TOME XVI · CHAPITRE XVII
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Summary
A hitch at the Palais-Royal; the report to the Regent of the 'long conversation with M. le Duc' — 'reproaches on my side, avowals on his'; the lit de justice 'deferred three days'; the Regent 'owns his faults, which I reproach him with strongly, admits he was besieged, and his weakness'; suspicions over the lit's holding; the missed Tuileries rendezvous; the dukes of La Force and Guiche 'singularly in the regency'; the reported conversation with M. le Duc 'who wants the king's education and an establishment for the comte de Charolois'.
The entries
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- Contre-temps au Palais-Royal
- Arrivé au Palais-Royal à onze heures et demie — « comme les contre-temps sont toujours de toutes les grandes affaires » —, Saint-Simon trouva le régent enfermé avec le maréchal d'Huxelles et les cardinaux de Rohan et de Bissy, qui lui lisaient « chacun une grande paperasse de sa façon..., sous le spécieux nom de ramener le cardinal de Noailles à leur volonté ». Il était « sur les épines », et bien plus en voyant paraître M. le Duc à midi et demi, qui repartit faute d'audience. Saint-Simon força alors le cabinet par le premier valet de chambre : le régent rentra dire aux cardinaux « qu'il étoit las, que cette affaire s'entendroit mieux en deux fois qu'en une, et en moins d'un demi-quart d'heure ils sortirent avec leur portefeuille sous le bras ».
- Je rends compte au régent de ma longue conversation avec M. le Duc
- « Portes fermées, nous demeurâmes à nous promener dans la galerie, M. le duc d'Orléans et moi, jusqu'à trois heures après midi. » Saint-Simon rendit la conversation de l'hôtel de Condé « tout entière..., sans en oublier rien », avec ses réflexions. Le régent « fut surpris de la force de mes raisons pour ne pas tomber sur M. du Maine, et fort effarouché de la ténacité de M. le Duc » ; il avoua avoir demandé et reçu les trois projets d'édits — « alors je sentis qu'il s'y étoit engagé tout de nouveau. Il n'osa me l'avouer, mais il n'échappa pas à mon reproche. »
- Reproches de ma part ; aveux de la sienne
- « Hé bien ! monsieur, lui dis-je trop brusquement, vous voilà dans le bourbier que je vous ai prédit tant de fois. » Et de disséquer la formule de M. le Duc : « c'est le second homme de l'État qui ne veut faire semblant que de sa haine en apparence, et veut se fortifier de l'éducation sans vous montrer rien qui vous donne de l'ombrage. Après, quand il l'aura, ce sera à vous à compter avec lui..., et comprenez ce que c'est pour un régent qu'avoir à compter avec quelqu'un. » Le régent « gémit, convint » ; Saint-Simon proposa la seule « fourchette à la descente » : exiger le retour de M. de Charolois, impossible à obtenir faute d'établissement — expédient que le régent « goûta avec avidité ».
- Lit de justice différé de trois jours
- Le régent doutait que le lit de justice pût se tenir dès le mardi, « parce que le garde des sceaux doutoit lui-même d'être prêt ». « Ce délai me déplut ; je craignis qu'il ne fût un prélude de délai plus long et puis de changement » : « ces coups résolus, puis manqués se savoient toujours et faisoient des effets épouvantables. — À vendredi, me dit-il, car mercredi et jeudi sont fêtes... — À la bonne heure, répartis-je, pourvu qu'à tout rompre ce soit vendredi. » Et je l'y vis bien déterminé.
- Le régent tourne la conversation sur le parlement ; convient de ses fautes, que je lui reproche fortement ; avoue qu’il a été assiégé, et sa faiblesse
- Le régent parla ensuite du parlement « avec amertume » : « Vous n'avez, monsieur, lui répondis-je, que ce que vous avez bien voulu avoir. Si dès l'abord vous aviez jugé notre bonnet, et si vous ne nous aviez pas sacrifiés au parlement pour l'honneur de ses bonnes grâces..., vous lui eussiez montré que vous êtes régent, au lieu que vous lui avez appris à le vouloir être. — Cela est vrai..., mais en ce temps-là j'étois environné de gens qui se relayoient les uns les autres pour le parlement contre vous autres et qui ne me laissoient pas respirer. » Sommé de dire si Saint-Simon lui avait jamais parlé autrement qu'en serviteur : « Oh ! quelquefois, me dit-il en homme moins persuadé que peiné d'être acculé. » Puis l'aveu : « Ce M. le Duc me fait peur, il en veut trop et trop fermement... Il a son dit et son dédit. Il ne s'en soucie pas, mais c'est à condition qu'il l'aura et ce n'est pas mon compte. » La séance finit en riant : « Voici mon gourmand, me dit-il, de belles réflexions et le dîner au bout ! »
- Soupçons sur la tenue du lit de justice
- Rentré chez lui après le conseil — où il avait glissé bas à M. le Duc le mot convenu pour les Tuileries —, Saint-Simon trouva Fagon qui « me jeta des soupçons sur le garde des sceaux dont les propos lui faisoient autant de peine que le délai » : Argenson avait passé « presque toute la matinée... à des futilités, au lieu de la donner à la préparation de ce qu'il avoit à faire pour le lit de justice. M. de La Force survint qui fortifia ces soupçons. »
- Contre-temps, qui me fait manquer un rendez-vous aux Tuileries avec M. le Duc
- Au départ pour les Tuileries dans le carrosse de Fagon : « Arrête, arrête ! C'étoit l'abbé Dubois. » Il fallut servir la « défaite ordinaire » de l'affaire de Mme de Lauzun à ce « grand fureteur », sans pouvoir « se défaire de lui à temps ». Au jardin, Saint-Simon parcourut « trois fois l'allée et même le bout du jardin », dévisageant les promeneurs — « je regardois les gens sous le nez » — puis trouva dehors ses laquais criant pour lui faire place : « je les aurois battus de bon cœur... Je rentrai honteux dans le jardin, et de tout ce manège je ne gagnai que de la sueur. » Le rendez-vous avec M. le Duc était manqué.
- Ducs de La Force et de Guiche singulièrement dans la régence
- Retour sur « la première origine de cette affaire » : ce fut l'intérêt du duc de La Force « pour être du conseil de régence, qui excita Law qui s'endormoit » — « rien n'est plus léger que leur première cause » dans les grandes affaires. La Force arracha l'ordre de venir au conseil du dimanche « avec quelques paperasses de finances pour couvrir la chose » ; la cassation des arrêts passa d'une seule voix, « ainsi les mémoires de M. de La Force demeurèrent dans sa poche ». Le lundi, Saint-Simon obtint du régent — « nous sommes beaucoup. — Vraiment oui..., et beaucoup trop » — qu'il n'en fît pas à deux fois : le duc de Guiche fut appelé et prié d'entrer aussi, dans une scène de « compliments d'une part et de révérences de l'autre... à fournir une scène au théâtre ». « On goûta peu cette nouvelle multiplication..., et j'eus l'endosse de tous les deux. »
- M. le duc d’Orléans me rend sa conversation avec M. le Duc, qui veut l’éducation du roi et un établissement pour M. le comte de Charolois
- Le régent rendit alors sa conversation de la veille : « il n'avoit jamais vu un homme si têtu, et cet homme lui faisoit peur... Il veut l'éducation du roi, et n'en veut point démordre. » Sur le frère : « c'est toujours la même chanson. Mais il s'est coupé à force de dire, et je vois bien qu'ils s'entendent tous comme larrons en foire. » Saint-Simon conclut : « pour avoir M. le Duc il faut deux choses : lui donner l'éducation du roi, et un établissement à son frère. » Le régent se fit fort de tenir : « d'établissement, je n'en sais point faire quand il n'en vaque pas... Albéroni y regardera à deux fois à se mettre un prince du sang sur le corps » ; et pour l'éducation, il comptait sur La Faye, secrétaire de M. le Duc — « entre nous, je lui graisse la patte ». Il expliqua aussi la pension de cent cinquante mille livres accordée comme premier prince du sang avec effet rétroactif « qu'on payeroit comme on pourroit de ces arrérages supposés » : « avec tout cet argent il falloit bien que M. le Duc se contentât. »
- Découverte d’assemblées secrètes chez le maréchal de Villeroy
- L'entrée de La Force au conseil produisit une découverte : allé chez le maréchal de Villeroy avant l'heure, il y trouva le maréchal de Tallard éconduit sous prétexte de sommeil, mais le médecin Falconnet, « qui n'y entendoit pas finesse », lâcha : « Ses gens disent qu'il dort, mais, comme j'étois avec lui, M. le duc du Maine est entré, un instant après M. le maréchal de Villars, et aussitôt on a fermé la porte, et il y a déjà du temps. » On les vit ensuite arriver au conseil séparément, par trois portes différentes : « cette manière d'entrer me frappa, et me fit presser M. de La Force de le dire à M. le duc d'Orléans dès qu'il arriveroit. »
- Je renoue, pour le soir, le rendez-vous des Tuileries
- Pris à part par M. le Duc qui l'avait cherché en vain aux Tuileries, Saint-Simon renoua le rendez-vous pour le soir même et se sépara « en hâte de peur d'être remarqué, ce qu'on craint toujours quand on sent qu'il y a de quoi ». Après le conseil, le régent pria « fort à propos » les princes de ne point s'absenter et indiqua un conseil extraordinaire pour le jeudi : « on ne peut croire combien ce conseil indiqué au jeudi après dîner servit à couvrir le projet. » Le soir, conduit par Louville pour « dépayser mes gens », Saint-Simon trouva M. le Duc « au second tour de l'allée du rendez-vous ».
- Dissertation entre M. le Duc et moi sur M. le comte de Charolois, sur l’éducation du roi qu’il veut ôter sur-le-champ au duc du Maine, et l’avoir
- M. le Duc dit que le régent « avoit peine à se résoudre ». Saint-Simon attaqua le roman de la fuite de Charolois : « une de ces vérités qui ne sont pas vraisemblables », qu'un prince de cet âge partît pour un pays si éloigné sans rien dire à sa mère ni à lui, suivi d'anciens domestiques de la maison, et cela « lors du plus opiniâtre déni de justice de leur procès avec les bâtards ». « Je vis sourire M. le Duc, autant que l'obscurité me le put permettre » ; pressé, il s'échauffa jusqu'à « répondre du retour de son frère, pourvu qu'il fût seulement bien assuré d'un grand gouvernement » — preuve, releva Saint-Simon en souriant à son tour, « qu'il étoit maître du retour de son frère ». Sur le fond, « je trouvai un homme fermé à ne pas manquer une occasion, peut-être unique » : « la guerre civile..., je n'en crois point. Le comte de Toulouse est trop sage, et son frère trop timide... Je ne veux pas me perdre, moi. »
- Point d’Espagne sur M. de Charolois
- Pour marquer qu'on en savait long, Saint-Simon confia — sous grand secret — que des lettres interceptées prouvaient que, « parmi les remises qui se faisoient d'Espagne en Italie pour le projet qui est sur le tapis, il y en eût dix mille pistoles pour un seul particulier », ni potentat, ni fournisseur, ni banquier : la conclusion menait droit au comte de Charolois. M. le Duc détailla alors la suite légère de son frère, l'incapacité du sieur de Billy, « et puis me protesta non seulement avec serment, mais avec un air de vérité et de sincérité qui me convainquit, qu'il n'en avoit pas la moindre notion, ni même aucune que son frère fût en commerce avec le cardinal Albéroni ni avec personne en Espagne. Cela me soulagea fort. »
- M. le Duc me charge obstinément de la plus forte déclaration, de sa part, au régent sur l’éducation
- Au bord du grand rond, choisi « pour pouvoir voir dans l'obscurité autour de nous », M. le Duc répéta « avec feu » sa déclaration et exigea qu'elle fût portée : « il me pria de la faire de sa part au régent, et d'y ajouter que, s'il n'avoit l'éducation le vendredi suivant, il lui en resteroit un ressentiment dans le cœur, dont il sentoit bien qu'il ne seroit pas maître, et qui lui dureroit toute sa vie. » Saint-Simon se débattit, « mais enfin il me força par me dire que, puisqu'il trouvoit fort bon que j'appuyasse mes raisons, il avoit droit aussi d'exiger de moi que je ne cachasse rien à M. le duc d'Orléans de ce qu'il désiroit qui passât à lui par moi de sa part ».
- M. le Duc convient avec moi de la réduction des bâtards en leur rang de pairie, au prochain lit de justice
- « À bout donc sur ce beau message », Saint-Simon cultiva du moins l'essentiel pour les ducs : M. le Duc promit de lui-même de dire le lendemain au régent « que, toute réflexion faite, leur réduction à leur rang de pairie parmi les pairs étoit ce qui lui paroissoit le meilleur à suivre des trois projets de déclarations ou d'édits qu'il lui avoit présentés. Je sentis bien qu'en effet je l'en avois persuadé dès l'hôtel de Condé ; mais je ne sentis pas moins qu'il vouloit me plaire et me toucher par un endroit aussi sensible pour émousser mes raisons de ne pas toucher au duc du Maine. »
- Nous nous donnons le même rendez-vous pour le lendemain
- « Nous nous séparâmes avec un rendez-vous à la même heure et au même lieu pour le lendemain, afin de nous dire l'un à l'autre ce qui se seroit passé avec M. le duc d'Orléans » ; M. le Duc fit « excuses de toutes les peines qu'il me donnoit, et les compliments de la plus grande politesse... Il prit par une allée, moi par une autre ; et, pour cette fois, je trouvai mes gens où je leur avois dit. »
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