TOME III · CHAPITRE VI
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Summary
Philip V in Madrid; the exiles of Mendoze, grand inquisitor, and Oropesa. Then the great Spanish digression opens: the branches of the house of Portugal in Spain — Oropesa, Lémos, Veragua, Cadaval, Aveiro with its cadets Abrantès and Liñarès —, the justice and council of Aragon, the council of Castile and its president, the corregidors, councillors of state, the secretary of universal dispatches, and the three great palace charges: mayordomo mayor, groom of the stole, master of the horse. The full anatomy of the monarchy France has just won.
The entries
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- Philippe V à Madrid
- Philippe V à Madrid, le 19 février : fêtes, combats de taureaux tout au long de la route, « une telle presse à son arrivée qu'on y compta soixante personnes étouffées », rues tapissées, arcs de triomphe, Portocarrero voulant se jeter à ses pieds — « le roi le releva et l'embrassa, et le traita comme son père. Le cardinal pleuroit de joie, et ne cessa de tout le soir de le regarder. » Le jeune roi ôtait le chapeau à tout le monde, au point que les Espagnols s'en formalisèrent : Harcourt répondit que « pour toutes les choses essentielles, le roi se conformeroit à tous les usages, mais que dans les autres il falloit lui laisser la civilité française. On ne sauroit croire combien ces bagatelles d'attention extérieure attachèrent les cœurs à ce prince. »
- Exil de Mendoze, grand inquisiteur
- L'exil de Mendoza, grand inquisiteur : « il ne méritoit pas une si grande place, mais il méritoit encore moins d'être chassé » — son crime : être créature de la reine et n'avoir « pas salué assez bas » le cardinal, qui de plus « avoit un désir extrême » de réunir en sa personne les deux puissances par la charge de grand inquisiteur.
- Exil confirmé du comte d’Oropesa, président du conseil de Castille
- Troisième coup de Portocarrero : l'ordre au comte d'Oropesa, ancien premier ministre et président du conseil de Castille, « de demeurer dans son exil » — exilé deux ans plus tôt après la sédition du pain de Madrid.
- Digression sur l’Espagne : branches de la maison de Portugal établies en Espagne
- La digression espagnole s'ouvre : « puisque je me trouve ici en pleine Espagne, et qu'il est curieux de la connoître un peu à cet avènement de la branche de France, je m'y espacerai un peu à droite et à gauche » — les branches de la maison de Portugal-Bragance établies en Espagne.
- Oropesa, Lémos, Veragua, [branche] cadette de Ferreira ou Cadaval
- Oropesa, l'aînée — dont le grand-père fit prendre la pique à son fils fiévreux devant le palais « afin que le roi de Portugal sût que le roi d'Espagne étoit gardé par ses plus proches parents » — passée à l'archiduc en 1706 et finie sans postérité masculine ; Lémos, sortie de Denis et des Castro — le dernier « un bon homme, mais un très-pauvre homme, qui passe sa vie à fumer » ; Veragua, issue du mariage avec l'héritière du fils « de ce fameux Christophe Colomb, duc de Veragua, marquis de la Jamaïque, et amiral héréditaire des Indes ».
- [Branche de] Cadaval restée en Portugal
- La branche de Cadaval restée en Portugal : les Ferreira-Mello, la révolution de 1640, Nuño Alvarez fait duc de Cadaval — seul duc du royaume — avec la charge héréditaire de grand maître ; ses mariages lorrains, jusqu'au Cadaval remarié en 1738 « à une fille du prince de Lambesc, c'est-à-dire du fils du frère de sa mère ».
- Alencastro, duc d’Aveiro
- Les Alencastro, ducs d'Aveiro : Georges, bâtard du roi Jean II, prit pour sa postérité « le nom d'Alencastro, c'est-à-dire de Lancastre », en mémoire de la reine Philippa.
- Duchesse d’Arcos, héritière d’Aveiro
- La duchesse d'Arcos, héritière d'Aveiro : « une personne très-vertueuse, mais très-haute, et fort rare pour son esprit et son érudition. Elle savoit parfaitement l'histoire sacrée et profane, le latin, le grec, l'hébreu et presque toutes les langues vivantes. Sa maison à Madrid étoit un tribunal qui usurpoit une grande autorité, avec lequel la cour, les ministres et les ministres étrangers même se ménageoient soigneusement » — Harcourt s'y appliqua, et le roi la distingua fort.
- Abrantès et Liñarès, cadets d’Aveiro
- Abrantès et Liñares, les cadets : le duc d'Abrantès — celui de la cruelle plaisanterie du testament — vécut jusqu'en 1720 « fort considéré et ménagé par les ministres… avec infiniment d'esprit, des saillies plaisantes, d'adresse et surtout de hardiesse et de hauteur » ; son cadet, évêque de Cuenca, « prit le nom de duc d'Abrantès et plus du tout celui d'évêque », et le bâtard même finit duc de Liñares et grand d'Espagne.
- Justice et conseil d’Aragon
- La Justice d'Aragon : le grand justicier prêtait au roi le serment du royaume en débutant « par ces mots : Nous qui valons autant que vous… et finit par ceux-ci : sinon, non. Tellement qu'il ne laisse pas ignorer par les paroles mêmes du serment qu'il n'est que conditionnel » — privilèges abrogés « pour jamais » par Philippe V après la révolte.
- Conseil de Castille ; son président ou gouverneur
- Le conseil de Castille, décrit dans toute sa cérémonie hebdomadaire : le conseil à genoux à l'entrée du roi, les sentences rapportées et signées « avec un parafe pour avoir plus tôt fait », le tête-à-tête du président et du roi sur le tabouret — « on voit par là qu'il est parfaitement absolu en toute affaire publique et particulière, et que les rois d'Espagne ont retenu l'effet, comme nos rois le droit, d'être les seuls juges de leurs sujets ». Le président, « le premier, le plus accrédité et le plus puissant » de la monarchie : jamais de visite rendue, la main à personne, les rues arrêtées sur son passage « précisément comme on fait ici pour le roi » — et le revers : le gouverneur destituable à volonté « conserve son rang en entier pendant sa vie, qui n'est bon qu'à l'empoisonner… Plusieurs en sont morts d'ennui. »
- Corrégidors
- Les corrégidors : celui de Madrid, comptable au président de Castille, est « tout à la fois l'intendant, le commandant, le lieutenant civil, criminel et de police, et le maire ou prévôt des marchands ».
- Conseillers d’État
- Les conseillers d'État : « précisément ce que nous connoissons ici sous le nom de ministres d'État » — le but de toutes les brigues des plus grands seigneurs, avec l'Excellence et la singulière distinction d'aller « par la ville en chaise à porteurs entourés de leur livrée à pied ».
- Secrétaire des dépêches universelles
- Le secrétaire des dépêches universelles — Ubilla le dernier : « presque nos quatre secrétaires d'État ensemble pour le crédit et les fonctions », mais au conseil « au bas bout de la table auprès de leur écritoire… sans opiner et toujours à genoux sur un petit carreau qui leur fut accordé à la fin, à cause de la longueur des conseils ».
- Secrétaires d’État
- Les secrétaires d'État issus de ses débris : six, dont Grimaldo « qui travailloit toujours avec le roi » et Castellar, tâchant de se mettre sur le pied des nôtres.
- Les trois charges : majordome-major du roi et les majordomes ; sommelier du corps et gentilshommes de la chambre ; grand écuyer et premier écuyer
- Les trois charges : le majordome-major — « notre grand maître de France dans toute l'étendue qu'il avoit autrefois », maître des palais, des tables, des fêtes, des logements, de la médecine même, assis couvert à la droite du roi jusque sur l'estrade du trône, recevant tous les serments sans en prêter aucun ; le sommelier du corps — grand chambellan, premiers gentilshommes et garde-robe « réunis en une seule charge », couchant au palais ; et le grand écuyer — qui hors du palais prend toutes les fonctions du sommelier, seul à aller dans Madrid « à six mules ou à six chevaux », servi partout par les pages du roi, chef de toutes les chasses « de mille et quinze cents paysans » en battues.
- Capitaine des hallebardiers
- Le capitaine des hallebardiers : « ne peut être mieux comparé lui et sa compagnie en tout et pour tout qu'aux Cent-Suisses de la garde du roi. »
- Patriarche des Indes
- Le patriarche des Indes : un titre « qui n'a pas la plus légère idée qui ait la moindre conformité » à sa réalité — « il ne peut rien aux Indes, il n'en touche rien, il y est inconnu » : évêque in partibus faisant fonction de grand aumônier en l'absence perpétuelle de l'archevêque de Compostelle, avec les mêmes disputes d'exemption de chapelle qu'en France.
- Majordome-major et majordomes de la reine
- Le majordome-major de la reine : mêmes fonctions chez elle que celui du roi chez lui, jusqu'à lui mettre sa mantille « en présence de ses autres dames » — au-dessus de la camarera-mayor, entrant chez la reine à toutes heures « même quand elle est au lit ».
- Grand écuyer et premier écuyer de la reine
- Le grand écuyer de la reine, avec son premier écuyer — « entièrement comme est le grand écuyer du roi chez lui », sans les distinctions extérieures.
- Camarera-mayor
- La camarera-mayor : « rassemble les fonctions de notre surintendante, de notre dame d'honneur et de notre dame d'atours » — toujours grande d'Espagne, veuve, « ordinairement vieille », logée au palais, ne quittant jamais la reine, servant à genoux « pour leur donner à laver et à boire ».
- Dames du palais et dames d’honneur
- Les deux sortes de dames : les dames du palais, « femmes de grands d'Espagne ou héritières de grands » ; et les señoras de honor, « dames d'un étage très-inférieur » — toutes servant par semaine dans la dépendance de la camarera-mayor, le service passant de main en main des femmes de chambre aux señoras, aux dames, à la camarera.
- Azafata et femmes de chambre
- L'azafata, première femme de chambre, « d'ordinaire la nourrice du roi ou de la reine », inférieure de naissance aux femmes de chambre — toutes filles de bonne noblesse — mais avec sur elles le commandement de la camarera sur les dames.
- Marche en carrosse de cérémonie
- La marche en carrosse de cérémonie vers Notre-Dame d'Atocha, décrite carrosse par carrosse : gentilshommes, grand écuyer, le roi et la reine seuls, le carrosse du roi vide, la camarera « seule dans le sien environné de sa livrée à pied », les dames du palais « magnifiques », les señoras, l'azafata seule, les femmes de chambre. « Aucune charge n'est vénale dans toute l'Espagne, et tous les appointements en sont fort petits comme ils étoient anciennement en France. »
- Gentilshommes de la chambre avec et sans exercice
- Les gentilshommes de la chambre et leur grande clef dorée « qui sort par le manche de la couture de la patte de leur poche droite » — ouvrant toutes les portes de tous les palais : celui qui la perd paie le changement de toutes les serrures, « plus de dix mille écus ». Deux sortes : « de véritables clefs qui ouvrent, pour les gentilshommes en exercice ; et des clefs qui n'en ont que la figure, qui n'ouvrent rien, et qui s'appellent des clefs caponnes. »
- Estampilla
- L'estampilla : « un sceau d'acier, sur lequel est gravée la signature du roi, mais semblable à ne la pouvoir distinguer de la sienne » — l'emploi, l'employé et l'instrument portant le même nom, « de la plus grande confiance et importance », inventé « pour soulager les rois d'Espagne, qui signent une infinité de choses ».
- La Roche
- La Roche, le premier valet de chambre français passé avec le roi, l'eut en arrivant et « l'a faite jusqu'à sa mort avec une grande fidélité et une grande exactitude » : « un homme de bien, d'honneur, doux, modeste, bienfaisant et désintéressé… généralement aimé, estimé et considéré. »
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