TOME IV · CHAPITRE XVII

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Summary

The disaster's sequels: the allies' march, Marlborough field-marshal of emperor and empire, our armies back in Alsace. Deaths of Montfort — his character, the charge to his brother — and of Verue. The failed attempt on Cadiz and the naval battle of Málaga won by Toulouse — but the 'fatal fault' committed despite him lets the enemy fleet escape and leaves newly-taken Gibraltar English. Châteauneuf ambassador to Portugal, his brother, their fortune; Orry in Paris in disgrace and peril; Aubigné well treated at Madrid; Berwick recalled at the queen's instance, Tessé named to succeed; the Mantua marriage intrigues, Mlle d'Enghien refused.

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Marche des alliés
« Les trois chefs ennemis, maîtres de la Bavière et de tout jusqu'au Rhin, ramenèrent leurs armées auprès de Philippsbourg [...], et y tinrent un pont tout prêt à jeter sur le Rhin en trois heures. » Pendant que les troupes se rafraîchissaient, « le prince Louis de Bade reçut dans ce voisinage au beau château de Rastadt, qu'il avoit bâti en petit sur le modèle de Versailles, le prince Eugène et le duc de Marlborough qui vinrent s'y reposer à l'ombre de leurs lauriers ».
Marlborough feld-maréchal général des armées de l’empereur et de l’empire
« Ce fut là que ce duc reçut de l'empereur les patentes de feld-maréchal général des armées de l'empereur et de l'empire, grade fort rare, pareil à celui qu'avoit le prince Eugène, et supérieur aux feld-maréchaux [...] ; et la reine d'Angleterre lui permit de l'accepter en attendant les récompenses qu'on lui préparoit en Angleterre » — le vainqueur de Blenheim cumulait désormais les plus hauts grades des deux moitiés de la coalition.
Nos armées en Alsace
« Pendant ce glorieux repos nos maréchaux avoient repassé le Rhin et s'étoient avancés sur Haguenau. Tout leur faisoit craindre le siège de Landau. Le maréchal de Villeroy ne se crut pas en état de s'y opposer ; il se contenta de le munir de tout le nécessaire pour un long siège, et d'y faire entrer, outre la garnison, huit bataillons, un régiment de cavalerie et un de dragons sous Laubanie, gouverneur, chargé de le défendre. Rien n'étoit pareil à la rage des officiers de cette armée. »
Mort du duc de Montfort ; son caractère
Le duc de Montfort avait écrit à Saint-Simon « qu'à son retour il vouloit casser son épée et se faire président à mortier » ; l'ami répondit en le conjurant « de ne se pas faire tuer à plaisir ». Prémonition funeste : ayant arraché « de pure importunité » le commandement d'un convoi d'argent pour Landau, il vit au retour des hussards voltiger, « le voilà à les vouloir courre et faire le coup de pistolet comme un carabin » — enveloppé, « culbuté d'un coup de carabine qui lui fracassa les reins », il mourut au quartier général, à moins de trente-cinq ans, confessé « avec de grands sentiments de piété ». Portrait déchirant de l'ami intime : « une valeur qui se pouvoit dire excessive », l'équité, la vérité, « le meilleur fils, le meilleur mari, le meilleur frère et le meilleur maître du monde ». « Sa perte fut aussi pour moi de la dernière amertume, et tous les jours de ma vie je l'ai sentie depuis tant d'années. »
Sa charge donnée à son frère
« Il ne laissa que des enfants tout enfants. Sa charge fut donnée à son frère, le vidame d'Amiens, qui est parvenu depuis à tout » — la capitainerie des chevau-légers passait au futur duc de Chevreuse-Chaulnes, maréchal de France.
Mort, famille et dépouille du comte de Verue
« La mort du comte de Verue, tué à cette funeste bataille, dégrilla sa femme, qu'il tenoit dans un couvent à Paris, depuis qu'elle y étoit revenue d'entre les bras de M. de Savoie [...], et lui donna toute liberté. Elle reviendra en son temps sur la scène. » Sa charge de commissaire général de la cavalerie, à peine achetée de Villars, « fut donnée à La Vallière, prisonnier d'Hochstedt, et ce choix fit fort crier ».
Entreprise manquée sur Cadix
Le prince de Darmstadt, embarqué avec l'archiduc, projeta de surprendre Cadix dégarnie : un marchand français armé pour l'Amérique, devinant le dessein « à la manœuvre de l'escadre, força de voiles, y entra en présence de l'escadre, débarqua toute sa cargaison » de munitions et d'argent, « mit ainsi la place en état de se défendre ». Darmstadt pilla les environs un mois et dut se rembarquer. Mais la revanche fut terrible : Gibraltar, « cette fameuse place qui commande à l'important détroit », n'avait « quoi que ce soit dedans pour la défendre, et pour toute garnison une quarantaine de gueux » — négligence d'Orry encore. « Y aller et s'en emparer ne fut que la même chose, et la grandeur de cette perte ne fut sentie qu'après qu'elle fut faite. »
Bataille navale gagnée près de Malaga par le comte de Toulouse
Le comte de Toulouse, ayant déconcerté à Barcelone la révolte que méditait Darmstadt, chercha la flotte de Rooke « et, le 24 septembre, il la combattit depuis dix heures du matin jusqu'à huit heures du soir » près de Malaga. « On n'avoit vu de longtemps à la mer de combat plus furieux et plus opiniâtre » ; Villette défit l'avant-garde ennemie, le vaisseau du comte démâta celui de Rooke ; les ennemis perdirent six mille hommes, un vice-amiral hollandais sauté ; « notre flotte ne perdit ni bâtiment ni mât », mais la victoire coûta cher : le bailli de Lorraine, Bellisle, Évrard, un fils de Châteaurenauld tués ; Relingue et Gabaret mortellement blessés. Le comte, dont plusieurs pages furent tués autour de lui, montra « une valeur tranquille [...], une vivacité à tout voir et un jugement à commander à propos » — et la présence d'esprit d'empêcher qu'on jetât à la mer le corps d'Herbault avant d'en visiter les papiers.
Faute fatale malgré le comte de Toulouse
La faute fatale : le 25 au soir, Rooke rejoint de près, le comte voulait attaquer le lendemain ; Relingue mourant lui manda « en deux mots de sa main, qu'il battroit les ennemis et qu'il le conjuroit de les attaquer ». Le comte gagnait les suffrages du conseil « lorsque d'O, le mentor de la flotte [...], s'y opposa avec un air dédaigneux et une froide, muette et suffisante opiniâtreté ». Le maréchal de Cœuvres confirma l'oracle « malgré lui et ses lumières, et chacun se retira à son bord consterné, le comte dans sa chambre outré de la plus vive douleur. Ils ne tardèrent pas à apprendre avec certitude que c'en étoit fait de la flotte ennemie s'ils l'eussent attaquée ; et tout de suite de Gibraltar, qu'ils auroient trouvé dans le même état qu'il avoit été abandonné. » Villadarias obtint du comte tout le nécessaire pour le siège de Gibraltar, et Pointis y fut détaché avec dix vaisseaux.
Châteauneuf, ambassadeur en Portugal, arrivé d’Espagne ; son frère, leur fortune, leur caractère
Châteauneuf, ancien ambassadeur en Portugal arrêté à Madrid depuis la rupture, arriva à Paris : « c'étoit un Savoyard qui, en l'autre guerre, avoit quitté son maître », fait premier président du sénat de Chambéry par le roi, puis ambassadeur à Constantinople « où il avoit très bien fait les affaires du roi ». Lui et l'abbé son frère — celui de Pologne — « étoient gens de lettres, d'infiniment d'esprit et de beaucoup d'agrément. Châteauneuf savoit se manier et s'étoit mis fort avant dans la confiance de la princesse des Ursins, à qui il ne fut pas inutile. »
Orry arrivé à Paris en disgrâce et en péril
« Sur ses pas arriva Orry. Le roi ne voulut pas le voir et fut au moment de lui faire faire son procès et de le faire pendre. Il le méritoit bien, mais la chose auroit trop porté contre Mme des Ursins, et Mme de Maintenon fut doucement à la parade » — le fripon des magasins vides sauvé par la solidarité du parti qu'il servait.
Aubigné bien traité à Madrid
« Aubigny, resté à Madrid l'agent intime de sa maîtresse, eut en ce temps-ci deux mille ducats de pension, malgré l'épuisement des finances, et une maison dans Madrid, aux dépens du roi » — l'écuyer-favori de la disgraciée continuait de prospérer au cœur même de la place qu'elle avait dû quitter.
Berwick rappelé d’Espagne aux instances de la reine ; Tessé nommé pour lui succéder
La reine d'Espagne, « outrée des refus » concernant Mme des Ursins, « se prit au duc de Berwick comme à l'auteur de la disgrâce d'Orry [...], quoique dès auparavant Puységur eût vérifié et découvert au roi sa turpitude et son crime. Elle demanda si instamment le rappel de Berwick, que, pour ne la pas désespérer sur tout, on le lui accorda, et le liant, l'accort Tessé, malade ou sain suivant sa basse politique, fut nommé pour lui succéder. Harcourt et Mme de Maintenon savoient bien ce qu'ils faisoient en procurant ce choix, bien moins utile aux armes que propre à leurs desseins pour le gouvernement et le cabinet. »
Intrigues du mariage du duc de Mantoue, qui refuse Mlle d’Enghien, est refusé de la duchesse de Lesdiguières, et qui, contre le désir du roi et sa propre volonté, épouse fort étrangement Mlle d’Elbœuf, qu’il traite après fort mal
L'affaire du mariage de M. de Mantoue, contée tout du long « pour montrer par des faits de cette sorte quelle fut la cour du roi » : Vaudemont voulait lui donner Mlle d'Elbœuf pour mettre une Lorraine sur le Montferrat ; M. le Prince offrit Mlle d'Enghien, dont « la laideur mit un obstacle invincible ». Le duc, épris du portrait en bague de la jeune duchesse de Lesdiguières, la poursuivit des mois : elle opposa « une fermeté » que ni son père, ni Saint-Simon, ni Pontchartrain, ni les promesses du roi — dot, retour assuré, protection stipulée par Sa Majesté au contrat — ne purent fléchir, jusqu'à s'assurer par Chamillart que « le roi trouvât bon qu'il ne fût plus parlé de ce mariage » ; le roi, « flatté peut-être de la préférence que cette jeune duchesse donnoit à demeurer sa sujette sur l'état de souveraine, fit son éloge le soir dans son cabinet ». Les Lorrains, malgré la défense du roi, poussèrent alors Mlle d'Elbœuf : mariage arraché dans une hôtellerie de Nevers par l'aumônier de l'équipage — le grand vicaire ayant refusé —, Mme de Pompadour « en dehors, sur le degré, à écouter près de la porte » un tête-à-tête « fort modeste et fort embarrassé » ; poursuite jusqu'à Toulon, galères du roi chassées par les corsaires — « ce fut grand dommage qu'elles ne fussent prises pour achever le roman » —, remariage public à Tortone. Suites : le duc « renferma tout aussitôt sa femme », fenêtres murées, gardée à vue par de vieilles Italiennes, sa mère admise une heure par jour ; et Mme d'Elbœuf revint « remplie, à ce qu'elle affectoit, des grandeurs de son gendre et de sa fille, ravie pourtant au fond d'être défaite d'une charge devenue si pesante » — et pas plus mal traitée à la cour « que si elle n'eût rien fait que de la volonté du roi ».

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