TOME V · CHAPITRE XXI

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Summary

Beringhen, first equerry, kidnapped between Paris and Versailles by an enemy party and rescued; Cherbert in the Bastille; Bouillon wins against his own son; Évreux marries Crozat's daughter — money wedding name. Harlay leaves the first presidency: the great cynical magistrate's character and 'sayings'; the candidates — the author hoping for d'Aguesseau —, Pelletier first president, Portail à mortier, Courson advocate-general, and the new first president's 'ridiculous word' about his son. The duc d'Estrées married; the duc de Nevers dies — family, fortune, character.

The entries

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Beringhen, premier écuyer, enlevé entre Paris et Versailles par un parti ennemi, et rescous
Événement « aussi étrange que singulier » : le jeudi 7 mars, Beringhen, premier écuyer, allant coucher à Paris dans un carrosse du roi, est enlevé « dans la plaine de Billancourt » par « quinze ou seize hommes à cheval » — le parti de Guetem, ancien « violon de l'électeur de Bavière » devenu colonel hollandais, qui avait parié « qu'il enlèveroit quelqu'un de marque entre Paris et Versailles » ; certains de ses gens « eurent la hardiesse d'aller voir souper le roi à Versailles ». Leur vrai projet « n'étoit rien moins que d'enlever Monseigneur ou un des princes ses fils ». Trop d'égards les perdirent : ralenti par les repos accordés au prisonnier, Guetem fut rejoint au-delà de Ham par un détachement « et devint le prisonnier du sien ». Le Premier le traita magnifiquement à Paris, le présenta au roi qui le loua « d'avoir si bien traité le Premier » et dit « qu'il falloit toujours faire la guerre honnêtement » ; Guetem devint « lui-même le spectacle » de l'Opéra et de la Comédie. Le roi défendit pourtant le feu d'artifice de la petite écurie : « il avoit de ces petites jalousies ». Il ne fut « pas mal plaisant de voir la frayeur des dames…, qui n'osoient plus marcher qu'entre deux soleils ».
Cherbert à la Bastille
« Cherbert et six de ses prétendus domestiques furent arrêtés et conduits à la Bastille » : colonel suisse passé au service de Bavière où il était devenu lieutenant général, « il étoit furtivement revenu, et il fut pris à Saint-Germain, où il se croyoit caché ».
Duc de Bouillon gagne son procès contre son fils
L'accommodement de M. de Bouillon avec son fils n'ayant pas tenu, « ils allèrent plaider à Dijon. Le cardinal de Bouillon s'y trouva, les rapatria et fit en sorte qu'ils plaidèrent honnêtement. Le père gagna son procès en plein. »
Mariage du comte d’Évreux avec la fille de Crosat
« L'orgueil de cette maison céda immédiatement après au désir des richesses » : le comte d'Évreux, sans de quoi payer sa charge, « se résolut à sauter le bâton de la mésalliance, et de faire princesse par la grâce du roi la fille de Crosat », le financier « un des plus riches hommes de Paris ». Mme de Bouillon fit visiter « toute la parentelle nombreuse et grotesque » ; seule la grand-mère « n'en perdit pas le bon sens » et « jamais n'approuva ce mariage dont elle prévit et prédit les promptes suites ». « Mme de Bouillon appeloit cette belle-fille son petit lingot d'or. »
Harlay quitte la place de premier président
Harlay quitte la première présidence : après son discours d'une liberté inouïe sur les édits bursaux — le parlement n'était plus chargé « que de les vérifier en baissant la tête » —, il fallut « céder pour sortir par la belle porte, en faisant semblant de vouloir se retirer ». Venu à Versailles le 10 avril « avec la rage qu'on peut imaginer », menant son fils en laisse pour en faire son successeur, « cet homme si adroit, si prompt et si fécond à la repartie…, se trouva si touché de cette espèce de funérailles qu'il n'en put proférer une parole, et sortit du cabinet du roi plus mal content de soi que de sa démission même ».
Caractère d’Harlay
Portrait d'Harlay : « un petit homme, maigre, à visage en losange…, des yeux de vautour qui sembloient dévorer les objets et percer les murailles », allant « toujours rasant les murailles » avec des révérences profondes « à travers lesquelles pétilloit l'audace et l'insolence ». Immenses talents — maître absolu d'un parlement de « petits garçons en sa présence » — mais « destitués de toute vertu, et consacrés qu'au mal, à l'ambition, à l'avarice, au crime. Superbe, venimeux, malin, scélérat par nature, humble, bas, rampant devant ses besoins, faux et hypocrite en toutes ses actions. » Consulté après coup sur le procès de préséance, il avoua au roi « que les ducs avoient toute la justice et toute la raison pour eux » : « tel est l'empire de la vérité qu'elle tire les aveux les plus infamants de la bouche même de ceux qui la combattent ». « Ce fut une joie publique lorsqu'on en fut délivré. »
Quelques dits du premier président Harlay
Échantillons de ses dits — « c'est dommage qu'on n'ait pas fait un Harleana » : à Montataire dont la femme coupait la parole : « Monsieur, est-ce là Mme votre femme ?… Que je vous plains, monsieur ! » ; aux jésuites : « c'est un plaisir de vivre avec vous », et aux oratoriens : « et un bonheur, mes pères, de mourir avec vous » ; à la duchesse de La Ferté qui l'avait traité de vieux singe et venait le remercier d'un procès gagné : « Madame, je suis bien aise qu'un vieux singe ait pu faire quelque plaisir à une vieille guenon » ; aux frères Doublet devenus Persan et Croï : « Masques, je vous connois » ; et chez lui, à deux jeunes conseillers en habit gris : « Chassez-moi ce coquin-là qui a la témérité de porter sa cravate comme messieurs. » Avec son propre fils, « c'étoit entre eux une comédie perpétuelle » : logeant ensemble, ils ne se parlaient « que de la pluie et du beau temps » et s'écrivaient des billets d'une chambre à l'autre.
Candidats pour la place de premier président, que je souhaite au procureur général d’Aguesseau
Candidats à la place : Argenson, « cet inquisiteur suprême », que le roi garda parce qu'il ne pouvait « se résoudre à se passer d'un homme si fin, si habile, si rompu dans un ministère si obscur » ; Voysin, porté par sa femme aimée de Mme de Maintenon ; de Mesmes, porté par M. du Maine. Saint-Simon, lui, poussait d'Aguesseau, « à qui ses conclusions dans notre procès de préséance m'avoient dévoué » : il dressa « une batterie dans l'intérieur par Maréchal » et Fagon — mais le procureur général le fit remercier, « bien fâché d'être mis sur les rangs », et son père le conjura « de laisser éteindre, ce fut son expression, le feu que j'avois allumé ».
Pelletier premier président
Pelletier fut choisi : « introduit par la chatière de la main de Saint-Sulpice, M. de Chartres à leur tête », avec le « mérite antijanséniste » qui l'emporta chez Mme de Maintenon, secondée — chose rare — par les ducs de Chevreuse et de Beauvilliers, amis intimes du père ; « le roi ne résista point au plaisir de lui donner dans sa retraite la joie de voir son fils premier président ».
Portail président à mortier
« Sa charge de président à mortier, qui ne lui avoit coûté que trois cent mille livres, fit un autre mouvement dans la robe » : Portail, servi par sa réputation d'avocat général, « en donna cinq cent mille livres qui remplirent le brevet de retenue d'Harlay ».
Courson avocat général
« Et Courson, second fils du président Lamoignon, fut préféré pour la charge d'avocat général pour apaiser M. de La Rochefoucauld, et donner quelque consolation au père de n'être pas premier président. »
Mot ridicule du premier président sur son fils
Mot ridicule du nouveau premier président — son père Pelletier, à qui l'on louait son fils chez Chamillart, répondit « d'un air dédaigneux : que son fils avoit trop de trois choses : de biens, d'esprit et de santé ; et il répéta plus d'une fois cette sentence, en regardant la compagnie et cherchant un applaudissement que personne n'eut la complaisance de lui donner ».
Mariage du duc d’Estrées avec une fille du duc de Nevers
« Le cardinal d'Estrées fit le mariage du duc d'Estrées, son petit-neveu, qui n'avoit ni père ni mère, avec une fille du duc de Nevers, lequel ne survécut pas ce mariage de huit jours. »
Mort du duc de Nevers ; sa famille, sa fortune, son caractère
Mort du duc de Nevers, neveu de Mazarin, avec le tableau complet des Mancini et Martinozzi. Portrait : « un Italien, très Italien, de beaucoup d'esprit…, qui faisoit les plus jolis vers du monde qui ne lui coûtoient rien » ; « paresseux, voluptueux, avare à l'excès, qui alloit très souvent acheter lui-même à la halle ce qu'il vouloit manger, et qui faisoit d'ordinaire son garde-manger de sa chambre ». Il épousa « la plus belle personne de la cour », nièce de Mme de Montespan, « qu'il ne l'appeloit jamais que Diane » — et qu'il lui arriva trois ou quatre fois de faire monter en carrosse au saut du lit « pour partir de là pour Rome, sans le moindre préparatif ». Il négligea dix ans de faire enregistrer son brevet de duc ; son fils, qui hasarda de se faire appeler duc de Donzi, se le vit défendre par le roi.
Parvulo de Meudon
Les « parvulo de Meudon », clef de bien des choses : Mlle Choin, chassée par Mme la princesse de Conti mais toujours aimée de Monseigneur, venait la veille « dans un fiacre, passoit les cours à pied, mal vêtue », se cachait dans un entresol « sans voir qui que ce soit que lui ». Peu à peu le cercle s'élargit — les filles de Mme de Lislebonne, quelques intimes, puis les ducs de Bourgogne et de Berry, la duchesse de Bourgogne — en parties secrètes appelées parvulo. « On la considéroit auprès de Monseigneur comme Mme de Maintenon auprès du roi. Toutes les batteries pour le futur étoient dressées et pointées sur elle. » Elle disait « la duchesse de Bourgogne » devant la princesse assise sur un tabouret quand elle avait un fauteuil, et il lui arrivait « de la faire pleurer ». « Le roi et Mme de Maintenon n'ignoroient rien de tout cela, mais ils s'en taisoient… M. de Vendôme et d'Antin étoient des principaux initiés. »

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