TOME XVIII · CHAPITRE VI

Read the full text of the chapter (in French) →

Summary

The 'strong conversation' with the Regent 'which shakes abbé Dubois hard, but uselessly'; the prince's 'strange weakness, telling everything to abbé Dubois', letting himself be irritated against the author 'to the point of singular reproaches, of which at last he stands ashamed' — the avowal of weakness and the order to Dubois 'never to speak of me to him again'; the 'strange trait' over Dubois's hat between Regent and Torcy. The prince of Wales born at Rome — the future Bonnie Prince Charlie; deaths of Stanhope and Craggs, 'succeeded by Townshend and Carteret'.

The entries

Entry summaries are given in French, the language of the source.

Forte conversation entre M. le duc d’Orléans et moi, qui ébranle l’abbé Dubois fortement, mais inutilement
Apprenant du régent le traité entre l'Espagne et l'Angleterre, « qui donnoit les plus grands avantages au commerce de l'Angleterre, aux dépens de l'Espagne » et « ruinoit celui de France », Saint-Simon déploya tout : laisser traiter l'affaire au congrès de Cambrai, où l'Angleterre trouverait « des embarras et des difficultés très profitables », plutôt que « d'égorger la France et l'Espagne sous la cheminée ». Puis il porta le fer sur Dubois : la guerre d'Espagne « n'eut jamais d'autre objet que de satisfaire la jalousie des Anglois sur la marine renaissante d'Espagne », et maintenant « il vend, pour son chapeau, la France, l'Espagne, le commerce de toutes les nations de l'Europe à l'Angleterre sans le moindre retour ». Le régent, frappé « au delà de ce que je l'ai jamais vu », « s'appuya les coudes sur la table, se prit la tête entre ses deux mains », puis « se prit à se dire à soi-même : « Il faut chasser ce coquin. — Mieux tard que jamais, repris-je ; mais vous n'en ferez rien. » » Saint-Simon lisait sur son visage « la vive persuasion de son esprit combattue par le sentiment de sa faiblesse » — et se retira « avec peu d'espérance du fruit ».
Faiblesse étrange de M. le duc d’Orléans, qui dit tout à l’abbé Dubois, se laisse irriter contre moi jusqu’à me faire de singuliers reproches, dont à la fin il demeure honteux ; m’avoue sa faiblesse et défend à l’abbé Dubois de lui jamais parler de moi
Le lendemain, « il y avoit eu tant de bruit et si long par reprises entre M. le duc d'Orléans et l'abbé Dubois, que les chambres voisines s'en étoient fortement aperçues » — mais la faiblesse l'emporta. Trois semaines après, le régent reçut Saint-Simon « d'un air si froid et si embarrassé » que celui-ci le pressa : « l'apostume creva ». Il lui « débagoula » tous ses refus — les finances, le conseil du dedans, le grand conseil, les sceaux, trois fois la place de gouverneur du roi. Saint-Simon répondit point par point, le mit « à bout », et le força « de convenir que tous mes refus ne méritoient point de reproches ». Puis, l'attaque : « Vous avez été conter à l'abbé Dubois ce que je vous dis dernièrement… Avouez-moi la vérité. — Mais, me répondit-il d'un air honteux et embarrassé au dernier point, cela est vrai, c'est l'abbé Dubois qui m'a rabâché tous ces refus, qui m'a poussé et qui m'a fâché contre vous. » Et sur les réponses : « il n'y a rien à y répondre ; je le savois bien, mais il m'a embrouillé l'esprit. » Dans « la dernière honte », il promit : « je lui défendrai si bien et si sec de me parler de vous que cela ne lui arrivera plus. Allons, qu'avez-vous pour aujourd'hui ? » — « Le récit simple peint au naturel quels étoient le maître et le valet à l'égard l'un de l'autre. »
Étrange trait sur le chapeau de Dubois entre M. le duc d’Orléans et Torcy
Pour « achever le coup de pinceau », le trait conté par Torcy lui-même : avertissant le régent des menées de Dubois à Rome, il s'entendit répondre : « Cardinal ! ce petit faquin ! vous vous moquez de moi ; il n'oseroit y avoir jamais songé » — et que « si ce petit impudent se mettoit cette folie dans la tête, il le feroit mettre dans un cul de basse-fosse ». Même réponse à chaque nouvelle preuve. « Mais le lendemain précis de cette réponse », le régent tira Torcy dans un coin : « À propos, monsieur, il faut écrire de ma part à Rome pour le chapeau de M. de Cambrai ; voyez à cela, il n'y a pas de temps à perdre. » « Torcy demeura sans parole comme une statue » — passé « en vingt-quatre heures de ces mêmes menaces de cul de basse-fosse » à l'ordre d'appuyer le chapeau « avec la tranquillité la plus parfaite : tel étoit le terrain d'alors ».
Naissance du prince de Galles à Rome
« On apprit alors la naissance du prince de Galles, le dernier décembre 1720 », à Rome : les cardinaux Paulucci, Barberin, Sacripanti, Gualterio, Imperiali, Ottoboni et Albane « se trouvèrent à ces couches, par ordre et de la part du pape », avec les envoyés du sénat romain et les princesses des Ursins, Piombino, Palestrine et Giustiniani. « Le prince fut baptisé sur-le-champ par l'évêque de Monte-Fiascone, et nommé Charles. Le pape envoya complimenter ces Majestés Britanniques, et porter au roi d'Angleterre dix mille écus romains », un brevet à vie de la maison d'Albano, « et deux mille écus pour la meubler. On chanta un Te Deum dans la chapelle du pape. »
Sentiments anglois sur cette naissance
« Cette naissance fut très sensible à la cour d'Angleterre » ; « non seulement les catholiques et les protestants, ennemis du gouvernement, en furent ravis, mais presque tous les trois royaumes en marquèrent de la joie autant qu'ils osèrent, non par attachement pour la maison détrônée, mais par la satisfaction de voir continuer une lignée dont ils pussent toujours menacer leurs rois et leur famille. On n'osa en France rien marquer là-dessus, on y étoit trop sujet de l'Angleterre, et le régent et Dubois trop grands serviteurs de la maison d'Hanovre, dans le point surtout où Dubois en étoit pour son chapeau. »
Mort du comte de Stanhope et de Craggs, secrétaires d’État d’Angleterre, succédés (sic) par Townsend et Carteret
« L'Angleterre perdit en ce même temps deux ministres, le comte Stanhope et Craggs, les deux secrétaires d'État, qui moururent à peu de jours l'un de l'autre. Ils furent remplacés par Townsend et Carteret, deux grands ennemis de la France, indépendamment de la raison d'État. »
Leur caractère
Portraits des disparus : « Craggs étoit violent et emporté ; Stanhope ne perdoit point le sang-froid, rarement la politesse, avoit beaucoup d'esprit, de génie et de ressources. »
Mort du docteur Sachewerell
« Un autre personnage singulier qui avoit fait grand bruit en son temps les suivit de fort près : le docteur Sachewerell qui, par ses sermons sous la reine Anne, commença à attaquer le ministère et le système d'alors, qui ne vouloit que la guerre, dont la reine se défit après. »
Mort et caractère de Huet, ancien évêque d’Avranches ; de la duchesse de Luynes ; de la duchesse de Sully (Coislin) ; de la duchesse de Brissac (Vertamont)
Quatre morts en France. Huet, ancien évêque d'Avranches, « si connu de toutes sortes de savants, à quatre-vingt-huit ans, avec la tête encore entière et travaillant toujours » : sous-précepteur de Monseigneur avec Fléchier, il troqua enfin son évêché pour une abbaye et un appartement chez les jésuites « pour y jouir à son aise de leur belle bibliothèque », menant « une vie très frugale ». La duchesse de Luynes, « à vingt-quatre ans, dont ce fut grand dommage ». La duchesse de Sully, fille et nièce du duc et du cardinal de Coislin, « la meilleure femme du monde » : « sa mort ne démentit point son nom » — un abcès « en lieu que la modestie ne lui permit pas de montrer à un chirurgien » ; « la femme de chambre disoit l'état du mal à travers la porte aux chirurgiens », et « cette manière de traiter par procureur la conduisit bientôt au tombeau ». Et la duchesse de Brissac, « petite bossue » riche que le duc de Brissac « avoit épousée pour son bien, qu'il mangea » : ruinée, recueillie par son frère Vertamont « qui lui donnoit jusqu'à des souliers », elle avait « beaucoup de vertu, infiniment d'esprit, de conversation agréable et de lecture ».
Embrasement de Rennes
« On n'a jamais su par quel accident l'embrasement d'une maison d'artisan embrasa toute la ville de Rennes ; le malheur fut complet, pour la vie et les biens. La ville a été rebâtie depuis beaucoup mieux qu'elle ne l'étoit auparavant, et avec bien plus d'ordre et de commodités publiques. »
Cailloux singuliers
« Il se trouva parmi l'ancien pavé des cailloux précieux par leurs couleurs et leur vivacité et variété, dont on fit beaucoup de tabatières de différentes formes, qui égalèrent presque les plus belles de ces sortes de beaux cailloux. »

◀ Previous chapter · ← Back to the chapter table · Next chapter ▶

© 2025-2026 - Jonathan Teyssandier - All rights reserved