TOME IV · CHAPITRE PREMIER

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Summary

Northern and Rhine fronts: the king of Poland beaten by Charles XII, who loses his brother-in-law Holstein-Gottorp; Landau invested and taken by Louis of Baden under the King of the Romans' eyes despite Mélac's defence — reward, character and end given; the prince d'Auvergne's desertion, hanged in effigy in the Grève, and the Bouillons' vain artifices. Bavaria declares for the two crowns. Deaths of the comte de Soissons — character and family — and of the duc de Coislin, whose 'singularities' of politeness make one of the book's most famous pages, with the thesis scene facing Novion, now first president.

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Le roi de Pologne défait par le roi de Suède qui y perd le duc d’Holstein-Gottorp, son beau-frère
« Il y avoit longtemps que la Pologne étoit le théâtre des plus fâcheux troubles. » Le roi de Suède, à qui le czar allié du roi de Pologne n'avait pu résister, conçut « le dessein de détrôner son ennemi » : il remporta vers la mi-août « une victoire complète » à dix lieues de Cracovie, et le roi Auguste, ne s'y croyant plus en sûreté, « se hâta de gagner la Saxe avec peu de suite ». La victoire fut sanglante « et acheva d'irriter le roi de Suède par la mort du duc d'Holstein-Gottorp, son beau-frère, tué à ses côtés, qu'il aimoit uniquement, et dont, dans le transport de sa douleur, il jura de tirer la plus grande vengeance » — Charles XII entre ainsi dans les Mémoires par le fracas de ses premières foudres.
Landau investi par les Impériaux
Le Rhin n'apportait pas de meilleures nouvelles que la Flandre : Brisach, Fribourg, Kehl et Philippsbourg rendus à Ryswick resserraient l'armée, et le palatin avait garni « les retranchements du Spirebach », coupant toute communication avec Landau. Le marquis d'Huxelles et Mélac, gouverneur de la place, « en avoient écrit tout l'hiver » ; Huxelles vint lui-même remontrer le danger. Mais « on étoit encore dans ce désir effréné de paix qui en donnoit espérance contre toute raison, et [...] dans cette léthargie qui devint sitôt après funeste. On répondit au marquis d'Huxelles qu'on n'étoit en peine de rien de ce côté-là, et qu'on étoit bien assuré que le siège de Landau étoit une chimère à laquelle il ne seroit seulement pas songé. On s'y trompa comme sur la Flandre » : fin juin, Catinat apprit Landau investi, et passa la campagne « à pirouetter » entre Strasbourg et le Spirebach impénétrable.
Désertion du prince d’Auvergne, pendu en Grève en effigie
Le prince d'Auvergne, « gros garçon fort épais et fort désagréable, extrêmement rempli de sa naissance et des chimères nouvelles de sa famille », maltraité par son père qui retenait les biens maternels malgré les tribunaux, eut la tête tournée par une visite au cardinal de Bouillon exilé : « un beau jour qu'il étoit de piquet, il alla visiter les gardes du camp, et quand il y fut, piqua des deux et déserta aux ennemis comme un cavalier », laissant une lettre à Chamillart. De Munich il passa en Hollande, fait major général de la république : il comptait s'y faire décorer par Berg-op-Zoom, sa parenté avec le feu roi Guillaume et les Hohenzollern. Puis il « se lâcha en propos fort licencieux pour plaire à ses nouveaux maîtres, se montra plus cruel qu'aucun des ennemis au sac de Venloo, et alloit partout montrant son épée, qu'il crioit être celle de M. de Turenne, et qu'il rendroit aussi fatale à la France qu'elle y avoit été victorieuse ». Le procès fut fait à ce déserteur : condamné « à être pendu, et, en attendant qu'il pût être appréhendé au corps, à être pendu en effigie, ce qui fut exécuté en place de Grève, en plein jour ».
Artifices inutiles des Bouillon
Les Bouillon, « accoutumés à tirer des honneurs et des distinctions des félonies et des ignominies, osèrent travailler à obtenir que ce procès fût faite en forme de pairie, ou au moins avec des différences d'un particulier » — inconnu au parlement et contre toutes ses règles, le rang de prince étranger n'y étant pas reconnu. Ils obtinrent seulement que l'affaire allât droit au parlement sans passer par le Châtelet ; mais le premier président, avisé par les Noailles, « fit écrire sur les registres du parlement » que le procès avait été jugé grand-chambre et Tournelle assemblées « comme on en use pour tout noble accusé de crime [...], non par aucune distinction particulière ». « Tellement que MM. de Bouillon n'eurent que les deux potences des deux fils du comte d'Auvergne, à peu d'années de distance l'une de l'autre, sans que leur hardiesse et leur intrigue en ait pu tirer aucun fruit. »
Siège de Landau par le prince Louis de Bade, défendu par Mélac, où le roi des Romains arrive et le prend
Le siège de Landau, conduit par le prince Louis de Bade, n'avançait pas : « Mélac, gouverneur de la place, profitoit de tout pour en allonger la défense. » On se repentit trop tard : Villars amena un très gros détachement de Flandre, et Catinat eut ordre de tout tenter ; mais le Spirebach « leur parut impénétrable », et ils mandèrent « qu'il n'y falloit pas songer ». Le roi des Romains était arrivé « pour faire à ce siège ses premières armes », la reine sa femme tenant sa cour à Heidelberg. « Cependant Landau, à bout de tout, et ouvert de toutes parts, capitula le 10 septembre, ayant tenu plus d'un mois au delà de toute espérance. Les conditions furent telles que Mélac les proposa [...] en considération de son admirable défense. Le roi des Romains lui fit l'honneur de le faire manger à sa table, et voulut qu'il vît son armée et qu'elle lui rendît tous les honneurs des feld-maréchaux. »
Électeur de Bavière se déclare pour la France et l’Espagne
« L'électeur de Bavière venoit de se déclarer : il offroit d'amener vingt-cinq mille hommes sur les bords du Rhin ; on vouloit le favoriser et le joindre » — ce fut l'objet de l'ordre donné à Catinat d'envoyer Villars vers Huningue avec la plus grande partie de son armée, « pour donner de la jalousie aux Impériaux et entreprendre même ce que l'occasion lui pourroit offrir ». Le ralliement bavarois, seul allié d'importance dans l'Empire, ouvrait le théâtre d'Allemagne — et à Villars l'occasion de Friedlingen.
Mort du comte de Soissons ; son caractère et sa famille
Le comte de Soissons mourut en peu de jours d'une blessure reçue au siège de Landau. Frère aîné du prince Eugène, petit-fils du prince Thomas de Savoie et de la dernière princesse du sang de la branche de Soissons, fils de cette comtesse de Soissons Mancini « fort accusée d'avoir fait empoisonner son mari » en 1673 et enfuie à Bruxelles, il avait été élevé en France par sa grand-mère la princesse de Carignan. « C'étoit un homme de peu de génie, fort adonné à ses plaisirs, panier percé qui empruntoit volontiers et ne rendoit guère. » À vingt-cinq ans, il épousa par amour la fille bâtarde de La Cropte-Beauvois, « belle comme le plus beau jour, et vertueuse », si bien bâtarde que M. le Prince, pressant Beauvois mourant d'épouser la mère, l'avait trouvé « inexorable ». Rebuté de tous les services, le comte entra par son frère et le prince Louis de Bade dans celui de l'empereur, « où il fut tué presque aussitôt après » ; ses enfants moururent tous jeunes, « en sorte que le prince Eugène [...] a fini cette branche ».
Canaples et son mariage avec Mlle de Vivonne
Canaples, frère du feu duc et du maréchal de Créqui, dernier de sa branche à soixante-quinze ans depuis la mort du marquis de Créqui à Luzzara, « voulut se marier pour continuer la race », l'œil sur le duché de Lesdiguières. « C'étoit un homme si borné que jamais ses frères n'en avoient pu rien faire » : commandant à Lyon, on l'avait vu « dans les rues allant au pas et donnant des bénédictions à droite et à gauche », comme l'archevêque, prétendant « donner les dimissoires et se mêler de la discipline intérieure du clergé ». Il épousa Mlle de Vivonne, sœur du feu duc de Mortemart, « qui n'étoit plus jeune, et qui n'avoit que beaucoup d'esprit, de vertu et de naissance, et pas un denier vaillant », nourrie par Mme de Montespan. Le cardinal de Coislin, trouvant l'époux bien vieux, s'entendit répondre qu'il voulait des enfants : « Des enfants ! monsieur, lui répliqua le cardinal ; mais elle est si vertueuse ! La compagnie éclata de rire [...]. Le sien fut vrai, et le mariage fut stérile. »
Mort du duc de Coislin ; son caractère ; ses singularités
« Le duc de Coislin mourut fort peu après [...], une perte pour tous les honnêtes gens. C'étoit un très petit homme sans mine, mais l'honneur, la vertu, la probité même et la valeur même », d'une politesse « si excessive qu'elle désoloit ». Saint-Simon égrène ses singularités : le rhingrave prisonnier avec qui, à force de compliments, « ils couchèrent tous deux par terre des deux côtés du matelas », puis qu'il devança en sautant par la fenêtre, s'y démettant le pouce — redémis ensuite en disputant la porte à Félix ; la scène de Ponthierry où Saint-Simon dut le retenir « à la ceinture de ses chausses » quand il voulait se jeter du carrosse pour une femme de chambre laissée à terre ; la vengeance du chevalier de Coislin, excédé des compliments d'auberge, qui laissa « une magnifique selle » au beau milieu de la chambre de son frère ; le délogement en cascade de Nancy ; et M. de Longueville lui donnant « le dernier » pour le faire courir par toute la ville derrière ses pages porte-flambeaux.
Duc de Coislin et Novion, premier président du parlement, à une thèse
La grande scène de la thèse : à la soutenance en Sorbonne du second fils de M. de Bouillon, devant quatre princes du sang, Novion, premier président, « se glisse au premier fauteuil » au-dessus du duc de Coislin. Celui-ci « se lève, prend un fauteuil, le plante devant le premier président et s'assied », le serrant du dossier « à l'empêcher de remuer ». Aux prières de M. le Prince, il ne consentit à se lever qu'à condition que M. le Prince se rendît garant que Novion sortirait sans « quelque autre tour de passe-passe » — dédaignant la parole du président : « il la méprisoit trop et lui aussi pour la recevoir. » Puis : « Allez-vous-en, monsieur, allez-vous-en. » Le roi, informé, le loua devant toute la cour, taxa Novion « d'impertinent qui s'oublioit », se fit « non seulement conter, mais figurer la chose », et ordonna au président d'aller demander pardon chez le duc — qui eut la générosité de lui fermer sa porte pour lui épargner l'humiliation. « C'étoit la vérité même que le duc de Coislin » : Saint-Simon tenait le récit de sa bouche.
Novion premier président
Ce premier président de Novion « étoit un homme vendu à l'iniquité, à qui l'argent et les maîtresses obscures faisoient tout faire. On gémit longtemps au palais de ses caprices, et les plaideurs de ses injustices. Devenu plus hardi, il se mit à changer les arrêts en les signant, et à prononcer autrement qu'il n'avoit été opiné à l'audience. » Des conseillers s'en aperçurent, les greffiers encouragés parlèrent, les arrêts revus se trouvèrent « extrêmement altérés ». « Les plaintes en furent portées au roi, et si bien prouvées, qu'il commanda à Novion de se retirer, et tout à la fin de 1689 Harlay fut mis en sa place. Il vécut encore quatre ans dans l'abandon et dans l'ignominie [...]. Nous verrons son petit-fils en la même place, très indigne de toutes celles par lesquelles il passa. »
Mélac ; sa récompense ; son caractère ; sa fin
Mélac salua le roi à Fontainebleau le 4 octobre : ses récompenses montaient à trente-huit mille livres de rente. Mais « loué et caressé du roi, applaudi de tout le monde », il « crut avoir mérité des honneurs », qu'on lui refusa alors qu'on les donnait à d'autres ; « outré de douleur », il se retira à Paris avec quatre ou cinq valets « et s'y consuma bientôt de chagrin dans une obscurité qu'il ne voulut adoucir par aucun commerce ». Portrait attachant : gentilhomme de Guyenne « de beaucoup d'esprit, même fort orné », dont « la manie de se rendre terrible aux ennemis l'avoit rendu singulier » — il « se divertissoit à se faire croire sorcier à ces peuples, et il en plaisantoit le premier » ; les mains « fort nettes », sans intrigue, attaché aux maréchaux de Duras et de Lorges ; Saint-Simon raconte comment il apaisa lui-même sa querelle avec le chevalier d'Asfeld. « À tout prendre, Mélac étoit un excellent homme de guerre, et un bon et honnête homme ; pauvre, sobre et frugal, et passionné pour le bien public. »
Mort de Petit, médecin de Monseigneur ; Boudin en sa place
Pelletier de Sousy, déjà « tiercelet de ministre » par les fortifications, entra au conseil royal des finances à la place vacante « par la mort de Pomereu de l'opération de la taille » — magistrat « fort considéré, fort droit », ami du père de Saint-Simon, premier intendant « qu'on ait hasardé d'envoyer en Bretagne ». Suit une mort que Saint-Simon ne rapporte que pour deux raisons : celle de Petit, très vieux médecin de Monseigneur, qui « avoit de l'esprit, du savoir, de la pratique et de la probité, et cependant est mort sans avoir jamais voulu admettre la circulation du sang. Cela m'a paru assez singulier pour ne le pas omettre. L'autre raison est que sa charge fut donnée à Boudin, duquel il n'est pas temps de rien dire, mais dont il n'y aura que trop à parler, et pour des choses très importantes. »
Maréchal de Villeroy libre sans rançon
« Le roi reçut à Fontainebleau la nouvelle de la liberté du maréchal de Villeroy. Peu après que l'empereur fut informé du cartel réglé en Italie, il lui fit mander qu'il étoit libre et ne voulut point galamment qu'il payât sa rançon, qui alloit à cinquante mille livres. » Le maréchal eut ordre d'attendre un officier impérial chargé de le conduire à travers l'armée du prince Eugène. Et Saint-Simon de lâcher son trait : « Cette liberté coûta cher doublement à la France, mais elle fut très agréable au roi » — le favori rendu aux armées y préparait Ramillies.
Madame à la comédie publique
« On vit à Fontainebleau une nouveauté assez étrange : Madame à la comédie publique dans la deuxième année de son deuil de Monsieur. Elle en fit d'abord quelque façon ; mais le roi lui dit que ce qui se passoit chez lui ne devoit pas être considéré comme le sont les spectacles publics. » La casuistique royale du deuil : la comédie de la cour n'est pas un spectacle public puisqu'elle se joue chez le roi — commodité qui achevait d'affranchir la veuve de Monsieur de son « équipage lugubre ».

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