TOME XIII · CHAPITRE XI

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Summary

Sandricourt's marriage 'which embroils me with him forever'; the king's obsequies at Saint-Denis, Dreux's character. 'The Regent wants confusion and division' — the key of the opening reign; the author would 'withdraw from everything' and is 'hooked back in spite of myself'; the prince's conduct towards the dukes; the 'short comparison' of the noble assemblies of 1649 and 1715, the latter's 'springs and fanaticism', the Regent 'deceived about that pretended nobility' as about the parlement; Noailles's schemes 'to divide the dukes' and bury their suits.

The entries

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Mariage de Sandricourt qui me brouille pour toujours avec lui
Longue et amère histoire du marquis de Sandricourt, parent « de même maison, quoique de branche séparée depuis plus de trois cents ans », que Saint-Simon avait élevé « comme s'il eût été mon fils » : compagnie de cavalerie, régiment de Berry payé en partie de sa poche, brigadier en trois ans « aux cris de la foule de ses cadets ». Il lui négocie un parti magnifique, Mlle de Risbourg, de la maison de Melun, fille d'un grand d'Espagne — « tout y étoit : biens, alliance, la plus grande naissance ». Mais les parents, entêtés « de la rage de la robe », concluent avec Mlle de Gourgues, fille d'un maître des requêtes « si étrangement déshonoré » que ses confrères avaient demandé qu'on le défît de sa charge. Pis : le « bel époux alla de porte en porte » dire que Saint-Simon avait rompu par horreur de la robe — « un trait si noir d'ingratitude, de tromperie et d'atroce calomnie » en pleine affaire du bonnet que « oncques depuis ne les avons vus ». Les parents « en sont morts dans la douleur » ; le fils, « mourant de peur de sa femme », a vécu « obscur dans son quartier ».
Obsèques du roi à Saint-Denis
Le vendredi 25 octobre, les obsèques solennelles de Louis XIV se font à Saint-Denis « dans une confusion si grande, et d'une manière si éloignée de ce qui s'étoit pratiqué à celles de Louis XIII, d'Henri IV et de tous les prédécesseurs », que Saint-Simon s'en épargne le récit. Un incident le retient : les ducs d'Uzès, de Luynes et de Brissac, porteurs de la couronne, du sceptre et de la main de justice, doivent être salués avant le parlement — leurs propres registres cérémoniels le prouvent pour Louis XIII et Henri IV. Dreux, grand maître des cérémonies, répond « net et court qu'il n'en feroit rien » : « Parce que cela ne se doit pas », répond « insolemment et faussement ce menteur ». Averti par la sottise de M. d'Uzès qui annonce que les ducs ne lui rendront pas son salut, Dreux « salua le parlement, et ne salua point les ducs ». Protestations au sortir, « et il n'en fut autre chose ».
Caractère de Dreux
Portrait assassin de Dreux, grand maître des cérémonies par son mariage avec la fille de Chamillart : « Son ignorance et sa brutalité étoient égales, et au comble » ; à la guerre, « malgré sa valeur et sa faveur, il s'est fait détester et mépriser ». Son orgueil, désespéré « de la bassesse plus que très crasseuse de sa naissance », se venge « contre la vérité, contre le témoignage de ses registres ». Saint-Simon révèle qu'il possède copie de tous ces registres, prêtés jadis un à un par la femme de Dreux — il l'y prit en défaut lorsque celui-ci refusait un honneur dû à un enfant de la duchesse de Berry, « il fut honteux et confus, et obligé de céder ». D'où cette méfiance générale : Dreux, Sainctot, Châteauneuf, « ces messieurs écrivent seuls dans les ténèbres, sans contradicteur ni inspecteur, et prétendent faire ainsi des lois ».
Le régent veut la confusion et la division
Aux obsèques comme partout, le duc d'Orléans « ne se soucioit d'aucun ordre ni d'aucune règle ». Saint-Simon dégage ici la maxime secrète du gouvernement du régent : « il avoit mis sa politique, tant en choses générales qu'en particulières de toute espèce, à faire naître des disputes ; et bientôt ce mot favori lui échappa comme un axiome admirable dans la pratique : Divide et regna. » Il laisse donc faire la pompe funèbre « comme on voulut : Dreux en fut le maître, et il y signala toutes ses bonnes qualités ». Ce goût de la confusion et de la division, joint au désir de « ménager le parlement, surtout dans ces commencements », explique qu'il « n'étoit pas fâché de laisser naître une querelle de plus » — clef de toute la suite du chapitre.
Je veux me retirer de tout à la mort du roi, et je me laisse raccrocher malgré moi par M. le duc d’Orléans
Écœuré par « la mollesse » du régent à la mort du roi — tant sur ses propres intérêts que sur « l'inouïe scélératesse du duc de Noailles » à son égard —, Saint-Simon veut tout quitter : « Aussi voulus-je faire retraite, et je me tins chez moi sans en sortir. » Le duc d'Orléans, en peine, « ne voulut pas me laisser dépiter » : il lui envoie « coup sur coup l'abbé Dubois » le conjurer de revenir, « de ne l'abandonner point dans cette première crise..., de compter entièrement sur son amitié, sa confiance, sa reconnoissance, en un mot les plus beaux discours du monde ». Saint-Simon cède, « non pas persuadé », mais par bienséance : « quoique malgré moi, je me laissai rengarier. » Il ne sera pas long « à s'apercevoir de pis que de mollesse ».
Conduite de ce prince à l’égard des ducs
Sur l'affaire du bonnet et des usurpations du parlement, la parole du régent était « engagée à nous d'une manière si formelle et si redoublée, de plus encore si solennelle, en pleine séance du parlement ». Or les ducs éprouvent de lui « un aussi vilain côté » que Saint-Simon renonce presque à le peindre, par respect pour sa mémoire et par égard pour ses confrères. Le régent sent « la force de la justice, et celle de ses engagements publics » ; mais il craint le parlement, et le duc de Noailles, « qui le redoutoit encore plus sur son administration des finances, le détournoit de nous tenir ce qu'il nous avoit si solennellement promis ». Les ducs s'assemblent, députent ; Saint-Simon le met « au désespoir par mes sommations de sa parole », s'avouant qu'il « se dépiquoit en le mettant au pied du mur ».
Courte comparaison des assemblées de la noblesse en 1649 et en 1715
Comparaison des deux assemblées de noblesse. Celle de 1649 « avoit raison dans son premier objet » : elle s'éleva contre les nouveaux rangs des Bouillon et des Rohan, « injurieux à la noblesse et nuisibles à l'État », accordés « pour prix d'une suite continuelle de menées..., de complots, de révoltes ouvertes..., de trahisons, de prises d'armes contre le roi » ; elle obtint gain de cause avant que la cour ne dût la dissoudre. Celle de 1715, tout au rebours, prend « un objet tout opposé » : montée par le duc du Maine pour « rassembler les borgnes et les boiteux avec les forts et les sains », elle mêle le plus grand nom au plus bas — témoin ce gendre de Châtillon, petit-fils « d'un laboureur de Normandie », pour qui l'on fit signer tous « en rond, pour bannir toute différence ».
Ressorts et fanatisme de celle-ci
Analyse des ressorts de ce « fanatisme » : il fallait à ces gens « leur montrer une lune pour les faire aboyer, et les enivrer tellement de la délicieuse nouveauté de se croire considérables et importants qu'ils ne s'aperçussent point du piège ». L'appât fut la calomnie de Noailles sur la salutation du roi, puis l'attaque des distinctions des ducs — jamais celles des princes étrangers, pourtant seules « véritablement injurieuses à la noblesse » puisque données par naissance, quand celles des ducs, « étant par dignité, tout noble peut espérer d'y parvenir ». Aux objections sans réplique — de quel ordre voulaient-ils donc que fussent les ducs ? —, « la fureur et le déraisonnement le plus inepte étoit leur réplique ». Certains, « et de grand nom », avouèrent enfin le fond : « n'espérant pas d'être ducs, ils en vouloient éteindre la dignité, et rendre égaux tout le monde. »
Le régent trompé sur cette prétendue noblesse
Le régent, espérant que « les ducs, trop attaqués, lui donneroient plus de relâche sur leur affaire avec le parlement », tolère ces folies au point de permettre à ses premiers officiers de s'y joindre. Saint-Simon lui représente en vain « le danger d'une tolérance qui portoit à une sorte de révolte », des gens s'attroupant d'eux-mêmes, s'érigeant « en réformateurs, ou plutôt en refondeurs de l'État », et l'aveuglement de ne pas voir « la trame de toute cette menée, tissue par le duc du Maine, son plus grand ennemi, et par le premier président ». Il rappelle l'embarras de 1649 et la peine qu'on eut à séparer l'assemblée. Rien n'y fait : « L'amour de la division et l'esprit de défiance qui, avec la plus étrange faiblesse, dominoient le régent, le rendirent sourd à mes remontrances » — jusqu'à ce que « la crainte de cette prétendue noblesse le saisit » quand il ouvrit enfin les yeux, trop tard.
Étrange personnage du duc de Noailles
Scène mémorable chez M. de Laon. Instruit « avec preuves évidentes » que Noailles avertissait le régent des résolutions des assemblées de ducs, Saint-Simon lance devant tous, « en regardant fixement le duc de Noailles » : « Messieurs, nous avons ici des traîtres qui mériteroient bien d'en être chassés avec toute l'ignominie qui leur est due. » Tous les yeux se fixent sur le coupable : « Il ne put soutenir une si forte épreuve ; il rougit à l'excès, puis pâlit tout à coup, blanc comme sa cravate ; les lèvres lui trembloient » ; à une seconde charge il « sortit tout de suite comme un homme enragé ». Quand Charost rapporte les menaces de Noailles, Saint-Simon rit : ses vraies armes étaient « ses noires impostures et ses infernales machinations..., plus sûres et plus favorites que son épée, qui tenoit trop au fourreau ». Huit ans durant, il reçut « ses basses révérences, sans lui rendre la moindre inclination » — « tant le crime a de poids accablant jusque sur les plus méchants ».
Le régent trompé sur le parlement
Le parlement, « persuadé qu'il n'avoit pas de quoi se défendre », prend « un parti hardi que lui inspira la faiblesse du régent » : laisser de côté la défense de ses usurpations, « montrer les dents à M. le duc d'Orléans, et refuser de lui répondre et de lui obéir là-dessus ». Conduits par d'Effiat et Canillac, conseillés par Noailles, appuyés du duc du Maine, « ces magistrats si bien guidés comprirent aisément qu'ils pouvoient tout faire sans risquer rien ». Saint-Simon a beau représenter au régent « la dérision publique que le parlement faisoit de son autorité » et l'exemple funeste donné pour les affaires du gouvernement — prophétie dont le prince fera bientôt « une honteuse expérience » —, les conseillers pernicieux comptent « pour rien la justice, la parole solennelle et publique donnée aux ducs..., par conséquent d'honneur, à tout ce qu'il y avoit de grands en France ».
Menées du duc de Noailles pour diviser les ducs, et faire tomber leurs poursuites contre les usurpations du parlement à leur égard ; à quoi enfin il réussit
Restait aux protecteurs du parlement à briser « toute la force que les ducs tireroient de leur union ». Noailles, « cet Achitophel », s'y emploie : il pique la jalousie de La Rochefoucauld (la plaie de la préséance), de Villeroy, de La Feuillade, de Canillac « qui étoit l'envie même », embabouine « le pauvre duc de Sully » et le jeune Richelieu, et fait parler par le maréchal d'Harcourt, « qui n'avoit plus ni tête ni presque de parole » : « il devint le prêtre qui faisoit parler l'oracle. » Il peint Saint-Simon « comme un homme entêté..., gâté par la faveur, désireux de dominer ». Le jour où l'assemblée est doublée d'une contre-assemblée chez Harcourt, tout est consommé : chez le cardinal de Mailly, les fidèles — La Force, Tresmes, Charost, Villars, d'Antin, Chaulnes, le cardinal de Noailles même — déplorent « un schisme et une scission fatale », s'embrassent et renoncent : « cette meurtrière division... mit fin à nos poursuites, donna lieu au parlement de triompher moins de nous que du régent, et procura à ce prince un court repos qu'il paya chèrement après. »

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