TOME XIII · CHAPITRE VIII

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Summary

The regency council formed: the characters of Besons and Torcy; Bouthillier-Chavigny; La Vrillière 'without voice', his character and functions; Pontchartrain 'without voice or function'; Tallard's 'rage'; the councils' personnel. Desmarets dismissed with 350,000 livres — the Regent's 'too just augury', Mme Desmarets's catastrophe, Bercy expelled. The councils' places, salaries and rules; the councillors of state claiming 'to yield only to the dukes' — Noailles and Canillac their advocates.

The entries

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Conseil de régence
« Tous ces conseils choisis, il fallut enfin en venir à celui de régence, dont la formation étoit la plus difficile » : plusieurs ennemis ou suspects que leur état ne permettait d'exclure — du Maine, Toulouse, Villeroy, Harcourt, Voysin depuis « la faute énorme » des sceaux — à contre-balancer par des gens sûrs « en état de se faire écouter dans le conseil... où toutes les affaires... étoient décidées en dernier ressort à la pluralité des voix ». Composition finale : le régent, M. le Duc, le duc du Maine, le comte de Toulouse, Voysin, Saint-Simon — « moi, puisqu'il faut que je me nomme » —, les maréchaux de Villeroy, d'Harcourt, de Besons, l'ancien évêque de Troyes et Torcy opinants ; La Vrillière au registre et Pontchartrain, tous deux sans voix.
Caractère de Besons
Besons, imposé par ses instances appuyées d'Effiat : « un rustre brutal » échappé jeune de chez son père pour porter le mousquet en Portugal ; « bon officier général..., mais embarrassé de tout, infiniment timide..., fort bas et fort plat » ; « une tête de lion et fort grosse, lippu, dans une grosse perruque qui eût fait une bonne tête de Rembrandt, et qui, paroissant tout d'une pièce, comme tout son corps, passoit parmi les sots pour une bonne tête ». Leur nom est Bazin, « de la plus courte bourgeoisie ». « M. le duc d'Orléans fut honteux avec moi de s'y être laissé engager ; et moi... fort fâché de me trouver si mal attelé. »
Torcy
Torcy, « à la surprise de toute la France » : lié à tout ce qui était opposé au duc d'Orléans, jamais aucun pas de rapprochement. Saint-Simon avait pressé son exclusion ; le régent avoua enfin « qu'il se le croyoit nécessaire par avoir le secret de toutes les affaires étrangères depuis tant d'années..., et par le secret des postes dont lui ne pouvoit se passer ». Comblé : 150 000 livres de plus sur son brevet « et tout payé » contre sa démission, pension de ministre conservée, 60 000 livres sur les postes « dont il conserva la direction, l'autorité et la confiance ». « On verra dans la suite combien je reconnus mon erreur, et la liaison étroite que l'estime, que j'ose dire réciproque, fit entre Torcy et moi, qui a duré jusqu'aujourd'hui que nous sommes en mars 1746. »
Bouthillier-Chavigny, ancien évêque de Troyes
Un évêque étant voulu au conseil, Saint-Simon proposa l'ancien évêque de Troyes, Bouthillier-Chavigny : « un prélat consommé dans les affaires temporelles du clergé, versé dans les matières de Rome, et avec cela François », ayant passé sa vie « dans le plus grand monde de la cour et de la ville » avant quinze ou seize ans « de la plus exacte retraite et la plus soutenue » aux Chartreux de Troyes. « Rien ne fut plus applaudi que ce choix. Il le manda ; il arriva, il accepta sans simagrée... Les commencements furent admirables... Ces merveilles furent de médiocre durée ; je me trompai sur lui comme j'avois fait sur Torcy, mais d'une manière tout opposée. »
La Vrillière sans voix ; son caractère et ses fonctions
La Vrillière, « qui me dut tout ce qu'il fut », conserva sa charge, fut « établi secrétaire du conseil de régence pour en tenir le registre, signer les grâces des départements des autres secrétaires d'État..., enfin en très peu de temps, il fut l'unique secrétaire d'État en fonction » : « un petit homme vif, actif..., obligeant, très serviable, fort poli, intérieurement glorieux..., homme d'honneur. Il n'étoit pas heureux en femme, qui le gâta à la fin. »
Pontchartrain sans voix ni fonction
« Pontchartrain sans nulle fonction » ni voix : « je me plaignis à M. le duc d'Orléans de la conservation de celui-là. Il balbutia ; il fut embarrassé... ; j'ignorois alors la visite du chancelier de Pontchartrain. J'attendis donc ; mais je n'attendis pas longtemps. »
Rage et conduite de Tallard
« Tallard fut aussi le seul qui ne fut point employé de tous ceux que le roi avoit nommés dans son testament. Ce n'est point trop dire qu'il pensa en devenir fou... Il alla disant partout qu'il se feroit écrire le testament du roi sur le dos ; il cria, clabauda..., plaintes, clameurs, dépits, bassesses, prostitutions, tout fut mis inutilement en usage. Jamais le régent, si ordinairement facile, ne put être entamé. » Il acheta « la Planchette, vilaine petite maison près de Paris, et s'y confina... Nous verrons sa résurrection dans son temps. »
Personnages des conseils
Les personnages : le régent en amitié avec M. le Duc, « en mesure froide et polie avec le duc du Maine..., silencieux, ténébreux, solitaire, profondément caché, poli jusqu'au respectueux » ; Toulouse « froid, tranquille » ; Villeroy comblé de faveurs « et se piqua de ne s'en pas laisser ébranler » ; Harcourt hors d'état par sa santé, Voysin dans « le dégoût et le mépris », Villars « toujours un fort misérable [personnage] », Huxelles « avec toutefois beaucoup d'importance », Estrées « comme point », d'Antin « aussi peu » ; « le duc de Noailles joua le grand personnage. »
Desmarets congédié avec une gratification de trois cent cinquante mille livres
« Desmarets fut le seul des ministres du feu roi congédié alors par une courte lettre. » Sa surprise fut incroyable : « sa suffisance extrême lui avoit persuadé qu'il étoit impossible de se passer de lui » ; et le comble fut « de voir le duc de Noailles à sa place, lui qui l'avoit recueilli..., qui en avoit fait son disciple et son élève dans les finances ». Pressé par Effiat et Villeroy, le régent lui fit pourtant donner trois cent cinquante mille livres au renouvellement des fermes.
Trop juste augure de M. le duc d’Orléans
« Une si forte grâce, et faite si fort à contre-temps..., firent augurer en lui une faiblesse fort nuisible à l'État et aux honnêtes gens, et fort utile aux impudents et aux effrontés. Malheureusement l'augure ne s'en est trouvé que trop véritable. »
Catastrophe de Mme Desmarets
Mme Desmarets, « qui, sous l'ombre de la place de son mari, faisoit à part pour elle quantité d'affaires, culbuta avec lui. Elle prétendit avoir été volée... Dans cet état la petite vérole la prit ; elle en releva folle ; et personne même ne l'a jamais vue depuis. Ainsi les deux rivales des bonnes grâces de Mme de Maintenon, Mme Voysin et Mme Desmarets sont mortes, l'une de désespoir..., celle-ci folle de la perte de sa place et de son magot particulier. »
Bercy, son gendre, chassé
« Bercy, intendant des finances et gendre de Desmarets, qui faisoit tout sous lui, fut chassé en même temps sans retour, avec l'acclamation publique. »
Lieux des divers conseils
« Il fut réglé que le conseil de conscience se tiendroit à l'archevêché, et tous les autres en divers appartements du vieux Louvre... Mais peu à peu le maréchal de Villars usurpa de tenir celui de guerre fort souvent chez lui, et à son exemple le maréchal d'Huxelles. »
Leurs appointements
Appointements : rien aux princes ni au cardinal de Noailles ; le chancelier, Villeroy, Torcy, La Vrillière et Pontchartrain conservèrent les leurs ; vingt mille livres aux membres de la régence et aux chefs des conseils, dix mille aux membres des conseils, six mille aux secrétaires.
Règlements particuliers
Règlements : les chefs rapportant à la régence « non son avis particulier, mais celui de la pluralité des voix de chaque délibération de son conseil » ; préséance des ducs puis des officiers de la couronne, la pairie l'emportant « parce que cette séance tenoit plus des fonctions d'État et de la couronne que des cérémonies de cour » ; sièges égaux, ployants seulement à la régence « parce que le roi étoit censé y être, et que son fauteuil vide étoit au bout de la table longue, seul » ; aucun serment ni patente ; on opinait « comme on étoit assis..., et M. le duc d'Orléans le dernier ».
Prétention des conseillers d’État de ne céder qu’aux ducs et aux officiers de la couronne
Prétention des conseillers d'État « de ne céder qu'aux gens titrés » — chimère déjà moquée du feu roi lors du traité de Bade, La Houssaye châtié — reprise contre le marquis d'Effiat au conseil des finances, sur le précédent des Guise sous Henri III, « innovation jusqu'alors inouïe et abrogée par Henri IV ».
Noailles et Canillac avocats des conseillers d’État contre les gens de qualité
Surprise de Saint-Simon en trouvant le régent se promenant dans sa galerie « entre Canillac et le duc de Noailles..., les deux champions de ce qu'ils avoient appelé la noblesse » lors de la calomnie de la salutation — « tous deux plaider avec chaleur la cause des conseillers d'État contre les gens de qualité non titrés ».
J’expose au régent la qualité et le ridicule de cette prétention
La réponse : « en France il n'y avoit que trois états », tous précédés partout par pairs, ducs et officiers de la couronne ; l'Église et la noblesse assises et couvertes aux états généraux, « le tiers état, assis, mais découvert, et qui pour parler se mettoit à genoux ; posture qui en est restée à tout le parlement... parce que tout magistrat, quel qu'il soit de naissance, est du tiers état par sa magistrature » ; donc les conseillers d'État, magistrats, devaient céder. « Ce raisonnement... leur ferma la bouche, et à M. le duc d'Orléans aussi » ; et Saint-Simon d'ajouter qu'il parlait « contre mon intérêt ».
Mollesse du régent
« Ces deux hommes qui avoient peur de tout, et lui aussi, l'avoient effarouché sur la robe » : le régent proposa l'expédient de faire Effiat vice-président. Saint-Simon dénonça « les inconvénients des mezzo termine, qui sont les pères des plus folles prétentions et qui ne sont jamais qu'en faveur de ceux qui ont tort », et le laissa « dans sa bonne amie l'irrésolution ».
Adresse des conseillers d’État
« Deux jours après, qui se passèrent en ridicules négociations, les conseillers d'État... eurent la bonté de consentir de céder au titre de vice-président ; ce qui étoit s'assurer la préséance sur tout autre homme de qualité qui pourroit entrer au conseil de finances. Le régent reçut cette complaisance avec gratitude. »
Effiat vice-président
Effiat fut donc déclaré vice-président — victoire déguisée de la robe, « et ce que j'avois prédit au régent arriva ».
Forme des conseils du feu roi adoptée au conseil de régence
La forme des conseils du feu roi fut adoptée : procès évoqués rapportés par le bureau des parties entrant en corps, prises par le conseil de marine, affaires contentieuses de finances par un maître des requêtes ; et rappel du vieux conseil des dépêches où les quatre secrétaires d'État demeuraient « toujours debout, même M. de Croissy, tout goutteux et tout président à mortier qu'il étoit ».
Les maîtres des requêtes refusent de rapporter au conseil de régence, s’ils n’y sont assis, ou si ceux de ce conseil qui ne sont ni ducs, ni maréchaux de France, ou conseillers d’État, n’y sont debout tant que les maîtres des requêtes y seroient
« On fut bien étonné la première fois qu'un maître des requêtes eut à rapporter au conseil de régence, qu'il déclara au chancelier qu'il prétendoit rapporter assis, ou que tout ce qui n'étoit ni duc, ni officier de la couronne ou conseiller d'État, se tînt debout tant qu'il seroit lui-même debout. Ce fut une suite de la mollesse du régent... On se récria ; on hua ; mais il n'en fut autre chose ; le régent n'eut pas la force de commander. »
Les conseillers au parlement mis dans les conseils imitent les maîtres des requêtes, et le régent le souffre
« On eut recours aux conseillers du parlement qui étoient dans les conseils ; ils répondirent qu'ils ne prétendoient pas moins que les maîtres des requêtes. On fut donc réduit à faire tout rapporter par les chefs ou les présidents des conseils, qui, excepté d'Antin, qui y excella, n'y étoient pas propres. »
Deux exemples de l’inconvénient qui en résulte pour les affaires
Deux exemples : Villars, « qui griffonnoit à ne pouvoir être lu de personne », incapable de relire ses propres notes marginales d'un règlement de cinquante articles — « tout le monde en rit sans qu'il en fût le moins du monde embarrassé » — et tout fut recommencé, Saint-Simon tenant la plume. Et le maréchal d'Estrées, que La Vrillière comparait « à une bouteille d'encre fort pleine, qu'on verse tout à coup, et qui tantôt ne fait que dégoutter, tantôt ne jette rien, tantôt vomit des flaques et de gros bourbillons épais » : le comte de Toulouse rapporta l'affaire de prise à l'oreille de Saint-Simon pendant le rapport, et celui-ci opina « de l'avis dont seroit M. le comte de Toulouse » — « le régent se mit à rire, et à dire qu'on n'avoit jamais opiné de la sorte. »
Les maîtres des requêtes cèdent enfin aussitôt après la mort du chancelier Voysin, et, sans plus de prétentions, rapportent debout au conseil de régence
« Je crois que le chancelier soutenoit sourdement cette prétention par malice, et ce qui m'en persuada mieux, c'est que dès qu'il fut mort, et que d'Aguesseau fut chancelier, tout idolâtre qu'il fût de la robe, il la fit cesser, et les maîtres des requêtes vinrent rapporter debout tout ce qu'on voulut au conseil de régence, sans plus parler d'y être assis ni d'y faire lever personne. »
Les conseillers d’État emportent d’y précéder tout ce qui n’est pas duc ou officier de la couronne, lorsqu’ils y viennent extraordinairement
Mais les conseillers d'État gardèrent leur acquis : quand le bureau du conseil des parties venait pour un procès évoqué, « ces conseillers d'État s'y mettoient après les maréchaux de France, et au-dessus des autres de la régence, le rapporteur maître des requêtes rapportant debout ». Ainsi emportèrent-ils « d'y précéder tout ce qui n'est pas duc ou officier de la couronne, lorsqu'ils y venoient extraordinairement ».

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