TOME XVI · CHAPITRE XIV

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Summary

A parenthesis of the future — written later: M. le Duc's government 'led by Mme de Prie', pensioned by England with the £40,000 'of the late cardinal Dubois'; the epoch and cause of the infanta's dismissal and the king's abrupt marriage. Then cardinal Fleury's government: the English 'chains', his ignorance of affairs 'when he seized the helm', the 'adventure called d'Issy'; his perfect disinterestedness as to money — and his 'sordid avarice, not for himself, but for the king, the State and private men'; Fleury's free conversations with the author.

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Gouvernement de M. le Duc, mené par Mme de Prie, à qui l’Angleterre donne la pension de quarante mille livres sterling du feu cardinal Dubois
« Dubois mort ne laissa de regrets qu'à l'Angleterre. » M. le Duc, « bombardé en sa place par Fleury », fut « un homme fait exprès pour la fortune de l'Angleterre, possédé aveuglément qu'il étoit par la marquise de Prie » : « avec de la beauté, l'air et la taille de nymphe, beaucoup d'esprit..., c'étoit un prodige de l'excès des plus funestes passions : ambition, avarice, haine, vengeance, domination sans ménagement », qui rendit ce ministère « un règne de sang et de confusion ». Les Anglais « se hâtèrent de la gagner, et moyennant la même pension qu'avoit d'eux le cardinal Dubois, tout fut bientôt conclu » ; menée par « cette Médée », la France « marcha totalement sur les traces de Dubois ».
Époque et cause de la résolution de renvoyer l’infante et de marier brusquement le roi
Le roi tomba malade, et M. le Duc, effrayé, « se releva une nuit tout nu, en robe de chambre », une bougie à la main, dans l'antichambre où Maréchal passait la nuit : « il trouva un homme égaré, hors de soi », à qui il échappa : « Que deviendrois-je... ; je n'y serai pas repris s'il en réchappe ; il faut le marier. » « Ce fut l'époque du renvoi de l'infante. » Redoutant « comme la mort » de se voir soumis au fils du feu régent, M. le Duc voulut « mettre le roi en état d'avoir promptement des enfants » ; faisant à l'Espagne « une aussi cruelle injure », il « compta bien sur une haine irréconciliable, et se jeta de plus en plus à l'Angleterre ».
Gouvernement du cardinal Fleury
Chassé le lundi de la Pentecôte 1726 par l'ordre que porta le duc de Charost, M. le Duc céda la place à Fleury, qui tint les rênes « avec la vie que tout à la fin de janvier 1743 ». « Jamais roi de France, non pas même Louis XIV, n'a régné d'une manière si absolue, si sûre, si éloignée de toute contradiction » : les ministres n'existaient « que pour recevoir et exécuter ses ordres..., sans que pas un d'eux ni des seigneurs de la cour, des dames ni des valets... osassent proférer une seule parole à ce prince de quoi que ce soit, qui ne fût bagatelle entièrement indifférente ».
Chaînes dont Fleury se laisse lier par l’Angleterre
Fleury « trouva le gouvernement entièrement monté au ton de l'Angleterre », et face à lui « un ambassadeur bien plus mesuré, mais aussi bien plus habile que n'avoit été Stairs » : Horace Walpole, frère de Robert « qui gouvernoit alors principalement en Angleterre » et « qui le dirigeoit de Londres ». « La partie n'étoit pas égale entre eux » : Horace, « nourri dans les affaires comme le sont tous les Anglois », lia le vieux cardinal de chaînes que celui-ci prit pour de l'amitié.
Fleury sans la moindre teinture des affaires, lorsqu’il en saisit le timon
Avant son ministère, Fleury avait passé sa vie « dans les ruelles, les parties, les bonnes compagnies, loin de toute étude, de toute affaire, de toute espèce d'application », puis évêque « confiné quelquefois dans un trou solitaire, tel qu'est Fréjus ». « Il n'avoit donc pas la plus légère notion d'affaires, lorsqu'il prit tout à coup le timon de toutes », à « soixante-douze ou soixante-treize ans » ; et dès lors il fut « toujours moins occupé [des affaires]... que de se maintenir dans cette autorité, et de la porter au comble où, dix-huit ans durant, on l'a vue sans le plus petit nuage ».
Aventure dite d’Issy
Lassée de ce « témoin unique » du travail du roi, Mme de Prie fit esquiver le roi chez la reine : « le cardinal demeura seul plus d'une heure dans le cabinet du roi à se morfondre », puis s'en alla coucher à Issy, écrivant au roi « en homme piqué, et très résolu de partir sans le voir pour s'en aller pour toujours dans ses abbayes ». Le jeune roi, « les larmes le gagnèrent en la lisant..., et s'alla cacher sur sa chaise percée » ; le duc de Mortemart porta l'ordre à M. le Duc de rappeler Fleury. Saint-Simon note que si M. le Duc « l'eût fait paqueter sur le chemin d'Issy et fait gagner pays toute la nuit », Fleury « n'eût été cardinal ni premier ministre de sa vie ».
Fleury parfaitement désintéressé sur l’argent et les biens
La vie pauvre des collèges et des séminaires avait accoutumé Fleury « à une vie dure, à se passer de tout, et à une grande épargne » sans dégénérer en « soif d'argent » : « c'étoit l'homme du monde qui se soucioit le moins d'avoir, et qui, maître de se procurer tout ce qu'il auroit voulu, s'est le moins donné » — « incapable non seulement d'accepter des présents et des pensions étrangères, mais hors de toute mesure qu'on osât lui en présenter ». Ce ne fut donc pas cette voie qui le livra à l'Angleterre, « et encore sans penser à elle ni à l'intérêt de cette couronne ».
Lui et moi nous nous parlons librement de toutes les affaires
Saint-Simon explique sa source : « je fus toujours en usage que lui et moi nous nous parlions de tout... ; il m'y répondoit toujours franchement et avec détail. » Le cardinal revenait de lui-même aux affaires d'État, « mais jamais qu'en récit, en raisonnements de sa part et de la mienne, sans rien qui approchât de la consultation ». « Jamais en aucun temps ni moment son cabinet ne me fut fermé..., c'étoit toujours moi qui le quittois » ; souvent il le retenait et « causoit en me suivant à la porte » — une « stérile confiance » dont le mémorialiste tire ici tout son détail.
Avarice sordide de Fleury, non pour soi, mais pour le roi, l’État et les particuliers
« Ce ministre tourna une vertu en défaut que je lui ai souvent reproché » : « choqué à l'excès des profusions des ministères qui avoient précédé le sien, il tomba dans une avarice pour l'État et pour les particuliers, dont les suites ont été très funestes ». « Il excelloit aux ménages de collège et de séminaire, et qu'on pardonne ce mot bas, au ménage des bouts de chandelle », pratiqué à la lettre dans les cabinets du roi, « dont le roi pourtant se lassa, et dont un malheureux valet se rompit le cou sur un degré du grand commun ».
Fleury met sa personne en la place de l’importance de celle qu’il occupe, et en devient cruellement la dupe
Autre défaut « trop commun à ceux qui occupent de grandes places » : Fleury « prenoit aisément les hommages, les avances, les louanges, les fausses protestations des étrangers et des souverains, pour réels et pour estime de sa personne..., même pour amitié véritable, sans songer qu'il ne les devoit qu'à l'importance de sa place et au besoin qu'ils avoient de lui, ou au désir de le gagner et de le tromper, comme il l'a été de presque toutes les puissances de l'Europe l'une après l'autre ».
Walpole, ambassadeur d’Angleterre, l’ensorcelle
Walpole, « averti de tout à temps », courut à Issy pendant la disgrâce apparente : « par cette démarche [il] se dévoua personnellement le cardinal à un point qui est inexprimable ». Aux reproches de Saint-Simon, Fleury répondait « avec un sourire de complaisance : Vous n'y êtes pas... Horace Walpole est mon ami personnel. Il est le seul qui ait osé me venir voir à Issy... Croiriez-vous qu'il me montre les lettres qu'il reçoit d'Angleterre, et toutes celles qu'il y écrit, que je les corrige, et que souvent je les dicte... Je vous dis que je les gouverne, et que je fais de l'Angleterre tout ce que je veux. » Les Walpole finirent par le mépriser et « montrer en plein parlement les lettres qu'ils avoient gardées de lui, et en faire des dérisions publiques ».
Trois objets des Anglois
« Leur grand objet étoit triple, et ils le remplirent triplement et complètement : empêcher que la France ne relevât sa marine et leur donnât d'inquiétude sur Dunkerque..., et se conserver par là l'empire de la mer et du commerce ; tenir la France et l'Espagne en jalousie et mal ensemble..., pour saper aussi le commerce d'Espagne de plus en plus, et continuer à s'établir à ses dépens et à sa ruine dans les Indes ; enfin, par rapport à Hanovre..., se rendre considérables à l'empereur par disposer à son égard de la France : tous ces trois points furent aisés à Walpole. »
Avarice du cardinal ne veut point de marine, et, à d’autres égards, encore pernicieuse à l’État
« L'avarice de celui-ci l'empêcha non seulement de vouloir rien écouter sur le rétablissement de la marine ; mais elle le poussa à tous les ménages qui en achevèrent la destruction. Pour le commerce, la crainte de blesser les Anglois qu'il croyoit gouverner faisoit avorter les mesures et les propositions les plus sages, et lui fermoit les oreilles aux plaintes les plus criantes » — dont Saint-Simon voyait « sans cesse désolé » son ami Fagon, conseiller d'État « à la tête du commerce, par qui j'en ai su des détails infinis ».
Il est personnellement éloigné de l’Espagne, et la reine d’Espagne et lui brouillés sans retour jusqu’au scandale
Dès l'entrée du cardinal aux affaires « il s'éleva des nuages entre l'Espagne et lui personnellement, dont j'ai toujours ignoré la cause » ; ces nuages « mirent enfin un mur de séparation personnelle entre la reine d'Espagne et lui, qui monta jusqu'à l'aversion des deux côtés, et réciproquement peu ménagés jusqu'à l'indécence ». Saint-Simon y voit la trace du renvoi de l'infante, « qui en effet n'eût pu se faire sans lui » ; et Walpole « n'eut pas de plus grand soin que de jeter de l'huile sur ce feu », tenant la France et l'Espagne « intérieurement dans le plus funeste éloignement ».
Premiers ministres funestes aux États qu’ils gouvernent
Grande maxime tirée de Dubois, de Mme de Prie et de Fleury, « tous gens qui, par le néant de leur naissance et par leur isolement personnel, n'étoient pas pour prendre grand intérêt à l'État qu'ils ont gouverné » : « on voit de quel funeste poison est un premier ministre à un royaume. » Son intérêt « ne peut être celui de l'État qu'autant qu'il peut concourir ou compatir avec le sien particulier » ; il ne cherche « qu'à circonvenir son maître, à fermer tout accès à lui..., se rendre terrible et funeste à quiconque oseroit dire au roi le moindre mot » ; il « ne veut choisir que des gens bornés et sans expérience..., écarte tout mérite avec le plus grand soin ; d'où il résulte qu'un gouvernement de premier ministre ne peut être que pernicieux ».
L’Angleterre ennemie de la France, à force titres anciens et nouveaux
« L'expérience de plusieurs siècles doit avoir appris ce qu'est l'Angleterre à la France ; ennemie de prétentions à nos ports et à nos provinces, ennemie d'empire de la mer, ennemie de voisinage, ennemie de commerce, ennemie de colonies, ennemie de forme de gouvernement ; et cette mesure comblée par l'inimitié de la religion », par la jalousie de voir l'Espagne dans la maison de France et la terreur de « ce que pourroit l'union des deux branches royales ». Revue des règnes anglais : la France « a cruellement senti tout le règne de Guillaume ; et, si les fins de celui de la reine Anne l'en ont consolée, ce n'a pas été sans le payer chèrement par Dunkerque ».
Intérêt de la France à l’égard de l’Angleterre
« Il est donc clair que l'intérêt sensible de la France est, autant qu'elle le peut sagement, d'exciter et d'entretenir les troubles domestiques parmi une nation qui y est elle-même si portée. C'est ce que le feu roi projetoit, et que la mort l'empêcha d'exécuter. Tout étoit prêt » — jusqu'à ce que l'intérêt de Dubois l'empêchât par Canillac et le duc de Noailles. « L'Angleterre avoit infiniment plus besoin de la France que la France de l'Angleterre » ; mais on n'a jamais fait « que de misérables et très rares semblants » : « l'affaire infâme de Nonancourt déshonorera toujours le temps où elle arriva ; et l'entreprise échouée du prince de Galles, en 1746, est une chose qui ne peut avoir de nom. »
Perte radicale de la marine, etc., de France et d’Espagne ; l’empire de la mer et tout le commerce passé à l’Angleterre, fruits du gouvernement des premiers ministres de France et d’Espagne, avec bien d’autres maux
Le bilan : « la marine de France se trouve radicalement détruite, son commerce par conséquent, tous les magasins épuisés, les constructions impossibles..., ses ports et ses côtes sont exactement bloqués, ses meilleures colonies enlevées » ; « il faudroit à la France trente ans de paix et du plus sage gouvernement pour remonter sa marine au point que Colbert et Seignelay l'ont laissée ». « Ainsi l'Angleterre triomphe de notre ineptie » : sous « ce grand mot de contre-poids et d'équilibre », elle « a usurpé le plein empire de toutes les mers et de tout commerce », paie « la reine de Hongrie, la Hollande, le roi de Sardaigne contre la France », et fait renaître « une seconde maison d'Autriche des cendres de la première » — guerre où Fleury « s'est imbécilement laissé engager par l'intérêt d'un très simple particulier (Belle-Ile) ».
Comparaison du gouvernement des premiers ministres de France et d’Espagne, et de leur conseil, avec celui des conseils de Vienne, Londres, Turin, et de leurs fruits
« La France et l'Espagne, gouvernées par des gens de robe et de peu, ensuite par des premiers ministres encore moindres..., en garde continuelle contre la naissance, l'esprit, le mérite, l'expérience » ; au contraire, « les cours de Turin, de Londres et de Vienne ont le bonheur de détester de tout temps cette sorte de gouvernement » et « n'emploient dans leurs conseils que des gens de qualité », essayés par degrés dans le civil comme dans le militaire. Preuve par la reine de Hongrie : ses conseillers, « attachés de père en fils à sa maison..., tous généraux d'armée ou expérimentés », « de la situation la plus désespérée l'ont ramenée à celle où on la voit aujourd'hui ». Et Saint-Simon d'attester son désintéressement : « à mon âge et dans l'état où est ma famille..., les vérités que j'explique ne sont mêlées d'aucun intérêt. »
Sarcasme qui fit enfin dédommager le chapitre de Denain des dommages qu’il a soufferts du combat de Denain
Une « bagatelle » qui « caractérise M. le duc d'Orléans » : deux chanoinesses de Denain, Mmes de Vignacourt et d'Haudion, poursuivaient en vain depuis des années le dédommagement des ruines du combat « dont la victoire fut le commencement de la résurrection de la France ». Les voyant près d'être mises « hors de leur logis », Saint-Simon pria le régent « de me donner deux écus, avec un sérieux qui augmenta la surprise de la demande »... « afin qu'elles eussent au moins pour quelques jours à dîner de quelque gargote. Tous deux se mirent à rire, et moi de moraliser. » Au bout d'un mois, l'expédition fut accordée, avec « une gratification honnête » : « je n'ai jamais vu deux filles si aises ni plus reconnoissantes..., et tous les ans une lettre de souvenir des deux chanoinesses tant qu'elles ont vécu. »

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