TOME VI · CHAPITRE XX
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Summary
Chamillart sent to the army; M. le Duc's 'bold acrimony'; Vendôme and Berwick 'patched together'; the Entiers cannonade; the army recrosses the Scheldt without fighting — Lille left to its fate. The king's movements, 'Monseigneur's indifference' — and Monseigneur 'carried away forever' against his son: the audacious, calumnious din against Bourgogne, the flat lies about Père Martineau, about Nijmegen and Landau, the king's prejudice, the 'incredible unleashing'. Vendôme's faults upon faults; mourning for a du Maine child; 'M. le Prince's wretchedness'; Ducasse arrives with the galleons.
The entries
Entry summaries are given in French, the language of the source.
- Chamillart à l’armée
- Chamillart à l'armée : le 7 septembre, le courrier repartit trois heures après son arrivée, et le soir même le ministre quitta Versailles en secret ; il fut à Mons-en-Puelle le samedi à six heures du soir. La cabale publia qu'il n'y allait que pour retenir Vendôme prêt à tout quitter ; « mais la vérité est que le roi, qui ne doutoit pas d'une bataille…, désira que Chamillart fût sur les lieux » pour ordonner de tout après le combat et « empêcher les suites de têtes tournées comme à Ramillies ». Cani demeura auprès du roi et écrivit sous lui — « une confiance bien singulière pour son âge ».
- Aigreur hardie de M. le Duc
- « M. le Duc, toujours enragé de ne rien faire, dit tout haut qu'il n'étoit pas douteux que ce voyage n'eût fait plaisir à tout le monde, parce que, dès qu'on l'avoit su, chacun en avoit pensé mourir de rire. »
- Vendôme et Berwick replâtrés par Chamillart
- Vendôme et Berwick replâtrés : « le duc de Berwick donna un lit à Chamillart. Il travailla sur-le-champ à raccommoder le duc de Vendôme avec lui. Que ne peut point un ministre et un ministre favori ? » Les deux ducs se visitèrent ; Berwick consentit à traiter les affaires, « mais toujours sans vouloir de commandement » ; le duc de Bourgogne se rapprocha aussi. « Tout cela fut brusque, mais sincère aussi, comme on le peut imaginer. » Le 9, on reconnut de près les retranchements : « il résulta de cet examen une impossibilité réelle de forcer un poste si bon de soi » — ce qui n'empêcha pas Vendôme de tenir « fort et ferme pour attaquer », « rodomontade artificieuse » d'un parti « dont il voyoit bien l'exécution impossible ». Chamillart, « libre en Flandre de la tutelle de Vaudemont », manda au roi la vérité.
- Canonnade d’Entiers
- Canonnade d'Entiers : le 10, l'armée passa la source de la Marck et se porta d'Ennevelin à Seclin ; Vendôme fit canonner le village d'Entiers, « ne doutant pas de le trouver abandonné », et « trouva fort étrange que rien n'y eût branlé, et qu'il ne parût pas au bout de dix-huit heures de canonnade que rien y fût endommagé ». Après quatre jours dans ce camp « d'où il prétendoit tout foudroyer, il fallut le quitter, lui-même avouant enfin qu'il ne s'y pouvoit rien entreprendre ».
- L’armée repasse l’Escaut
- L'armée repassa l'Escaut le 17, faute de subsistances, « la droite à Erinnes, et la gauche au Saussoy près de Tournai » ; les ennemis « ne songeoient qu'à avancer leur siège…, et point à voler le papillon ».
- Chamillart de retour à Versailles
- Chamillart rentra à Versailles le mardi 18 septembre pendant le souper du roi, et rendit compte « de la pleine espérance dans laquelle il avoit laissé M. de Vendôme de couper tous les convois des ennemis… Le roi avoit besoin de ces intervalles de consolation et d'espérances. »
- Divers mouvements du roi
- Divers mouvements du roi : « il sentoit profondément l'impuissance où il tomboit de jour en jour de résister à ses ennemis ». Répondant à la harangue de la ville de Paris, « il se servit du terme de reconnoissance pour sa bonne ville, et en le prononçant son visage s'altéra, deux choses qui de tout son règne ne lui étoient point échappées ». À la duchesse de Bourgogne qu'il rassurait sur la jonction : « Et les princes, vos petits-fils ? reprit-elle vivement… Et moi, c'est de cela aussi que je suis triste et en peine. » Il désolait pourtant la cour par ses sorties quotidiennes de chasse, qui retardaient les nouvelles.
- Indifférence de Monseigneur
- Indifférence de Monseigneur : le jour où l'on attendait Chamillart après Ramillies, il « s'en alla dîner à Meudon, et dit qu'à son retour il sauroit toujours bien les nouvelles ». À la lecture de l'investissement de Lille, il sortit à la moitié, fut rappelé, « l'entendit, s'en alla encore, et sans avoir dit un seul mot » — puis, riant, à Mme d'Espinoy : « Madame, comment feriez-vous à cette heure pour aller à Lille ? » Mme la princesse de Conti, l'entendant réciter « une longue enfilade de noms bizarres d'endroits de la forêt » : « C'est bien dommage qu'elle ne soit chargée que de pareilles choses ! »
- Monseigneur entraîné pour toujours contre Mgr le duc de Bourgogne
- Monseigneur entraîné pour toujours : la cabale « réussit auprès de lui dans toutes ses vues ». Il loua publiquement le duc de Berry « et jamais il ne fit mention en bien de Mgr le duc de Bourgogne » ; il dit même n'avoir jamais contredit Duras, Lorges et Luxembourg — « il oublioit apparemment Heilbronn ». « Il avala donc contre son propre fils tout le poison qui lui fut présenté ; il laissa voir qu'il en étoit plein, et il n'en revint de sa vie. Une piété trop exacte le contraignoit et l'importunoit. »
- Audacieux et calomnieux fracas contre Mgr le duc de Bourgogne
- Fracas calomnieux : au retour de Chamillart, la cabale publia « que Vendôme seul avoit voulu combattre dans tous les temps, qu'il eût fait lever le siège honteusement aux ennemis…, si à dix fois différentes on eût voulu le croire. L'éponge étoit passée sur Audenarde…, l'oisiveté réelle de Mons-en-Puelle ignorée. » Les plus adroits s'en prirent à sa dévotion : la crainte « de tant de sang répandu…, de tant de gens tués sans confession » l'aurait épouvanté ; on tourna en ridicule « des mouches guêpes crevées, un fruit dans de l'huile, des grains de raisin écrasés en rêvant, et des propos d'anatomie ».
- Mensonge en plein sur le P. Martineau
- Mensonge sur le P. Martineau : le confesseur avait réellement visité les retranchements « à la suite des princes » ; on inventa qu'il était « si affligé de ce que Mgr le duc de Bourgogne s'étoit opposé à cette attaque, qu'il l'avoit mandé à ses amis ». Le P. de La Chaise montra au roi la lettre véritable, « sans qu'il y eût dans toute la lettre un seul mot qui pût donner lieu à ce qui se publioit » — mais la calomnie « ne laissa pas de porter tout entière sur Mgr le duc de Bourgogne et en ridicule et en sérieux ».
- Mensonges en plein sur Nimègue et Landau
- Mensonges sur Nimègue et Landau : « répondre au fait de Nimègue, qui l'eût osé ? C'eût été rouvrir les plaies de M. du Maine, et celle du roi par conséquent. » Pour Landau, Tallard n'avait proposé le siège « qu'à condition expresse du retour de Mgr le duc de Bourgogne » ; le prince avait écrit au roi pour rester, et « ne partit que sur la dernière réponse du roi » lui mandant que le siège ne s'entreprendrait point tant qu'il serait à l'armée. « Quoi de plus clair ? Mais toute évidence fut ici inutile. »
- Prévention du roi
- Prévention du roi : outre ce qui lui échappait « à ses bâtards et à ses valets », il « s'étonna aigrement plus d'une fois en public de ce que la bataille ne se donnoit point ». « Le rare est que, dans toute sa cour, ce n'étoit presque jamais qu'à Vaudemont qu'il adressoit la parole sur la Flandre…, Vaudemont toujours tenant le dé et le sachant manier à merveilles. »
- Déchaînement incroyable contre Mgr le duc de Bourgogne
- Déchaînement incroyable : « il n'y avoit pas sûreté à paroître le moins du monde pour Mgr le duc de Bourgogne dans sa maison paternelle » ; le roi réprimanda publiquement le prince de Conti pour avoir parlé des affaires de Flandre chez sa belle-sœur. « Personne n'osoit rien mander à l'armée…, tant la terreur de Vendôme y étoit répandue. » Beauvilliers et Chevreuse avouaient à Saint-Simon « que je ne leur avois prédit que trop vrai » ; la duchesse de Bourgogne donnait son peu de temps « à ses larmes et à écrire, et dans la vérité, elle parut infatigable » ; Mme de Maintenon, « piquée au vif de sentir, pour la première fois de sa vie, qu'il y avoit des gens qui avoient pris sur elle le dessus auprès du roi ».
- Fautes sur fautes de Vendôme
- Fautes sur fautes de Vendôme : « fécond en projets spécieux et hardis » — grand tour par les derrières de Marlborough, fausses marches — « mais lent en effet à toute exécution facile ». Berwick et les meilleurs officiers s'opposèrent « à ces entreprises vaines et ruineuses ». On s'aperçut trop tard que si, au lieu « de s'enivrer de l'espérance d'une bataille », on eût jeté des secours dans Lille et coupé les convois, « on seroit venu à bout de leur arracher cette conquête ».
- Mort et deuil d’un fils de quatre ans et demi de M. du Maine
- M. du Maine perdit son troisième fils, quatre ans et demi. « Le roi continua de faire pour lui ce qu'il n'avoit point fait pour les enfants de la reine » : deuil de huit jours ordonné à Monseigneur et à la cour, compliments portés par Souvré à Écouen.
- Misère de M. le Prince
- « M. le Prince ne manqua pas de se donner le plaisir de venir à Versailles jouir de la distinction de croire y figurer avec le roi, parce qu'il n'y eut que le roi et lui qui ne prirent pas le deuil. »
- Ducasse arrive avec les galions
- « Ducasse, qui étoit allé chercher les galions dont on avoit si grand besoin, les ramena riches de cinquante millions en or et argent, et de dix millions de fruits. Il arriva au port du Passage et y entra le 27 août. »
- Exilles et Fenestrelle pris par le duc de Savoie
- M. de Savoie prit Exilles puis Fenestrelle, « malgré les forfanteries du maréchal de Villars qui, libéral en courriers, parce qu'il ne les payoit point, promettoit toujours des merveilles » — réduit toute la campagne « à prendre l'ordre des ennemis ».
- Éloge du maréchal de Boufflers et ses soins à Lille
- Éloge de Boufflers : Eugène s'était réjoui d'avoir affaire à « un homme comblé d'honneurs et de récompenses » — « il éprouva qu'il s'étoit trompé ». « Il voyoit tout et donnoit ordre à tout sous le plus grand feu, comme s'il eût été dans sa chambre » ; il présida lui-même à la distribution du pain et du vin, aguerrit « les troupes de salade » jusqu'à en faire des soldats des vieux corps, « couchoit tout habillé aux attaques, et ne se mit pas trois fois dans son lit depuis l'ouverture de la tranchée jusqu'à la chamade ». Renversé d'un coup à la tête, sa maison fut « investie » par les soldats menaçant de quitter leurs postes s'ils le revoyaient avant vingt-quatre heures. « Voilà comme il arrive quelquefois que la bonté et la droiture de l'âme étend l'esprit et l'éclaire dans de grandes occasions. »
- Grande défense à Lille
- Grande défense : « les sorties furent fréquentes, et tout fut disputé pied à pied ». Un moulin repris trois fois puis brûlé ; le chemin couvert soutenu contre dix mille hommes « depuis neuf heures du soir jusqu'à trois heures du matin » ; sept mille assaillants repoussés deux fois ; le prince Eugène blessé à une attaque du tenaillon. Le 5 octobre, seize mille hommes emportèrent le tenaillon et une demi-lune — perdue « par la faute d'un lieutenant-colonel qui s'étoit endormi », que « Boufflers fut assez bon pour n'avoir pas voulu nommer ». L'action du 9 au 10 octobre « fut le quinzième grand combat depuis le commencement du siège ».
- Le chevalier de Luxembourg se jette avec secours dans Lille ; est fait lieutenant général
- Le chevalier de Luxembourg, chargé de tenter un secours, « l'exécuta bravement la nuit du 28 au 29 septembre » : deux mille cavaliers, « chacun un fusil au lieu de mousqueton, et soixante livres de poudre en croupe », soit deux mille fusils et plus de cent mille livres de poudre jetés dans la place. « Il fut fort applaudi d'une si vigoureuse action, et fut fait sur-le-champ lieutenant général. »
- L’électeur de Bavière à Compiègne, où Chamillart le va trouver
- L'électeur de Bavière, ayant remis l'armée du Rhin à du Bourg, vivait à Compiègne dans les équipages de chasse que le roi lui avait fait trouver, « lorsque sa petite cour fut tout d'un coup surprise d'y voir arriver Chamillart. Ce qui l'y conduisit éclata peu de jours après. »
- Bruxelles tristement manqué par l’électeur de Bavière
- Bruxelles tristement manqué : l'électeur s'approcha avec trois mille chevaux et vingt-quatre bataillons, croyant la ville « insultable et dégarnie de troupes ». Les ennemis, « qui excellèrent toujours à mettre tous les instants à profit », y jetèrent des troupes et assemblèrent un corps pour marcher sur lui : « il leva si brusquement cette manière informe de siège qu'il y laissa toute son artillerie, et toutes les marques d'une retraite plus que précipitée ».
- Inondations et mouvements contre les convois
- Inondations : La Connelaye eut ordre de lâcher les écluses de Nieuport « pour empêcher les convois que les ennemis ne pouvoient tirer que d'Ostende » ; Berwick alla à Bruges, où quarante bataillons et cinquante escadrons se rassemblèrent ; les chariots vides trouvèrent pourtant moyen de passer l'inondation et d'arriver à Ostende.
- La Motte chargé de s’opposer au convoi
- Berwick, pressé de faire lui-même l'attaque du convoi, « répondit qu'il ne falloit pas ôter à un gentilhomme qui servoit depuis bien des années l'occasion d'acquérir le bâton de maréchal de France, puis leur ferma la bouche, en leur montrant l'ordre précis de la cour qui commettoit cette expédition à La Mothe ».
- Sa protection ; son caractère
- Protection et caractère de La Mothe : cousin germain de la duchesse de Ventadour, qui avait obtenu l'ordre « de Chamillart son ami » et « le regardoit comme le sien » ; « un homme désintéressé, plein de valeur, d'honneur et d'ambition, qui servoit toute sa vie, été et hiver…, mais en même temps l'homme le plus court, le plus opiniâtre et le plus incapable qui fût peut-être parmi les lieutenants généraux ».
- Battu par le convoi de Winendal
- Battu à Winendal : La Mothe « crut faire merveilles » d'attaquer le poste retranché qui couvrait le convoi ; ses dispositions, « longues et peut-être médiocres », laissèrent les ennemis se renforcer, et il « ne pensa pas même à débander un gros corps de dragons » contre la tête du convoi. « Cadogan le défendit mieux, ébranla La Mothe, sortit sur lui, le poussa, le battit, le dissipa avec la moitié moins de forces…, et cependant le convoi arriva au camp du prince Eugène qui manquoit absolument de tout, et y rendit l'abondance et la joie. »
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