TOME IX · CHAPITRE XVIII
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Summary
Charost captain of the bodyguards by the Dauphin's choice — with Domingue and his word to the Dauphine, the charge's cause, the three Charosts' fortunes, the 'curious cause' of old Charost's marriage, the princesse d'Espinoy's tabouret of grace, Espinoy knighted 'among the gentlemen' in 1661, the 'bridge of gold' built to ease the Charosts out of the charge, the old duke's weighty skill, Lauzun's malice; the reason for renewing verified dukes without peerage; and Louis XIII's 'repentance' at erecting Paris into an archbishopric.
The entries
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- Charost capitaine des gardes du corps par le Dauphin
- La charge de capitaine des gardes vacante par la mort de Boufflers eut plusieurs prétendants — Saint-Simon lui-même s'y hasarda par une lettre qui plut au roi. Mais le vendredi 4 septembre, le roi dit au Dauphin « qu'en l'âge où il étoit, ce n'étoit plus pour soi qu'il devoit faire des choix…, mais qui serviroient le Dauphin toute leur vie », et lui ordonna de nommer : le prince nomma le duc de Charost, « et dans l'instant il l'obtint », avec cinq cent mille livres de brevet de retenue. Charost ne servait plus depuis longtemps : « ce fut donc un étonnement extrême et un bourdonnement étrange, et en même temps un événement qui imprima à toute la cour un grand respect pour le Dauphin et une persuasion parfaite de tout ce qu'il pouvoit ».
- Domingue ; quel, et son propos sur Charost à la Dauphine
- Domingue, portemanteau de la Dauphine « et fort familier avec elle », courut lui dire la nouvelle et « osa ajouter qu'il l'en félicitoit avec toute la joie possible, parce qu'au moins M. de Charost, fait capitaine des gardes, ne seroit pas gouverneur de Mgr le duc de Bretagne. On verra qu'il ne fut pas prophète ; mais la Dauphine en rit et y applaudit. » Ce Domingue, venu enfant d'Espagne à la suite de la reine, était « un garçon d'esprit et orné, fort au-dessus de son état » ; il ne voulut jamais se marier « pour ne se point partager », et fut si touché de la mort de la princesse « qu'il ne put se consoler » et mourut en moins d'un an.
- Cause de la charge de Charost
- Cause de la charge : « on a vu quel rang tenoit la duchesse de Béthune dans le petit troupeau de M. de Cambrai et parmi les disciples de Mme Guyon, et quelle considération il en revenoit au duc de Charost, son fils, auprès du Dauphin par celle de M. de Cambrai, et par les ducs de Chevreuse et de Beauvilliers, ce qui lui valut la charge » — Beauvilliers voulant récompenser la mère, favoriser le troupeau, « et avoir un homme à eux et à lui dans cette charge principale, et qui par la singularité de la grâce fît montre du crédit du Dauphin ».
- Fortune des trois Charost
- Fortune des trois Charost : le grand-père, quatrième fils du frère du premier duc de Sully, « se distingua fort dans toutes les guerres de son temps », s'attacha au cardinal de Richelieu « jusqu'à s'en faire créature » — protection qui lui valut en 1634 la charge de capitaine des gardes du corps, puis Calais. Mazarin, « qui se piqua d'aimer et d'avancer tout ce qui avoit particulièrement été attaché au cardinal de Richelieu », le mit en grande considération auprès de la reine mère et du roi, « qui le regardèrent toujours comme un homme de tête et de valeur, et d'une fidélité à toute épreuve ».
- Cause curieuse du mariage du vieux Charost
- Cause curieuse de son mariage : le fameux procès du comte de Soissons contre le prince de Condé, dont Sully avait pris la défense auprès d'Henri IV, avait lié le favori à L'Escalopier, « qu'il avoit fait nommer rapporteur du procès », récompensé d'une charge de président à mortier. « L'Escalopier avoit une fille fort riche, dont M. de Sully…, fit le mariage avec le comte de Charost, son neveu, en février 1639. »
- Cause du tabouret de grâce de la princesse d’Espinoy
- Le vieux Charost, « qui aimoit la faveur quoique fort homme d'honneur », maria son fils au commencement de 1657 à la fille unique du premier lit de M. Fouquet, « qui étoit lors dans l'apogée du ministère et de la faveur » ; et sa femme obtint « un tabouret de grâce en 1662, qui fit le mariage de sa fille avec le prince d'Espinoy qui n'y songeoit pas » — le tabouret de la mère achetant l'alliance princière de la fille.
- Prince d’Espinoy chevalier de l’ordre parmi les gentilshommes en 1661
- Le prince d'Espinoy, ce gendre, « avoit été avec lui de la promotion de l'ordre de 1661, sans aucune prétention parmi les gentilshommes, et qui n'en a jamais eu jusqu'à sa mort » — témoignage que Saint-Simon enregistre soigneusement contre les prétentions ultérieures de cette maison au rang de prince étranger.
- Pont d’or fait aux Charost pour leur ôter la charge de capitaine des gardes, et sa cause
- Le pont d'or : après la chute de Fouquet, Le Tellier et Colbert, effrayés du « vif sentiment avec lequel le vieux Charost et son fils avoient pris les malheurs de Fouquet » et de l'accès « si libre et si continuel » que leur donnait leur charge, obtinrent la permission de négocier : M. de Duras rendrait le prix de la charge et en serait pourvu ; Charost aurait « pour rien la lieutenance générale unique de Picardie, Boulonois et pays reconquis » — « un morceau de quatre-vingt mille livres de rente » avec Calais — et le père et le fils seraient faits ducs à brevet.
- Habileté importante du vieux Charost
- Habileté du vieux routier : il voulut de plus deux choses du roi directement. L'une, « un billet entièrement écrit et signé de la propre main du roi, portant parole et promesse expresse de ne point faire de pair de France pour quelque cause que ce pût être, sans faire Charost père ou fils, et sans le faire avant tout autre… C'est l'unique promesse que le roi ait jamais donnée par écrit d'aucune grâce. » L'autre, un brevet d'affaires au père et au fils — entrées moindres que celles des premiers gentilshommes « et beaucoup plus grandes que toutes les autres » —, « brusqué du roi à lui, comme le vin du marché ».
- Malice de Lauzun sur le duc de Charost, et sa cause
- Malice de Lauzun : pris à Pignerol « d'une aversion extrême contre le malheureux Fouquet » étendue à sa famille, il rendit au roi, au retour de son sauvetage de la reine d'Angleterre, « un compte si désavantageux en tout de Charost, de sa réception de la reine…, de l'état de Calais et de la garde de la place », que Charost y vit arriver Laubanie en qualité de commandant. Laubanie, « en très-galant homme », se fit « un point d'honneur de lui rendre justice, et de détruire les mauvaises impressions » : il y réussit, mais Charost et Lauzun furent des années sans se parler.
- Raison qui fit renouveler des ducs vérifiés sans pairie
- Le roi fit en divers temps plusieurs ducs vérifiés — La Feuillade, Chevreuse, La Rocheguyon, Duras, le maréchal d'Humières — précisément pour éviter de faire des pairs sans faire Charost : aux plaintes de celui-ci, il « répondoit toujours froidement qu'il avoit tort de se plaindre, qu'il ne faisoit point de pairs, et Charost en effet n'avoit point à répliquer, mais il voyoit que le roi se moquoit de lui ».
- Repentir de Louis XIII de l’érection de Paris en archevêché
- Repentir de Louis XIII sur l'archevêché de Paris : le cardinal Gondi lui en avait arraché le consentement ; détrompé, il comprit « qu'il n'avoit pas intérêt à augmenter l'autorité du siége de sa capitale » et dépêcha un courrier à Rome pour rompre l'affaire : « le courrier arriva le lendemain du consistoire où l'érection avoit passé ; le cardinal Gondi fut archevêque de Paris…, et on se garda bien de laisser découvrir que, vingt-quatre heures plus tard, Paris n'eût jamais été métropole. »
- Cause qui fit Charost duc et pair
- Ce fut la faveur d'Harlay, archevêque de Paris, duc à brevet depuis 1674 et qui « petilloit d'attacher la pairie à son siége », qui fit enfin Charost duc et pair : le roi, résolu à cette érection mais ne voulant point faire Charost, recommanda le secret pour que la grâce ne se sût que par l'enregistrement. « Charost étoit au guet, il eut le vent de ce qui se préparoit » : il attaqua le roi à la fin du petit coucher, « son billet à la main, le somma de sa parole comme le plus honnête homme qui fût dans son royaume » — quatre assauts d'une demi-heure et plus, en se promenant par la chambre, jusqu'à ce que le roi cédât : « puisqu'il ne se vouloit point relâcher de sa parole qu'il avoit, il la lui vouloit tenir ».
- Raison qui priva Harlay, archevêque de Paris, du cardinalat, et qui le fit duc et pair
- Pourquoi la pairie plutôt que la pourpre pour Harlay : ses services « étoient obstacles invincibles à celle qu'il lui avoit voulu donner par Rome, où les propositions de l'assemblée du clergé de 1682 où il présidoit étoient si odieuses, que le pape…, s'opiniâtroit depuis tant d'années à la différer toujours, et aimoit mieux ne faire plus de promotions de son pontificat, que de donner un chapeau à l'archevêque ».
- Importance des entrées
- Importance des entrées : Charost lui-même conta ce détail à Saint-Simon « et m'a dit que sans ses entrées et la facilité de forcer le roi de l'écouter seul à la fin de son petit coucher tant qu'il vouloit, il n'auroit jamais emporté sa pairie » — démonstration éclatante du prix de ces distinctions d'accès que la cour se disputait si âprement.
- Ruses d’Harlay, archevêque de Paris, démontées par Charost
- Ruses d'Harlay démontées : voulant du moins passer le premier, il fut arrêté par une nouvelle plainte de Charost — « le roi promit d'arrêter l'archevêque qui, en effet, ne fut enregistré et reçu au parlement que huit jours après lui ». Voulant alors éviter la préséance actuelle en se faisant recevoir « à la dérobée sans assistance d'aucun pair », il fut découvert : Charost « s'assura du plus grand nombre de pairs qu'il put, qui arrivèrent avec lui à la grand'chambre à sept heures du matin » ; l'archevêque, surpris en attente, dut essuyer leurs compliments « dont il se seroit bien passé » et prendre sa place « au-dessous du duc de Charost. Cette aventure fut fort ridicule pour l'archevêque, et Charost eut complète satisfaction. »
- Dessein du duc de Beauvilliers et du Dauphin de me faire gouverneur de Mgr le duc de Bretagne
- Beauvilliers avait sur Saint-Simon d'autres vues « qu'il ne tarda pas à m'expliquer, et où je fus bientôt après confirmé par le Dauphin même. C'étoit de me faire gouverneur de Mgr le duc de Bretagne, né le 8 janvier 1707, lorsqu'il seroit en âge de sortir des mains des femmes » — place dont la disposition reviendrait au Dauphin. « Dieu qui souffle sur les projets des hommes n'a pas permis l'accomplissement de celui-là. On verra bientôt enterrer ce jeune prince avec toute l'espérance et le bonheur de la nation. »
- Fortune de Charost du tout complète
- Fortune du tout complète : « ainsi Charost, par des événements uniques, eut le pont d'or que la compagnie des gardes valut à sa famille pour s'en démettre, rattrapa en sus cette même compagnie », la fit passer à fils et petit-fils avec les charges et la dignité de duc et pair — « et on verra qu'il eut encore la place qui m'avoit été destinée », le gouvernement de l'enfant royal.
- Campagne d’Allemagne
- Campagne d'Allemagne : les armées du Rhin passèrent la campagne « à s'observer, et à subsister ». Besons, « qui soulageoit fort d'Harcourt, vivoit aux dépens de l'ennemi au delà du Rhin », tandis qu'Harcourt demeurait dans les lignes de Wissembourg ; à la mi-octobre, ne voyant plus rien à craindre, Harcourt laissa l'armée en quartiers de fourrages sous Besons « et s'en alla prendre des eaux à Bourbonne ».
- Campagne de Savoie
- Campagne de Savoie : Berwick, « toujours sur une assez foible défensive, faute de troupes et de moyens à pouvoir mieux, ne fut que mollement inquiété ; M. de Savoie, qui commandoit son armée, auroit pu l'attaquer plus d'une fois avec beaucoup d'avantage, mais il fut retenu par ses soupçons et plus encore par son mécontentement » : ombrage du trop grand affaiblissement de la France, et paroles de Vienne non tenues sur les cessions de Lombardie et les subsides.
- Campagne de Flandre
- En Flandre, le prince Eugène et Marlborough « se contentèrent longtemps de vivre aux dépens des pays du roi et de resserrer son armée dans des lignes. À ce qui s'y étoit passé les années précédentes, c'étoit pour celle-ci en être quitte à bon marché, quoique fort honteux. »
- Témérité du prince Eugène et de Marlborough
- Mais Marlborough, « au faîte de la gloire…, se trouvoit menacé d'un funeste revers qu'il avoit un pressant intérêt de parer par quelque grand coup » ; Eugène, mal avec le nouvel empereur, avait le même intérêt, et tous deux celui « de la continuation de la guerre qui maintenoit toute leur autorité…, et qui augmentoit journellement leurs immenses richesses, de Marlborough surtout également avare et avide ». D'où « une entreprise en apparence insensée » : tourner l'armée française et Bouchain par un long détour, « et s'exposer à tout au passage inévitable de l'Escaut » — « que leur bonheur, leur témérité, et l'incompréhensible conduite du maréchal de Villars fit réussir ».
- Fautes énormes de Villars
- Fautes énormes de Villars : averti tard — « il tiroit gros de partout où il pouvoit, mais payoit peu et mal les espions » —, il manqua de les combattre à l'Escaut ; puis, arrivé dans une belle plaine avec les ennemis proches « et en si mauvais ordre » que personne ne douta de l'attaque, il opposa « son froid, ses difficultés, ses lenteurs » aux remontrances « poussées au delà de la bienséance » : « l'armée, en fureur contre lui, coucha en bataille », et les ennemis échappèrent, « redevables de leur salut à la rare retenue du maréchal de Villars, dont le motif n'a pu être pénétré ». Il avait annoncé la bataille par courrier : la cour fut quatre jours « dans la plus vive attente », tout courut chez le roi à l'arrivée du second courrier — pour apprendre « qu'il n'y avoit point eu d'action ».
- Impudence de Villars, qui donne faussement un démenti net et public au maréchal de Montesquiou, qui l’avale
- Impudence : les ennemis échappés, Villars « se mit à éclater en reproches » ; Montesquiou, se croyant à l'abri de son bâton, « lui répondit plus vertement » que les autres : « un prompt démenti net et sec, sans détour ni enveloppe, fut le salaire de cette vérité ; Montesquiou frémit, tourna le dos de sa main sur la garde de son épée et sortit ». La vérité étant connue de toute l'armée, qui visita Montesquiou en foule, Villars embarrassé fit des pas ; « on crut qu'un air d'oubli ou de chose non avenue étoit l'unique voie à prendre », et Montesquiou avala le démenti, « soutenu par une réputation plus que faite sur la valeur, et par la consolation d'avoir toute l'armée pour témoin ».
- Course de Contade à la cour ; son caractère
- Le roi ordonna à Villars d'envoyer un officier général rendre compte des mouvements : « Villars, en bon courtisan, choisit Contade », major général de son armée, « fort connu du roi et fort dans le grand et le meilleur monde », qui « savoit aller et parler, et se tourner à propos », ami de la maréchale « et plus qu'ami de longtemps de Mme de Maisons ». Il passa deux fois deux heures chez Mme de Maintenon avec le roi : « on peut juger du compte que rendit Contade, disposé comme il l'étoit, choisi et instruit par Villars, en présence de Mme de Maintenon, qui lui fut toujours si favorable, et d'un ministre moins ministre du roi et d'État que ministre de cette dame ».
- Siège de Bouchain ; Ravignan dedans ; sa situation personnelle ; son caractère
- Siège de Bouchain : Ravignan y commandait — situation singulière, car prisonnier de Tournai renvoyé sur parole, il n'avait pu servir que par la générosité de Marlborough, « qui ne lui répondoit en cela que des Anglois, et nullement des Impériaux ni des Hollandois ». La place assiégée, « les lois de la guerre n'alloient à rien moins qu'à excepter Ravignan de toute capitulation…, et de le faire pendre haut et court » : il fut résolu au camp d'y envoyer un autre commandant ; « mais Ravignan mit moins son honneur à garder sa parole, qu'à sortir d'une place où il commandoit, à la vue des ennemis » — et Villars, « contre l'avis universel, prit sur soi d'y renvoyer Ravignan », dont l'opiniâtreté « seroit assistée de la perspective d'une potence ».
- Bouchain rendu ; la garnison prisonnière ; générosité des ennemis à l’égard de Ravignan
- La communication par les marécages ne put se soutenir : Albergotti « qui la gardoit en fut chassé », d'où accusations réciproques avec Villars, raccommodées en apparence — « personne n'en fut la dupe ». Villars « fit toutes les démonstrations de vouloir combattre et secourir la place. On est encore à savoir s'il en eut effectivement le dessein. La fanfaronnade fut courte. » Après moins d'un mois de défense, « Bouchain battit la chamade le 13 septembre, et la garnison, prisonnière de guerre, fut conduite à Tournai. Les généraux ennemis ne voulurent pas s'apercevoir de Ravignan, avec toute la générosité possible. »
- Fin de la campagne en Flandre
- Fin de la campagne : les ennemis demeurèrent un mois à réparer la place ; Marlborough était « pressé de passer la mer pour soutenir son parti fort abandonné, et une fortune chancelante » ; Eugène avait à soutenir Heinsius à La Haye et la perspective d'une cour nouvelle « avec qui il étoit mal ». Ils finirent la campagne à la mi-octobre ; « notre armée, harassée à l'excès et sans utilité, profita aussitôt de l'exemple ».
- Villars assez bien reçu à la cour, et pourquoi
- « Villars fut assez bien reçu, parce qu'on n'avoit personne à lui substituer pour la campagne suivante ; Montesquiou passa l'hiver sur la frontière comme les précédents, et, par la raison qui vient d'être expliquée, fut assez peu content d'une course qu'il vint faire à la cour » — le démenti avalé pesant plus dans les cabinets que la vérité connue de toute l'armée.
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