TOME XI · CHAPITRE XII
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Summary
Beauvilliers's tomb continued: 'what' he was on cardinal de Noailles, Rome, Saint-Sulpice, the Jesuits; the future measures for Cambrai and 'that prelate's ambition' — the nuanced judgment of Fénelon; the duke's greatness of soul and virtue; the famous diptych comparing Chevreuse and Beauvilliers; the chancellor's 'pleasant and true word'; the duchesse de Beauvilliers's character, the Saumerys' fortune, the duchess's 'trial and act of heroic virtue' — dying in 1733.
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- Duc de Beauvilliers ; quel sur le cardinal de Noailles, Rome, Saint-Sulpice, les jésuites
- Gouverneur des trois fils de France dès 1689 avec un choix presque entier de tout le personnel, ministre d'État en 1691 — « ce fut un prodige, et l'unique gentilhomme qui y ait été admis en soixante-douze ans de règne » —, Beauvilliers avait pourtant ses ombres, « et la vérité m'oblige à ne pas [les] dissimuler » : « cet homme, si droit, si en garde contre lui-même…, se laissa tellement enchanter aux charmes de l'archevêque de Cambrai, que sans l'avoir jamais vu depuis sa disgrâce, ce prélat ne cessa d'être l'âme de son âme et l'esprit de son esprit. » D'où sa dureté contre le cardinal de Noailles, à qui il devait tout : « Mais vous, monsieur, lui dis-je à brûle-pourpoint, ne songez-vous jamais que sans la rare vertu et la pureté d'âme du cardinal de Noailles vous étiez chassé…? Le duc demeura quelques moments sans repartie, rougit, convint après quelque silence par un seul “il est vrai”. » Saint-Sulpice « l'avoit gâté de bonne heure sur Rome, et l'archevêque de Cambrai…, avoit achevé » ; sur la constitution, il finit par prier Saint-Simon « que nous ne nous en parlassions plus, parce que cela l'agitoit trop ».
- Mesures futures pour l’archevêque de Cambrai
- Après la mort du Dauphin, les deux ducs s'ouvrirent à Saint-Simon « pour m'engager à être favorable [à Fénelon] auprès de M. le duc d'Orléans, pour le rappeler, et l'employer grandement à la mort du roi… Je m'engageai donc…, et j'eus d'autant moins de peine à réussir, que M. le duc d'Orléans étoit naturellement porté d'estime et d'inclination pour Fénelon. Cette espérance fondée que je leur donnai les combla. » Chevreuse en informait l'archevêque, qui pourtant, « certain de ce que je faisois pour lui, ne laissoit pas de me craindre ».
- Ambition de ce prélat
- Cette crainte peint son ambition : « accoutumé comme il étoit à régner à la divine sur son royal pupille, sur les deux ducs, sur tout ce petit troupeau, il craignoit de ne régner pas de même sur M. le duc d'Orléans, de me trouver entre ce prince et lui… Sa persuasion, gâtée par l'habitude, ne vouloit point de résistance ; il vouloit être cru du premier mot…, gouverner en maître qui ne rend raison à personne, régner directement de plain-pied… Son ambition ignoroit qu'il ne vivroit pas assez pour être satisfaite, pas même pour s'en voir dans le chemin. »
- Grandeur d’âme et de vertu du duc de Beauvilliers
- Grandeur d'âme : « jamais il ne fit un seul pas vers Monseigneur ni aucun de son intrinsèque…, ni vers Mme de Maintenon depuis l'orage du quiétisme » ; et pourtant « il est surprenant jusqu'où il imposoit chez le roi, et partout ailleurs dès qu'il paraissoit… Je n'ai vu personne sur un si grand pied à la cour. » Il « étoit fait exprès pour être capable et en même temps digne de former un excellent roi » et se trouvait « le conseil intime, le cœur, l'esprit, l'âme » du Dauphin ; à sa mort, « les jointures de son âme avec son corps furent ébranlées…, il dompta la nature éperdue par un effort si terrible qu'il m'a souvent avoué que celui de ses enfants ne lui avoit en comparaison presque rien coûté… L'épurement sublime de son âme sans cesse lancée vers Dieu acheva la dissolution de la matière, et fit de sa mort un holocauste. » Et pour ses aveuglements, qu'on se souvienne de saint Épiphane contre Chrysostome, du célèbre Grenade, de Boileau et de Duguet dupes de Mlle Rose.
- Comparaison des ducs de Chevreuse et de Beauvilliers
- Comparaison des deux beaux-frères, « si unis jusqu'à n'être qu'un » et si opposés : le désordre des affaires de l'un, le bon état de celles de l'autre ; « l'austérité de la sobriété de l'un, et l'ample nourriture de l'autre » ; la ponctualité de Beauvilliers, « l'homme le plus avare de son temps, et qui faisoit des excuses à son cocher s'il n'arrivoit pas avec justesse », contre l'incurie des heures de Chevreuse. « M. de Beauvilliers, qui vouloit le bien en tout, s'en contentoit ; et M. de Chevreuse, qui cherchoit le mieux, manquoit bien souvent l'un et l'autre… [L'un] étoit préférable dans un conseil, et M. de Chevreuse dans toutes les académies. »
- Mot plaisant et vrai du chancelier de Pontchartrain
- Mot plaisant et vrai du chancelier de Pontchartrain sur les deux beaux-frères : « qu'il étoit merveilleux, liés comme ils l'étoient…, jusqu'à n'être tous deux qu'un cœur, une âme…, [que] M. de Beauvilliers eût un ange qui à point nommé l'arrêtoit, et ne manquoit jamais de le détourner de tout ce que M. de Chevreuse avoit de nuisible et quelquefois d'insupportable…, un ange qui lui faisoit pratiquer tout l'opposé, qui dans tout le reste ne troubloit en rien leur union. » Et voyant Mme de Beauvilliers rester riche quand Mme de Chevreuse demeurait pauvre, il prétendait « que c'étoit toujours l'effet du jeu de ce même ange en faveur de l'un pour confondre la philosophie de l'autre ».
- Caractère de la duchesse de Beauvilliers
- « Il n'y eut point de femme à la cour qui eût plus d'esprit que celle-là, plus pénétrant, plus fin, plus juste, mais plus sage et plus réglé…; il étoit naturellement rempli de grâce, avec une si grande facilité d'expression, qu'elle en étoit parée, jusqu'à en faire oublier sa laideur. » « Elle aimoit à donner, et je n'ai vu qu'elle et la chancelière qui eussent l'art de le faire avec un tour et des grâces aussi parfaites » ; goût exquis, piété sincère, « parfaitement droite et vraie, tendre amie et parente excellente. Les aumônes et les bonnes œuvres que M. de Beauvilliers et elle ont faites se peuvent dire immenses. » Veuve, elle voulut assister à son enterrement à Montargis « par un acte de religion qui fait la plus terrible horreur à penser », et vécut dès lors dans une retraite totale : « ni table, ni le plus léger amusement d'aucune espèce…, ses journées n'étoient que prières. »
- Fortune et conduite des Saumery
- Digression sur les Saumery : Joannes, « nom fort commun aux laquais basques », fouille-au-pot d'Henri IV devenu jardinier puis concierge de Chambord, fit de son nom Joanne et de sa terre Saumery. Son petit-fils, « audacieux et impudent », cousin germain des enfants de Colbert par sa mère, fut tiré de Chambord par Beauvilliers pour être sous-gouverneur du duc d'Anjou ; il l'en paya en évitant « même scandaleusement » la campagne de Lille, puis en n'ayant « pas honte d'être un des grands prôneurs de M. de Vendôme, et de tomber sur Mgr le duc de Bourgogne, auprès duquel il avoit été mis… Cette infamie le déshonora, mais elle fut bien récompensée » : il mourut « avec plus de quatre-vingt mille livres de rentes de grâces de Louis XIV ».
- Épreuve et action de vertu héroïque de la duchesse de Beauvilliers
- Épreuve héroïque : Puyfonds, le cadet « beau fils » des Saumery, ayant soufflé à Mme de Beauvilliers une terre à mouvances, osa demander « qui étoit donc cette Mme de Beauvilliers qu'il ne connoissoit point, et qui prétendoit qu'on eût des égards pour elle ? » Seul d'Antin pouvait lui faire lâcher prise, et seul Saint-Simon pouvait engager d'Antin. Mais elle vint trouver Mme de Saint-Simon en son absence, et la pria instamment, si Saint-Simon ne pouvait la servir « sans éclater contre Puyfonds…, de ne m'en jamais parler, parce que pour rien elle ne me vouloit faire offenser Dieu et le prochain, et aimoit mieux perdre et ruiner son affaire que d'en être cause ». « Je vins à bout très promptement de l'affaire, mais non si aisément de moi sur ce que j'avois promis… Ce trait est si fort au-dessus de la nature et de la vertu même plus qu'ordinaires…, que j'aurois cru commettre plus qu'un larcin de le laisser périr dans l'oubli. »
- Mort de la duchesse de Beauvilliers en 1733
- « Son extrême solitude la rongea lentement, et augmenta beaucoup le poids de sa pénitence. » La mort du duc de Rochechouart, son petit-fils, et celle de la duchesse de Chevreuse, « qui arrivèrent coup sur coup, achevèrent de l'accabler. Elle combla de biens le duc de Saint-Aignan jusque par son testament, qui fut également sage, juste, pieux, et succomba enfin sous les plus dures épreuves d'une longue paralysie qu'elle porta avec une patience et une résignation parfaite… Elle vécut presque vingt ans dans la plus solitaire et la plus pénitente viduité…, et mourut en 1733, à soixante-quinze ans, infiniment riche en aumônes et en toutes sortes de bonnes œuvres. »
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