâce », vint à Paris incognito « sous le nom du marquis de San-Salvador » : logé à Luxembourg « meublé pour lui magnifiquement des meubles de la couronne », servi « de sept tables par jour [...] aux dépens et par les officiers du roi ». À Versailles, ses carrosses entrèrent dans la grande cour ; reçu dans les cabinets « sans que le roi s'avançât du tout vers lui », mais comblé de civilités, mené chez Mme la duchesse de Bourgogne qui le reçut au lit entourée de dames parées, promené dans la galerie — « le roi fut toujours découvert et debout ». Suivirent un grand dîner de Monseigneur à Meudon, où il « galantisa et loua fort la beauté de la duchesse d'Aumont », les écuries, la Ménagerie, Trianon, et plusieurs tête-à-tête avec le roi par le petit degré.
- Trente mille livres de pension au cardinal Ottobon
- « Parlant d'étrangers, le cardinal Ottobon, qui avec des biens immenses s'étoit fort obéré, s'attacha à la France et en eut une pension de dix mille écus » — trente mille livres pour s'assurer une voix vénitienne dans le Sacré Collège.
- Cinq cent mille livres de brevet de retenue au duc de Beauvilliers
- « Le roi donna aussi cinq cent mille livres de brevet de retenue au duc de Beauvilliers sur sa charge » — marque éclatante que le gouverneur du duc de Bourgogne, malgré Mme de Maintenon, gardait toute la confiance du maître.
- La Queue et sa femme, et leur chétive fortune
- Histoire souterraine : La Queue, gentilhomme médiocre des environs de Versailles, fait mestre de camp par la demande de Vendôme, « avoit épousé une fille que le roi avoit eue d'une jardinière. Bontems [...] avoit fait le mariage et stipulé sans déclarer aucun père ni mère. [...] Sa femme fut confinée à La Queue, et ressembloit fort au roi. Elle étoit grande, et pour son malheur elle savoit qui elle étoit, et elle envioit fort ses trois sœurs reconnues et si grandement mariées. [...] La femme vécut vingt ans tristement dans son village, sans presque voir personne, de peur que ce qu'elle étoit se divulguât, et mourut sans en être sortie. »
- Mort de l’abbé Boileau, le prédicateur
- « L'abbé Boileau mourut en ce temps-ci assez promptement d'une opération au bras fort semblable à la mienne, pour avoir fait un effort en prenant un in-folio de trop haut. C'étoit un gros homme, grossier, assez désagréable, fort homme de bien et d'honneur [...], qui prêchoit partout assez bien, et qui, avec toute la protection de Bontems dont il étoit ami intime, ne put parvenir à l'épiscopat. »
- Mort de Mélac
- « Mélac, retiré avec deux valets en un coin de Paris, ne voulant voir qui que ce fût depuis sa belle défense de Landau et le bâton de Villars, mourut subitement. Le roi lui donnoit dix mille écus par an et quelque chose de plus. Il avoit près de quatre-vingts ans » — fin du vieux soldat consumé de chagrin d'avoir vu récompenser un autre de ce qu'il avait mérité.
- Mort de Rivaroles
- Rivaroles, « autre fort bon lieutenant général », Piémontois attaché à la France : « un coup de canon lui avoit emporté une jambe il y avoit fort longtemps ; un autre lui emporta sa jambe de bois à Neerwinden et le culbuta. On le releva sans mal ; il se mit à rire. Voilà de grands sots, dit-il, et un coup de canon perdu ! Ils ne savoient pas que j'en ai deux autres dans ma valise. » Avec sa jambe de bois, il restait « un des meilleurs joueurs de paume ».
- Mort de la duchesse de Verneuil
- « La duchesse de Verneuil les suivit à quatre-vingt-deux ans, ayant encore grande mine et des restes d'avoir été fort belle. » Fille du chancelier Séguier — dans le carrosse duquel elle voulut être au péril des Barricades —, mère de la duchesse du Lude, devenue princesse du sang par son veuvage. « Mme de Laval, sa sœur aînée, [...] qui d'ailleurs n'aimoit rien et tomboit volontiers sur chacun, dit, en apprenant sa mort, qu'elle avoit toujours bien cru que sa sœur mourroit jeune par tous les remèdes qu'elle faisoit. »
- Mort de Grancey
- « Le vieux Grancey mourut en même temps et au même âge, marié pour la quatrième fois depuis six semaines. Il étoit lieutenant général avant la paix des Pyrénées. En ces temps-là on alloit vite, puis choisi ou laissé ; et c'est ainsi qu'on fait des généraux utiles, et non pas des gens usés dont le corps ne peut plus aller. Celui-ci étoit demeuré depuis obscur et dans la débauche [...], sans avoir rien de recommandable que d'être le fils et le père de deux maréchaux de France. »
- Quatre cent mille livres de brevet de retenue à La Vrillière
- « Le roi donna quatre cent mille livres de brevet de retenue à La Vrillière sur sa charge de secrétaire d'État » — la cascade des brevets de retenue continuait d'enrichir les charges ministérielles.
- Troisvilles élu et refusé du roi pour l’Académie ; sa vie et son caractère
- Le roi refusa Troisvilles, élu à l'Académie française : « il répondit qu'il ne l'approuvoit pas et qu'on en élût un autre. » Vie singulière que celle de ce Béarnais « de beaucoup d'esprit et de lecture », recherché des plus grandes dames, dont « la valeur fut accusée » à la guerre, et qui oscilla toute sa vie entre Port-Royal et l'épicurisme : « de dévot il devint philosophe [...], en un mot il se fit soupçonner d'être devenu grossièrement épicurien », puis revint, « et sa vie dégénéra en un haut et bas de haute dévotion, et de mollesse et de liberté qui se succédèrent par quartiers ». Ce que le roi lui pardonnait le moins : « l'attachement à Port-Royal » et l'éloignement de la cour — « quel crime c'étoit, non de lèse-majesté, mais de lèse-personne de Louis XIV, que faire profession de ne le jamais voir, qu'il étoit acharné à venger. »
- Villars voit Cavalier, un des chefs des fanatiques ; ses demandes ; ce que devint cet aventurier
- Les fanatiques demandèrent à parler : Cavalier, leur chef, « un aventurier, mais qui avoit de l'esprit et de la valeur », demanda amnistie pour lui, Roland et « Catinat », passeports hors du royaume, liberté de vendre les biens, pardon des prisonniers. « Cavalier vit ensuite le maréchal de Villars avec une égalité de précautions et de gardes qui fut trouvée fort ridicule. Il quitta les fanatiques moyennant douze cents livres de pension et une commission de lieutenant-colonel ; mais Roland ne s'accommoda point et demeura le chef du parti. » Après « un concours de monde scandaleux pour le voir », Cavalier passa en Angleterre : « il est mort seulement cette année fort vieux dans l'île de Wight, où il étoit gouverneur pour les Anglois depuis plusieurs années, avec une grande autorité et de la réputation dans cet emploi. »
- Barbezières rendu à Casal
- « Enfin, à la mi-mai, Barbezières, sorti des prisons de Graz, fut remis dans Casal à M. de Vendôme. Il avoit été gardé à vue avec la dernière dureté et si mal traité qu'il en tomba fort malade » — d'où la scène du capucin dont il tira la barbe « pour voir si elle n'étoit point fausse », et les représailles de Vendôme sur ses propres prisonniers, « sur-le-champ exécutées », qui firent traiter Barbezières « honnêtement et en prisonnier de guerre ».
- Manèges de MM. de Vendôme
- « M. de Vendôme et son frère repaissoient le roi toutes les semaines par des courriers [...] de projets et d'espérances d'entreprises qui s'alloient infailliblement exécuter deux jours après, et qui toutes s'en alloient en fumée. » À Trin, arrivé « trop tard, à son ordinaire », il trouva « les oiseaux envolés ». Le trait : « qui compteroit exactement ce que M. de Vendôme mandoit au roi chaque campagne qu'il tuoit ou prenoit aux ennemis ainsi en détail, y trouveroit presque le montant de leur armée » — comme ces joueurs qui, à les entendre, ont perdu un million « et qui en effet n'avoient jamais perdu cinquante mille francs ». « Le roi, qui se plaisoit à tout ce qui en pouvoit donner cette opinion, devenoit sans cesse le premier instrument de la tromperie grossière dans laquelle il étoit plongé. »
- Mort du fils unique de Vaudémont
- « Le fils de Vaudemont, nouveau feld-maréchal de l'empereur, et qui commandoit son armée à Ostiglia, y mourut en quatre jours de temps. Ce fut pour lui, pour sa sœur et pour ses deux nièces une très sensible affliction. La politique leur fit cacher autant qu'ils le purent une douleur inutile [...]. Mlle de Lislebonne et Mme d'Espinoy ne purent s'empêcher d'en laisser voir la profondeur [...]. Cette remarque suffit pour fournir aux réflexions » — le deuil trahi d'un général ennemi disait tout des vraies fidélités de la cabale lorraine.
- Mot du premier maréchal de Villeroy sur les ministres
- « Le vieux maréchal de Villeroy, grand routier de cour, disoit plaisamment qu'il falloit tenir le pot de chambre aux ministres tant qu'ils étoient en puissance, et le leur renverser sur la tête sitôt qu'on s'apercevoit que le pied commençoit à leur glisser. C'est la première partie de ce bel apophtegme que nous allons voir pratiquer au maréchal de Tessé, en attendant que nous lui voyions accomplir pleinement l'autre partie. »
- Complaisance de Tessé qui laisse La Feuillade en chef en Savoie et en Dauphiné, qui devient général d’armée, prend Suse et les vallées
- Tessé, « avec la même accortise », fit « la navette avec La Feuillade en Dauphiné et en Savoie, pour le laisser en chef quelque part et y accoutumer le roi. D'accord avec Chamillart, il fit le malade quand il en fut temps [...] et obtint enfin un congé qui laissât La Feuillade pleinement en chef d'une manière toute naturelle » : le gendre du ministre reçut patente et appointements de général d'armée. Il assiégea Suse, joua sur le mot du fort de la Brunette « avec un air de galanterie militaire que son beau-père sut faire valoir » ; Bernardi capitula le 16 juin « sans qu'il y eût aucune brèche ». « L'exploit fut fort célébré à la cour », après quoi le nouveau général guerroya « contre les barbets des vallées » : « il ne fallut pas demeurer oisif, mais peloter en attendant partie. »
- Phélypeaux salue le roi ; sa conduite, son caractère ; celui de son frère l’évêque de Lodève ; est fait conseiller d’État d’épée
- Phélypeaux, arrivé de Turin en juin, fut longuement entretenu par le roi : il conta ses six derniers mois de quasi-captivité à Coni, « où on lui refusoit jusqu'au nécessaire de la vie », et ses réponses aux messages de M. de Savoie, jusqu'à promettre que, gouverneur de Turin conquise, il ferait « raser la maison où il avoit été arrêté » et élever une pyramide instruisant la postérité de ce traitement « contre le droit des gens ». Portrait : « un vrai épicurien qui croyoit tout dû à son mérite », épineux, railleur, pauvre ; son frère l'évêque de Lodève, « plus savant, plus finement spirituel et plus épicurien que lui », entretenait « des maîtresses publiquement chez lui » et laissait entendre « qu'il ne croyoit pas en Dieu. Tout cela lui fut souffert toute sa vie [...]. Il n'avoit fait que cela toute sa vie, mais il s'appeloit Phélypeaux. Il s'en falloit bien que le cardinal Bonzi eût jamais donné le quart de ce scandale ; et il en fut perdu ! » Phélypeaux eut la place de conseiller d'État d'épée de Briord.
- Le duc de Grammont voit en chemin la princesse des Ursins
- « Le duc de Grammont avoit eu enfin la permission de voir la princesse des Ursins sur sa route. Ce fut le premier adoucissement qu'elle obtint depuis sa disgrâce. [...] Mais il ne sut pas en profiter. Battu de l'oiseau, à son départ, sur la déclaration de son mariage, il craignit tout et ne fut point assez avisé pour se bien mettre avec cette femme si importante dans un tête-à-tête dont le roi ne pouvoit savoir le détail » — sécheresse qui lui aliéna d'avance toute la cour d'Espagne.
- Succès du duc de Berwick
- En Portugal, « malgré la criminelle disette de tout [...], Puységur avoit fait des prodiges pour y suppléer, dont le duc de Berwick avoit su profiter » : Salvatierra prise à discrétion, Castelbranco avec ses farines et « les tentes de la suite du roi de Portugal », le général Fagel battu et presque pris — six cents prisonniers pour vingt hommes perdus —, Portalègre et d'autres places. Succès qui « augmentèrent bien le crime d'Orry [...] par la conquête du Portugal, alors sans secours, qu'il auroit été facile de faire », au lieu que ce côté devint « celui par lequel l'Espagne fut plus d'une fois au moment d'être perdue ».
- Comte d’Aguilar premier colonel du régiment des gardes espagnoles
- « Ce fut pendant cette campagne que le roi d'Espagne se forma un régiment des gardes espagnoles dont le comte d'Aguilar fut fait colonel. Ce grand d'Espagne reviendra plusieurs fois sur la scène. On le fera connoître dans la suite. »
- Mouvements des armées de Flandre et du Rhin
- Le grand pivot de 1704 : l'empereur, « serré de près par les mécontents de Hongrie » jusqu'à voir brûler sa ménagerie, craignait tout de la Bavière ; les alliés résolurent « de porter toutes leurs forces dans le cœur de l'empire ». Marlborough, feignant la Moselle, « marcha à tire-d'aile au Rhin et le passa à Coblentz le 26 et le 27 mai », passa le Main puis le Neckar ; Eugène courut de Vienne à Ulm conférer avec lui et le prince Louis. Villeroy et Tallard, eux, « avoient perdu dans le Palatinat une précieuse quinzaine en revues et en fêtes et en attente des ordres de la cour » — aggravée de leurs piques : Villeroy, « accoutumé à maîtriser Tallard son cousin, son courtisan et son protégé », n'en rabattit rien ; « cela fit des scènes assez ridicules ». « Cette perte de temps fut le commencement des malheurs que le roi éprouva en Allemagne. »
- Combat de Donawerth
- À Donauwerth, « passage très important sur le Danube », le comte d'Arco fut « attaqué avant que ses retranchements fussent achevés. Il soutint très bravement et avec capacité [...] depuis six heures du soir jusqu'à neuf », se retira en bon ordre, abandonna la ville, passa le Danube et le Lech. Les Impériaux y eurent « presque tous leurs généraux et leurs officiers tués ou blessés, six mille morts et huit mille blessés », contre mille Français et cinq à six cents Bavarois. « M. d'Arco présuma trop et se trompa » : les ennemis passèrent Danube et Lech « sans lui donner loisir de se reconnoître » et marchèrent droit sur Munich. « L'électeur, effrayé [...], cria au secours. Tallard, qui assiégeoit Villingen, abandonna ce projet et se mit en marche droit vers l'électeur. »
- Comte d’Arco commande nos lieutenants généraux et obéit aux maréchaux de France
- Statut singulier du comte d'Arco, « maréchal des troupes de Bavière », Piémontois de grand talent : l'électeur avait obtenu « qu'obéissant sans difficulté aux maréchaux de France, il commanderoit nos lieutenants généraux et ne rouleroit point avec eux », avec les honneurs militaires presque pareils aux maréchaux — « expédient que la facilité du roi accepta par les liaisons étroites où il étoit avec l'électeur ».
- Bruges, puis Namur bombardés
- « Overkerke voulut profiter de la faiblesse dans laquelle le marquis de Bedmar avoit été laissé aux Pays-Bas. Le Hollandois bombarda, dix heures durant, Bruges où il ne fit presque point de dommage [...] ; et, à la fin du même mois, il jeta pendant deux jours trois mille bombes dans Namur, qui brûlèrent deux magasins de fourrages et coûtèrent à la ville environ cent cinquante mille livres de dommage. »
- Verceil pris par le duc de Vendôme
- « M. de Vendôme assiégea enfin Verceil. Il le promettoit au roi depuis longtemps ; il y ouvrit la tranchée le 16 juin. La place capitula le 19 juillet, mais Vendôme les voulut prisonniers de guerre. [...] Trois mille trois cents hommes sortirent sous les armes. On trouva dedans tout le nécessaire pour le plus grand siège. Ce fut le prince d'Elbœuf qui apporta cette nouvelle. »
- Fanatiques secourus
- « M. de Savoie ne cessoit de secourir les fanatiques ; le chevalier de Roannois prit une tartane pleine d'armes et de réfugiés, et en coula une autre à fond, chargée de même. Toutes deux étoient parties de Nice ; une troisième, pareillement équipée, échoua et fut prise sur les côtes de Catalogne » — la filière maritime des Camisards démantelée en une prise.
- Abbé de La Bourlie et La Bourlie son frère ; leur extraction et leur fin misérable
- Sur le vaisseau échappé se trouvait l'abbé de La Bourlie, sorti du royaume « sans aucun prétexte ni cause de mécontentement », jugé par M. de Savoie « propre à aller soutenir les fanatiques » : il s'annonçait par des libelles « très insolents et très séditieux, où il prenoit la qualité de chef des mécontents et de l'armée des hauts alliés en France ». Son frère La Bourlie, « homme d'une grande valeur, mais un brigand », qui avait fait donner la question à un valet « de son autorité privée » et gisait à la Conciergerie, répondit à ses invitations avec « horreur ». « Nous les verrons finir tous deux très misérablement, l'un en France, l'autre en Angleterre. » Leur père, qui avait été à M. de Saint-Simon le père et lui devait sa fortune, « conserva toute sa vie de l'attachement et de la reconnoissance pour mon père ».
- Augicourt, personnage curieux ; sa mort
- Augicourt mourut, pensionné et la cassette « toujours bien fournie » : gentilhomme picard sans bien, « avec beaucoup d'esprit, d'adresse, de valeur et de courage d'esprit », devenu l'agent secret de Louvois puis du roi lui-même. Chassé par Louvois « avec éclat [...] comme du plus ingrat, du plus faux, du plus indigne de tous les hommes », il se contenta de dire « qu'il l'avoit bien servi, mais qu'il n'y avoit plus moyen de durer avec lui » ; le roi « continua toujours de le voir en particulier et de s'en servir en plusieurs choses secrètes », lui parlant librement en allant à la messe. « Du reste, haï, craint, méprisé [...], soupçonné d'être rapporteur », il n'entrait « dans aucune maison de la cour que chez Livry et chez M. le Grand », maisons de jeu ouvertes jour et nuit.
- Fortune de Vérac et de Marillac ; mort du premier
- Vérac, Saint-Georges de qualité, venait de mourir : lui lieutenant général de Poitou et Marillac intendant, « lors de la révocation de l'édit de Nantes et des dragonnades [...], tous deux crurent y trouver leur fortune, tous deux se signalèrent en cruautés, en conversions, tous deux donnèrent le ton aux autres provinces, tous deux en obtinrent ce qu'ils s'en étoient proposé » : l'ordre pour l'un en 1688, le conseil d'État pour l'autre. Mais Marillac « a vu mourir ses deux fils sans enfants », sa fille et son gendre ; Vérac fut plus heureux dans sa postérité, son fils mort « cette année 1741, estimé, aimé et considéré ».
- Harley secrétaire d’État d’Angleterre
- « Deux mois, depuis la mi-juin jusqu'au 15 août de cette année, virent diverses élévations de quatre hommes qui, chacun fort différents, ont eu de grandes et de curieuses suites [...] : de ces choses dans lesquelles paroît toute la grandeur de Dieu qui se joue des hommes, et qui prépare et tire de rien et de néant les plus grands et les plus singuliers événements. » Le premier : « Harley, auparavant orateur de la chambre basse, devint secrétaire d'État » d'Angleterre — on le retrouvera à l'occasion de la paix d'Utrecht « et de ce qui la précéda à Londres ».
- Le Blanc intendant d’Auvergne
- Le deuxième : « Le Blanc, intendant d'Auvergne. M. Le Blanc se trouvera en son temps ici en entier » — le futur secrétaire d'État de la guerre de la Régence commençait sa carrière.
- Leczinski élu roi de Pologne ; depuis beau-père du roi
- Le troisième : « Leczinski, roi de Pologne. [...] Du roi de Pologne, devenu beau-père du roi, il n'y a qu'à admirer, et se mettre, non pas un doigt, mais tous les doigts sur la bouche, et la main tout entière » — Stanislas élu sous les baïonnettes suédoises, et la Providence préparant de là, par des voies inimaginables, la reine de France.
- Abbé de Caylus évêque d’Auxerre
- Le quatrième : « l'abbé de Caylus, évêque d'Auxerre ; [...] les bibliothèques sont pleines de lui, et il se trouvera lieu d'en parler » — le futur grand évêque appelant de la Constitution.
- Castel dos Rios part pour le Pérou, où il meurt
- « Castel dos Rios, cet heureux ambassadeur d'Espagne, qui se trouva ici lors de la mort de Charles II, eut ordre de se rendre à Cadix pour s'y embarquer et aller au Pérou, dont il avoit été nommé vice-roi, et où il mourut après avoir rempli ce grand emploi et fort dignement pendant plusieurs années. »
- Comte d’Albret en Espagne, attaché à l’électeur de Bavière
- « Monasterol revint à Paris de la part de l'électeur de Bavière, et présenta le comte d'Albert venu avec lui, qui, chassé du service de France pour son duel, comme il a été dit en son temps, s'étoit attaché à celui de Bavière, où il étoit maréchal de camp. Il alloit de la part de l'électeur en Espagne, où il devoit aussi servir » — le futur prince de Grimberghen poursuivait sa singulière carrière bavaroise.
- Abbé d’Estrées de retour
- « L'abbé d'Estrées arriva aussi d'Espagne dans l'épanouissement, et fut très bien reçu » — le cordon bleu promis et l'honneur vengé, l'ambassadeur berné par Mme des Ursins rentrait en triomphateur.
- Rebours et Guyet nouveaux intendants des finances
- « Chamillart fit en même temps deux nouveaux intendants des finances : Rebours, son cousin germain et de sa femme, et Guyet [...]. Rien de si ignorant, ni en récompense de si présomptueux et de si glorieux que ces deux nouveaux animaux. Le premier s'étoit sûrement moulé sur le marquis de Mascarille ; il l'outroit encore. [...] Jamais un si sot homme que celui-ci, jamais un si impertinent que l'autre [...] : et voilà les choix et les environs des ministres, et ce que sont leurs familles quand ils ont la faiblesse d'y vouloir trouver et avancer. Ils n'y trouvent aucun secours, ils excitent le cri public, et ils préparent de loin leur propre perte. »
- Mort et caractère de l’abbesse de Fontevrault ; sa nièce lui succède
- « La mort de l'abbesse de Fontevrault [...] mérite d'être remarquée » : sœur de Mme de Montespan, « elle avoit encore plus de beauté que cette dernière, et ce qui n'est pas moins dire, plus d'esprit » — avec ce tour Mortemart « que nul autre n'a attrapé qu'eux ». « Très savante, même bonne théologienne, avec un esprit supérieur pour le gouvernement », adorée de tout son ordre, ses lettres « des pièces à garder », ses discours en chapitre « admirables ». Le contraste : au fort des amours du roi et de sa sœur, elle fit de longs séjours à la cour, ne bougeant de chez Mme de Montespan — « le roi la goûta tellement qu'il avoit peine à se passer d'elle ». « Il faut dire que son père la força à prendre le voile [...], qu'elle fit de nécessité vertu, et qu'elle fut toujours très bonne religieuse », gardant « une extrême décence personnelle dans ces lieux et ces parties où son habit en avoit si peu ». Le roi la regretta fort et donna l'abbaye à sa nièce, « personne d'un grand mérite ».
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