TOME X · CHAPITRE VI

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Summary

The blackest chapter: 'the Dauphine poisoned… the Dauphin poisoned' — the rumour reported in the period's conditional; marshal de Villeroy 'suddenly favourite'; du Maine and Mme de Maintenon 'persuade the king and the world' that Orléans poisoned the princes. The 'sketch' of Orléans — his immense gifts and his weaknesses; the popular outbursts, the 'general cry', the court drawing away; Villeroy's and the chief men's conduct; Noailles's embarrassment, 'declaring himself apoplectic and off to Vichy'.

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Dauphine empoisonnée
« Les horreurs qui ne se peuvent plus différer d'être racontées glacent ma main » : ainsi s'ouvre le chapitre. Le roi, voulant être éclairci « de la cause d'un si grand malheur », donna à la Faculté « les ordres les plus précis ». « Le rapport de l'ouverture du corps n'eut rien de consolant : nulle cause naturelle de mort », mais des altérations « vers les parties intérieures de la tête, voisines de cet endroit fatal où elle avoit tant souffert. Fagon et Boudin ne doutèrent pas du poison, et le dirent nettement au roi, en présence de Mme de Maintenon seule. » Boulduc s'en dit convaincu. Seul Maréchal soutint que les marques étaient « si équivoques » qu'il avait vu des corps semblables sans le moindre soupçon, ajoutant « que c'étoit assassiner le roi et le faire mourir à petit feu que de nourrir en lui une opinion en soi désolante ». Boudin « répandit comme un forcené » l'idée du poison : « en moins de vingt-quatre heures la cour et Paris en furent remplis. »
Le maréchal de Villeroy, raccommodé avec le roi, devient tout d’un coup favori
Le maréchal de Villeroy « languissoit à Paris… dans la plus profonde disgrâce depuis son dernier retour de Flandre », mais « il tenoit toujours à Mme de Maintenon », leur haine commune de Chamillart ayant réchauffé « l'ancienne familiarité ». Après la mort de la Dauphine, le roi devenait « pesant » à Mme de Maintenon, qui chercha qui pourrait l'amuser : Villeroy « avoit été galant de profession, et le vouloit être encore… ils avoient cent contes de leur jeunesse et de leur temps… c'étoit une quincaillerie à fournir abondamment. Plus que tout, elle n'en avoit rien à craindre » — homme « toujours sûr dans sa main ». Elle sut si bien dire et presser « que tout ce qui étoit à Marly pensa tomber d'étonnement d'y voir paroître le maréchal de Villeroy le matin que le Dauphin mourut ». « De ce moment il ne quitta plus la cour…, en un mot un favori du roi et de Mme de Maintenon, dont nous verrons les grandes et trop importantes suites. »
Le Dauphin empoisonné
L'ouverture du corps du Dauphin « épouvanta. Ses parties nobles se trouvèrent en bouillie ; son cœur, présenté au duc d'Aumont…, n'avoit plus de consistance, sa substance coula jusqu'à terre entre leurs mains ; le sang dissous, l'odeur intolérable dans tout ce vaste appartement. » Fagon, Boudin et d'autres déclarèrent au roi « le plus violent effet d'un poison très-subtil et très-violent, qui, comme un feu très-ardent, avoit consumé tout l'intérieur du corps ». Maréchal, qui avait fait l'ouverture, « s'opiniâtra » : nul signe précis de poison, mais « un venin naturel de la corruption de la masse du sang enflammé par une fièvre ardente » ; parler autrement, « c'étoit effectivement l'empoisonner » — le roi. Il confia ensuite à Saint-Simon qu'il doutait au fond, mais qu'il avait surtout insisté « par la compassion » pour le roi « et par l'indignation d'une cabale qu'il voyoit se former dans l'intérieur… pour en donner le paquet à M. le duc d'Orléans ».
Le duc du Maine et Mme de Maintenon persuadent le roi et le monde que M. le duc d’Orléans a fait empoisonner le Dauphin et la Dauphine
La cabale de Meudon, frappée mais non dissipée, « ressuscita » : la mort des dauphins fut pour le duc du Maine « la plus parfaite délivrance, et dans la même mesure qu'elle fut pour toute la France le malheur le plus comblé. Quelle étoile ! mais quel coup de baguette ! quel subit passage des terreurs du sort d'Encelade à la ferme espérance de celui de Phaéthon ! » Maître « dans les arts les plus ténébreux », il crut qu'il lui importait « de fixer les soupçons sur quelqu'un, et c'étoit pour lui coup double et centuple d'en affubler M. le duc d'Orléans ». Mme de Maintenon, dont la haine pour Orléans était ancienne, « n'avoit des yeux que pour lui » : chez elle, « il lui échappa qu'on savoit bien d'où venoit le coup, et de nommer M. le duc d'Orléans. Le roi y applaudit avec horreur, comme n'en doutant pas. » Bloin et les affidés de l'intérieur répandirent l'accusation ; Boudin « s'en fit le prédicateur également infâme et hardi ».
Crayon de M. le duc d’Orléans
Crayon du prince calomnié : de tout temps le Dauphin avait « goûté M. le duc d'Orléans » — liaison nouée par Chevreuse et Cambrai, pour qui Orléans « se déclara hautement lors de sa disgrâce » ; conversations de sciences chez la princesse de Conti ; tendresse de la Dauphine héritée de Monsieur ; parti pris hautement pour le prince opprimé lors des attentats de Flandre ; protection du Dauphin et de la Dauphine dans l'affaire d'Espagne ; mariage de Mme la duchesse de Berry, « ouvrage de la Dauphine ». Conclusion : « M. le duc d'Orléans avoit pour le moins autant… tout à gagner à la vie et au règne du Dauphin et de la Dauphine, que le duc du Maine avoit tout à en craindre et à y perdre, et ce contraste est d'une évidence à sauter aux yeux. » Mais une « écorce funeste » le servit contre lui : débauche affichée, « désir de l'irréligion », laboratoire de chimie avec Humbert, verres d'eau consultés, bruits affreux sur sa fille — « tout cela forma ce groupe épouvantable dont ils surent fasciner le roi, et aveugler le public ». Saint-Simon rappelle en contraste les sanglots d'Orléans à la mort de Monseigneur, et la farce du duc du Maine contrefaisant Fagon pendant l'agonie du même.
Éclats populaires contre M. le duc d’Orléans
Dès le 17 février, quand M. le duc d'Orléans accompagna Madame à l'eau bénite, « la foule du peuple dit tout haut toutes sortes de sottises contre lui tout le long de leur passage, que lui et Madame entendirent très-distinctement, sans oser le montrer ». Le 21, venu seul pour le Dauphin, il « essuya sur son passage les insultes les plus atroces d'un peuple qui ne se contenoit pas…, qui le montroit au doigt avec les épithètes les plus grossières…, et qui croyoit lui faire grâce de ne se pas jeter sur lui et le mettre en pièces ». Au convoi, « les chemins retentissoient de cris plus d'indignation et d'injures que de douleur » ; « vers le Palais-Royal, devant lequel le convoi passa, le redoublement de huées, de cris, d'injures, fut si violent, qu'il y eut lieu de tout craindre pendant quelques minutes ».
Cri général contre M. le duc d’Orléans
Le bruit, « sourd, secret, à l'oreille » d'abord, remplit avec une rapidité prodigieuse « la cour, Paris, les provinces, les recoins les moins fréquentés, le fond des monastères les plus séparés…, enfin les pays étrangers et tous les peuples de l'Europe » — même mécanique que les « noirs attentats de Flandre » contre celui « que le monde entier pleuroit maintenant ». Le duc du Maine sut tirer « le grand usage » de « la folie publique, du retentissement des cafés de Paris, de l'entraînement du salon de Marly, de celui du parlement, où le premier président lui rendit religieusement ses prémices ». « On ne sème que pour recueillir, et la récolte passa toutes les espérances. » La mort du petit Dauphin et son ouverture furent « un nouveau relais qui ranima plus violemment la fureur », plongeant le roi dans « l'abattement, la crainte, la haine et un malaise continuel : c'est la cruelle situation où ils le vouloient pour se le rendre plus maniable ».
Conduite de la cour à son égard
La terreur gagna toute la cour dès qu'on vit l'entourage de Mme de Maintenon « déclamer avec d'autant plus de force que c'étoit avec un air d'horreur, de crainte, de retenue ; et tout ce peu qui tenoit au duc et à la duchesse du Maine, et tout Sceaux et jusqu'à leurs valets, en parler non-seulement à bouche ouverte, mais en criant vengeance contre M. le duc d'Orléans ». « De là tout ce qui même [était] de plus élevé, et de plus à portée de vouloir et d'espérer plaire, prit à la cour la même hardiesse et le même ton » — mêmes propos à la mode que jadis pendant la campagne de Lille contre le même camp, « avec ce même succès d'effroi qui écartoit tous contradicteurs et les réduisoit au silence ».
Maréchal de Villeroy et autres principaux
Le maréchal de Villeroy, « quoique si distingué toute sa vie par l'amitié de Monsieur et la considération de M. le duc d'Orléans, n'avoit garde de ne pas payer comptant son brillant retour à sa protectrice. Il étoit fait pour ne penser et ne croire que comme elle-même pensoit et croyoit… Il n'étoit pas rentré par elle pour les contredire, mais pour devenir leur instrument et leur écho. Il se signala donc » — avec Vaudemont son ami, Tessé, Tallard, Mme d'Espinoy, « les Rohan ses boussoles », et Harcourt « qui avec son esprit et son adresse sut se mesurer dans le monde, sans cesser de plaire aux calomniateurs dont, avec eux, il épousa les passions ».
Embarras du duc de Noailles, qui se dit en apoplexie et s’en va à Vichy
Le duc de Noailles, lui, « tenoit le loup par les oreilles » : en quartier, donc dans la privance du roi et de Mme de Maintenon, il entendait leurs mots contre Orléans « où il n'osoit prendre, parce qu'il ne vouloit pas se rebrouiller avec M. le duc d'Orléans » ; « peut-être encore que cette fatale tabatière lui pesoit, quoique bien loin hors de sa poche ». Une « très-légère fluxion sur le visage » lui servit d'issue : « il la donna pour une attaque d'apoplexie » et, « au contraire de tous les apoplectiques » qui nient leur mal, « quitta le bâton les premiers jours de mars et s'en alla à Vichy, où il demeura longtemps en panne, et à laisser refroidir les fureurs… Il en revint parfaitement guéri, parce qu'il n'étoit pas parti malade ; et il n'a pas été question depuis pour lui d'apoplexie. »

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